vendredi 13 mars 2015

Le cercle de Farthing, de Jo Walton


Avant de vous parler de ma dernière lecture en date tout à fait passionnante (titre ci-dessus), juste un petit mot pour rendre hommage à un grand auteur de fantasy, Terry Pratchett.

Il est décédé hier. Tout le monde s'attendait à une fin prématurée, mais lorsque la nouvelle tombe c'est toujours assez rude. 
Il est étonnant de voir le nombre d'articles qui ont fleuri lors de l'annonce de son décès sur des sites d'information qui n'ont jamais écrit son nom dans aucun autre article, jamais voulu rendre hommage à ce génie de la littérature fantastique de son vivant. La Mort fait toujours cet effet là... 
J'espère juste que son départ, qui a fait grand bruit, fera découvrir son oeuvre à plein de nouveaux lecteurs de tous âges et tous horizons.

Je ne suis pas la mieux placée pour en parler, je n'en ai lu que peu. J'aimais beaucoup son imagination, l'humour de ses personnages et l'originalité de son univers, mais je n'ai jamais eu le temps de dévorer ses Annales du Disque-monde en entier, que je n'ai commencé à lire que très tard, lorsque j'étais déjà libraire.
Néanmoins l'un de mes livres préférés au monde reste De bons présages, écrit avec son tout aussi illustre ami Neil Gaiman. J'ai ri aux éclats, eu envie de le lire et le relire encore et encore une fois la dernière page tournée, et n'ai cessé de le conseiller autour de moi et de l'offrir.



Alors voilà, une page se tourne en fantasy, c'est toujours difficile de dire au-revoir à un tel auteur, et de dire au-revoir par la même occasion à tous les personnages et toutes les aventures qui peuplaient son esprit et qui ne demandaient qu'à être couchées sur le papier.
Mais ce n'est pas la fin, il a laissé derrière lui un nombre de lecteurs imprégnés de son humour et de la magie de ses mots, dont certains deviennent eux-même des auteurs.
La fantasy ne cesse de se renouveler, et l'imaginaire n'est pas mort.

Le roman de Jo Walton dont je vais vous parler n'est certes pas aussi drôle que les romans de notre Sir Pratchett, au contraire. Avec Le cercle de Farthing nous entrons dans un récit partagé entre le roman policier et l'uchronie.

Fin des années 40, l'Angleterre et l'Allemagne nazie ont signé un traité de paix en 1941, mettant fin à la Seconde Guerre Mondiale pour les îles britanniques. L'Angleterre ne se mêle plus des affaires du Reich, désormais en guerre contre la Russie et les bolchéviques.
C'est grâce au "Cercle de Farthing", qu'a été signé ce traité, un groupe d'aristocrates et d'hommes politiques qui ont réussi par ce coup d'éclat à évincer le ministre Churchill du pouvoir. Le cercle se réunit à nouveau au domaine Everslay le temps d'un week-end. Lucy Kahn, anciennement miss Lucy Everslay, est invitée avec son mari, David Kahn, riche banquier juif, à ce rendez-vous organisé par ses parents, Lord et Lady Everslay, membres éminents du cercle de Farthing. Mais le week-end de retrouvailles va tourner à l'horreur lorsque le cadavre de Sir James Thirkie, à l'origine du traité de paix avec Hitler, va être retrouvé dans une macabre mise en scène. Une étoile juive est fichée dans son torse à l'aide d'un poignard, et son corps est barbouillé de rouge à lèvre sang.
Tous les soupçons se portent sur le mari de Lucy, source de dissension dans la famille Everslay, qui n'a jamais accepté l'union de leur fille avec un roturier juif.
Confinés dans la demeure jusqu'à la découverte du coupable par l'inspecteur Carmichael, les secrets de famille vont éclater les alliances politiques se dévoiler.



Le cercle de Farthing est un roman glaçant. 
Et si effectivement l'Angleterre n'avait pas été le bastion de la résistance européenne, et si les américains n'avaient pas soutenu les alliés et laissé le Fürher régner sur l'Europe, que se serait-il passé ? 
L'Angleterre, qui a vécu deux années de guerre et vu mourir un nombre de mari, de fils et de frères incroyable, se complait dans cette paix illusoire, ignorant sans remords les atrocités commises sur le continent. L'antisémitisme est un mal qui n'est pas confiné aux pays conquis Hitler, et qui ronge lentement les îles britanniques et son peuple pourtant si ouvert d'esprit et flegmatique. Les évènements qui se passent au sein de la demeure des Everslay sont-ils l'oeuvre de juifs extrémistes ou une machination destinée à déclencher une réaction en chaine, apportant la peur et la haine dans ce pays pourtant neutre et en sécurité ?
La division de la narration entre Lucy et l'inspecteur Carmichael apporte deux visions différentes des évènements, et les éléments que chacun découvre au fil des heures et des jours qui vont suivre le meurtre soulève petit à petit le voile qui recouvre ce mystère.
L'enquête est passionnante, et son développement terrible et effrayant révèle une réalité alternative qui aurait très bien pu exister. Le roman de Jo Walton est très réussi, il m'a réellement beaucoup plu, et je conseillerai aux amateurs d'uchronie, de polar, ainsi que de romans historiques d'y jeter un coup d'oeil et de se laisser happer par l'intrigue.

Maintenant que j'ai découvert Jo Walton, je vais pouvoir me pencher sur son roman Morwenna, paru l'année dernière dans la même maison d'édition, Denoël. Vu les critiques enthousiastes que j'ai lu à son sujet, je ne doute pas qu'il va aussi me plaire !

En attendant, je vais me consacrer à un genre que je découvre (il faut l'avouer), la hard science fiction, avec l'ouvrage de Charles Stross Accelerando, qui paraît le 2 avril aux éditions Piranha. Je vous en dirai des nouvelles !
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dimanche 1 mars 2015

Etiquette et espionnage, de Gail Carriger

Je vous avais déjà parlé de la saga Le protectorat de l'ombrelle. Mélange de Steampunk, de fantastique et d'humour, c'est une série de romans de Gail Carriger que j'avais apprécié, une lecture détente à la fois bien conçue et bien écrite, mais dont le côté "romance" trop appuyé m'avait un peu ennuyé.


Du coup j'ai tenté sa série Le pensionnat de Mlle Geraldine en lisant le premier tome Etiquette et espionnage, paru chez Orbit l'an dernier, et je peux vous dire que j'ai passé un délicieux moment. Alors pour être honnête, celui-ci est plutôt destiné à un lectorat d'adolescents ou de jeunes adultes, mais si vous voulez passer un bon moment de lecture, il peut se lire à tout âge (un peu comme Harry Potter ou Artemis Fowl).

Pour vous conter l'histoire, donc, Sophronia (quel doux nom), jeune fille de bonne famille aux manières désastreuses, se voit envoyée par sa mère dans un pensionnat, histoire de lui apprendre le savoir-vivre afin de devenir une dame du monde. Or, ce que sa mère ne sait pas, c'est que le pensionnat de Mlle Géraldine n'est pas ce qu'il semble être. Certes les professeurs vous apprennent à faire de belles révérences, à servir le thé comme une pro, à accorder votre toilette et à rougir avec grâce, mais aussi comment se protéger des loup-garous et vampires, ainsi que la dissimulation, l'espionnage et l'assassinat en règle. De quoi plaire à Sophronia, au départ bien ennuyée à l'idée de devoir côtoyer de jeunes aristocrates hautaines et futiles.



C'était drôle. Très drôle et bien écrit, l'humour de Gail Carriger, très subtil et décalé, fait toujours mouche, et relève agréablement les aventures de la jeune Sophronia. Mélange de récit d'apprentissage et d'aventure, de fantastique et d'humour, il pourrait conquérir un large public de lecteurs, si ce n'est que son héroïne est une fille, dans un pensionnat de filles (certes de futures espionnes et meurtrières... mais de filles), ce qui déplaira certainement à quelques ados de la gente masculine qui ne pourront pas s'identifier au personnage. Encore une fois je vous exhorte à passer outre le côté féminin du récit, tout l'aspect "manuel du savoir-vivre" de l'histoire et du pensionnat est tourné en ridicule, et est tellement, tellement drôle (les cours pour apprendre à rougir à la perfection, c'est à dire de manière sensuelle et coquette plutôt que d'avoir la face rougeaude et enlaidie, ça m'a fait mourir de rire).

Il faut savoir que l'histoire se passe dans les provinces anglaises d'un XIXème siècle fantasmé : loup-garous, vampires, pirates du ciel dans des dirigeables, domestiques mécaniques, robots tueurs, tout ça agrémente le roman d'un côté fantastique et steampunk, et vu qu'apparement Etiquette et espionnage se déroule dans le même monde que Le protectorat de l'ombrelle, cela permet à l'auteur d'étoffer l'univers de sa première série et de remettre en avant certains de ses personnages à une époque différente. Ce qui pour moi fait une grande différence entre ces deux séries, c'est justement l'absence d'une romance trop lourde (et terriblement prévisible) dans Etiquette et espionnage. Pas de scène de fesse donc, contrairement aux Protectorat de l'ombrelle, public visé oblige. Et c'est très bien comme ça ! On est focalisé sur l'humour de l'auteur et des personnages, et sur l'aventure en elle-même. Le roman n'est pas parfait, certains passages sont un peu rapides (expédiés ?) et auraient demandé un peu plus de développement. Mais ça reste une réussite !

Bref, il sort chez Livre de poche sous peu, je ferais une petite piloute pour pouvoir le conseiller à tour de bras. Et maintenant j'attends la suite, Etiquette et espionnage est une lecture qui fait du bien, ses qualités d'écriture ne gâchent rien au plaisir, alors je ne vais pas me priver.

Et comme les anglophones sont très forts, ils ont fait une chouette bande annonce :



A la revoyure !

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