lundi 29 avril 2013

Les Lames du Cardinal, de Pierre Pevel


Ça fait longtemps que je ne vous ai pas parlé de Fantasy, mon amour de jeunesse. Je dis ça parce que c’est la littérature qui m’a ouvert à la lecture, à une faim et une envie de lire si puissante que je suis devenue libraire.

J’en ai lu une flopée depuis mes treize ans, où j’ai fait mes débuts avec Eddings, Tolkien, Hobb, Feist, Williams ou Zimmer Bradley. Et depuis Gagner la guerre de Jaworski en 2010, rien ne m’a franchement emballé. Il y a eu Le nom du vent, et certains autres chez Bragelonne, mais même si je les ai apprécié ce ne sont pas mes coups de cœur les plus précieux. C’est pourquoi je me suis tournée vers un Pierre Pevel que j’avais longtemps mis de côté. Plusieurs choses m’intéressaient dans la lecture des Lames du Cardinal de Pierre Pevel (qui vient de sortir en poche chez Folio). D’abord cette inspiration assumée des Trois Mousquetaires, ensuite mon attrait pour sa description du Paris des années 1630, et enfin ma lecture jubilatoire de la Trilogie de Wielstadt qui me faisait espérer beaucoup de ce roman-ci.



Bon, que je mette tout de suite les choses au clair, j’ai apprécié ma lecture des Lames du Cardinal, mais j’ai essuyé une grosse déception. J’en attendais tout simplement trop… on en avait fait tout un foin à sa sortie (il y a un petit moment déjà), d’une part parce que Pierre Pevel entrait dans le panthéon des auteurs Bragelonne, d’autre part parce qu’il a reçu le prix Morningstar, décerné par le comité du David Gemmell Awards pour le premier roman traduit en anglais.
D’ailleurs je ne suis pas étonnée qu’il ait reçu ce prix outre-Atlantique. Il faut dire que pour représenter la Fantasy française à l’étranger, quoi de mieux qu’un roman qui met en scène Paris, le Cardinal de Richelieu et des estocades de mousquetaires ? 
Donc, Les Lames du Cardinal, outre Richelieu, Paris et les Mousquetaires, qu’est-ce que c’est ?

Imaginez le Paris de 1633, Louis XIII est assis sur le trône, assisté du Cardinal de Richelieu. D’une main de maître et dans le plus grand secret, celui-ci gère les affaires du royaume, déjouant complots et intrigues visant la couronne, protégeant les intérêts de la France. Pour cela, il avait formé une unité spéciale de gardes, les Lames du Cardinal, une poignée d’hommes parfaitement entraînés et surtout loyaux au trône jusqu’à leur mort. Or cinq ans auparavant lors du Siège de La Rochelle, les Lames du Cardinal ont échoué dans leur mission et l’unité a été disgraciée puis dissoute, sans explications.
Aujourd’hui, une menace pèse sur la France, incarnée par la Griffe noire, l’association de plusieurs dragons sorciers et de sang-mêlés (les Dracs) qui ont déjà investi entièrement la cour d’Espagne, et espèrent bien conquérir la France. Ils agissent dans l’ombre, inspirent la crainte, et Richelieu sait qu’il doit les arrêter.
Mais c’est pour une autre raison qu’il rappelle en secret La Fargue, ancien Capitaine de sa garde à la tête des Lames du Cardinal, pour lui confier une mission obscure et confuse qui a tout l’air de n’être qu’une excuse pour rassembler son ancienne troupe d’élite, bretteurs de génie et aventuriers sans peurs, et de les faire entrer dans un jeu très dangereux.

Bon, je suis une fille facile, mettez-moi un dragonnet bedonnant en train de ronfler devant un feu de cheminée et nonchalamment grattouillé par le Cardinal de Richelieu et je me dis « ouh qu’il est mignon, y a des dragonnet domestiques, ça va être chouette ! ». Ça c’est ma première réaction. Puis après je reprends mes esprit et mon analyse critique se remet en marche. (Néanmoins : y a des dragonnets domestiques !!).

Parlons d’abord de ce qui m’a dérangé dans Les Lames du Cardinal. En soit, l’idée était bonne, reprendre l’histoire de Richelieu et de ses gardes avec du fantastique, ça a de quoi séduire. J’adore ce mélange de genres, qui, si il est bien fait, peut donner des petites perles, comme Les lames du Roi de Dave Duncan, d’ailleurs, dont le titre est bien trop similaire (mais Duncan était preum’s, siouplait), et la finalité meilleure… Donc ici, ce qui a pêché pour moi, c’est d’une part la narration : je vous avais déjà fait part de mon agacement maintenant face à des micro-chapitres de trois ou quatre paragraphes et un changement permanent de lieux et de personnages, et cette fois on y est jusqu’au cou. Pierre Pevel nous promène entre trois milles actions en même temps, ne nous laisse pas nous reposer sur un évènement de l’histoire, mais les mélange tous dans un grand shaker, et un peu comme The Usual Suspect, tout est sensé prendre son sens à la fin. J’aime bien les fins à la Usual Suspect, mais là j’ai trouvé l’ambition ratée.

Cette façon de faire m’a empêché de m’attacher aux personnages, lesquels sont nombreux et tous très caricaturaux, mais quitte à faire dans le caricatural, qu’on puisse au moins les apprécier à leur valeur et les approcher d’un peu plus près. Certaines Lames d’ailleurs sont plus mises en avant que les autres et plus attachantes, comme le Gascon, le Capitaine ou Agnès de Vaudreuil, mais leurs histoires et leur background sont tellement survolés à mon goût qu’ils n’ont finalement pas grand intérêt. Almades est certainement le plus délaissé de l’histoire… puisqu’à part son introduction d’une page et demi il ne sert pas à grand-chose. 

Bon, il faut certainement réfléchir au fait que c’est une trilogie, et j’imagine que l’histoire de chacune des Lames va se développer au fil des tomes (je l’espère), mais n’ayant pas l’envie de lire la suite, je n’en saurais pas plus… Donc, les personnages sont pour moi finalement un problème. Trop caricaturaux, trop peu développés, trop noyés dans la masse, les méchants eux aussi n’ont rien d’intéressant. Malicorne, Gagnière, sont des personnages à peine antipathiques, et surtout ennuyeux.

L’histoire en elle-même était alléchante : une unité de garde d’élites, la crème de la crème, qui se frottait à de grands méchants dragons. Bon, finalement la première moitié du roman consiste à la réconciliation du groupe, chacun reçoit sa lettre cachetée de cire, et Pevel construit minutieusement les fondations de son histoire, mettent en scène des duels, courses poursuites, guet-apens, avec moult descriptions de combats, comme il sait très bien le faire d’ailleurs (j’ai une réelle admiration pour ça !), puis on s’ennuie ferme pendant l’autre moitié du livre, où il ne se passe pas grand-chose avec de grands questionnement des Lames qui se rendent compte qu’on les manipule, leur cache quelque chose, et qui décident de devenir un peu rebelles parce que bon faut pas déconner, c’est les Lames du Cardinal quand même (on les a pris pour des quetsches une fois, mais pas deux !). Et là patatras, le dénouement de l’histoire arrive à grands coup de bottes dignes de films d’action de Stalone, puisque les Lames vont sortir l’une des leurs d’un bourbier improbable et d’une mort certaine de façon grandiloquente et magnifique, beaucoup trop à mon goût, et heureusement mettre un terme aux méfaits des Dracs.

Bon, voilà, ça c’était ce qui m’a posé problème. Mais je ne peux pas entièrement cracher sur Pevel, d’une part parce que je l’ai tellement admiré pour Wielstadt que ça me fait mal au cœur, d’autre part parce que Les Lames du Cardinal a aussi ses qualités. J’ai pris énormément de plaisir à lire les descriptions de la ville par Monsieur Pevel. Etant aujourd’hui parisienne, je me suis délectée de l’atmosphère de la vieille ville, des tours et des détours que l’auteur nous fait emprunter pour suivre ses personnages, une balade dans le vieux Paris que je ne peux m’empêcher de comparer à celui d’aujourd’hui. Il faut l’avouer Pevel à un don pour faire revivre le passé de cette ville, il m’avait déjà émerveillé avec ça dans Ambremer (le Paris du début du XXème siècle).
Là, je ne peux m’empêcher de regarder avec intérêt la carte du Paris de 1633 qu’il a placé au début de l’œuvre et de me perdre dans les dédales de rues pavés, de ruelles sinueuses, boueuses et mal éclairées. On sent que l’auteur a passé un bon moment à se documenter pour retranscrire au mieux la capitale de l’époque, avec un souci du détail évident, et c’est totalement louable. On y croise plusieurs personnages ayant réellement existé, le Comte de Rochefort, le Comte De Tréville, qui nous sont familiers de l'étude de l'histoire de France mais surtout des romans de Dumas. Et un certain Athos survient dans l'un des chapitre... clin d’œil apprécié de l'auteur.


Avec son sens aigu des détails, Pevel décrit avec minutie les combats de ses personnages, et comme je le disais plus haut, j’adore ça. C’est souvent un peu trop long, mais le visuel de l’action qui en ressort est fabuleux. Dans mon adolescence ingrate, j’ai tenté de reproduire ce genre de prouesse, mais sans connaissance de langage technique, c’est à peu près infaisable… et ridicule ! Là on sent une maîtrise du sujet, et on pourrait s’y croire.

D’autre part j’aime la langue de Pevel, qui était à mon sens mieux maîtrisée et plus raffinée dans la Trilogie de Wielstadt, et que j’ai quand même en partie retrouvé ici. Un beau vocabulaire, un sens de la formule agréable, malheureusement alourdit par le style trop solennel et théâtral choisit pour raconter Les Lames du Cardinal.

Bon, malgré le plus grand développement des défauts que des qualités, je donne la moyenne aux Lames du Cardinal, pour son exercice original, son ambition, j’ai quand même terminé le livre (quand je n’aime vraiment pas, je n’en prends même pas la peine…) qui a été une distraction plaisante. Je n'ai malgré tout pas une envie irrésistible de lire la suite. Ayant d'autres nouveautés à écumer, je m'en passerai donc.
J’attends de voir ce qu’il en sera de son nouveau roman, Haut-Royaume, que je vais tout de même tenter, et qui sera peut-être un retour en force d’un bon auteur français de Fantasy en qui je garde espoir ! 

CITRIQ
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1 commentaire:

  1. Enfin ! Un avis qui rejoint ce que j'ai éprouvé à la lecture de cette ambitieuse trilogie.

    Pevel écrit magistralement bien, mais donne ici - de mon point de vue - un peu trop dans le survol ostentatoire. La forme est nettement privilégiée au fond, et, au bout du bout (de la rapière !), il m'aura manqué l'estocade.

    Dommage, mais la démonstration de style demeure belle.

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