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L'enfant de poussière, de Patrick K. Dewdney


Note de Guix : critique rédigée en novembre dernier, à remettre dans son contexte d'écriture, soit 30cm de neige sur le trottoir et -10 degrés.

Chaudement blottie sous ma couette, les pieds engoncés dans des chaussettes polaires molletonnées, une tasse de thé fumante sur ma table de nuit, je referme L’enfant de poussière avec stupeur et incompréhension.

Qu’est-ce qui a pu mal tourner à la fin de ma lecture ?

Nous avons choisi ce titre pour notre troisième session du Cercle de lecture imaginaire, et mes attentes étaient grandes.

J’avais lu des critiques dithyrambiques sur Senscritique, Babelio, Goodreads. Les lecteurs de Patrick K. Dewdney étaient unanimes : ce roman de fantasy français était une saga incontournable, à l’écriture enlevée et à l’intrigue bien ficelée.

Alors pourquoi suis-je mitigée ?
Creusons ensemble.


L’enfant de poussière est le premier tome d’une saga de fantasy de l’auteur d’origine anglaise – mais écrite en français – Patrick K. Dewdney publiée chez la maison d’édition de nos cher Neil Gaiman et Pierre Bordage : Au diable vauvert.

Le premier tome met en scène la jeunesse de Syffe, personnage principal et narrateur désormais adulte du récit, depuis ses huit ans jusqu’à ses treize ans. Il commence son histoire lors de la mort du Roi Bai, un événement sans importance pour Syffe et sa bande d’orphelins, mais qui va bouleverser complètement l’ordre établi du Royaume dans lequel il vit. D’orphelin teinté (comprenez un bâtard métissé) sans avenir, il va être pris sous l’aile du Première-lame Hesse, main droite du Primat de Corne-Brume, et sa vie va s’en trouver largement changée.

En 600 pages, Patrick K. Dewdney nous conte les (més) aventures de Syffe, lequel a visiblement le don de se mettre dans de beaux draps. En commençant, Syffe n’est qu’un gamin sans intérêt qui vit dans la grange d’une vieille rombière avec trois autres orphelins, dont la petite Brindille qu’il adore par-dessus tout. Les cent premières pages nous racontent les agissements de Syffe et de sa bande d’orphelins, lesquels se retrouvent malgré eux mêlés à des affaires louches : enlèvements d’enfants, rivalités politiques et meurtres mystérieux.
Cela va mener Syffe à rencontrer son ami Hesse (après avoir débuté une longue tradition de choix de vie incroyablement crétins, comme de voler pour séduire une petite fille ou de saccager le bureau d’un riche marchand), qui va lui offrir la possibilité d’évoluer un peu plus dans la société en devenant ses yeux et ses oreilles.

De fil en aiguille, Syffe perd des amis, en retrouve d’autres, en perd de nouveaux, manque plusieurs fois de se faire couper la main ou pendre à un gibet, découvre qu’il fait des rêves surnaturels (certainement liés à ses tatouages étranges qu’il a depuis la naissance), se fait trahir plusieurs fois par ceux en qui il avait confiance, devient chirurgien, sauve des vies, devient guerrier, prend des vies, perd son pucelage et prends, une énième fois, une mauvaise décision.

Je vous l’ai fait rapidement, parce qu’il se passe tout ça en 600 pages, 600 pages que j’ai parfois trouvé très longues à lire. TRÈS. Longues. Je dois avouer avoir survolé certains paragraphes de descriptions sur la fin, tellement l’intrigue s’embourbait par endroits.

Et pourtant ça commençait bien.

Le bon point du roman, qui le fait remonter de beaucoup dans mon estime, c’est l’écriture de l’auteur : il écrit bien. Très bien.
Il manie habilement les figures de style, les descriptions de personnages et de paysages, maîtrise bien les dialogues. C’est parfois un peu trop forcé, mais je connais peu d’auteurs français dont la plume est aussi travaillée. Aucune comparaison à faire avec Jaworski : leurs styles diffèrent totalement, et je ne retrouve pas chez Dewdney l’aisance naturelle de Jaworski à la poésie. Mais Dewdney est talentueux, et c’est ce qui m’a permis de continuer et de terminer l’ouvrage, parce que sa narration m’a accroché. J’avais envie de lire la suite, d’en savoir plus grâce à la construction du roman qui fait monter la sauce en distillant des indices au fur et à mesure, et à la beauté de certains passages de son texte. J’ai de nombreuses fois bloqué sur une phrase, parce qu’elle tombait à pic et parait l’histoire d’une étrange beauté. Il m’est aussi arrivé de repérer des coquilles, plutôt dues à un manque de relecture et de correction il me semble, alors je ne lui en tiens absolument pas rigueur.
Ça m’a donné envie de lire d’autres textes de lui, de voir son travail dans d’autres styles littéraires.

Niveau intrigue, j’ai aimé le début de l’enfance de Syffe, surtout sa relation avec les Gaïches, des clans semi-nomades qui établissent leur camp près de Corne-Brune dans « La Cuvette » du printemps à l’hiver, et son amitié avec la petite gaïche Driche, qui est certainement le personnage le plus intéressant du roman du début à la fin.
J’attendais aussi pas mal de choses de son association avec le première-lame Hesse. Syffe nous glisse quelques informations sur ce soldat froid et taciturne, hanté par une erreur de jugement commise dans son passé, et qu’il essaye de réparer par l’entremise de sa relation avec Syffe. Mais à part avoir l’air tourmenté, Hesse n’évolue pas vraiment jusqu’à la fin du livre.

Le roman prend finalement de l’ampleur lorsque Syffe, après avoir commis une nouvelle bourde plus grosse que lui, se voit obligé de travailler pour le compte du Primat et se retrouve apprenti chirurgien sous les ordres de l’étranger Nahirsipal, chirurgien officiel du Primat de Corne-Brune. Ce nouveau statut correspond à l’introduction des éléments magiques dans l’univers de Patrick K. Dewdney, avec des créatures disparues qui hantent de nouveau les bois environnants et des assassinats rituels étranges qui semblent être en rapport avec les rêves surnaturels que fait Syffe la nuit.

L’auteur ouvre donc à ce moment-là un tas de portes, et le lecteur liste ses questions : quel sens donner aux rêves de Syffe (et qui est ELLE dont il parle sans arrêt dans ces rêves de quatre pages totalement incompréhensibles) ? Qui sont les Deïsi, ces démons des contes claniques à l’aspect feuillu et qui domptent des stryges ?

Les 300 pages restantes n’apporteront que peu de choses à ces questions. Syffe changera à nouveau de maître, du Première-lame au chirurgien il suivra ensuite un guerrier Var implacable qui lui apprendra à se battre. Ce passage aurait pour moi eu plus d’impact si Syffe n’avait pas été énervé pendant le tiers de son initiation comme Harry Potter dans le tome 5, avec une attitude qui me donnait envie de le secouer comme un prunier en lui criant « ressaisis-toi » !

Puis arrive le point d’orgue du roman, l’expérience de la guerre, qui retombe comme un soufflet dans les trois dernières pages, où réapparait cette osti' d'Brindille, et où Syffe, encore une fois, porte sacrément la poisse.

J’ai refermé le tome en me disant « non d’un ptit bonhomme, ce petit Syffe est un sacré couillon et mérite certainement le tas de merde qui lui tombe sur le coin du nez ».
Oui oui, j’étais aussi vulgaire que ça, et je lui souhaitais même bien pire que de la merde, parce que Syffe m’a fait enrager tout au long du roman. Si au début il m’était sympathique et promettait de devenir un personnage très intéressant, il m’est sorti par les trous de nez pendant près de 450 pages, 450 pages où il n’a pas réussi à titiller mon intérêt. Les personnages secondaires sont bien plus intéressants dans ce premier tome, et totalement sous exploités. On en a que pour Syffe, Syffe et son destin nébuleux, visiblement important, comme n’importe quel destin d’orphelin métisse avec d’étranges marques sur le corps dans un roman de fantasy.

C’est là le problème : L’enfant de poussière ne dépoussière pas le genre (haha.). Il reprend des thèmes déjà moult fois utilisés dans la fantasy actuelle : l’orphelin nauséabond qui devient un héros, le gringalet qui devient un guerrier, le marmot crotté dont l’avenir du monde semble dépendre. Sans compter les guéguérres politiques entre primats, les mentors philosophes à deux sous aux passés dramatiques, les créatures des anciens temps présumées disparues qui réapparaissent avec un plan parfait, et la perspective d’un triangle amoureux qui me donne déjà envie de m’arracher les cheveux.
J’ai lu beaucoup de fantasy dans ma vie, et j’ai eu l’impression de relire un mix de lectures passées avec cette nouvelle série. Certains passages étaient de trop, certains personnages étaient trop clichés, certaines directions d’intrigues étaient cousues de fil blanc. Et ce premier tome manque cruellement de personnages féminins forts (oui, j’ai parlé de Driche, mais on la voit trop peu : je présume qu’elle va intervenir dans les tomes suivants, l’arc à la main et son petit menton volontaire en avant, puisque c’est une chasseuse hors pair). Et pourtant plusieurs des personnages féminins présentés ont le potentiel d’être des femmes aux forts caractères, des guerrières, des politiciennes… Dewdney introduit d’ailleurs à un moment des guerrières Vars considérées comme des légendes vivantes dans le décor de la guerre, mais pour les faire disparaître aussi sec. Brindille ne sert à rien à part donner de mauvaises idées à Syffe, lequel ne pense qu’avec son bas-ventre quand elle est dans les parages. Bref, ça sent fort le mâle dans L’enfant de poussière, comme dans beaucoup d’autres romans de fantasy, et un peu plus de femmes aurait fait du bien à l’ouvrage. Peut-être dans le suivant ?

J’ai beau louer la prose de Patrick K. Dewdney, je ne peux m’empêcher de penser que ce roman aurait pu faire 400 pages au lieu de 600, et que si j’ai trouvé que certains passages étaient trop longs dans l’ouvrage, je n’ai pas terminé de m’ennuyer avec les six autres tomes suivants. Je n’ai pas fini de râler aussi (mais qui sait, en 6 tomes l’auteur peut me donner tort et changer la face de la fantasy classique en révolutionnant le genre) par rapport à une intrigue trop convenue.

J’ai donc refermé l’ouvrage avec stupeur et incompréhension, à cause de la différence entre mon ressenti et celui des auteurs des critiques que j’avais trouvé, à cause aussi du fait que peu de gens mentionnent les défauts qui m’ont fait tiquer.

Je terminerai en disant que ce premier tome est tout de même prometteur, que j’ai fait la découverte d’un auteur, et que je vais lui laisser le bénéfice du doute quant à la qualité des prochains tomes de la saga.

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