mardi 28 janvier 2014

Nosfera2, de Joe Hill


Ce que j'aime dans un roman, c'est être surprise. C'est l'imagination fertile et parfois insaisissable des auteurs, qui sont capables de faire germer des situations et des personnages hors du commun, et qui vont bien au-delà des limite de ma propre imagination.

Quand je rencontre l'imaginaire de ces auteurs, je prends mon pied. J'ai un souvenir excellent de l'imaginaire foutraque du génialement taré Warren Ellis dans son roman jouissif Artères souterraines, paru au Diable Vauvert il y a quelques années, et enfin édité au livre de poche en ce début d'année. Je transmets sa bonne parole en camouflant la trashitude de son récit par une caution "humoristique", la pile se vend comme des petits pains, et j'espère ainsi les emmener dans l'esprit détraqué d'un auteur peu ordinaire.

Mais ce n'est pas d'Artères Souterraines que je veux parler ce soir. J'ai englouti avec joie le roman d'un dénommé Joe Hill sorti il y a quelques jours aux éditions Lattès. Nosfera2, roman fantastique hors norme, fut réellement pour moi la confirmation du talent de ce jeune auteur au nom inconnu mais à l'héritage génétique fameux... puisque Joe Hill n'est autre que le fils de Stephen King.






Nosfera2, le titre évoque le teint livide et le faciès inquiétant du vampire du film muet des années 20, mais Nosfera2 (ou Nosf4a2 en anglais) ne parle pas d'un véritable vampire...



Joe Hill nous raconte l'histoire de deux personnages, celle de Victoria, petite fille intrépide qui file sur son vélo de course à folle allure et capable grâce à lui de retrouver les choses perdues, bracelets oubliés, photos cachées ou chats disparus, car ses envolées sur son vélo et sa volonté à toute épreuve lui ouvrent les voies du "raccourci", un chemin qui prend racine dans son imaginaire mais lui permet de faire un pont entre les choses disparues et la réalité. C'est ce pouvoir de l'esprit extraordinaire qui va l'amener à croiser la route de Charles Manx, tueur en série, kidnappeur insaisissable qui cueille les enfants à bord de Rolls-roys de 1938 et disparaît à jamais sur la route de "Christmasland", pays issu de son esprit tordu où les enfants vivent un Noël éternel et restent heureux à jamais.

De leur rencontre va naître le roman inclassable de Joe Hill, cette confrontation d'une violence inouïe et d'un surréalisme oppressant entre deux êtres abimés par les pouvoirs issus de leurs esprits prodigieux. Victoria, elle, paye ses courses folles dans le "raccourci" par des migraines vertigineuses et sombre dans une folie auto-destructrice, alors que Manx troque son âme contre le bonheur malsain de l'innocence éternelle par le biais le plus abject qu'il soit. Dès lors que Victoria va croiser Charles Manx, leurs destinées vont se mêler, et s'entrelacer pour le meilleur ou le pire sur de nombreuses années.



Ce résumé n'est que la partie immergée de l'histoire, celle que je peux raconter sans trop en dévoiler sur le roman en lui-même. Et contrairement à ce que cela peut laisser penser, il n'y a rien de manichéen dans cette confrontation entre ces deux personnages, qui sont tous les deux des personnages en demi-teinte. Charles Manx, bien qu'étant tout de même le méchant de l'histoire, n'est pas aussi transparent qu'il en a l'air, et Victoria, au premier abord héroïne courageuse, n'est pas aussi forte qu'elle le paraît. Chacun a été abîmé par la vie de manière différente, et chacun lutte contre ses démons grâce à ses aptitudes fantastiques. Celles de Charles Manx le poussent à devenir l'être ignoble que va croiser Victoria, pour survivre et faire perdurer un semblant de bonheur, alors que celles de Victoria vont la pousser à douter de ses propres capacités mentales et son héroïsme la faire chuter dans l'aliénation.

Victoria n'est pas une héroïne habituelle, pétrie de bonnes intentions et réellement courageuse. Ce sont son audace et ses fêlures qui vont la pousser à se dépasser et à découvrir son talent particulier. Car Victoria est une jeune fille, puis une femme, au caractère bien trempé, aux bras noircis de tatouages de motards et à l'esprit rebelle et aventureux, mais au fond surtout une nana complètement paumée, incapable de s'assumer réellement. Ca fait du bien de voir ce genre de perso principal, un peu bad-ass, totalement désabusé, qui ne tombe pas dans la caricature complète, un héros vraiment original. Et ce que j'ai aimé des personnages du roman de Joe Hill, c'est qu'ils ont tous cette ambiguité, ce défaut majeur qui fait d'eux des êtres imparfaits, plus palpables et plus intéressants.



Il faut dire aussi que Joe Hill sait rendre son roman intéressant, instillant un fantastique angoissant, il arrive à rendre le lecteur mal à l'aise par ses descriptions ignominieuses des exactions de Charles Manx et de son complice, un être fou et complètement répugnant à l'intellect d'un gamin de cinq ans mais à la perversité sans limite. Il arrive à rendre son roman gênant par la violence parfois extrême de ses propos et de ses personnages, mais aussi terriblement fascinant. Et lorsque le récit bascule du fantastique à l'horreur, je ne peux pas m'empêcher de me dire qu'il a hérité du talent de son père, un talent qu'il a fait totalement sien. J'ai adoré les références culturelles et littéraires qu'il a parsemé tout au long de roman, notamment les mentions subtiles mais géniales à son oeuvre Locke & Key, BD horrifique que je conseille au plus grand nombre, et qui était déjà pour moi la preuve de son génie scénaristique. (et je ne parle pas des autres références concernants la culture comics, la littérature anglo-saxonne, et autres références geeks qui jalonnent le roman, jouissif)



Une illu de Manx assez flippante piquée là : http://joehill.fr/


Je n'en dirais pas plus sur ce roman complètement déglingué, que je vous conseille juste de lire si vous voulez prendre votre pied. Pour ma part c'était une parenthèse bienvenue dans la complexité actuelle de ma situation. Pour tout vous dire, je passe mon temps entre mon boulot où je ne travaillerai bientôt plus (en mars, ouf), et où ma motivation me déserte (forcément, à la fin on est toujours impatient de s'en aller et on a plus envie de bosser!) et mon projet d'ouverture de librairie, projet phagocytaire, qui mange tout mon temps libre et m'obsède 24h sur 24. La recherche de locaux sur Paris est particulièrement ardue, mais pour ceux qui pensent nous voir échouer ou abandonner, sachez que nous sommes patients et confiants, et qu'on a hâte de vous accueillir dans notre cocon de librairie. On prendra le temps qu'il faut !

A bientôt, donc, pour de nouvelles aventures !

CITRIQ
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dimanche 12 janvier 2014

Des nouvelles fraîches



Deux mois plus tard, me revoilà ! (Bonnanéééé !) Oui, j'ai un peu délaissé l'écriture en cette fin d'année 2014. J'ai même délaissé la lecture en fait. J'ai passé mon temps la tête dans mes projets, et j'étais trop occupée par le mois décembre qui est un mois difficile dans le commerce, comme vous pouvez vous en douter : heures supplémentaires, plus de fatigue et moins de temps pour soi-même. Ce fut un mois difficile de différentes façons (confrontation façon Far West avec ma boss, stress de la foule des clients de Noyel...), mais un mois qui m'a ouvert les yeux sur l'urgence d'ouvrir mon propre commerce, c'est pourquoi les choses s'accélèrent et mon associé (J.) et moi sommes en train de chercher des locaux ! Nous espérons voir notre librairie ouvrir ses portes au grand public en septembre prochain alors croisons les doigts et touchons du bois.

J'essaye de garder un certain rythme de lecture mais je suis complètement dépassée par la production du moment et ma motivation pour lire des livres qui ne sont ni de la Sf ni de la Bd est égale à zéro. Malgré tout je peux vous faire un petit topo de mes dernières lectures depuis novembre, histoire de vous dire ce que j'ai aimé, bien que la liste ne soit pas très longue.


American Desperado de Evan Wright et Jon Roberts (Ed. 13ème note)
Ce n'est pas un roman, c'est plutôt le résultat d'une collaboration entre Evan Wright, journaliste, et Jon Roberts, ancien mafieux New Yorkais dont le CV ferait pâlir Scorsese et Robert De Niro dont les frasques cinématographiques ne sont pas très éloignées ! Car oui, Jon Roberts, aujourd'hui la soixantaine et retiré de ses affaires d'affranchi italiano-new-yorkais, était un very very bad boy, un beau salopard sans foi ni loi qui n'a jamais eu peur de se salir les mains et qui n'a pas beaucoup de regrets sur toutes les horreurs qu'il a pu accomplir durant sa "carrière". Le récit alterne entre le témoignage de Jon Roberts et certains de ses amis, et les interventions d'Evan Wright qui remet les souvenirs de Roberts en perspective (vérifiant leur véracité avec professionnalisme) et indique au lecteur son ressenti sur le personnage au fil de leurs rencontres. Le livre suinte de noirceur et de cette atmosphère sombre qui entoure les affaires de la mafia italienne aux Etats-Unis, mais on se délecte (avec un peu de culpabilité) de l'Histoire de la mafia qui apparaît en filigrane des années 50 aux années 90, et c'est en partie dû à la narration très fluide et très efficace utilisée dans le livre, qui se rapproche presque plus du roman que du témoignage. Un très bon ouvrage pour les amateurs du genre !

CITRIQ





Comment j'ai cuisiné mon père, ma mère et retrouvé l'amour, de S.G. Browne ( Ed. Mirobole)
Le titre n'est pas très attirant, mais le roman était jouissif ! Oubliez les zombies terrifiants de Romero, oubliez les légumes de Walking Dead, dans l'univers de Browne il est finalement assez courant de se réveiller à la morgue ou dans son cercueil après son embaumement. Malheureusement, la banalité de la chose ne rend pas la vie des zombies plus facile. Bien qu'ils ne mangent pas de chair humaine, ils sont rejetés par le système qui a du mal avec le fait qu'ils sont cliniquement mort, qu'ils se putréfient et qu'ils ne respirent plus. On leur ôte donc leur accès à l'emploi, aux soins médicaux, mais surtout on les prive du droit de se promener parmi les vivant, car si un zombie est attrapé à errer seul dans la rue il risque... petit un : d'un bon jet de tomates ou pire, petit deux : de se retrouver à la fourrière ou comme cobaye dans un labo, petit trois de se faire démembrer par des Frats Boys bourrés voire immoler dans une poubelle. La vie n'est donc pas rose, mais notre héros, Andy, a décidé de lutter pour ses droits !
C'est donc un roman de zombie humoristique, qui m'a beaucoup fait rire et que j'ai trouvé original dans une production où le zombie est roi mais ne varie pas souvent d'un iota. Je ne sais pas si les amateurs de zombies y trouveront leur compte, mais dans mon cas j'ai passé un excellent moment !

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Guerre & Guerre de Laszlo Krasznahorkai (Ed. Cambourakis)
Je ne suis pas sûre d'arriver à raconter correctement l'histoire de Guerre & Guerre (pour tout avouer je ne suis pas sûre d'avoir tout compris), ce roman empreint d'une folie difficilement mesurable. Dans une province de Hongrie, Korim, archiviste, découvre un manuscrit qui va bouleverser sa vie. Il n'en saisit pas le sens, mais les mots, les personnages, tout le décide à changer de vie, et surtout à trouver un moyen de le rendre immortel et accessible au nombre le plus grand. Pour ça, quoi de mieux que de se rendre dans le centre actuel du monde, New-York, la ville de tous les possibles. C'est sans compter la folie obsessionnelle qui anime Korim, homme étrange au discours incompréhensible, et les obstacles qu'il va devoir surmonter avant d'arriver à rendre ce manuscrit éternel en lui donnant sa propre vie. Guerre & guerre c'est l'écriture intense de Laszlo Krasznahorkai (à vos souhaits), son imaginaire décalé, son prophète insensé, son texte alambiqué et incompréhensible qui pour moi n'a pas besoin d'avoir un sens pour prouver sa beauté et sa puissance. Encore un roman de l'absurde qui m'a fasciné d'un bout à l'autre, dérivant sans logique entre l'onirisme et le réalisme sinistre, tout ça pour la beauté de la littérature ! Bref, un indispensable pour les gros lecteurs et autres érudits en quête d'une littérature originale et essentielle.

CITRIQ

Je vais m'arrêter là, mais sachez que je me remets à lire, je viens de finir le nouveau Ron Rash, Une terre d'ombre, magnifique roman sur la superstition et les horreurs extrêmes causée par l'ignorance de l'homme, et j'ai entamé un Brandon Sanderson en SF, le nouveau et terrifique Joe Hill (génial fils du King) ainsi qu'un roman de moeurs russe aux éditions Heros limite.

Je vous en dirait des nouvelles bientôt ;) En attendant, je m'en vais rechercher mes locaux et plancher sur le logo de la future librairie, celle où vous avez intérêt à venir nous dire bonjour quand elle sera ouverte !

PS : peut-être avez-vous remarqué les petites images disant "d'autres critiques pour ce livre sur Citriq" (nooon, si peu), un site partenaire sur lequel sont recensés beaucoup de critiques écrites sur des blog littéraires ! Allez-y voir ;)
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