lundi 4 novembre 2013

La stratégie Ender, de Orson Scott Card



Alors voilà, plusieurs facteurs font que je me dois de parler de La Stratégie Ender, d'Orson Scott Card. Les aficionados connaissent sur le bout des doigts ce classique de la SF des années 80, les cinéphiles attendent avec circonspection l'adaptation qui arrive sur nos écrans le 6 novembre, avec Harrison Ford dégoulinant et Ben Kinglsey qui a l'air de s'être malencontreusement cogné de nombreuses fois sur l'aiguille d'un tatoueur, et les heureux qui ont pu aller aux Utopiales de Nantes ce week-end ont peut-être pu avoir une dédicace de l'auteur et l'écouter parler d'un air bonhomme lors des conférences passionnantes de l’événement.

Pour ma part, je fais partie des trois catégories, j'ai adoré le roman, j'attends de voir le film avec impatience, et j'ai pu, avec une joie immense et des joues toutes rouges de timidité, manger avec Orson Scott Card, à la même table, ouais ouais. Bon il n'y avait pas que lui, aussi des confrères libraires, des représentants, d'autres bons auteurs (Jeanne A. Debats), des éditeurs (l'Atalante), et sa femme, adorable, souriante, assortie à son mari par la même couleur de chemise, la classe quoi.

Bon voilà, c'était mon moment j'me la pète, j'ai eu une opportunité hors du commun, et j'en remercie grandement l'Atalante, puisque ce fut aussi l'occasion de voir Pierre Bordage, Alain Grousset, Patrick Couton, Vincent Gessler, Florence Hinckel, et Andreas Eschbach, et c'était très très intéressant.

Donc je me suis dit, après avoir vu Orson Scott Card, et en voyant toutes les affiches qui ornent nos stations de métro, que je pourrais vous parler de La Stratégie Ender, un petit peu, en passant quoi.





C'est un roman d'Orson Scott Card écrit en 1985, et ça a son importance puisque l'histoire prend place dans un futur où la Guerre Froide est toujours d'actualité. Bien-sûr il s'en est passé de choses, les Doryphores, extraterrestres redoutables, ont laissé l'empreinte d'une guerre sanglante sur Terre, et bien que celle-ci s'en soit sortie, elle craint plus que jamais le retour de l'armée adverse. Pour se préparer au mieux à cette confrontation, chaque bloc prospecte dès la naissances quels enfant feront de potentiels soldats et généraux, et les envoie dès l'âge de 6 ans à l'école de Guerre, un vaisseau en orbite spécialement consacré à la formation des soldats du futurs. Son but est d'en faire les meilleurs soldats au monde, et de trouver parmi eux ceux qui sauront diriger la guerre contre les Doryphore. C'est le sort qui échoit à Ender Wiggins, troisième enfant d'une famille américaine. Son frère aîné et sa grande soeur ont tout deux ratés les tests permettant d'accéder à l'école de Guerre, malgré une intelligence hors du commun. Pour l'un il s'agissait d'une personnalité trop cruelle, pour l'autre d'une trop grande retenue face aux problèmes, alors que le jeune Ender semble être la parfaite alchimie des deux enfants. Il est alors envoyé dans la flotte de l'école, et commence pour lui une formation qui lui ôtera définitivement l'innocence de son enfance.

J'ai beau me creuser l'esprit pour tenter d'en parler intelligemment je ne sais pas pourquoi mais ma prose me semble trop frustre pour expliquer correctement l'ampleur du roman d'Orson Scott Card et ce qui m'a plu à sa lecture. D'une part j'ai adoré les personnages et la dimension psychologique du roman. Card traite très bien de la psychologie d'Ender Wiggins, un enfant qui aimerait en rester un mais à qui on demande à peine atteint l'âge de raison de devenir un soldat. D'autant plus qu'il évolue dans une école de Guerre, où la violence est maître mot, où il ne fait pas partie d'une classe mais d'une armée, et où il n'a pas des amis mais des camarades. De plus ce qui différencie Ender des autres c'est la volonté du commandement de l'école à le mettre à l'écart pour forger son caractère et en faire le plus grand leader de l'école. Jamais comme les autres, Ender va passer de paria à meneur en un laps de temps très restreint, et son évolution au sein de l'école de guerre ne ressemblera à celle d'aucun autre et fera pas mal de jaloux. Il y a pas mal de cruauté  dans cette école qu'institue Orson Scott Card, et la cruauté enfantine est toujours plus dur à encaisser que celle entre adultes.


J'ai été fascinée par les entraînement aux batailles qu'invente l'auteur, à travers des jeux d'abord qui se transforment en véritables confrontations violentes entre les armées de l'école. Ender se joue des règles et invente ses propres Stratégies, devenant ainsi le meilleur de l'école et menant ses armées sur le podium de l'excellence. Ses rapports avec les autres enfants durant son ascension sont à la fois passionnants et inquiétants, Ender ne connaît pas ou peu l'amitié, seuls lui sont acquit la fidélité et l'adoration de ses camarades ou la haine et la jalousie. Vivre ce genre de situations pour un enfant devrait être destructeur, mais force est de constater qu'Ender s'endurcit et accepte son destin, éloignant au fil du roman lui-même les amitiés qui pourraient devenir trop forte et embrassant la solitude du dirigeant.

Outre l'école de Guerre et le destin d'Ender qui prend une part importante dans l'histoire, il y a aussi l'aspect historique et géopolitique qu'il développe en parallèle à travers l'histoire de la fratrie Wiggins restée sur Terre, Peter et Valentine, lesquels vont mettre leur intelligence hors norme en commun et tenter de bouleverser les pouvoirs en place dans chaque bloc de la planète. Je me dois d'avouer qu'il ne s'agit pas de mes passages préférés, mon intellect est trop limité pour s'absorber dans les complots géopolitiques, et ouais c'est comme ça... mais j'ai adoré la confrontation et la combinaison de ces deux personnages, Peter le frère cruel et colérique dont les desseins restent flouent aux yeux de sa soeur, et Valentine, douce et contenue, qui n'arrive pas à savoir si son frère cherche la réunion des deux blocs ou la destruction de ceux-ci.

Bon, je ne vais pas en dire beaucoup plus sur le sujet parce que le roman traite ensuite essentiellement de la formation d'Ender sur plusieurs années et se termine dans un final fracassant qui laisse le lecteur comme deux ronds de flan, alors si vous voulez mon avis il faut surtout que vous le lisiez si vous voulez en savoir plus sur le destin d'Ender, ça se boit comme du petit lait et c'est quand même une oeuvre majeure de la SF qui ne ressemble à aucune autre. J'avoue avoir ressenti durant ma lecture la même empathie avec le personnage et un même enthousiasme parfois que lors de ma lecture du petit sorcier à la cicatrice en forme d'éclair, peut-être à cause de l'environnement de l'école et cette atmosphère délétère qui hante la flotte de l'école comme le château de Poudlard, ou bien de la destinée singulière de ces deux enfants que tout le monde veut voir devenir des héros et qui ne veulent être que des petits garçons comme les autres... après la comparaison s'arrête bien là, La Stratégie Ender n'est pas un roman pour enfant, la dimension militaire donne une toute autre ambiance au roman (bien plus violente et tendue) et le propos n'est pas le même.

Alors nous verrons si le film tient ses promesses, je ne vous mets pas la bande-annonce ici parce que je trouve qu'elle en dévoile trop (c'est bien dommage...) et je vous invite à lire (ou relire) ce classique du genre.

Bon maintenant je vais me remettre de mes émotions tranquillement, et vous laisser sur cette image des Utopiales de Nantes, génial festival de SF à ne pas manquer l'année prochaine !



Et pour les ceux qui voudraient savoir les livres primés ce week-end au festival, voilà les lauréats :


Prix Julia Verlanger

« Le Protectorat de l’ombrelle » de Gail Carriger, Editions Orbit, 2009 à 2013

Prix de la meilleure bande dessinée de science-fiction

« Souvenirs de l’empire de l’atome » d’Alexandre Clérisse et Thierry Smolderen, Editions Dargaud, 2013

Grand Prix du Jury – compétition internationale de longs métrages

« Jodorowsky’s Dune » de Frank Pavich, États-Unis, 2013


Prix Syfy du public – compétition internationale de longs métrages

« Jodorowsky’s Dune » de Frank Pavich, États-Unis, 2013


Prix Utopiales Européen Jeunesse

« Nox, Ici-bas » d’Yves Grevet, Editions Syros Jeunesse, 2012


Prix Utopiales Européen


« Exodes » de Jean-Marc Ligny, Editions L’Atalante, 2012

Prix Planète-SF des blogueurs« La maison des derviches » de Ian McDonald, Editions Denoël, 2012
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2 commentaires:

  1. Je l'ai lu il y a bien, bien longtemps celui-là ! J'ai le souvenir d'une lecture agréable même si je ne me rappelle plus grand chose de l'intrigue à part le twist final et les scènes d'entrainement en apesanteur. Je suppose que le réalisateur du film a du bien s'amuser avec ces scènes là....

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    1. Oui, la BA dévoile pas mal le twist final, ça c'est un peu énervant. En tout cas les premières critiques sont mitigées, ce qui me fait peur...

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