Accéder au contenu principal

Le cercle de Farthing, de Jo Walton


Avant de vous parler de ma dernière lecture en date tout à fait passionnante (titre ci-dessus), juste un petit mot pour rendre hommage à un grand auteur de fantasy, Terry Pratchett.

Il est décédé hier. Tout le monde s'attendait à une fin prématurée, mais lorsque la nouvelle tombe c'est toujours assez rude. 
Il est étonnant de voir le nombre d'articles qui ont fleuri lors de l'annonce de son décès sur des sites d'information qui n'ont jamais écrit son nom dans aucun autre article, jamais voulu rendre hommage à ce génie de la littérature fantastique de son vivant. La Mort fait toujours cet effet là... 
J'espère juste que son départ, qui a fait grand bruit, fera découvrir son oeuvre à plein de nouveaux lecteurs de tous âges et tous horizons.

Je ne suis pas la mieux placée pour en parler, je n'en ai lu que peu. J'aimais beaucoup son imagination, l'humour de ses personnages et l'originalité de son univers, mais je n'ai jamais eu le temps de dévorer ses Annales du Disque-monde en entier, que je n'ai commencé à lire que très tard, lorsque j'étais déjà libraire.
Néanmoins l'un de mes livres préférés au monde reste De bons présages, écrit avec son tout aussi illustre ami Neil Gaiman. J'ai ri aux éclats, eu envie de le lire et le relire encore et encore une fois la dernière page tournée, et n'ai cessé de le conseiller autour de moi et de l'offrir.



Alors voilà, une page se tourne en fantasy, c'est toujours difficile de dire au-revoir à un tel auteur, et de dire au-revoir par la même occasion à tous les personnages et toutes les aventures qui peuplaient son esprit et qui ne demandaient qu'à être couchées sur le papier.
Mais ce n'est pas la fin, il a laissé derrière lui un nombre de lecteurs imprégnés de son humour et de la magie de ses mots, dont certains deviennent eux-même des auteurs.
La fantasy ne cesse de se renouveler, et l'imaginaire n'est pas mort.

Le roman de Jo Walton dont je vais vous parler n'est certes pas aussi drôle que les romans de notre Sir Pratchett, au contraire. Avec Le cercle de Farthing nous entrons dans un récit partagé entre le roman policier et l'uchronie.

Fin des années 40, l'Angleterre et l'Allemagne nazie ont signé un traité de paix en 1941, mettant fin à la Seconde Guerre Mondiale pour les îles britanniques. L'Angleterre ne se mêle plus des affaires du Reich, désormais en guerre contre la Russie et les bolchéviques.
C'est grâce au "Cercle de Farthing", qu'a été signé ce traité, un groupe d'aristocrates et d'hommes politiques qui ont réussi par ce coup d'éclat à évincer le ministre Churchill du pouvoir. Le cercle se réunit à nouveau au domaine Everslay le temps d'un week-end. Lucy Kahn, anciennement miss Lucy Everslay, est invitée avec son mari, David Kahn, riche banquier juif, à ce rendez-vous organisé par ses parents, Lord et Lady Everslay, membres éminents du cercle de Farthing. Mais le week-end de retrouvailles va tourner à l'horreur lorsque le cadavre de Sir James Thirkie, à l'origine du traité de paix avec Hitler, va être retrouvé dans une macabre mise en scène. Une étoile juive est fichée dans son torse à l'aide d'un poignard, et son corps est barbouillé de rouge à lèvre sang.
Tous les soupçons se portent sur le mari de Lucy, source de dissension dans la famille Everslay, qui n'a jamais accepté l'union de leur fille avec un roturier juif.
Confinés dans la demeure jusqu'à la découverte du coupable par l'inspecteur Carmichael, les secrets de famille vont éclater les alliances politiques se dévoiler.



Le cercle de Farthing est un roman glaçant. 
Et si effectivement l'Angleterre n'avait pas été le bastion de la résistance européenne, et si les américains n'avaient pas soutenu les alliés et laissé le Fürher régner sur l'Europe, que se serait-il passé ? 
L'Angleterre, qui a vécu deux années de guerre et vu mourir un nombre de mari, de fils et de frères incroyable, se complait dans cette paix illusoire, ignorant sans remords les atrocités commises sur le continent. L'antisémitisme est un mal qui n'est pas confiné aux pays conquis Hitler, et qui ronge lentement les îles britanniques et son peuple pourtant si ouvert d'esprit et flegmatique. Les évènements qui se passent au sein de la demeure des Everslay sont-ils l'oeuvre de juifs extrémistes ou une machination destinée à déclencher une réaction en chaine, apportant la peur et la haine dans ce pays pourtant neutre et en sécurité ?
La division de la narration entre Lucy et l'inspecteur Carmichael apporte deux visions différentes des évènements, et les éléments que chacun découvre au fil des heures et des jours qui vont suivre le meurtre soulève petit à petit le voile qui recouvre ce mystère.
L'enquête est passionnante, et son développement terrible et effrayant révèle une réalité alternative qui aurait très bien pu exister. Le roman de Jo Walton est très réussi, il m'a réellement beaucoup plu, et je conseillerai aux amateurs d'uchronie, de polar, ainsi que de romans historiques d'y jeter un coup d'oeil et de se laisser happer par l'intrigue.

Maintenant que j'ai découvert Jo Walton, je vais pouvoir me pencher sur son roman Morwenna, paru l'année dernière dans la même maison d'édition, Denoël. Vu les critiques enthousiastes que j'ai lu à son sujet, je ne doute pas qu'il va aussi me plaire !

En attendant, je vais me consacrer à un genre que je découvre (il faut l'avouer), la hard science fiction, avec l'ouvrage de Charles Stross Accelerando, qui paraît le 2 avril aux éditions Piranha. Je vous en dirai des nouvelles !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog

Édification d'un rêve, ou la librairie fantastique.

Dessin de Tom Gauld Combien de fois dans mon entourage (le peu qui lisent mes chroniques en diagonale) m’a demandé quels étaient ces plans « top secrets » dont j'ai fait état dans plusieurs de mes billets. Ceux qui m'ont posé la question sans détour ont obtenu l'information claire et définitive que je partage avec vous ici : je veux créer ma boîte. Je vous ai déjà parlé avec nostalgie et envie de mes rêves. Depuis mon adolescence je fantasme sur cette possibilité. J’ai vécu dans le rêve brumeux et cotonneux de posséder ma propre librairie. Je l’ai imaginée, décorée, rempli et re-imaginée des centaines de fois. Parfois elle ressemblait à l’ancien local de la librairie Imagin’ères à Toulouse, une toute petite pièce au plancher craquant et aux étagères ployant sous des rayonnages de livres de SF, la musique de Loreena McKennit se mêlant aux effluves de patchouli. Parfois elle ressemblait au Forbidden Planet de Londres, gigantesque, fournissant profusion de Bds

La singulière tristesse du gâteau au citron - Aimee Bender

Ça fait un bout de temps que mes doigts n’ont pas effleuré le clavier. Je me laisse aller les amis. Pourtant j‘en ai des choses à raconter, mais bon, que voulez-vous, je passe trop de temps dans mes pensées et dans mes livres, ou bien à gratter le bedon du félidé. Tenez récemment j’ai lu un livre au titre plus qu’improbable, La singulière tristesse du gâteau au citron aux éditions de l'Olivier. Non, ce n’est pas Katherine Pancol, mais je vous accorde qu’elle aurait pu être l’auteur de ce titre fantaisiste. Nous n’oublierons jamais Les yeux jaunes des crocodiles , La valse lente des tortues , mais surtout le fameux Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi (et seulement le lundi, car Katherine Pancol détient une vérité ultime et dérangeante de la vie des écureuils New-yorkais). L'auteur se nomme Aimee Bender, et ce quatrième roman génialissime est celui qui l'a fait connaître outre-Atlantique. Mais allez plus loin que le titre, et plus loin que ce

Les visages, de Jesse Kellerman

Des Visages et des Cracke Il y a seulement deux semaines, je montais ma nouvelle bibliothèque Expedit de chez Ike* toute seule ! Non, le félidé n'a toujours pas de pouces opposables et n'en branle pas une ramée pour monter nos meubles,  sur lesquels il adore se prélasser, au passage ! Crénom j’en étais fière. Il faut considérer que j’avais passé ma semaine à déménager, empaqueter, porter des cartons, monter des meubles, pousser des meubles, bref mes petits muscles étaient déjà en souffrance. J’ai donc monté cette bibliothèque seule, moi petit être frêle, (je dis Shu* u* aux mauvaises langues qui pensent déjà « pfff vas-y trop facile moi j’t’en monte 10 quand tu veux là ! » ouais ben allez-y, ça fait mal aux mains d’enfoncer des petits bitoniaux en bois à fond !) parce qu’il fallait bien que je case mes derniers cartons de livres. Ils trainaient par terre, et je déteste ça (au contraire le félidé avait élu domicile dans les cartons, la truffe enf