dimanche 25 août 2013

La grâce des brigands, de Véronique Ovaldé

Parfois, une couverture de roman n’a rien à voir avec le sujet du livre. On se demande alors qui a eu l’idée de trouver cette couv’, souvent moche, inutile : le stagiaire ? L’éditeur ? Un pote aveugle ?

Bref, c’est ce que je me suis demandée après avoir lu La grâce des brigands, de Véronique Ovaldé, aux éditions l’Olivier. Bien heureusement le roman était vraiment top, bien que je ne comprenne pas cette couv’ d’une totale laideur. Donc j’ai lu La grâce des brigands la semaine dernière. Pour tout vous dire, comme ma boss m’a clairement fait comprendre que mon penchant pour les romans étrangers ne devait pas passer avant le fait que la rentrée littéraire française soit avant tout une rentrée de romans français, je me suis penchée, un peu forcée je l’admets, sur les nouveaux romans français. Je me suis tournée vers des valeurs sûres, me basant sur de précédents échos de collègues aguerris possédants de bons goûts, Céline Minard, Sorj Chalandon, Véronique Ovaldé. Seul hic, le dernier roman de Yannick Haenel qui m’est sorti par les trous de nez. M’enfin que voulez-vous on peut pas toujours faire un sans-faute. Donc la seule que j’avais déjà lu et appréciée était Véronique Ovaldé, découverte avec Ce que je sais de Véra Candida, paru y a déjà un petit moment.




Et je peux dire que j’ai encore plus aimé La grâce des brigands, où je n’ai pas retrouvé les longueurs qui m’avaient parfois déplu dans le roman sur Véra Candida.

La grâce des brigands raconte l’histoire de Maria Cristina, jeune auteur canadienne découverte par le grands public à la sortie de son premier roman alors qu’elle avait tout juste 16 ans. Suite à la sortie de ce premier ouvrage autobiographique, sa mère, bigote extrémiste, lui a fortement déconseillé de remettre les pieds dans la ville de Lapérouse où elle a été élevée, et de se tenir loin de ses parents et de sa sœur. C’est cette histoire que va nous raconter le narrateur, une tierce personne dont nous ne connaissons pas l’identité, retraçant ainsi l’enfance difficile et stricte de Maria Cristina, et les derniers mois de sa vie en Californie plus de dix ans plus tard, qui vont être bouleversés par un appel de sa mère lui demandant de venir chercher Peeleete, le fils de sa grande sœur, afin de l’élever loin de Lapérouse. Une requête étrange qui poussera Maria Cristina à retourner vers sa famille, et constituera l’un des derniers tournants de sa vie.

Ce qui m’a le plus fasciné, c’est l’enfance de Maria Cristina que nous dépeint le narrateur, cet inconnu qui semble avoir bien connu le personnage, mais qui se base visiblement sur les journaux intimes et les écrits de l’héroïne pour nous conter son histoire. Notamment sa relation avec sa sœur, à peine plus âgée qu’elle, leur lien unique renforcé par la folie de leur mère, mais aussi leur rivalité  attisée par la préférence du père pour la petite dernière. Le poids sur les membres de la famille de la personnalité dérangée de leur mère, qui d’une part écrase le père, renfoncé dans son univers, rencogné dans son mutisme, malheureux à souhait, et qui ensuite accable ses filles, sans cesse à l’affût d’une nouvelle crise, habituée à se faire maltraiter sans raison. Malgré ça Maria Cristina se forge un caractère, aventureux, ambitieux, malin. Son intelligence et l’amour de son père sont les atouts qui vont la mettre à l’abri de la colère maternelle, de la jalousie sororale, et de l’atmosphère confinée, froide et arriérée de Lapérouse et de l’environnement familial. Sa sœur n’a pas autant de chance. Un accident, dont Maria Cristina se sent coupable, va arrêter son évolution à l’âge de quatorze ans, la condamnant à une adolescence perpétuelle, à une folie incontrôlable.

Puis il y l'arrivée de Maria Cristina à Los Angeles est un vrai contraste avec son enfance en noir et blanc. On est dans les années 70, c’est l’ambiance bigarrée et cool de LA qui va l’aider à sortir de sa coquille, la rencontre avec Joanne, sa colocataire hippie et libérée, mais surtout sa relation avec Claramunt, auteur et poète argentin bien plus âgé qu’elle qui va lui faire découvrir les joies de l’univers littéraire américain et devenir bien plus que son mentor.

Véronique Ovaldé nous raconte l’histoire de ces personnages avec un véritable talent. Le roman commence avec une héroïne déjà adulte, qui a mûri  et un événement inattendu dont on a envie de savoir la suite, entrecoupé de l’histoire sur plus de vingt ans de Maria Cristina et sa famille, passionnant, sans aucun temps mort, à la fois glaçant et enivrant. Le spectre de sa rude enfance, l’ivresse de sa carrière, et la fin du roman qui se compose de ce retour vers un passé honni, oublié.

Encore une fois, comme avec Ce que je sais de Véra Candida, on est face à la construction d’une femme après une éducation pesante et négative, la recherche d’une identité, l’envie de liberté et de délivrance, d’échapper à un conditionnement et à une sorte de malédiction familiale. Si au premier abord on pouvait s’attendre à un roman féminin, à un roman facile d’accès et grand public, il n’en est absolument rien. L’écriture de Véronique Ovaldé est particulière, composée de peu de points, de longues phrases enroulées de virgules, qui donne un ton à la fois grave et homérique au récit.

Mais donc, pour en revenir au début de cette chronique, qu’en est-il de cette couverture sans intérêt ? Franchement, je me gratte la tête, réfléchis, me dit que, non, franchement, je ne sais pas, ne comprend pas, pourquoi elle est si laide et si peu en lien avec le roman. M’enfin. Ce n’est qu’un exemple parmi d’autres. Mais si quelqu’un à une explication je suis preneuse. Ça m’intrigue.

En attendant, si vous cherchez un superbe roman français à lire pour la rentrée, prenant et bien écrit, La grâce des brigands vous attend sur les tables de toutes les bonnes librairies de France. Alors s’il vous plait, oubliez un peu la Nothomb (et Yannick Haenel, vraiment, oubliez-le lui aussi….), et choisissez de lire un bon auteur, talentueux, qui mérite votre attention.


Je m’en retourne m’abîmer les yeux sur les pages de la rentrée, grattant négligemment le ventre rebondi du félin endormi, j’ai du boulot moi. Et je vous laisse écouter l'auteur présenter son roman, finalement elle le fait très bien toute seule !



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jeudi 15 août 2013

Confiteor, de Jaume Cabré

En ce moment je suis dans une frénésie de lecture, de ramassage de crottes et de rattrapage de séries télés. Par ailleurs j’essaye de remettre de l’ordre dans mes projets professionnels top secrets mais il semblerait que toutes ces choses jointes ensemble m’épuisent (et pourtant on ne peut pas dire que la semaine du 15 août en librairie soit follement énergique, et aujourd’hui j’en profite pour glander, mais glander pour moi c’est une course de lecture contre la rentrée littéraire et des bestioles poilues dites « domestiques » qui me réveillent toutes les trois heures comme un bébé qui fait ses dents. Croyez-le ou non, c’est fatiguant.). Je rêve à nouveau de mon futur week-end dans le sud chaleureux et chantant de mes parents, avant que l’enfer ne se déclenche sur terre (dans ma librairie) avec une succession de dédicaces stressantes (pour la hiérarchie, et donc pour moi par la suite…) jusqu’à la fin des hostilités mi-octobre où je me fais une semaine de bruine et d’embruns au bord la Manche. Je me suis déjà imposé une lecture détente (Sookie Stackhouse toi et moi n’avons pas fini notre long tête à tête), et je compte bien manger des crêpes et boire du cidre en repensant aux somptueuses pages qui décrivent l'Armorique de Même pas mort.

Bref, en attendant je me force à lire quelques romans depuis un mois. Contrairement à de nombreux très bons lecteurs, libraires ou autre, dont je suis l’évolution sur le merveilleux site de Senscritique, ma vitesse de croisière en lecture n’atteint pas les sommets que je pensais autrefois atteindre (j’ai toujours été persuadée d’être une très bonne lectrice, de lire vite, et je me rends compte qu’il y a des malades qui lisent quatre fois plus vite que moi, qui lit déjà quatre fois plus vite que la moyenne, et je m’incline avec humilité, car je ne suis qu’une moyenne lectrice, et donc incapable de lire le quota de lectures que certains gens du métiers voudraient m’imposer, de plus je n’en ai pas l’envie, et je les emmerdificote de tout mon cœur, parce que je fais ce que je peux, et qu’on va pas m’apprendre à lire à moi, d’abord, ni a bâcler mes lecture pour être plus « efficace et professionnelle » et m’ôter tout mon plaisir pour faire de moi une femme aigrie, frustrée et dégoûtée par son métier. C’est une longue phrase ça hein ?). 

Malgré tout ça, j’ai terminé avec beaucoup d’enthousiasme mais quelques difficultés le mastodonte de la rentrée qu’il ne faut pas rater.

J’ai nommé Confiteor.

Jaume Cabré est un auteur catalan que je découvre grâce aux éditions Actes Sud qui publient en français ce monstre littéraire, cette montagne de bonnes idées que l’on dévore avec appétit, puis avec un ventre trop gonflé mais la gueule béante de gourmandise, avant de le terminer plus que repu, épuisé, mais contenté. Et on se dit «ouais, je le digère, pis j’m’en remettrai un autre comme ça après ».



Confiteor, c’est l’histoire que nous conte Adrià Ardevol, professeur sexagénaire atteint de la maladie d’Alzheimer, et qui met entre les mains de son meilleur ami Bernat le manuscrit relatant les souvenirs de sa vie avant de partir définitivement en maison de repos, lui faisant promettre de le retranscrire par ordinateur et de le faire publier dès que possible. Confiteor, c’est le témoignage d’Adrià Ardevol sur sa vie, sur celle de son père, sur celle de son amour Sara, à qui le témoignage s’adresse, sur celle de tous ceux qui ont croisé le chemin douloureux de la famille Ardevol ces soixante-dix dernières années. Adrià se confesse, expie les fautes de sa famille, de son père escroc érudit, de sa mère femme sans amour, de lui-même témoin inconscient et réceptacle involontaire de haines et de douleurs millénaires.

Il est difficile de raconter Confiteor, qui n’est pas une histoire linéaire, ni l’histoire d’une seule et même personne, mais l’Histoire à travers la petite histoire de dizaines de personnages. Adrià Ardevol naît dans une famille qui ne veut pas vraiment de lui. Le fils d’un père autrefois séminariste, qui a quitté le christianisme pour les beaux yeux d’une femme, avant de devenir antiquaire, collectionneur sans scrupule, et qui voit en son fils le potentiel d’un génie et veut en faire le plus grand érudit possible. Le fils d’une mère qui lui impose la pratique du violon, veut faire de lui un grand virtuose sans savoir si cela fait son bonheur ou non, ne le prend jamais dans ses bras, ne lui sourit jamais, ne l’emmène jamais dehors avec les autres enfants.

Puis survient l’indicible qui frappe son enfance et sa famille de plein fouet, un drame inattendu, dont Adrià est persuadé d’être la cause, et qui ouvrira la boîte de pandore dans laquelle dormait les non-dits et les mensonges monstrueux qui ont façonné le passé de sa famille et constitueront son futur. Et à travers leur histoire, Adrià déploie l’histoire européenne de l’Inquisition à la Seconde Guerre Mondiale, des monastères d’Europe au camp de Birkenau, des bois chantants des pays cathares aux luthiers de Crémone, des allées de Barcelone aux rues de Rome, revenant aux racines du mal qui la hantent.

Peut-être certain d’entre vous savent d’où le titre tire son origine. Pour ma part, n’ayant pas fait de latin et ne connaissant pas onze langue comme le protagoniste de l’histoire (dont l’araméen, si si), je ne savais pas ce que voulait dire le mot Confiteor. Le narrateur le répète plusieurs fois, et je voulais vraiment comprendre la signification de ce mot qui, dès que je le prononce, me fait me sentir tarte d’une part par mon ignorance, de l’autre par le fait que j’ai envie de blaguer en balançant des « Confiture » ou « Confit de canard »… bref, donc après tout ce mauvais goût, il s’avère que Confiteor est le titre d’une prière liturgique qui veut dire « j’avoue, je confesse », et qui s’appelle en français Je confesse à dieu. Il faut dire que j’ai un peu troqué mon appartenance à la religion catholique pour une pointe sceptique d’agnosticisme, donc ça non plus je ne le savais pas. Bref, le titre est parfait, la formule est parfaite pour désigner l’exercice auquel se livre Adrià dans le roman. Il faut savoir que malgré le passé religieux de son père et les croyances enfouies de sa mère, le personnage d’Adrià, comme l’a voulu son père après avoir quitté les ordres, est athée. Il n’est même pas vraiment athée, puisqu’il répond à ceux qui le questionnent, notamment dans son école jésuite, « je ne suis rien ». Aussi la confession d’Adrià ne se fait pas à Dieu, ni à un de ses bergers sur terre, mais à Sara, la femme de sa vie, sa plus chère amie, qui elle était originairement juive, avant d’être elle non plus qu’une disciple du « rien ». Et c’est vrai qu’Adrià demande pardon à Sara, pardon pour les péchés de sa famille, pour ceux de ces ancêtres, pour ceux qui ont ruiné la vie de leurs deux familles, pour ces coups du sort qui ont fissuré leur vie ensemble ou séparés, ces coups du sorts causés par le hasard ou la volonté de l’homme, qui tirent leur force d’un mal ancien, obscur et mal défini auquel tout homme est forcé de se confronter à un moment ou un autre…

Ce qui fait l’originalité du roman, outre ce foisonnement d’histoires passionnantes, c’est la narration de Jaume Cabré. Dès la première page, j’ai dû relire les premières phrases pour être sûre que ce n’était pas les deux bières que j’avais enquillé en terrasse peu avant qui me jouaient des tours. Non non, c’était bien le style voulu par l’auteur, un style décousu, qui fait passer le lecteur d’une histoire à une autre sans transition aucune, parfois dans la même phrase au seul détour d’une virgule, capable de nous faire sauter 700 ans en un signe de ponctuation. Si cela peut au début sembler confus et un peu étrange, le lecteur se prête vite au jeu de cette mise en scène aléatoire, ou aucune chronologie ne tient la route, seulement le fil de la pensée d’Adrià, dont on comprend très vite qu’il écrit ce récit alors que la maladie commence déjà à ronger ses cellules. Cette narration est proprement géniale : cette façon de sauter du coq à l’âne, de faire des digressions qui au premier abord semblent hors propos mais qui donnent en fait une nouvelle dimension à l’histoire que nous conte son narrateur. Cette construction inattendue, qui n’est ni maladroite ni vraiment gênante, juste incroyable et innovante, nous enfonce encore plus profondément dans les souvenirs d’Adrià, dans ses souvenirs et ses délires, et l’histoire nous cheville au corps, nous entraîne avec elle, puissante et poignante.

Le roman à beau dépasser les 700 pages, 700 pages d’une écriture qui vous balade sans ménagement, qui vous fait à la fois rêver et pleurer, je l’ai refermé avec l’envie de le relire. Et pourtant ce n’était pas une lecture simple ni rapide, il faut pouvoir les avaler ces pages-là, et garder une vitesse de lecture normale n’est pas toujours évident. Plutôt que de me précipiter j’ai pris mon temps pour savourer son écriture, sa force stylistique et la richesse de son histoire. Je sais que le relire ne pourrait qu’embellir le souvenir que j’en ai, en me faisant remettre le doigt sur des choses qui ont dû m’échapper... malheureusement je n’en ai pas le temps. Pas aujourd’hui, mais un jour c’est sûr, je relirais Confiteor, avec un plaisir décuplé.

Il est clair maintenant que Confiteor n’est pas le pavé à emmener sur la plage pour une lecture pause-neurones. Confiteor est plutôt ce roman grandiose, novateur, qui oscille entre le récit familial, le roman historique et la fable. Les qualités littéraires de Jaume Cabré, mélangées au souffle épique et dramatique de l’œuvre m’ont touché. C’est une pépite parmi les grains de sables et gros cailloux de la rentrée, à ne pas rater si vous voulez ressentir la belle et bonne littérature.

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lundi 5 août 2013

Faillir être flingué, Céline Minard

Août, le temps file à une vitesse ahurissante. Il règne à Paris une atmosphère de vacances, que j’embrasse allègrement, même si pour moi les vacances sont bel et bien finies. Néanmoins le soleil brille brille brille à Paris, la touffeur de mon appartement ne se dissipe pas malgré mes fenêtres grandes ouvertes, et je perds peu à peu mon (faible) bronzage en passant mon temps affalée sur le divan de mon salon à lire. Lire à en perdre haleine.

J’ai arrangé ma bibliothèque (à moitié rongée par la dentition de lait du chien chien) en fonction de la parution des titres de la rentrée littéraire que je dois lire avant le 21 août. Le 31 juillet je me disais « j'suis laaaarge », maintenant je me rends compte que je n’ai que 15 jours pour lire au moins quinze livres de la rentrée. Parfois on haït son métier. Heureusement qu’il y a beaucoup de bon (mais surtout du mauvais) là-dedans ! Bref, hier j’ai passé ma journée dans Faillir être flingué de Céline Minard. Figurez-vous que Rivages sort une collection de littérature française. On les connaissait pour leurs polars noirs et leur littérature anglo-saxonne, voilà maintenant qu’il nous proposent un nouvelle collection avec comme tête d’affiche une auteur et un roman qui a tout pour me plaire. Faillir être flingué, le titre en jette, et promet quelque aventure pétaradante et jouissive.



Faillir être flingué, c’est l’histoire du Far West, de son attrait pour les chercheurs d’or, pour les fuyards, pour les rêveurs, pour les désœuvrés, pour les exaltés. Un territoire qui n’appartient à personne et à tout le monde, arpenté par de dangereuses et mystérieuses peuplades indiennes, balayé par des gangs de voleurs, fourmillant d’une faune et d’une flore à la fois foisonnante de vie et mortelle. Par le hasard, ou par le destin, plusieurs personnages vont trouver le chemin d’une ville nouvelle, dans laquelle ils vont tenter leur chance de devenir quelqu’un et de s’enrichir enfin.

Il m’est difficile de décrire ce qui m’a plu dans ce roman de Céline Minard. Je crois que je ne m’attendais pas à retrouver l’atmosphère western des films et séries télés, qui m’ont abreuvé dans mon enfance. Pourtant, c’est typiquement pour ça que je l’ai apprécié. Les chevauchées vers l’Ouest en roulottes, les attaques d’indiens, les scalps et les peaux de bisons. Je ne m’attendais pas à la mythologie indienne, aux jeux de pokers et rasades de whisky, au barbier et son siège inclinable, aux migrants chinois et au shérif véreux. C’est pour ça que la lecture de Faillir être flingué était jouissive, c’est l’histoire de la bonne fortune au Far West, d’une utopie et de ses aléas, les raids indiens sur les troupeaux de bœufs, les vols de moutons, les picoles au bar à putes et les conversations de comptoir bien arrosées.

C’est aussi l’écriture, belle, fluide, dansante à certains moments de Céline Minard, qui donne sa cohérence au roman. J’aurais peut-être aimé un peu plus de profondeur sur certains aspects. Mes moments préférés restent ceux de la guérisseuse indienne et de son disciple, Gifford, médecin tourmenté reconverti en sauvage dépouillé collectionneur de plumes, amateurs de chants d’oiseaux, artiste du nouveau monde, et ceux avec la roulotte de famille, les deux fils, le petit-fils, et la grand-mère au bord de la mort qui recueillent une gamine chinoise au regard mystérieux. Ces moments-là, pleins de grâce, plus profonds et touchants, auraient dû être un peu plus nombreux.

On s’attache beaucoup aux personnages, assez caricaturaux - mais bien caricaturés - bagarreurs, à la morale parfois douteuse, de bons bougres qu’on a envie de voir accéder au succès. Mais le personnage principal c’est cet Ouest, enchanteur, ravageur, fatal pour certains et le début du bonheur pour d’autres. Comme tout bon western, il y a des colts, il y des bagarres, il y a des vainqueurs et des vaincus, il y a des gentils et des méchants, même si les uns ne sont pas beaucoup mieux que les autres. J’ai aimé Faillir être flingué pour son atmosphère poussiéreuse et guerrière, ses personnages rêveurs et heureux de vivre, son western assumé qui donne la pêche.

C’est l’un des seules fois où vous me verrez faire une critique aussi courte. Il y a peu de choses à dire sur le roman de Céline Minard, il faut le lire et vivre l’aventure aux côtés de ses personnages.


J’enchaîne de suite avec un autre roman, la rentrée n’attend pas, les clients non plus (et vous l’avez lu celui-là ? Non ? Et celui-là ? Non plus ?... ben dis-donc… vous avez rien lu quoi. C’est pour éviter ce genre de conversation…). Que voulez-vous, certains diraient que statistiquement, si tu lis pas cinq romans par semaines... t'es un mauvais libraire. Il faut s'adapter à ce monde de requins ! Je me plonge donc dans le Moscou-Babylone des années 90 de Owen Matthews, et son règne d'escrocs capitalistes. Je vous en donnerai des nouvelles, mais pour l’instant, je suis conquise. ;)

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