lundi 22 février 2016

Les Nefs de Pangée, de Christian Chavassieux


Sachez que si j'ai délaissé mes prérogatives de blogueuse c'était pour mieux me consacrer à la création de ma librairie, et à toutes les choses que cela implique : créer une clientèle, créer une programmation d'animations pour la faire vivre, entre autres choses... 

L'une de ces choses, c'était d'animer un club de lecture. Oui oui, vous avez bien entendu, un Club de lecture ! C'est comme Glee mais sans le chant, les paillettes et les pom pom girls, et avec un peu plus de café et de thé (et de la bouffe en masse, la Guix aime se goinfrer, mes ses comparses du Club aussi !). Et donc ce n'est pas un club avec des enfants, mais bien un club avec des adultes ! A l'américaine, siouplait. Alors bon, vous devez vous imaginer une bande de vieilles femmes permanentées (style grand-mère Yeta) qui parlent avec amour et passion de 50 nuances de fesses, mais non, il s'agit d'un groupe qui compte en son sein quatre jeunes hommes bien portants et, bon, oui, huit nénettes qui ont tendance à un peu trop aimer les fées et les licornes. Mais qui sont très ouvertes d'esprit ! (On a bien le droit d'aimer les fées et les licornes mais aussi les livres bien trash et les chefs d'oeuvres bien tournés qui te retournent le cerveau, non mais.)

L'un des livres que nous avons choisi au club a été un coup de foudre pour moi, il s'agit de Les nefs de Pangée de Christian Chavassieux, publié au éditions Mnémos. Déjà sa couverture m'avait bien accroché - une peinture de John Martin intitulée Destruction of Tyre et que je trouve juste sublime - , mais en plus les critiques étaient très bonnes.

Les nefs de Pangée, c'est l'histoire d'une civilisation qui va se dérouler sur plusieurs décennies. Les Ghioms vivent paisiblement en Pangée, un continent vaste où cohabitent de nombreux peuples qu'unissent la tradition de la Chasse à l'Odalim - le maître des eaux - créature marine gigantesque très difficile à abattre. Sa mort apporte cohésion et prospérité à tout le continent, alors lorsque la Neuvième Chasse revient bredouille, sa flotte décimée par l'Odalim, c'est tout l'avenir de Pangée qui est menacé. Les Vénérables de chaque peuple décident d'amasser une flotte trois fois plus grosse pour la Dixième Chasse, le dernier échec ayant déjà ébranlé la fragile union des différents ghioms de Pangée une nouvelle débâcle annoncerait des années de guerre et de misère...

Logal, dit "le baclé", second fils de la Vénérable Mère de la grande cité de Basal, part avec les Oracles trouver celui qui deviendra le commandant de la nouvelle Chasse à l'Odalim, pendant que son frère - favoris de leur mère - tente de changer à jamais les traditions de la civilisation ghiom afin de la débarrasser de ses superstitions ancestrales et de la faire évoluer.



Ça, à première vue, c'est ce qu'on appelle de la Fantasy, de la vraie ! Mais Les nefs de Pangée, c'est bien plus que ça. Déjà, c'est une écriture dont je suis tombe amoureuse : une écriture déliée, poétique et enveloppante. Christian Chavassieux est un conteur, et il nous raconte ces années de l'existence de Pangée avec brio. On pourrait largement se perdre dans cette civilisation inconnue qui utilise des termes nouveaux pour définir sa société, les ghioms, l'Odalim et autres particularités propres au roman peuvent dérouter. Mais justement, le style de Chavassieux, avec effectivement de nombreuses descriptions de son univers, nous guide aisément dans ce dédale de références. Le premier tiers du roman est assez contemplatif, il se déroule sur plusieurs années et ne comporte que très peu de scènes d'action. L'auteur pose les bases de son récit, et nous permet justement de mieux comprendre les enjeux de toutes les traditions de la civilisation ghiom. Pangée est composé de peuples avec un folklore très riche et une Histoire nébuleuse que chaque population vient étayer de ses superstitions et ses ouï-dires. A travers les pérégrination de Logan, c'est le continent entier qui se dévoile, et l'étendue de la culture de ses habitants.

Le roman prend de l'ampleur lors du lancement de la nouvelle chasse, le récit se fait plus tendu, les personnages sont enfin face à leur destin et celui-ci repose sur une guerre sans merci avec l'Odalim. Le lecteur comprend mieux à quoi les ghioms font référence lorsqu'ils parlent de ce vénérable monstre marin, qui n'a finalement pas grand chose d'une baleine ! Mais surtout, le lecteur va enfin voir le roman s'engager dans une histoire moins contemplative, et se laisser entraîner dans une succession d'actions qui auront un véritable impact sur le récit d'origine et sur ce qu'il pensait avoir acquit de connaissances sur l'univers de Pangée.

Et c'est là que le roman se différencie largement des autres ouvrages de fantasy, car Chavassieux commence à jouer avec différents genres.

L'oeuvre prend une nouvelle dimension, gonflée par un souffle épique incroyable, et s'achemine tranquillement vers la perfection. Alors certes, il faut dépasser au moins 150 pages pour enfin accéder à cet incroyable retournement de situation, et pour ceux qui n'accrochent ni au style ni à l'univers, c'est chose impossible. Mais pour ceux qui ont la patience d'aller jusque là, ils seront récompensés au-delà de leurs espérances !
Les nefs de Pangée est une oeuvre dense, profonde et lyrique. Sa lecture restera encrée en moi grâce son originalité, elle arrive à se démarquer de ses pairs comme l'a fait avant elle La horde du contrevent ou Gagner la guerre : grâce à une langue émouvante, une trame novatrice et un ensemble harmonieux.

J'ai maintenant envie de lire ses autres oeuvres publiées chez Ménmos, Chavassieux a en effet écrit des romans qui explorent différents genres romanesques : science-fiction pure, roman historique, récit horrifique et j'en passe, il a plus d'une corde à son arc et semble savoir passer d'une forme à l'autre assez habilement.

Pour le moment il s'agit de mon seul coup de coeur parmi les ouvrages du Club de lecture, les autres ne m'ayant pas transcendés (c'est sans compter l'excellent roman graphique de Joshua Cotter Deplasma, oui on choisit des Bd, de temps à autre). Nous sommes là de Michael Marshall fut pénible à lire et Docteur Rat aux éditions Cambourakis m'a laissé une impression mitigée.

Le prochain en date est Techno Faerie de Sara Doke publié aux Moutons électriques. Je suis assez perplexe face à l'ouvrage que j'ai seulement eu le temps de feuilletr pour lemoment, mais je vous en dirais certainement des nouvelles bientôt.

Sur ce, bien fatiguée d'avoir pondu un second article en si peu de temps, je vais reposer un peu mes menottes.

Tchô.






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3 commentaires:

  1. Bonjour et merci (ici, l'auteur). Très sensible à votre enthousiasme ; j'y vois une reconnaissance pour le travail accompli. Permettez-moi deux petites remarques : la cité-capitale de Pangée est Basal (il n'y a pas de Kyrenia dans mon roman), et la chasse qui revient bredouille est la neuvième. Ce sont des détails, mais tant qu'on y est... Merci encore. Bonne chance et beau succès à votre librairie.

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    1. Merci beaucoup pour votre mot :)
      Ces erreurs (honteuses, et j'en suis rouge de confusion) sont réparées! Ma lecture n'est pas fraîche et j'ai confondu avec la grande cité de votre confrère écrivain Gabriel Katz dans "Aeternia", je vous prie donc de m'excuser ! Je ne m'attendais pas en tout cas à être repérée si vite par l'auteur même du bouquin (héhé).
      Et sachez que votre livre a fait forte impression à de nombreuses personnes dans ce Club de lecture.

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  2. Une de mes très grandes lectures de 2015, je ne peux qu'appuyer ce qui est dit ici. Jetez-vous dessus !

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