mercredi 27 avril 2016

Ce que vous devez savoir sur les animations en librairie...



Récemment j'ai demandé à des blogueurs de partager l'information autour d'eux concernant la venue de l'auteur galloise Jo Walton en France, elle ne vient pas souvent et je voulais qu'un maximum de monde puisse avoir l'occasion de la rencontrer. Quel meilleur moyen que de demander à mes confrères blogueurs ayant apprécié l'ouvrage de transmettre autour d'eux ? Car oui, il est déjà arrivé que certaines personnes découvrent l'événement après qu'il ait eu lieu... ce qui est bien dommage !
Certains donc ont transmis mais ont relevé un détail sur l'événement proposé dans la librairie : il était inscrit *achat d'un ouvrage obligatoire sur place*, et forcément cela en dérangeait plus d'un. Nous avions déjà eu ce genre de remarques auparavant, et j'avais écris un petit article sur le compte "personne" Ju Guix de la librairie pour expliquer un peu les choses. Le terme "obligatoire" est certainement un peu fort, mais cette formule est essentiellement présente pour faire comprendre aux gens que nous souhaitons qu'ils soient clients pour participer à l'animation que nous organisons.
Alors, mes chers lecteurs, voici pourquoi un librairie, plus particulièrement Ju et moi en l’occurrence dans ce scénario, demande aux personnes qui viennent participer à l'événement d'acheter quelque chose dans leur magasin, voici le petit article en question :




Le saviez-tu ? Spécial librairie :
Lorsqu'un libraire prépare une dédicace, c'est beaucoup d'organisation, de temps, et parfois de frais.
Il faut gérer les commandes, préparer la communication (création de flyer avec ou sans graphiste, impression des flyers, distribution des flyers, mise en place d'affiches), gérer les réservations (nombreux appels, pas toujours la possibilité de recevoir tous ceux qui le veulent lorsqu'il s'agit d'un dessinateur : il ne peut en dessiner qu'un certain nombre durant le temps qui lui est imparti), toujours offrir la petite collation qui plaira aux auteurs et à leurs lecteurs, et parfois même payer des frais de transports, ou d'hôtel, ou des repas lorsque les auteurs viennent de loin.


Du coup, il arrive que le libraire demande aux gens de s'inscrire à la séance de dédicaces (surtout pour les dessinateurs), afin de limiter le nombre de places et de réussir à faire passer tout le monde. (Parfois il est un peu naïf et il se laisse déborder par les événements, ça c'est le libraire qui vient d'ouvrir et qui ne connaît pas encore bien sa clientèle présente aux dédicaces).
Il arrive surtout que le libraire demande aux gens intéressés par cet événement de le soutenir, en achetant l'ouvrage présenté en dédicace dans son commerce et non chez la concurrence, et si le lecteur l'a malheureusement acheté ailleurs (parce que l'ouvrage est sorti il y a quelque temps déjà, ou qu'il ne connaissait pas cette super librairie avant de l'acheter et qu'il n'est pas du coin !) le libraire lui demande de jouer le jeu et d'effectuer un autre achat sur place, si possible dans le même ordre de prix.
Car si le lecteur ne joue pas le jeu, alors le libraire se retrouve à organiser des événements à perte. Il est certes content parce que lui aussi il peut rencontrer des auteurs et dessinateurs géniaux, et il parle toujours avec des gens intéressants, mais le trou dans sa trésorerie lui fait du mal, et au final il arrête d'organiser des rencontres parce que ce n'est pas rentable et que le commerce n'est pas capable de le supporter.
Mais si le lecteur joue le jeu, et qu'en plus il a envie de craquer son slip et de faire plein d'achats, parce que c'est un peu la caverne d'Ali Baba ici !, le libraire partage sa joie et sa bonne humeur, et tout le monde est heureux et vit au pays des bisounours pour le reste de ses jours !
Voilà, messieurs dames, le pourquoi du comment des dédicaces en librairie.
A la revoyure !
Rendez-vous sur Hellocoton !

mardi 26 avril 2016

La trilogie du subtil changement, de Jo Walton


J'ai toujours été timide avec les auteurs. Déjà dans les salons et festivals j'hésitais à faire la file pour me faire dédicacer un ouvrage. Il m'a toujours paru difficile de parler avec eux de mon interprétation très personnelle de leur oeuvre. L'anonymat de l'auteur, c'est à dire la connaissance de son écriture et de son univers littéraire seulement, et pas de son visage, de sa voix et de sa personne en elle-même, me convenait parfaitement, parce que les rencontrer en chair et en os me terrorisait. 

Je me retrouvais souvent bête devant ces hommes et femmes dont les mots changeaient ma vie à chaque lecture. Comment leur expliquer, comme tant d'autres avant moi, que leurs romans étaient des pièces importantes de ma vie, et que je louais leur génie pour ça, et que je les remerciais du fond du cœur d'avoir partagé ça avec moi, pauvre petite lectrice. Je ne trouvais pas mes mots, je bafouillais, je disais "merci beaucoup, j'adore vos romans, je les ai dévoré". Et des dizaines, centaines de personnes l'avaient déjà dit avant moi.

Aujourd'hui je suis amenée à en faire venir dans ma librairie, et à organiser moi-même ces séances de rencontres entre les auteurs et leurs fans. Et pour tout avouer, je ne sais toujours pas quoi leur dire, je me sens toujours aussi gauche et pétrifiée d'admiration ! J'aurais toujours cette petite fille pétrie d'adoration au fond de moi qui me fera rougir pendant la conversation.
J'essaye néanmoins d'être à l'aise, de poser des questions intelligentes et de ne pas les ennuyer avec toutes sortes de demandes qu'ils doivent recevoir constamment, que ce soit en signature ou dans leur correspondance.
Et je suis heureuse de pouvoir les rencontrer, et de les voir rencontrer leur public. En les observant, je me rends compte qu'ils y prennent (la plupart du temps) aussi beaucoup de plaisir, et que même les questions les plus idiotes donnent des réponses passionnantes.

Alors très bientôt je reçois avec Ju une grande dame de la littérature fantastique, j'ai nommé Jo Walton.



J'ai terminé le mois dernier Hamlet au paradis, le second volume de la Trilogie du Subtil changement aux éditions Denoël, et j'adore toujours autant son univers uchronique ! Nous la recevons d'ailleurs à l'occasion de la parution du dernier volume de la trilogie : Une demi-couronne.
Je vous avais déjà chroniqué l'année dernière Le cercle de Farthing, premier opus de la série.

Le second tome m'a tout autant plu, et j'étais heureuse de retrouver les aventures de l'inspecteur de Scotland Yard Carmichael.
La fin du premier tome m'avait laissé sur ma faim, car tout n'était pas rose, et ce pour aucun des personnages principaux.  Pour resituer à ceux qui n'ont pas lu le premier sans faire aucun spoiler : Dans ce volume, Jo Walton créée une timeline alternative à notre propre Seconde Guerre Mondiale, où l'Angleterre laisse agir l'Allemagne en toute impunité pour se préserver des massacres, et sombre petit à petit elle-même dans un racisme exacerbé... Le cercle de Farthing est un cercle de politiciens et d'aristocrates anglais qui ont réussi à signer un traité de paix avec l'Allemagne nazie en 1941, traité retirant l'Angleterre de la liste des ennemis du Reich, en faisant un territoire neutre et pacifique.
Huit ans plus tard, le Cercle de Farthing vole en éclat avec le meurtre orchestré de façon macabre de l'un des fondateurs du traité. L'inspecteur Carmichael de Scotland Yard mène l'enquête, et se rend vite compte que le suspect que tout le monde montre du doigt (un juif, forcément) n'est peut-être pas le criminel recherché dans ce cas. 

Le second tome commence deux semaines plus tard (attention, risque de spoilers) Carmichael sait qu'il est en position précaire au sein de Scotland Yard et que son supérieur le manipule aisément, et l'Angleterre sombre petit à petit dans un fascisme de plus en plus virulent. D'un autre côté, la comédienne Viola Lark, ancienne aristocrate qui a rompu avec sa famille, se fait approcher par un groupe de rebelles prêts à en découdre avec le gouvernement actuel : le rapprochement du premier ministre et du Fürher n'est pas passé inaperçu et créé de nombreux troubles dans la capitale anglaise.

Encore une fois, Jo Walton mêle habilement suspense et histoire. Contrairement au premier volume, le lecteur comprend très rapidement quel est le dénouement de l'enquête en cours. Elle suit en parallèle l'évolution des deux histoires, celle de Viola Lark et du groupe d'activistes qui veut la débaucher, et l'enquête de Carmichael inextricablement liée aux agissements de Viola Lark.
Et à travers ces deux intrigues, elle déploie un Histoire encore plus terrifiante que l'Histoire réelle de la Seconde Guerre Mondiale en Angleterre. Le déclin de l'empire Britannique qui se laisse tranquillement phagocyter par l'Allemagne nazie glace le sang.
Le personnage de Viola Lark est apolitique, et à travers ses yeux c'est la vision d'un anglais moyen que nous lisons, juste un citoyen lambda - ni juif ni communiste - qui essaye de continuer à vivre malgré la guerre qui rugit aux portes du pays et malgré les dérapages gouvernementaux qui, petit à petit, réduisent les libertés de chacun dans un pays pourtant en démocratie.
Et Jo Walton pose là les questions que nous nous posons tous : qu'aurais-je fait, dans une telle situation ? Collaboré ? Résisté ? Ou tout simplement me serais-je laissé emporter par les vagues, sans prendre de décisions, laissant les autres choisir pour moi. Tout le monde n'a pas la force de se dresser face au pouvoir en place, il n'est pas simple de faire le choix d'agir, de mettre sa vie en danger, et parfois celle de ses proches, pour tenter d'enrayer la machine. Et lorsque l'on se met à la place de Viola Lark, simple comédienne qui n'a pas d'autre objectif que de vivre sa passion du théâtre en paix, sans s'occuper des autres, on peut le comprendre aisément. 
Pour Carmichael, les choses sont aussi teintées d’ambiguïté. Ce que lui ordonne Scotland Yard le révulse. Sa vision de l'ordre et de la justice ne correspond pas au système corrompu pour lequel il travaille. Et lorsqu'il s'en rend compte et essaye d'agir pour faire surgir la vérité, des détracteurs l'acculent et le menacent de révéler sa vie intime, risquant ainsi de lui faire perdre son travail, ses proches, et son statut social. Dès lors il collabore malgré lui, pour sauver sa famille, pour sauver son honneur, et pour garder un semblant de libre arbitre.
Ce n'est pas dans ce tome qu'il va encore changer le monde, pour ça j'attends de lire le troisème volume de la série, qui, je l'espère, sera plus positif que les deux premiers. Les deux premiers sont excellents, mais ils sont aussi terrifiants et ne laissent pas beaucoup d'espoir.
J'espère que le troisième finira sur une note d'espoir pour ce monde violent et horrifiant décrit par Jo Walton.



Pour les amateurs d'uchronie, d'Histoire et de romans policiers, La trilogie du Subtil changement est pour vous ! Et si vous voulez découvrir son auteur, Jo Walton sera à la librairie La dimension fantastique le mardi 10 mai à partir de 18h30 ! Moi qui ai toujours eu du mal à confronter les auteurs, je vais même organiser une petite interview avec elle à partir de 19h, la questionner sur La trilogie du Subtil changement, mais aussi sur son roman fantastique Morwenna, une oeuvre magnifique dont je vous parlerai dans un prochain billet.

Si vous aimez Jo Walton, passez le mot ! Elle ne vient pas très souvent en France, là elle profite de ses vacances pour nous rendre visite, et nous lui en sommes vraiment reconnaissants ! Ainsi qu'à son éditeur, Gilles Dumay, qui a fait deux libraires heureux lorsqu'il nous a proposé cet événement.
Rendez donc d'autres lecteurs heureux, et n'hésitez pas à venir rencontrer la romancière à Paris au mois de mai ! Pour ceux qui ne pourraient faire le déplacement, nous pouvons malgré tout vous envoyer un exemplaire signé si vous le désirez. Et nous tenterons de consigner l'entretien sur internet pour que vous puissiez en profiter.

L'année dernière je parlais du Cercle de Farthing dans les circonstances dramatiques de la mort du grand auteur Terry Pratchett. J'en profite dans celui-ci pour dire que sa maison d'édition française lui rendra hommage en faisant une soirée de lancement conviviale et chaleureuse dans notre librairie pour le dernier tome des Annales du Disque-monde le mercredi 18 mai
Amoureux de cet univers déjanté et culte, n'hésitez pas à venir faire un tour chez nous pour fêter ce dernier né de la grande saga de fantasy de Sir Pratchett.


Rendez-vous sur Hellocoton !

jeudi 21 avril 2016

Lockwood and Co., de Jonathan Stroud

Certaines œuvres vous font du bien.

Il m'arrive parfois de penser que ma vie est un peu morne et répétitive ; malgré mon rôle de chef d'entreprise qui n'est pas de tout repos et tous les rebondissements que cela entraîne (les nouvelles rencontres, les challenges, les imprévus qui vous tombent dessus à tout bout de champ), c'est quand même souvent "métro, boulot, dodo". Et ce qui me fait tenir quand cet état d'esprit me submerge (bon c'est en grande partie ma moitié, le félidé et le canidé, mon petit bout de famille !) c'est la lecture. Grand bien m'en fasse : je suis libraire.
Car j'ai beau me laisser aller à regarder pendant des heures des séries télé - certaines débiles, certaines complexes, certaines géniales, certaines tout juste distrayantes - ce sont les romans qui me font le plus de bien quand j'ai besoin d'évasion.

Le mieux, c'est quand vous entrez dans un livre comme dans lit douillet, et qu'il est tellement bien que vous ne voulez plus le quitter. Quand il m'arrive ce genre de chose (comme ça a été lé cas avec La Passe-Miroir par exemple), je sais que je pourrais lire des heures, voire des jours, sans m'arrêter.

Le dernier en date qui a eu cet effet bénéfique sur moi, c'est Lockwood and Co. de Jonathan Stroud aux éditions Albin Michel (LGF pour le format poche). C'est la deuxième fois que cet auteur de génie me donne du plaisir grâce à ses romans, concentrés d'aventure, de magie et d'humour.
La première fois c'était avec la Trilogie de Bartimeus, et j'en garde un souvenir très chaleureux.



Lorsque j'ai commencé Lockwood and Co., j'avais envie de légèreté : certaines lectures vous plombent un peu, coupant parfois l'envie d'ouvrir à nouveau un livre durant plusieurs jours / semaines / mois (entourez la mention correspondant à votre situation actuelle!). Il me fallait de la gaieté, il me fallait de la fantaisie, il me fallait de l'exaltation, et le tout en finesse !

C'est là où Jonathan Stroud, son humour pince-sans-rire, ses personnages spirituels et hilarants, et surtout son imaginaire inventif, entrent en jeu.

Lockwood and Co. est une agence de chasseurs de fantôme de Londres. Quoi de plus banal me direz-vous, dans une Angleterre où "Le fléau" sévit depuis près de quatre décennies et les agences d'exterminateurs de fantômes sont légion. Dans une ville comme Londres, le Fléau fait des ravages : la forte concentration d'habitants et son histoire millénaire en font un lieu particulièrement susceptible d'être hanté par des spectres de morts violentes : assassinats, victimes de guerre, suicides. Or si certains fantômes se contentent de se lamenter sans ennuyer leur monde (une petit air glacial et quelques gémissements la nuit ne font de mal à personne) certains sont bien plus dangereux et peuvent à leur tour causer la mort.
Ce qui différencie Lockwood and Co. de ses grandes agences rivales ... c'est justement Lockwood et sa compagnie. Contrairement aux agences d'envergure ou gouvernementales qui emploient des enfants et adolescents mais donnent tous pouvoirs aux adultes (pourtant presque incapables de percevoir les apparitions spectrales) pour les superviser, Lockwood and Co. est une entreprise gérée par un gamin et qui n'emploie que des gamins. En fait, il ne sont que trois gamins : Lucy - notre narratrice -, vendue par sa mère dans sa plus tendre enfance à l'agence de sa petite ville afin de payer le loyer et débarquée à Londres pour oublier une douloureuse tragédie, George, le rat de bibliothèque gauche et flasque dont l'indolence n'a d'égal que l'irascibilité, et Anthony Lockwood, personnage charismatique, mystérieux et élégant que ses associés suivraient jusqu'au bout du monde, un génie dont l'audace mêlée d'insouciance a tendance à mettre son entreprise dans l'embarras... 
C'est leur histoire que va nous raconter Lucy, celle d'une petite agence indépendante prête à affronter les spectres les plus menaçants pour continuer d'exister et faire de la capitale anglaise un endroit plus sûr pour ses habitants.

Sérieusement, je suis tombée sous le charme de ce trio improbable. La force de Jonathan Stroud, c'est son humour et sa galerie de personnages toujours très attachants. Lockwood est d'ailleurs un personnage très intéressant, on pourrait tout à fait le comparer à une sorte de Sherlock Holmes taille réduite, avec une intelligence redoutable et un goût prononcé pour l'énigme et l'aventure, et reléguant souvent au second plan la sécurité d'autrui pour mieux satisfaire son avidité. Lucy incarne quant à elle l'intuition et la sensibilité, ses dons de perceptions sont si forts qu'ils sont à la fois une bénédiction et un problème (ils peuvent aveugler son jugement). George quant à lui représente la réflexion et la prudence (certains diraient la couardise, mais George n'est pas lâche, juste très précautionneux), son humour grinçant et sa grande gueule cachent en fait une loyauté et un dévouement sans failles.
Lockwood, Lucy et George sont tout simplement trois personnalités fortes dont l'association fait des étincelles. La verve de Lucy, l'ironie insupportable de George et la nonchalance de Lockwood donnent lieu à des joutes verbales désopilantes et des situations cocasses qui m'ont fait mourir de rire. Et il faut le savoir, je ne suis pas du genre exprimer mes sentiments à voix haute pendant que je lis, plutôt du genre à garder un visage sérieux lors des passages les plus comiques, tristes ou effrayants, mais les répliques des personnages m'ont fait éclater de rire plusieurs fois durant ma lecture !

Et le plus improbable, c'est que Jonathan Stroud réussit à nous faire rire et sourire avec ses dialogues invraisemblables tout en instillant tout au long du roman une ambiance sombre et sinistre, celle d'une Angleterre hantée où les habitants s'enferment chez eux le soir venu en laissant les villes désertes, et où la nuit n'apporte que peur et cauchemars. Chaque description des affaires de Lockwood and Co. arrive à vous glacer le sang. Avis à ceux qui n'aiment pas les frayeurs : Lockwood and Co. arrive tout de même à vous donner la chair de poule ! Et c'est tout le génie de Jonathan Stroud : il nous fait penser qu'il s'agit d'un roman tout public avec des histoires de fantômes et des mômes comme héros, mais ce premier tome nous plonge dans une atmosphère bien plus lugubre qu'il n'y paraît, bien plus profonde et terrifiante qu'un joyeux Ghostbusters. Les trois personnages de Lockwood and Co. ont beau être des gamins (on ne sait pas exactement leur âge, mais il ne sont pas majeurs et peuvent encore très bien percevoir les fantômes, contrairement aux jeunes adultes) ils travaillent et affrontent des horreurs indicibles depuis l'âge de 5 ou 6 ans, et ils ont perdu leur innocence et leur enfance dans le processus. Bien qu'ils ne soient pas adultes, ils ont dû grandir à vitesse grand V et ne sont plus des enfants non plus, il côtoient la mort chaque nuit et ont une espérance de vie très réduite qui leur fait envisager le monde sous un jour différent.
C'est aussi cette fêlure que j'apprécie chez les personnages de Jonathan Stroud, chacun d'entre eux a très tôt vécu un drame traumatisant qui le rend vulnérable, mais qui lui a aussi permis de devenir meilleur dans son domaine et de continuer à avancer.

Enfin, Lockwood and Co. se dévore. Sa narration déconstruite menée par la pétillante Lucy rend l'intrigue encore plus mystérieuse et passionnante, et ce premier tome de L'escalier hurleur dévoile un fil rouge qui sera repris dans les prochains volumes de la série et qui nous laisse sur notre faim.

Je n'avais pas envie de quitter Lockwood and Co., mais je m'y suis forcée pour enchaîner avec d'autres lectures qui s'empilaient à coté de mon lit. Je sais que je lirai la suite de la série, parce qu'elle m'a vraiment plu. Ce sera comme d'enfiler un pyjama ultra confortable et se coule sous une couette moelleuse, ce sera un plaisir à la fois exaltant et reposant : comme à chaque fois que je lis un excellent roman, il me fera du bien.

CITRIQ
Rendez-vous sur Hellocoton !