lundi 18 novembre 2013

Le phénomène Stephen King


Il faut bien que je parle du phénomène qui agite Paris depuis une semaine, qui déclenche l'hystérie de la presse et des fans de toute l'Europe, le master de la littérature d'horreur et du fantastique vient faire son Tour dans la capitale française, et ce pour la première fois depuis 40 ans d'existence littéraire ! J'ai nommé Stephen King, bien sûr.


Pour tout vous dire, j'ai eu la formidable opportunité d'être invitée au Grand Rex pour la conférence qui lui a été consacrée, en ma qualité de libraire bien entendu. J'ai donc eu droit après le boulot - moi et 40 autres personnes - à un petit cocktail privé avec l'auteur, arrosé de vin et de petits fours frais, pendant lequel j'ai eu l'occasion de faire ma groupie. Sauf que je ne suis pas une groupie. Déjà je ne suis plus groupie de rien depuis que j'ai dépassé l'adolescence (quand je vois un auteur/acteur/chanteur connu dans la rue j'ai tendance à faire comme si j'avais une crotte de chien collé aux basques lorsqu'il passe à côté de moi, histoire d'éviter tout eye contact, et je déteste faire me faire dédicacer un livre, je préfère l'offrir), mais surtout je ne suis pas la plus grande fan de Stephen King. je n'en ai lu que trois. Le quatrième est à peine en cours de lecture, il s'agit du fameux Docteur Sleep paru au début du mois et qui prolonge l'histoire du fameux et génial Shining.



Je garde un souvenir très net de mon frère lisant Stephen King pendant son adolescence. C'est un fait qui m'a marqué, et je ne sais pas pourquoi j'ai attendu si longtemps avant de lire mon premier Stephen King, La ligne verte, quand j'étais en DUT, à 19 ans.

Peut-être si, comme certains de mes confrères libraires, j'avais lu Carrie à l'âge de 9 ans, ou Ça à l'âge de 14 ans, peut-être aurais-je pu lui dire comme certains l'ont fait samedi soir dernier, "vous m'avez foutu la trouille de ma vie pendant mon adolescence" ou bien "à cause de vous j'ai peur des clowns".
Mais je n'ai pas pu. Déjà parce que La ligne verte ne m'a pas foutu une trouille bleue, il fait partie de ses romans non-horrifiques, bien que certaines situations soient assez horribles - on ne peut pas dire que le couloir de la mort ne fasse pas peur du tout, mais c'est plutôt un roman qui m'a troublé et fait chialer comme une madeleine (...Mister Jingle!), et que j'ai adoré pour son mélange de réalisme (les prisons américaines dans les années 30) et de fantastique (le pouvoir de John Caffey).

Puis en début d'année j'ai finit par lire le 22/11/63, l'ouvrage de Stephen King qui parle de l'assassinat de Kennedy. Dedans, son héros se sert d'une brèche dans le temps pour retourner en 1958 et prévoit d'empêcher l'assassinat du président pour changer à jamais la face des Etats-Unis. Seul le côté voyage dans le temps impose le roman dans la veine fantastique, mais c'est aussi un prétexte pour nous raconter la vie quotidienne aux Etats-Unis à la fin des années 50 et décrypter toute une époque.

Puis, j'ai entendu parler de Docteur Sleep, et je me suis dit qu'il était temps de rattraper le temps perdu, alors pendant mes vacances dernières je me suis plongée dans Shining, dans la folie de Jack Torrence et la magie du petit Danny.
Autant vous dire que j'ai adoré ma lecture, mais que je n'ai ressenti la peur. j'ai eu peur d'avoir peur, la nuance est là, mais finalement, moi qui suis terrorisée par les films d'horreur et qui garde un souvenir angoissant du film de Kubrick vu épisodiquement quand j'étais petite, je n'ai pas été effrayée plus que ça par le roman. J'ai ressenti un brin d'angoisse à certains moments (lorsque les buissons taillés l'attaque ou lorsque Jack, enragé, poursuit sa femme) mais je n'ai pas eu cette peur qui semble avoir marqué plusieurs générations de lecteurs. Ce qui m'a le plus marqué c'est ce scénario de dingue imaginé par Stephen King, cette folie qui s'empare du personnage au fur et à mesure du roman, et cette famille qui sombre dans l'horreur en quelques semaines à peine.
Bien-sûr, Shining a été évoqué durant la conférence au Rex. Pendant cette conférence, j'ai été sous le charme de cet auteur, simple, souriant, plein d'esprit et d'humour, d'une grande modestie, et je me suis dit que j'avais raté quelque chose en attendant autant, même si je ne regrette pas de me plonger aujourd'hui dans ses romans. (Je préfère ne parler que de lui et pas franchement des questions posées par Augustin Trapenard - ou plutôt Traquenard - totalement à côté de la plaque pendant toute la soirée, ni de l'intervention en règle générale nullissime des gens du public - dédicace au thésard puant de Stephen King qui s'est fait son auto-promo pendant la soirée avec un culot effroyable)
Je me sentais néanmoins moins légitime sur notre balcon VIP que ces centaines de personnes qui avaient acheté leurs billets dès le premier jour et qui suaient de peur et d'excitation sur les micros que leur passaient les hôtesses du Rex pour qu'ils puissent poser leurs questions de fan incontestés. Moins légitime aussi que mes confrères libraires qui me disaient "je le lis depuis mes douze ans". Mais j'étais très heureuse de pouvoir participer à cet événement, et surtout très heureuse de pouvoir l'entendre parler, cet homme très charismatique, ce showman, ce conteur né.



De plus, même si je dois dire que j'ai adoré ses romans, je dois bien admettre que c'est un fabuleux conteur d'histoire mais que son style n'est pas le plus inoubliable du monde. Mais qu'importe, ce qu'on lui demande c'est des histoires, du frisson, de l'horreur, du fantastique, de l'émotion, et même si toute son oeuvre ne semble pas être égale, il possède un indéniable talent, et il est enfin heureux que la France lui ait accordé une place aussi grande au Rex samedi soir, après ces 40 années d'enchantement littéraire.

Mais tout le monde ne semble pas penser de la même façon, car même si la France semble avoir anoblit celui qu'elle considérait comme un auteur de romans de gare depuis la sortie de 22/11/63, même si elle lui a accordé une importante place dans l'actualité de la semaine dernière et a fait les choux gras de sa venue en France, il reste un auteur sous-estimé et méprisé par certains.
Dimanche matin, je travaillais dans ma librairie actuelle, et il se trouve qu'une cliente régulière du magasin s'est permis d'aller voir mes collègues en caisse pour se plaindre de notre vitrine consacrée à l'auteur. Il semble que ma librairie actuelle (qui possède de nombreuses vitrines, il n'y avait donc pas que Stephen King d'exposé) a habitué les clients à une autre envergure littéraire, et que cette vitrine écorne l'image de la boutique et horripile la clientèle qui en a par-dessus la tête du battage qu'on fait autour de ce "Stephen King". Il ne mérite pas, donc, qu'on lui consacre une vitrine, et il serait de meilleur ton d'améliorer notre sélection.
Je n'étais pas là lors de cette plainte, et c'était peut-être mieux ainsi, parce que c'est le genre de discours élitiste et coincé du derrière qui me tape sur les nerfs et me fait exploser. C'est un discours honteux, méprisable et déplacé. Qui sont ces gens pour estimer ce qui est légitime comme littérature, qui sont ces gens pour juger ? 

Je vous ai déjà fait part de mon ouverture pour la littérature grand public, et un auteur grand public ne veut pas forcément dire un mauvais auteur. Un auteur qui fait rêver autant de monde en 40 ans, comme l'a fait Stephen King, qui a déclenché des vocations d'écrivains comme Maxime Chattam, et qui fait lire des millions de lecteurs ne devrait pas être décrié ainsi. Je sais que nous-même parfois, en tant que professionnels, sommes assez sévères avec certains auteurs, je pense à Marc Levy ou Guillaume Musso qui s'en prennent plein la poire chaque année. Il n'empêche que nous offrons la possibilité à nos lecteurs de venir les chercher chez nous, nous les mettons en avant sur notre table car nous savons qu'ils possèdent un lectorat fidèle, qu'ils font lire des gens, et qu'un romancier qui insuffle l'envie de lecture à quelqu'un n'est jamais bon à jeter. Bien-sûr il faut s'adapter à la clientèle de son quartier, mais je suis contre cet élitisme environnant qui gangrène les intellectuels parisiens, et au vu des ventes actuelles de nos livres de Stephen King, je pense qu'une majorité de mes clients approuve mes propos.

Rendons-donc hommage à Stephen King, un conteur, un amuseur, à qui l'on doit tout de même une oeuvre conséquente qui laissera toujours une empreinte indélébile dans le monde de la littérature.

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lundi 11 novembre 2013

Le livre et l'épée T.1 - La Voie de la Colère, d'Antoine Rouaud

Je me rends compte en vieillissant (du haut de mes 25 balais…) que je me tourne de plus en plus vers des genres littéraires plus variés. Mais je n’oublie pas pour autant celui qui m’a donné l’amour de la lecture lors de ma pré-puberté (à l'époque de ma chevelure de Guenièvre, de mes nattes de hippie et de mes pantalons qui traînaient au sol), la Fantasy.

J’étais effectivement une grande fan de Fantasy, je dévorais les Robin Hobb, j’avalais les Raymond E. Feist, je boulottais les David Gemmell, Tad Williams, Guy Gavriel Kay, David Eddings et autres grosses pointures du genre. Mais récemment, j’ai du mal à trouver chaussure à mon pied en matière de Fantasy. J’ai écumé pas mal d’océans littéraires, et souvent mes nouvelles lectures dans ce genre précis me semblent trop banales, sans grande évolution. Bien-sûr surgissent des romans géniaux, des textes originaux qui bouleversent mon monde et s’inscrivent dans le Top of the Pop Guixxxéen, mais ce sont des événements isolés, rares, qui arrivent en général une fois tous les 18 mois (je fais une moyenne, comme ça, au pif, mais moi et les chiffres vous savez, si mon plan financier pouvait parler il vous dirait à quel point je le maltraite en ce moment, lui et moi on s’y arrache les cheveux.), mais citons-les tout de même, Gagner la guerre de Jean-Philippe Jaworski, ou Le nom du vent de Patrick Rothfuss, sans oublier Kushiel de Jacqueline Carey.

Donc maintenant c’est avec quelque appréhension que je me penche sur la lecture d’un roman de Fantasy, et il m’arrive régulièrement de le finir avec difficulté, comme ce fut le cas pour Les lames du Cardinal de Pierre Pevel, ou carrément de le refermer dès la cinquantième page, mes plates excuses à Joe Abercrombie pour le discutable Servir Froid.
C’est pourquoi je m’étonne moi-même en vous disant que j’ai vraiment apprécié la lecture du premier volume de la trilogie Le Livre et l'Epée, La Voie de la Colère, d’Antoine Rouaud, paru en octobre aux éditions Bragelonne.

J’avais des doutes, je dois le dire, vu que mes dernières lectures chez Bragelonne en Fantasy ne m’ont pas emballé des masses. Donc voir arriver ce jeune auteur français, de Nantes s’il vous plait, m’intriguait. De plus, Bragelonne m'alléchait en agitant sous mon nez sa sortie simultanée dans une dizaine de pays (il a été traduit avant sa parution en français) et en vantant ses qualités à grand renfort de communication.



Le roman commence en l’an 10 après la République. Dun est un vieillard ivrogne et bravache qui passe son temps à ressasser son passé de soldat au sein de feu l’Empire. Personne ne se souvient vraiment de lui... et pourtant une certaine Viola, jeune femme sortie de nulle part, vient l’interroger sur son passé de chevalier, et lui demande où est cachée l’épée de l'ancien Empereur, que le vieux soldat se vante d'avoir emporté dans sa fuite après le coup d'état et l'assassinat de celui-ci dix ans plus tôt. Dun lui conte alors son histoire, en commençant par l’événement majeur de l’effondrement de l’Empire : la guerre des Salines. Il était autrefois un chevalier au service de l’Empereur, un parvenu rustre et bruyant pour certains, un fin stratège et un grand guerrier pour d’autres. Sa présence au sein de la cour de l’Empire ne faisait pas l’unanimité, mais grâce à ses qualités et à sa loyauté, il était devenu l’un des chevaliers les plus influents et les plus puissants auprès de l’Empereur lui-même. C’est pourquoi celui-ci l'envoya dans la région des Salines, pour mater la révolte qui grondait depuis plusieurs semaines, avant qu’une guerre n’éclate. Trop tard, malheureusement, les dissidents avaient déjà engagé leurs forces dans une violente insurrection, et Dun-Cadal fut laissé pour mort au fond des marais humides. C'était sans compter l'intervention d'un étrange gamin mutique (Grenouille), qui le recueillit aux portes de la mort, soigna ses blessures et l’aida à rejoindre l’Empire en échange d’un léger service : faire de lui le plus grand chevalier que L’Empire ait jamais connu.

Bon, moi quand j’ai lu le résumé, en tant que lectrice habituée de Fantasy, je me suis dit « mouais, bateau ». Et c’est vrai que c’est un peu bateau comme intrigue. La guerre, les complots, le chevalier héroïque, le disciple, en fait tous les bons ingrédients sont réunis pour faire un bon mais classique roman de Fantasy. Car oui, il est bon, j’ai tout de suite été embarquée dans l’histoire de Dun-Cadal, dans ses souvenirs de la guerre, sa relation avec son jeune apprenti, Grenouille, son amertume et ses regrets de vieil homme, désormais oublié par tous alors qu’il fut l’un des meilleurs chevaliers du pays. En fait le mot qui définit parfaitement la Voie de la Colère, c’est « efficacité ». Le roman est efficace, immersif, happe tout de suite son lecteur dans ce nouvel univers et cette histoire bourrées de dialogues et d'action musclée. Il faut dire que l'auteur lui-même a été abreuvé durant sa jeunesse de Fantasy et en a visiblement tiré plusieurs leçons. Antoine Rouaud manie assez bien les ficelles du genre pour poser son intrigue et titiller la curiosité du lecteur. Durant la première moitié du roman, il s’agit de savoir comment l’Empire est-il tombé, où se cache cette fameuse épée, que veut donc en faire cette jeune femme, Viola,  et surtout qu’est-il arrivé à son jeune disciple, qu’est-il arrivé à Grenouille ?

La seconde partie répond à la plupart de ces questions, mais la manière dont Antoine Rouaud amène ces réponses apporte une nouveauté puisque l’on change de personnage phare, ce n’est plus Dun qui mène la danse, quelqu’un d’autre se charge de combler les trous et de démystifier toute l’affaire. Je dirais que la seconde partie est un peu en-dessous de la première, moins captivante, mais j’ai tout de même terminé le roman en me disant « hmmm pff grrr gnnneuh, j’ai envie de savoir la suite, maintenant ! », encore un peu et je tapais du pied en serrant les poings, mais n’exagérons pas. La fin est un peu tirée par les cheveux et laisse un peu sceptique, mais les mystères qu’apportent les dernières pages donnent tout de même envie de continuer l’aventure et de se jeter sur le suivant.

Car le roman de Rouaud comporte pas mal de défauts, des défauts qui ne gâchent pas la lecture mais que je trouve dommage. Tout d’abord une trop grande banalité dans les personnages, à part Dun qui comporte une dimension psychologique un peu plus profonde et qui contente mon amour des personnages misérables et ambigus, les autres personnages ne sont pas très charismatiques, leurs personnalités pas assez marquées ou trop caricaturales. La magie qu’introduit Rouaud dans le roman est elle aussi assez banale, seuls les chevaliers la pratiquent et il ne s’agit en fait que d’une sorte de télékinésie qui rappelle vraiment la Force des chevaliers Jedi. Et l'écriture aurait mérité un peu plus de soin à mon goût. Directe, efficace, sans fioritures, attention ce n'est pas mal écrit mais c’est sans réel style. C'est pour moi un véritable page-turner à la française : de longs dialogues, des descriptions de batailles ou d’actions chocs et quelques introspections qui restent tout de même très en surface. Bon, voilà pour mes points négatifs.

En fait, je pense que La Voie de la Colère n’est pas pour les lecteurs qui cherchent un langage très travaillé et des exercices de style, ni pour ceux qui veulent se faire retourner le cerveau avec une intrigue complexe et capillotractée (mais dans le bon sens) qu’ils n’ont jamais vu ailleurs et une véritable profondeur littéraire, métaphysique ou que sais-je encore. Bref, ce qui veulent se faire surprendre du bulbe avec une bombe littéraire (comme moi, en fait, mais bon...).

La Voie de la Colère est pour ceux qui aiment du bon David Gemmell par exemple, la Fantasy guerrière et épique, de l’heroic fantasy dans toute sa splendeur, la mauvaise traduction américaine en moins et la french touch en plus. Le roman n’apporte pas grand-chose à l’amateur de Fantasy en plus à part l'assurance de passer un très bon moment de lecture, la lecture d’évasion par définition, celle qui fait du bien par où elle passe.


Alors voilà, la lecture de La Voie de la Colère a fait remonter pas mal de souvenirs en moi, de cette époque où je me perdais corps et âme dans la Fantasy, avide de mondes inconnus, affamée d’imaginaire, dans ces romans dont la noirceur et la misère ne me touchaient pas autant que lors de la lecture de romans plus réalistes, puisqu’il ne s’agissait que d’œuvres imaginaires dans un univers qui n’existe pas, et où le côté manichéen me promettait tout de même un zeste d'espoir. Aujourd’hui, il est vrai que je recherche moi-même l’originalité et les perles rares. Ça m’amène à plonger de plus en plus dans de la littérature plus ardue, dont la lecture n’est pas toujours une partie de plaisir, et où la qualité et l’ampleur du roman vous frappent de plein fouet seulement la dernière page tournée. Je ne me rends pas toujours compte que j’ai aussi besoin de lire des romans comme celui d’Antoine Rouaud, qui vous prennent par la main et vous plongent tellement dans leur pages que vous ratez votre station de métro ou que vous oubliez qu’il est déjà 4h du matin et que vous lisez sans discontinuer depuis la veille.


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lundi 4 novembre 2013

La stratégie Ender, de Orson Scott Card



Alors voilà, plusieurs facteurs font que je me dois de parler de La Stratégie Ender, d'Orson Scott Card. Les aficionados connaissent sur le bout des doigts ce classique de la SF des années 80, les cinéphiles attendent avec circonspection l'adaptation qui arrive sur nos écrans le 6 novembre, avec Harrison Ford dégoulinant et Ben Kinglsey qui a l'air de s'être malencontreusement cogné de nombreuses fois sur l'aiguille d'un tatoueur, et les heureux qui ont pu aller aux Utopiales de Nantes ce week-end ont peut-être pu avoir une dédicace de l'auteur et l'écouter parler d'un air bonhomme lors des conférences passionnantes de l’événement.

Pour ma part, je fais partie des trois catégories, j'ai adoré le roman, j'attends de voir le film avec impatience, et j'ai pu, avec une joie immense et des joues toutes rouges de timidité, manger avec Orson Scott Card, à la même table, ouais ouais. Bon il n'y avait pas que lui, aussi des confrères libraires, des représentants, d'autres bons auteurs (Jeanne A. Debats), des éditeurs (l'Atalante), et sa femme, adorable, souriante, assortie à son mari par la même couleur de chemise, la classe quoi.

Bon voilà, c'était mon moment j'me la pète, j'ai eu une opportunité hors du commun, et j'en remercie grandement l'Atalante, puisque ce fut aussi l'occasion de voir Pierre Bordage, Alain Grousset, Patrick Couton, Vincent Gessler, Florence Hinckel, et Andreas Eschbach, et c'était très très intéressant.

Donc je me suis dit, après avoir vu Orson Scott Card, et en voyant toutes les affiches qui ornent nos stations de métro, que je pourrais vous parler de La Stratégie Ender, un petit peu, en passant quoi.





C'est un roman d'Orson Scott Card écrit en 1985, et ça a son importance puisque l'histoire prend place dans un futur où la Guerre Froide est toujours d'actualité. Bien-sûr il s'en est passé de choses, les Doryphores, extraterrestres redoutables, ont laissé l'empreinte d'une guerre sanglante sur Terre, et bien que celle-ci s'en soit sortie, elle craint plus que jamais le retour de l'armée adverse. Pour se préparer au mieux à cette confrontation, chaque bloc prospecte dès la naissances quels enfant feront de potentiels soldats et généraux, et les envoie dès l'âge de 6 ans à l'école de Guerre, un vaisseau en orbite spécialement consacré à la formation des soldats du futurs. Son but est d'en faire les meilleurs soldats au monde, et de trouver parmi eux ceux qui sauront diriger la guerre contre les Doryphore. C'est le sort qui échoit à Ender Wiggins, troisième enfant d'une famille américaine. Son frère aîné et sa grande soeur ont tout deux ratés les tests permettant d'accéder à l'école de Guerre, malgré une intelligence hors du commun. Pour l'un il s'agissait d'une personnalité trop cruelle, pour l'autre d'une trop grande retenue face aux problèmes, alors que le jeune Ender semble être la parfaite alchimie des deux enfants. Il est alors envoyé dans la flotte de l'école, et commence pour lui une formation qui lui ôtera définitivement l'innocence de son enfance.

J'ai beau me creuser l'esprit pour tenter d'en parler intelligemment je ne sais pas pourquoi mais ma prose me semble trop frustre pour expliquer correctement l'ampleur du roman d'Orson Scott Card et ce qui m'a plu à sa lecture. D'une part j'ai adoré les personnages et la dimension psychologique du roman. Card traite très bien de la psychologie d'Ender Wiggins, un enfant qui aimerait en rester un mais à qui on demande à peine atteint l'âge de raison de devenir un soldat. D'autant plus qu'il évolue dans une école de Guerre, où la violence est maître mot, où il ne fait pas partie d'une classe mais d'une armée, et où il n'a pas des amis mais des camarades. De plus ce qui différencie Ender des autres c'est la volonté du commandement de l'école à le mettre à l'écart pour forger son caractère et en faire le plus grand leader de l'école. Jamais comme les autres, Ender va passer de paria à meneur en un laps de temps très restreint, et son évolution au sein de l'école de guerre ne ressemblera à celle d'aucun autre et fera pas mal de jaloux. Il y a pas mal de cruauté  dans cette école qu'institue Orson Scott Card, et la cruauté enfantine est toujours plus dur à encaisser que celle entre adultes.


J'ai été fascinée par les entraînement aux batailles qu'invente l'auteur, à travers des jeux d'abord qui se transforment en véritables confrontations violentes entre les armées de l'école. Ender se joue des règles et invente ses propres Stratégies, devenant ainsi le meilleur de l'école et menant ses armées sur le podium de l'excellence. Ses rapports avec les autres enfants durant son ascension sont à la fois passionnants et inquiétants, Ender ne connaît pas ou peu l'amitié, seuls lui sont acquit la fidélité et l'adoration de ses camarades ou la haine et la jalousie. Vivre ce genre de situations pour un enfant devrait être destructeur, mais force est de constater qu'Ender s'endurcit et accepte son destin, éloignant au fil du roman lui-même les amitiés qui pourraient devenir trop forte et embrassant la solitude du dirigeant.

Outre l'école de Guerre et le destin d'Ender qui prend une part importante dans l'histoire, il y a aussi l'aspect historique et géopolitique qu'il développe en parallèle à travers l'histoire de la fratrie Wiggins restée sur Terre, Peter et Valentine, lesquels vont mettre leur intelligence hors norme en commun et tenter de bouleverser les pouvoirs en place dans chaque bloc de la planète. Je me dois d'avouer qu'il ne s'agit pas de mes passages préférés, mon intellect est trop limité pour s'absorber dans les complots géopolitiques, et ouais c'est comme ça... mais j'ai adoré la confrontation et la combinaison de ces deux personnages, Peter le frère cruel et colérique dont les desseins restent flouent aux yeux de sa soeur, et Valentine, douce et contenue, qui n'arrive pas à savoir si son frère cherche la réunion des deux blocs ou la destruction de ceux-ci.

Bon, je ne vais pas en dire beaucoup plus sur le sujet parce que le roman traite ensuite essentiellement de la formation d'Ender sur plusieurs années et se termine dans un final fracassant qui laisse le lecteur comme deux ronds de flan, alors si vous voulez mon avis il faut surtout que vous le lisiez si vous voulez en savoir plus sur le destin d'Ender, ça se boit comme du petit lait et c'est quand même une oeuvre majeure de la SF qui ne ressemble à aucune autre. J'avoue avoir ressenti durant ma lecture la même empathie avec le personnage et un même enthousiasme parfois que lors de ma lecture du petit sorcier à la cicatrice en forme d'éclair, peut-être à cause de l'environnement de l'école et cette atmosphère délétère qui hante la flotte de l'école comme le château de Poudlard, ou bien de la destinée singulière de ces deux enfants que tout le monde veut voir devenir des héros et qui ne veulent être que des petits garçons comme les autres... après la comparaison s'arrête bien là, La Stratégie Ender n'est pas un roman pour enfant, la dimension militaire donne une toute autre ambiance au roman (bien plus violente et tendue) et le propos n'est pas le même.

Alors nous verrons si le film tient ses promesses, je ne vous mets pas la bande-annonce ici parce que je trouve qu'elle en dévoile trop (c'est bien dommage...) et je vous invite à lire (ou relire) ce classique du genre.

Bon maintenant je vais me remettre de mes émotions tranquillement, et vous laisser sur cette image des Utopiales de Nantes, génial festival de SF à ne pas manquer l'année prochaine !



Et pour les ceux qui voudraient savoir les livres primés ce week-end au festival, voilà les lauréats :


Prix Julia Verlanger

« Le Protectorat de l’ombrelle » de Gail Carriger, Editions Orbit, 2009 à 2013

Prix de la meilleure bande dessinée de science-fiction

« Souvenirs de l’empire de l’atome » d’Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen, Editions Dargaud, 2013

Grand Prix du Jury – compétition internationale de longs métrages

« Jodorowsky’s Dune » de Frank Pavich, États-Unis, 2013


Prix Syfy du public – compétition internationale de longs métrages

« Jodorowsky’s Dune » de Frank Pavich, États-Unis, 2013


Prix Utopiales Européen Jeunesse

« Nox, Ici-bas » d’Yves Grevet, Editions Syros Jeunesse, 2012


Prix Utopiales Européen


« Exodes » de Jean-Marc Ligny, Editions L’Atalante, 2012

Prix Planète-SF des blogueurs« La maison des derviches » de Ian McDonald, Editions Denoël, 2012
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