lundi 20 mai 2013

Québec Bill Bonhomme, d'Howard Frank Mosher


Je parle beaucoup de mon félin mais je vous parle peu du québécois qui vit avec moi. Si si, j’ai un québécois qui vit avec moi, tout à fait. Autant vous dire qu’aujourd’hui je suis pratiquement bilingue – je dis pratiquement parce qu’il arrive toujours à me surprendre avec des expressions incongrues (moi je dirais ridicule mais lui s’emporterait en disant que c’est tout à fait normal et français… hm.) – s’en est même jouissif quand j’ai des clients à la librairie qui viennent du Québec, mais cet apprentissage ne se fit pas sans difficulté et sans douleur.

Alors bon, quand j’ai vu le livre Québec Bill Bonhomme de Howard Frank Mosher aux éditions Cambourakis, j’ai eu envie d’y jeter un coup d’œil. Déjà Cambourakis ne me déçoit jamais en littérature, ensuite y a une flopée de bouteilles de gnôle sur la couverture, c’est rigolo (hm), et ensuite Québec Bill Bonhomme ? Ça parle certainement d’un sacré québécois pour avoir un titre comme ça, et j’aime bien les québécois, comme vous avez pu le constater.



Dans Québec Bill Bonhomme, Wild Bill nous raconte l’aventure peu commune qui est arrivée à sa famille en cette fin d’hiver 1932, dans la Comté de Kingdom et bien plus au nord, alors que son père, Québec Bill Bonhomme (prononcez bien le K français), avait décidé de renflouer les caisses de la ferme familiale en reprenant ses activités de contrebande de whisky avec l’Oncle Henry Coville. Le foin avait moisi, les vaches avaient faim, les érables avaient déjà été débités pour survivre à l’hiver, il ne restait plus que cette option pour remettre la ferme sur pied. C’est donc toute une petite équipée dont fait partie Wild Bill, à peine 14 ans, qui part avec un canoë (pas n’importe lequel, celui de l’ancêtre René Bonhomme, fondateur du Comté de Kingdom avec seulement son Canoë et une caisse de spiritueux), une Cadillac nommée Foudre Blanche, mais surtout l’éternel optimisme (et inconscience) de Québec Bill Bonhomme, pour faire passer des caisses de Whisky canadien illégales sur le territoire américain. C’est sans compter Carcajou, le trafiquant de whisky qui a liquidé toute concurrence au-delà de la frontière, un monstre sans foi ni loi qui ne manquera pas d’intervenir dans les affaires de la famille Bonhomme…

Il faut dire que l’histoire ne s’arrête pas à cet fin d’hiver 1932, car Wild Bill, à travers cette épopée rocambolesque aux côtés de son hurluberlu de père, va découvrir une grande partie de l’histoire de sa famille, une famille peu commune puisque essentiellement composés d’hurluberlus tous aussi extravagants que son père : l’ancêtre René Goodman (anciennement Bonhomme du Québec, nom que reprendra Québec Bill par la suite) disparu mystérieusement dans les eaux du marais, Calvin Goodman, le fondateur de la grande bibliothèque du Comté, tellement fan de Shakespeare qu’il nomma son fils William Shakespeare Goodman, lequel excellait dans l’artisanat et l’art du bâtiment, et qui nomma aussi son fils William (le grand-père de Bill), lequel se fit la malle encore ado parce que la Tante Cordelia ne voulait pas le laisser assouvir ses envies de beuverie, la Tante Cordelia, vieille branche de plus de quatre-vingt-dix ans, affublée du don de prescience, et la seule qui n’était pas une fervente buveuse de rhum et de whisky.  Sans compter Québec Bill, petit homme à l’optimisme illimité (souvent déplacé), joueur de violon génial, amateur et collectionneur des choses les plus étranges – il collectionna un temps tous les animaux dégénérés de la région, chien à cinq pattes, dinde au goitre gigantesque…, mais aussi les aliénés de la région qui venaient régulièrement trouver refuge dans leur ferme – lubies insensées que la mère de Wild Bill acceptait sans mot dire (ou presque) et qui anima la vie du petit Wild Bill jusqu’à cet hiver de 1932.

Wild Bill dit même de son père « Quand je pense à mon père, j’essaie de ne pas en faire un personnage trop romanesque. S’il fut certainement l’homme le plus romantique que j’aie jamais connu, il serait injuste envers lui de simplifier sa personnalité et de le transformer en un être mythique. A maints égards, c’était également un homme habité, sinon exactement hanté, dont la vitalité, certes authentique, s’enracinait sans doute partiellement dans le désespoir. Il se souciait peu de sa sécurité, et parfois pas davantage de la mienne. Il était  la fois suprêmement égoïste et profondément compatissant, même avec les poissons. Homme plus orgueilleux n’habita jamais le Comté de Kingdom, mais la merveille la plus modeste l’emplissait d’humilité, de stupéfaction, de ravissement ; et, pour lui comme pour moi, le monde était toujours un lieu magique. Je ne crois pas qu’il ait hérité beaucoup de ces pouvoirs psychiques qui caractérisent notre famille, mais il possédait certains instincts plus remarquables encore, des instincts que la plupart des humains ont perdu depuis des millénaires. » (p.284)

Toutes ces histoires que nous conte Wild Bill en parallèle de leur excursion de contrebande sont absolument savoureuses, et parsèment le roman de petites touches de folie, d’anecdotes parfois surnaturelles mais surtout complètement fantasques, puisqu’autant Québec Bill que ses ancêtres ont vécu des vies hors du commun, pour des hommes hors du commun. A côté, on comprend que Wild Bill (nommé ainsi par son père qui voyait en tout homme les qualités qui lui étaient attribuées, puisque son fils n’était pas Wild – sauvage – mais lui l’était bel et bien !) ressemble plus à sa mère et à son oncle, peu loquaces, plus raisonnables, avec un côté cynique et ironique dont Québec Bill est totalement dénué (bien qu’il persiste à voir en l’Oncle Henry un sens de l’humour inexistant que lui seul partage…), et c’est pourquoi son récit des aventures de son père et de sa famille est si intéressant, car contrairement à eux, Wild Bill a les pieds sur terre, un sens de la réalité inexistant chez ses ancêtres (comme lui dit sa Tante Cordelia qui passa sa vie à essayer de les remettre dans le droit chemin « imagine ce que ferait ton père et fais tout le contraire », maxime qu’il mettra le restant de ses jours en pratique !), mais il aimait profondément son père et éprouvait une admiration sans borne pour ces hommes excentriques aux tempéraments de feu, une admiration qu’il éprouvera ensuite pour son propre fils Henry, qui héritera des dons de prescience de la Tante Cordelia et de la force de vie de Québec Bill dont il est physiquement le portrait craché.

Adaptation en film avec Kris Kristofferson (la classe)
Et si le roman d’Howard Frank Mosher semble surtout se focaliser sur l’incroyable vie de Québec Bill Bonhomme, dont la contrebande whisky de l’hiver 1932 sera le point d’orgue, on comprend qu’à travers l’histoire de cette famille folle ou fantastique il crée une légende, un folklore local, où les hommes sont des forces de la nature, à l’histoire profondément enracinée dans cette terre dure et sauvage du nord du Vermont, une terre à la faune, à la flore et au temps imprévisible, habitée par des hommes qui le sont tout autant. Une terre de superstition, où pullulent les incidents étranges, les événements invraisemblables, les histoires les plus extraordinaires. Et Wild Bill se fait le conteur de ces légendes incroyables et loufoques du Comté de Kingdom, qui disparaîtront avec le départ de son fils pour le Canada sauvage dans les années 60, pour laisser place à une morne modernité dont le matérialisme morose écrasera son incroyable passé où les hommes pouvaient encore vivre des aventures comme celle de Québec Bill Bonhomme et de son face à face avec le terrible Carcajou.

Carcajou, un personnage presque mythologique, une sorte de démon increvable qui poursuivra Wild Bill et son père tout le long de leur cheminement du Canada français vers le Comté de Kingdom, bien décidé à reprendre les caisses de Whisky que les Bonhomme lui ont dérobé pour leur contrebande salvatrice. Les face à face de Carcajou, Québec Bill et Wild Bill sont titanesques, certainement les passages les plus terrifiants du roman, puisque Wild Bill restera hanté toute sa vie par le fantôme planant de Carcajou, au poitrail percé d’une lance, au visage lacéré par la chevrotine, au crâne fendu en deux par une hachette, mais qui se remet toujours debout, les yeux fous, hurlant à la lune comme un sauvage, et qui aurait bien fini par avoir leur peau à tous si…

Car Québec Bill Bonhomme est un récit qui alterne entre aventures épiques, péripéties abracadabrantesques et anecdotes burlesques qui font à la fois tressaillir d’appréhension et hurler de rire, le tout magnifiquement soutenu par la plume très fouillée de Mosher. Les personnages de son roman ont beau être des fermiers, des contrebandiers, des guerriers sans scrupules, ce sont aussi des érudits, des artistes, des hommes et des femmes amoureux de musique, de belles lettres, sachant parler latin, anglais, français ou encore hébreux, des mécènes, des hommes instruits et protecteurs d’une certaine culture qu’ils se transmettent de génération en génération. Wild Bill lui-même deviendra juge et avocat, et nous conte son histoire avec une langue alternant entre le langage familier de ses personnages et les belles formulations que lui a transmis la Tante Cordelia, le tout saupoudré d’un grand nombre de références littéraires.

Ce qui est étonnant aussi, c’est qu’à travers ces histoires, et notamment l’escapade des Bonhomme à la frontière du Canada français, on voit les relations ambiguës et toujours tendues des anglais et des canadiens français. Québec Bill Bonhomme et sa famille sont des canadiens français immigrés, ils alternent facilement entre le français et l’anglais, mélangent leurs deux cultures sans se poser de questions ni sans éprouver de difficultés (Wild Bill explique tout de même que ses parents lui parlent en anglais, mais se disputent toujours en français). Mais à travers les rencontres qu’ils vont faire de l’un ou l’autre côté de la frontière, Mosher nous dépeint la situation toujours difficile entre les deux origines, cette méfiance et ce rejet du premier (l’anglais) pour l’autre (le français). Cette vision des choses (qui reflète la situation de 1930 surtout) m’a beaucoup intéressée mais n’a pas vraiment plu à mon québécois, allez comprendre pourquoi :D !

Bon je vais conclure parce que ce roman est tellement riche et foisonnant qu’on pourrait en parler des heures, mais le mieux c’est quand même de lire, parce que Québec Bill Bonhomme c’est un concentré d’aventures délirantes, picaresques, dont la lecture jouissive procure un formidable plaisir, car on y croise tout de même des prêtres licencieux, des vieillards concupiscents, des alcooliques mystiques, des castors obstinés, des contrebandiers diaboliques et invulnérables, des bébés smilodons, des faons albinos, et plein d’autres choses tout aussi invraisemblables et jubilatoires.

Je ne résiste pas à vous mettre un autre extrait qui m'a fait éclater de rire, tiré du souvenir que raconte Wild Bill à propos de l’amour de son père pour les explosions diverses et variées, et dont la dernière lubie en date était de détruire le barrage des castors qui l’empêchait d’accéder à son bassin à truites favori. Mais chaque  semaine, les castors remettaient le couvert, et Québec Bill Bonhomme revenait inlassablement installer ses explosifs.

« Puis, un après-midi de la fin août où mon père et moi avions décidé d’aller pêcher, nous découvrîmes toute une colonie qui travaillait fiévreusement à un nouveau barrage. Le castor chocolat aux grandes dents travaillait avec les autres. Assis sur le barrage d’où il dirigeait les opérations de construction, nous découvrîmes un castor noir qui devait peser près de cinquante kilos. "J’aurais dû me douter qu’ils feraient ça, dit mon père. Wild Bill, ils sont allés au Canada pour se dégoter un ingénieur français capable de construire un barrage indestructible. J’ai entendu dire que les castors sont capables de ça. Maintenant j’en ai la preuve. Regarde ce grand Français noir. Il n’a nullement peur de nous. Eh bien, il a raison. Nous économiserons notre dynamite pour un autre projet." » (p. 164)

(et je souligne la traduction de Brice Mathieussent, superbe)

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dimanche 5 mai 2013

Anamnèse de Lady Star, de L. L. Kloetzer


Parfois je suis un peu constipée de l’écriture. Il me faut digérer une lecture, l’envie d’en parler se fait sentir mais la chronique n’est pas prête à être délivrée ! (si c’est pas beau cette entrée en matière… quand même.)

J’admire donc ces bloggeurs à même de tout le temps donner à chaud, avec une constance d’écriture précise (tous les jours ou tous les deux jours pour certains, rassurez-moi vous n’êtes pas des robots ?), leurs impressions sur un livre.

Moi j’ai besoin de remâcher, de trouver les mots pour expliquer certaines images qui me viennent en tête. J’ai besoin de me remettre en situation, de retisser des liens entre l’écriture, l’histoire, les différents chapitres. Bref, ça demande de la préparation tout ça. Bon je n’aime pas attendre trop longtemps non plus, sinon je finis par oublier la moitié de ma lecture et je suis obligée de reprendre le livre sans cesse, je me force.

Là, pour vous illustrer de quoi je parle, ça m’est arrivé avec Anamnèse de Lady Star, de L.L. Kloetzer, aux éditions Denoël. J’ai terminé le roman lundi, et mon esprit est resté comme coincé dans cette lecture, sans moyen de passer à autre chose, mais sans moyen non plus d’expliquer l’expérience que je venais de vivre. J’ai eu besoin de m’en remettre à mon rythme. J’ai tenté dix minutes après d’ouvrir Orgasme à Moscou de Edgar Hilsenrath, pourtant une autre très bonne lecture, mais le choc des genres a été si difficile à encaisser que je n’ai pas pu aller très loin. Il fallait me l’avouer, Anamnèse de Lady Star m’occupait toujours l’esprit, et j’avais besoin de temps pour me consacrer à autre chose.

J’ai lu Anamnèse de Lady Star en deux temps, en deux jours, sur deux périodes de trois heures sans interruption… il faut que je vous dise que je n’ai pas lu trois heures sans interruption depuis, fioute, un sacré temps, disons certainement depuis mes études où je passais tout mon temps libre ou presque à libre, et même mes études à lire (déjà j'étudiais en spé métiers du livre, mais en plus je passais plus de temps à lire cachée derrière la table qu’à retranscrire les cours, c’est comme ça !). Non sans dec’, j’ai quand même réussi à réitérer cet exploit la semaine d’avant pour Les Proies, donc j’en fais un peu trop. Mais il est vrai que ça m’arrive rarement. Et là où Les Proies était quand même d’un niveau de lecture assez simple, L.L. Kloetzer place la barre au-dessus.

Je tiens à dire deux mots sur la couv' du livre, qui est une oeuvre
d'art de Stéphane Perger, mais malgré tout vraiment trop rose.
Sérieux... trop de rose tue le rose.

Mais qu’est-ce donc, Anamnèse de Lady Star ? Déjà le titre intrigue, personne ne sait ce que veut dire Anamnèse, c’est un mot bizarre, inusuel, et Lady Star, qui est-ce ? Je répondrai à ceci en temps voulu, place à un petit résumé (le moment que j’aime le moins, mais qui vous accroche le plus).

Dans un futur proche, l’homme a établi le Contact avec les hommes descendus des cieux, les Elohim. Ils vivent parmi les humains, s’intègrent parfaitement ou presque à la civilisation.
Dans un futur proche à lieu le Satori, le jour où une bombe a explosé à Islamabad, dévastant la moitié de l’humanité. C’est une bombe iconique, dont l’explosion s’attaque à la psyché, détruit les émotions intérieures, réduisant les hommes à l’état de légumes  et qui peuvent contaminer les autres d’un simple regard.
Trente ans après, une commission internationale a jugé tous les terroristes, les a condamné à perpétuité ou à se balancer au bout d’une corde. Mais certains sont persuadés que l’une d’entre eux manque, l’éternelle absente, dont on ne connait ni le nom ni le visage, sur qui l’on ne possède aucune piste fiable, excepté l’intuition qu’elle était là, et qu’elle a participé d’une manière ou d’une autre, qu’elle détient le dernier mot de l’histoire.

L.L. Kloetzer a un don. Je devrais le mettre au pluriel parce qu’ils sont L. et L. Kloetzer, Laurent et Laure, mari et femme, les deux hémisphères du cerveau de l’œuvre. Ils ont, donc, un don. Ils sont capables de mélanger les genres, et de les sublimer. De l’apocalyptique, on en a eu à la pelle, sur papier et sur écran. De l’extraterrestre, on en a eu à foison, et du mélange des deux, on en a aussi eu assez pour une indigestion. Mais là, on est face à ce roman, inscrit dans la lignée de la SF apocalyptique, post-apocalyptique, dont la construction originale vous happe littéralement (pendant ma lecture je n’arrivais pas à m’arrêter) et dont la plume à la fois incisive et douce vous guide avec fascination du début jusqu’à la fin.
Le duo L. L. fait vivre son roman sur soixante ans, de l’année -16 avant le Satori jusqu’à 50 ans après, retraçant ainsi les prémices du projet STAR (le projet de la bombe iconique), l’explosion de la bombe lancée par un fanatique, jusqu’à la chasse à l’homme obsessionnelle qui animera les survivants pour capturer celle qui leur glisse entre les doigts comme un fantôme, et qui fait le lien entre toutes les époques, omniprésente mais toujours absente, la clé de l’histoire et du roman.

La force des Kloetzer, c’est d’arriver à créer un canevas cohérent et incroyablement bien construit avec des bouts de ficelles ténus. Il faut s’accrocher, chaque chapitre relatant l’avant ou l’après Satori est écrit avec le style qui correspond à son narrateur, à son personnage principal, allant du témoignage, à l’interview, à la confession. Très peu de choses sont expliquées, c’est au lecteur de saisir les bases de cet univers proche du notre où l’on comprend que l’homme et l’extraterrestre vivent ensemble sur Terre, se mêlent sans distinction. Les Elohims sont des êtres changeants, qui s‘adaptent aux humains pour vivre, ont besoin d’eux, de leur reconnaissance, de leur soutien, de leurs souvenirs pour être tangibles, présents, libres. L’après Satori, le jugement, la traque, sont contés dans un désordre chronologique volontaire, par le biais de différents narrateurs et à leur manière, et ce sont les nouveau termes techniques, les nouvelles normes de l’humanité qu’inventent Kloetzer qui déstabilise le lecteur, à la fois proche de notre civilisation, et finalement totalement nouveau.

Ils définissent un nouvel ordre chaotique, constamment en guerre, toujours sur ses gardes, d’une grande violence, à la recherche d’un avenir possible sur une terre à l’agonie où titubent les malades du Satori, prêts à contaminer chaque survivant sur son passage. Ils imaginent un univers implacable, et nous projettent dedans, nous mettent en état de choc face à la dureté de cette bombe qui s’attaque au soi, épargne certains et achève les autres de façon sournoise et terrible, un futur où l’humain décide de détruite l’âme humaine et non pas l’être humain.

Mais l’écriture poétique de Kloetzer, pointue et relevée, contrebalance avec  brio cette dureté, ce propos terrible d’une presque éradication de l’humanité. C’est une langue difficile, qui alterne entre la beauté des mots, la fluidité des phrases et le heurt de ces termes nouveaux, de ce langage futur devant lequel on hésite au premier abord, alors on le relit, on l’absorbe, et il nous fait glisser habilement d’un coin à l’autre du récit, sans écueil, avec une aisance remarquable, une langue tout à fait à l’image de son titre, d’ailleurs ! Alors, je me suis renseignée pour l’origine du mot « anamnèse », qui ne me parlait absolument pas. Et il a plusieurs significations, une signification ésotérique (on pense aux homme qui viennent du ciel), médicinale (on pense à la maladie propagée par la bombe), psychologie (on pense au icônes qui s’attaquent à la psyché), religieuse (on pense aux Elohim qui ne vivent que par la l’adoration du l’humain), mais les synonymes proposés à l’anamnèse vous parleront certainement mieux, « expérience, histoire, passé ». C’est finalement en lisant l’œuvre, en terminant le roman, que ceci prend tout son sens.

Bon, voilà comment j’ai vécu la lecture d’Anamnèse de Lady Star, avec une fascination compulsive, cette conscience aiguë de lire une nouvelle expérimentation du genre, difficile mais tout à fait géniale. J’ai fini par digérer ma lecture, mais je suis un peu déçue par cette masse grouillante d’idées que je vous lance à la figure.
Anamnèse de Lady Star est tellement… tellement plus subtil, tellement plus complet, tellement PLUS. Il y aurait tant à dire. J’avais déjà beaucoup aimé le précédent titre du duo Kloetzer, Cleer, paru en 2010,mais là je suis conquise.

Je vais en rester là, me concentrer sur Orgasme à Moscou où je vais me payer une tranche de rire, là pas de chausse-trappes dans l’écriture, pas de subtilités non plus, mais du plaisir aussi ! Je vous en dirai des nouvelles.

CITRIQ
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