samedi 11 octobre 2014

Espoirs et déboires d'une aspirante libraire


Depuis le temps que je vous bassine avec mon rêve de création d'une librairie !

Pour certains, c'est encore pire que pour vous, je leur pète les bu... enfin je les emmouscaille légèrement depuis le lycée, où je me planquais constamment pour lire dans tous les recoins de l'établissement. Une fille le cul par terre, dos collé au mur, mèches de cheveux devant les yeux et livre en main ? C'était moi. J'imaginais déjà les lieux, le fauteuil rouge et douillet prêt à accueillir le client (ou la libraire, plutôt...), les étagères croulantes, la musique de Loreena McKennit. Je me cassais la tête à chercher un nom accrocheur, une identité à cette librairie qui hantait mes pensées jour et nuit.

Ça n'a pas changé, après mes études spécialisées, après mon apprentissage, après mes années de jeune libraire sous-payée, j'en suis encore là, à imaginer les travaux, la déco, le fonds, la musique, jusqu'à la marque du thé que j'offrirais à mes clients. Mais aujourd'hui je le fais avec une boule au ventre, la peur de ne pas y arriver, car je me suis imposée Paris comme destination, et les propriétaires de locaux commerciaux comme les banques ont décidé d'en faire baver à notre joyeuse génération. Les garanties demandées sont beaucoup plus lourdes qu'il y a dix ou vingt ans et les prix de vente et de location en feraient pâlir plus d'un. 

Business Plan, Etude de marché, Cautions Bancaires, Fonds Bloqués, Caution Solidaire, Droit au Bail, Fond de Commerce, Trésorerie, Bilan, Financement...Tous ces mots tourbillonnent désormais au milieu de mes rêves d'ado et de jeune adulte, pourrissant petit à petit l'optimisme qui m'a toujours porté.

Depuis le mois d'avril, je me suis mise au chômage pour pouvoir profiter des prêts gouvernementaux et des aides sociales pour les jeunes et les créateurs d'entreprise (et heureusement qu'ils existent, déjà que les jeunes français ne veulent pas entreprendre, sans ça on se serait tous barrés). Je profite du système pour pouvoir mieux lui rendre après. Pour ça je gagne pire que des clopinettes en espérant un jour faire des bénéfices dans mon commerce et avoir enfin une vie décente, sans me laisser submerger par le SMIC inévitable des employés de ce métier.

Heureusement que c'est un beau métier, heureusement que c'est une passion, une vocation diraient certains... Heureusement que je suis jeune, bien entourée, aimée et encouragée, car il serait facile de se laisser abattre et de tout laisser tomber. Sachez juste qu'il faut avoir le dos solide pour entreprendre ce que nous avons décidé d'entreprendre (et dans tous les sens du terme!), parce que c'est à vous coller des insomnies et à vous rendre dingue toute cette paperasse administrative. C'est le stress, l'attente, de savoir si le bailleur vous rappellera, de savoir si la banque vous soutiendra... si quelqu'un vous donnera une chance, vous tendra la main.

Revoir d'anciens collègues, me promener dans des librairies inconnues et ressentir leur charme désuet et cette odeur d'encre et de papier reconnaissable entre toutes, me plonger dans des romans que j'ai toujours voulu lire mais n'ai jamais pu ouvrir lorsque je croulais sous le travail, toutes ces choses me font garder espoir qu'un jour un autre rêveur passionné passera dans ma librairie et sentira cette odeur de livre avec le même enchantement que moi.

Voilà, pour ceux qui se posaient la question, où j'en suis. Si je suis chanceuse, peut-être ouvrirais-je une librairie en 2015. Et j'espère que tous ceux qui ont eu un jour plaisir à lire un article sur ce blog passeront me voir et que j'aurais à mon tour le plaisir de les écouter.


Luke Pearson

PS : Pour ceux que ça intéresse les romans qui j'ai fini par ouvrir, petit récapépète de mes lectures fantastiques sur Senscritique juste > <.


Rendez-vous sur Hellocoton !