dimanche 16 septembre 2012

Swamplandia, de Karen Russell


Si je remarque bien quelque chose, c’est que la littérature américaine à tendance à m’attirer, et j’ai beau tenter de m’en éloigner pour lire autre chose, j’y reviens toujours. Une cliente m’a fait cette remarque en me disant « qu’y en avait marre de cette dictature des romanciers américains, à croire qu’il n’y a qu’eux qui écrivent, alors que c’est complètement faux. » le visage tout rouge, pas contente, j’ai bien cru qu’elle allait se transformer en schtroumpf noir. Mais que voulez-vous madame, oui il y a de bons auteurs partout, en France nous ne sommes pas en reste, mais les anglophones - pour élargir le terme - ont tendance à manier la plume d’une manière particulière, et on ne peut nier qu’ils ont le chic pour pondre d’excellents romans. Mais surtout ils écrivent beaucoup, vu qu’ils sont très très nombreux, et que donc par définition il y a beaucoup de bonnes choses à lire, et moi, je ne vais pas m’en priver par chauvinisme ou orgueil mal placé ! Ca ne m’empêche pas de lire d’autres choses, d’avoir aimé des auteurs français dans cette rentrée littéraire, mais je ne vais certainement pas arrêter de dévorer ces romans américains qui me font de l’œil avec leurs couvertures acidulées et leurs résumés enrobés d’aventures et d’excentricité (c’est bien ça qu’il manque aux français, d’ailleurs).

C’est aussi certainement dû au fait que j’aime bien cette atmosphère de roman américain, et les paysages si différents qu’on y trouve. Une fois mon permis en poche… *tousse* ah oui, je vous ai pas dit ? (j’en ai entendu tiquer !)  J’ai ce projet foufou en vue d’enfin passer mon permis (il était temps), mais ne me brusquez pas, la voiture et moi ça fait trois, au grand dam de mon québécois. Donc, disais-je, je m’imagine, telle Britney Spears dans son superbe film Crossroad, le nombril (et la bedaine) à l’air, la chevelure décolorée au vent, les cuisses boudinées dans un short en jean, conduisant pied au plancher sur la route 66, vers l’inconnu (et l’au-delà ?), m’arrêter dans des bouiboui au bord de la route où les locaux me conspueront à cause de mon accent frenchy incompréhensible, à manger des burgers dégoulinants de gras, le visage empreint de félicité, parce que je visiterais le grand espace américain, youhou !
...
Sérieusement, entre la Grande Pomme, la moiteur de la Floride, la mélodie de la Nouvelle-Orléans, les joyeux fêtards de San-Francisco, les déserts arides de la Californie, les ranchs du Texas (et leurs péquenauds si attachants) ou les forêts touffues du Maine, il y a tellement de choses à voir, à dire, et à imaginer dans tout ces coins, que moi j’aime y perdre ma concentration, me laisser aller au gré de ce grand espace, où les auteurs savent magnifier l’insignifiant pour en faire des contes extraordinaires. Prenez-en de la graine les français (suck** !). Mais je suis mauvaise langue, cette rentrée très foisonnante, mais surtout bien meilleure que celle de l’an dernier, prouve que l’écriture ici se diversifie, les thèmes aussi, et qu’on est sur la bonne voie.

M’enfin, je dis ça parce que je vais encore vous parler d’une américaine, alors faut s’y faire, j’aime ça et vous aller en bouffer de la littérature américaine, un point c’est tout. Cette fois on se retrouve en Floride, avec Swamplandia, de Karen Russell, aux éditions Albin Michel.



Swamplandia, c’est un parc d’attraction situé dans les Everglades, une région de Floride composée de marécages où se prélassent de bons gros alligators. Ceux-ci sont d’ailleurs les stars du parc d’attraction, où les touristes peuvent voir la belle Hilola Bigtree nager au milieu des alligators et les combattre à mains nues, tout ça en buvant la bière la moins chère et en mangeant les hot-dogs les plus bon marché de la région. Hilola Bigtree est la femme du Chef Sam Bigtree, propriétaire du parc construit des décennies plus tôt par Grand-père Bigtree, lequel est aujourd’hui en maison de retraite en raison d’un fort Alzheimer (et de la morsure sanglante qu’il a infligé à une touriste…)
C’est Ava, 13 ans et benjamine des trois enfants Bigtree, qui nous raconte l’histoire de la famille. Elle rêve de devenir comme sa mère, de parader devant les touristes en domptant les alligators, et apprend avec application le métier, pour être la fierté des Bigtree et reprendre le flambeau. Mais ça, c’était avant que le cancer n’emporte Hilola Bigtree, et ne les laisse, son père, son frère, sa sœur et elle, sans star pour animer le spectacle. Avant, aussi, que les touristes n’arrêtent de prendre le ferry pour venir au parc. Avant, surtout, que son père ne s’enferme dans un endettement insurmontable, que son frère ne décide de quitter le navire et d’éviter le naufrage pour rejoindre le continent, et que sa sœur se plonge dans le spiritisme et commence à sortir avec des fantômes. Avant, enfin, de n’avoir plus de mère.

Oui, dit comme ça, ça à l’air à la fois dramatique, et à la fois complètement barré. Et c’est exactement ça. Moi je dis, c’est une bonne combinaison ce petit mélange de genres, et ça devrait arriver bien plus souvent. Alors ce qui donne son humour et son piquant à Swamplandia, qui parfois vous fera étirer vos zygomatiques jusqu’aux lobes de vos oreilles, c’est la voix d’Ava, notre narratrice, ce petit bout de femme, encore plongée dans ses rêves d’enfances et ses illusions naïves, adolescente fantasque, débrouillarde et optimiste, qui nous raconte la saga de la famille Bigtree avec une prose tout à fait percutante. Elle nous décrit sa vie à Swamplandia, où elle vit avec sa famille dans un univers très fermé. Comme ses frères et sœurs, elle n’a jamais ou presque posé un pied sur « le continent », étudie par correspondance et passe son temps à apprendre à dompter des alligators.

Quand j’ai commencé ma lecture, je pensais à un roman humoristique. Et effectivement, le début laissait supposer un roman plein de rebondissements cocasses, avec des personnages hauts en couleur et attachants. On trouve bien cet aspect là dans le livre, car la famille Bigtree est vraiment composée de personnages extravagants : un père qui tente de se faire passer pour un indien alors qu’il ne possède pas un centième de sang indien, la tête couronnée de plumes et les tresses balayant son dos ; son frère, Kiwi, rat de bibliothèque de 17 ans qui s’exprime comme un dictionnaire et rêve de quitter l’île de Swamplandia ; et enfin sa sœur, Ossie, celle que tout le monde prenait pour la simplette, dont la chevelure blonde a du mal à convaincre le touriste de son association avec les indiens de la famille Bigtree, et qui s’éprend de spiritisme pour vivre des expériences extrasensorielles avec des morts. Et puis il y a les Seths (pseudonyme attitré issu du nom du tout premier alligator dompté par les Bigtree : Seth), les 99 alligators de la famille qui vivotent dans Swamplandia, nourris et dorlotés.
Alors quand ce beau monde éclate suite au décès de sa mère, Hilola, la grande dompteuse, Ava ne peut qu’observer son univers s’écrouler. Encore trop petite pour comprendre les enjeux de la disparition de sa mère, pour comprendre l’ampleur du problème qui pèse sur la famille Bigtree, Ava, elle, garde son optimisme, et tente tout pour remettre à flot son parc d’attraction que les touristes abandonnent au profit du Monde de l’Obscur, ce nouveau parc du continent accessible par l’autoroute et qui propose des montagnes russes sensationnelles.

On peut dire que la suite m'a surprise. On s’attend à ce que la situation se redresse, à un happy ending, à un miracle pour sauver le monde d’Ava, qui n’a rien fait pour mériter les drames qui lui tombent dessus, et qui aurait bien le droit de vivre heureuse avec sa famille sur Swamplandia, et de devenir la plus grande dompteuse de Seths au monde. Mais Swamplandia décrit des réalités bien plus sombres que ça. Au bout d’un moment, le roman prend une autre direction, une autre ampleur. Il s’attache aux vies des enfants de la famille Bigtree, tous trois jeunes adolescents qui viennent de subir une lourde perte et cherchent chacun de leur côté à remédier à la douleur qu’ils éprouvent et aux problèmes qui planent comme une ombre sur l'île.
C’est là que Swamplandia prend cette forme de quête initiatique, à travers deux histoires différentes : d’abord celle de Kiwi qui vit désormais sur le continent, et qui apprend les dures lois de la société américaine par le biais de son premier boulot comme homme d’entretien chez son concurrent, Le Monde de l’Obscur. Puis toujours Ava, livrée à elle-même sur l’île pendant que son père est en voyage d’affaire sur le continent pour tenter de sauver le parc. Elle colle aux basques de sa sœur qui l’évite et découche fréquemment pour aller rejoindre des esprits qu’elle est la seule à pouvoir voir. Elle va alors faire l’expérience traumatisante d’une croisière vers l’âge adulte, sans filet, et remettre en place ses illusions de petite fille. Je ne vous en raconte pas plus sur cet aspect là du roman, parce qu’à mon sens (contrairement à d’autres critiques que j’ai lu ailleurs), il s’agit du passage du livre le plus fascinant et le plus intéressant du roman. Le moment où l’on quitte le registre du comique pour grimper dans une dimension plus poignante, plus puissante, où la touffeur et la moiteur des marécages autour de l’île que traverse Ava donnent un aspect fantastique à son récit. Le roman se transforme alors en voyage mythologique, une descente aux enfers pour ces deux jeunes filles qui ont déjà bien souffert.

Pour le coup, je ne connaissais pas l’auteur de ce roman, Karen Russell, et pourtant elle a grandement fait parler d’elle en 2012 outre-Atlantique. Il faut savoir que Swamplandia a gagné un tiers du Prix Pulitzer 2012, avec à ses côtés le Roi Pâle de (feu) David Foster Wallace édité en cette rentrée au Diable Vauvert, à cause de l’indécision du jury qui n’était pas capable de départager ses trois finalistes. Elle a aussi été distinguée par plusieurs prix pour adultes et pour enfants au cours de l’année, et HBO (encore !) prévoit d'en faire une série télé, alors bon, je me suis dit que ça ne pouvait être que bon, et franchement je n’ai pas été déçue.

La couv' originale, extraordinaire !


Alors voilà, suite à Dieusans les hommes et la Déesse despetites victoires, j’évince Qu’avons-nousfait de nos rêves (à 100% Pulitzer lui) pour donner une place à Swamplandia dans mon top 3 de la rentrée 2012.

Maintenant, en plus du désert de Mojave, je vais rêver de la verdure luxuriante des Everglades. C’est pas à côté, mais bon, ça ferait quand même un bon road trip américain, vous ne pensez pas ?
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lundi 10 septembre 2012

Legend, de Marie Lu


Il m’est arrivé une chose bien étrange il y a peu. Rembobinons, et rappelez-vous que j’ai commencé mon nouveau travail en juillet, avec comme tâche de m’occuper de la littérature, et de développer le rayon Littératures de l’imaginaire qui végétait à côté du polar, abandonné de tous. Effectivement, personne n’en lisait, il n’avait même pas un coin établit pour exposer ses nouveautés, et se composait essentiellement de trois étagères, dont une était destinée seulement au Trône de fer...
C’était donc minimaliste. Mais je me retrousse les manches, et la semaine prochaine nous passerons de 90 titres à 250, de quoi bien remplir ma bibliothèque et laisser du choix aux clients lecteurs et amateurs de littératures fantaisistes. J’ai donc aussi contacté les éditeurs avec lesquels on travaillait peu, ou pas, pour leur dire que dorénavant on travaillerait la SF/Fantasy/Fantastique et prendre rendez-vous avec eux. C’est comme ça que je me suis retrouvée à parler des nouveautés de septembre/octobre avec le représentant Bragelonne/Milady, l’une des maisons d’éditions les plus importantes dans le genre. C’était un jour avant la sortie du Blackout de Connie Willis, que je suis actuellement en train de lire, et je lui ai d’ailleurs demandé de m’envoyer ce livre en service de presse, impatiente de me remettre à lire des auteurs de SF.
Il m’a confirmé me l’envoyer, ce qui prendrait plusieurs jours (la preuve, je n’ai toujours rien reçu de lui), alors j’ai été plutôt chamboulée de voir Blackout posé sous une table à côté de la caisse seulement deux heures après son départ. J’ai d’abord pensé que la nouveauté était arrivée, avant de comprendre que c’était bien un SP, même si aucun de mes collègue ne pouvait me dire d’où le livre était venu. Il avait l’air d’être tombé du ciel, personne ne se souciait de me dire « tiens on a reçu ça », tous avaient l’air de ne pas plus comprendre que moi, on était juste d’accord pour dire que le représentant n’était pas repassé le déposer, que c’était néanmoins bien un SP, et que peut-être il avait poussé tout seul sous la table, comme une plante grimpante… allez savoir.

Bref, je pensais devenir folle. C’était vraiment un mystère et boule de gomme, une chose bizarroïde qui me perturbait, jusqu’à ce que, plusieurs jours après, je reçoive un message d’un ami à moi me demandant si j’avais reçu le Blackout de Connie Willis à ma librairie. Je lui réponds donc que j’ai reçu un SP miraculeux mais pas reçu la nouveauté, que j’ai donc commandé dès sa parution pour en faire une piloute. Et ce filou me répond « oui, le SP c’est de moi ». Haaaaaaaaaaaan, le petit cachotier ! Dire que je m’arrachais les cheveux à essayer de comprendre le pourquoi du comment de cette apparition étrange, le mystère était finalement résolu. J’avais oublié que j’avais un Inside man chez Bragelonne depuis peu, et il m’avait envoyé le Connie Willis parce qu’il avait lu ma chronique sur Sans parler du chien. Depuis, j’ai commencé mon Blackout, qui est trèèèèèès bien, mais je n’arrive pas à m’y plonger corps et âme.

Je me souviens de mon adolescence et de ma vie d’étudiante où je dévorais les livres comme des petits pains. J’avais le temps pour lire, tout du moins je le prenais (sur mon temps d’étude, hm…), et il m’arrivait d’avaler un livre en une journée. Je me rends compte que ça ne m’arrive plus très souvent, le dernier roman en date qui peut se targuer de m’avoir fait un tel effet c’est Dieu sans les hommes, que je conseille à tour de bras, en espérant que les gens y verront la même puissance et la même beauté que moi. Sinon ce sont des romans pour ados, certes plus faciles à lire et plus courts en général, mais surtout vraiment captivant. En ce moment j’ai du mal à trouver des romans « captivants ». Même le Connie Willis couronné du Nébula, du Locus et du prix Hugo ne parvient pas à me happer. Alors en attendant de le finir (il est gros, long, et complexe, bien que très bien pour le moment), je continue d’alterner les genres, entre littérature générale et littérature jeunesse, j’entretiens mon éclectisme. Et ca fait longtemps que je n’ai pas parlé de roman jeunesse (comprenez jeunes adultes en fait, genre 16/25 ans) et je vais rétablir les choses en vous parlant de mon coup de cœur de cette rentrée pour les enfultes !

Il s’agit de Legend, de Marie Lu, un roman américain de la même trempe qu’un Hunger Games, qui paraît le 14 septembre aux éditions Castelmore. Castelmore est le label pour jeunes adultes de Bragelonne/Milady.
Je l’assimile à Hunger Games en grande partie pour le genre utilisé, la Dystopie. Vous l’aurez compris, c’est un genre qui s’oppose à l’Utopie, dans lequel l’auteur dépeint une société imaginaire organisée de manière à empêcher ses citoyens de connaître le bonheur. Dans Legend, on se trouve dans un futur inconnu, à Los Angeles, mais les habitants de cette ville font partie de « la République », dirigée par l’Elector Primo (le président, qui visiblement se fait élire de père en fils…), en guerre depuis toujours contre les Colonies, ennemis qui possèdent les terres au-delà du Texas oriental.
Dans cet univers, chaque enfant passe un examen qui évalue sa santé et son intelligence à dix ans, et est envoyé dans un camp de travail pour servir la République si jamais il échoue. La note maximum est de 1500, score atteint par l’un des héros, June, fille de bonne famille, élément précieux dans la jeunesse de l’élite, mais une forte tête qui a tendance à ne faire que ce qu’elle veut. L’autre héros s’appelle Day, il vit dans la rue depuis qu'il a échoué à son examen cinq ans plus tôt...  Il sème depuis le désordre dans la ville en commettant des vols et des attentats contre la République, devenant le criminel le plus recherché de Los Angeles. La seule chose qui le retient à Los Angeles et l’empêche de se joindre aux Colonies, c’est sa famille, sa mère et ses deux frères, qui vivent dans les quartiers pauvres constamment contaminés par l’épidémie qui sévit dans la ville depuis plusieurs décennie. Or, après une descente de l’équipe sanitaire, une étrange croix rouge est peinte sur la porte de sa maison, et sa famille est mise en quarantaine. Trop pauvres pour s’acheter des médicaments, Day va tout faire pour leur procurer de quoi se soigner, et croiser le chemin de June, pour le meilleur ou pour le pire.



Autant dire que Marie Lu a eu la bonne idée de se plonger dans un genre qui a le vent en poupe.  J’avais adoré lire Hunger Games (je n’ai lu que le premier tome), mais avait parfois été un peu énervée par le style simpliste du roman, et surtout la naïveté de l’héroïne qui était certes une adolescente, mais les triangles amoureux et tout le tintouin c’est quand même un peu éculé comme cliché. Bref, il n’empêche que Hunger Games t.1 est un très bon roman, mais je mettrais même Legend au-dessus de Hunger Games.

La roman est raconté tour à tour par June et Day. Alors oui, on se doute que l’un et l’autre vont finir par tomber amoureux, qui ne le verrait pas venir, mais j’ai su en lisant les remerciements que June devait à la base être un garçon, et qu’on lui a conseillé d’en faire une fille. Certainement pour instiller le brin de romance qui aurait fait cruellement défaut au livre si June n’avait pas été une fille. Allez, avouez-le, y a pas que les femmes qui apprécient les histoires d’amour dans les romans. Mais ce point là n’est finalement pas le point le plus important dans le roman ; l’univers décrit par Marie Lu est innovent et audacieux, on sait que les eaux sont montées, ont submergé de nombreuses villes et causé de nombreuses morts. On ne parle plus des Etats-Unis, qui aux yeux des Républicains sont un conte mythologique, une invention. On sait que la technologie a reculé, que la guerre entre la République et les Colonies est violente, sale et dure depuis longtemps, et on aimerait en savoir plus !

Si le premier tome se passe essentiellement dans la ville et est une sorte de traque de Day par June et les autres soldats de la République, j’espère bien que la suite se passera sur le front et dans les Colonies pour en apprendre plus sur toute cette histoire. Ce qui risque de roxer du poney, parce que Legend, c’est quand même un roman d’action, chasse à l’homme, combats rapprochés, tortures et interrogatoires musclés, Marie Lu n’épargne pas son lecteur même si elle est censée s’adresser à la jeunesse. A l’image de son univers, le livre est violent, mais ne verse jamais dans la violence gratuite (contrairement au mauvais BRZK de Michael Grant chez Gallimard que j’ai tenté de lire juste avant).

Plus qu’un roman d’action, c’est un roman intelligent, réfléchi, et qui, comme toute fiction dystopique, pose des questions, met en garde. Alors oui, on en voit beaucoup (trop ?) sortir au rayon jeunesse, tout le monde s’essaye à la Dystopie, certains romans sont sympathiques, sans plus, et versent parfois dans le ridicule et le larmoyant. Mais dans Legend, on y croit, Marie Lu nous tient avec une écriture quelque peu spartiate, qui ne s’encombre pas beaucoup de sentiments et ne s’étale pas sur trop de dialogues, mais efficace, adaptée à l’histoire et aux personnages qu’elle met en scène, deux combattants, un soldat, un survivant. On en vient souvent à oublier que June est une jeune fille de quinze ans, c’est un garçon manqué, elle est taillé pour le service militaire, l’action, droite, le crâne bourré par les propagandes et les clichés des riches républicains. Day lui est rusé comme un renard, très agile, un jeune homme en fuite constamment sur le qui-vive, parfois inconséquent mais avec le cœur sur la main, il traîne toujours avec lui Tess, une ado de 13 ans qui s’est accroché à lui, est devenue son ombre et sa nouvelle famille.

Il y a une ambiguïté dans la personnalité des personnages que j’ai beaucoup apprécié, la répulsion et le dédain de June pour la classe populaire qu’elle ne cache pas dans ses réflexions. La volonté de Day d’aider sa famille, ses amis, d’aider son prochain, tout en agissant parfois trop impulsivement sous le coup de sa haine profonde pour la police et les militaires de la ville qu’il traite sans cesse de « fachos ». Un terme qu’on retrouve souvent dans le roman quand les citoyens des quartiers pauvres parlent des membres des forces de l’ordre et de la classe aisée. Un terme qui peut choquer à la première lecture, mais un pas de plus osé vers un autre degré de lecture pour les adolescents, une écriture moins policée et restreinte dans le vocabulaire, une décomplexion attendue dans ce genre, parce que les ados ne sont pas idiots non plus, n’ont pas toujours besoin qu’on les ménage en réduisant le vocabulaire au plus simple. C’est un mot qui va les bousculer, les faire se poser des questions et se renseigner sur le pourquoi du comment de ce terme et faire le lien eux-mêmes entre cette société que dépeint Marie Lu et certains événements du passé qui se sont déjà produits dans le monde.

Action, réflexion, un roman que je conseille vivement si vous voulez un coup de booste dans vos lectures, un roman stimulant, captivant enfin, qui vous happe, malheureusement trop court à lire. J’aurais aimé que Legend s’adresse aux adultes, l’auteur aurait pu étoffer son récit, lui donner encore plus d’ampleur, on sent pourtant une volonté d’en faire plus qu’un roman pour ados, mais c’est ce qu’il est sensé être, et c’est ce qu’il est… Bref, dans cette catégorie de roman pour jeunes adultes, c’est vraiment une découverte, et on attend la suite avec impatience !

Bon, du coup je vais me replonger dans le Connie Willis, sous les couvertures, le félin étendu de tout son long et de ses 6kg à côté de moi. Il ferait vraiment un bon félin de librairie... *soupir*.


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lundi 3 septembre 2012

Mécaniques du ciel, de Tom Bullough


Je ne sais pas pourquoi, mais cette année beaucoup de romans de la rentrée littéraire s’inspirent des sciences. Entre La déesse des petites victoires, Théorèmes vivants, Peste et choléra, Le jour où les chiffres ont disparu, et Mécaniques du ciel, les scientifiques sont les muses des auteurs de 2012, allez savoir pourquoi. Alors fanatiques des nombres, de la biologie et de la physique, jetez-vous dès à présent sur cette rentrée, c'est le moment ! Pour ceux que ça pourrait effrayer, figurez-vous que tout ça reste assez passionnant. On a tendance à l’oublier, mais sciences et littérature font toujours bon ménage. Particulièrement dans le fabuleux Mécaniques du ciel.



J’ai commencé ce roman de Tom Bullough sans savoir qu’il s’agissait d’une histoire vraie, et que son protagoniste était un scientifique reconnu à qui l’on doit beaucoup. Je ne m’en suis rendue compte qu’à la fin, lorsque j’ai compris qui était ce petit garçon du nom de Kostya, fasciné par les chiffres et les étoiles, que l’on suit de son enfance jusqu’à l’âge adulte.

Mais je vais vous conter l’histoire de Mécaniques du ciel comme il se doit, sans rien vous dévoiler en premier lieu, de la même manière que j’ai entrepris ma lecture lorsque j’ai pioché dans la pile gargantuesque des nouveaux romans de la rentrée.

1867, le petit Kostya à dix ans, est l’un des derniers rejetons d’une grande famille de la petite noblesse russe. Suite à une scarlatine douloureuse, il perd une grande partie de l’ouïe. Sujet aux moqueries de ses amis, au sein de  sa famille qui se détourne de lui, il se réfugie dans ses passions, les mathématiques et les sciences. Mais son problème d’ouïe lui pose de nombreux soucis ; rejetés par toutes les écoles, il prend ses clics et ses clacs et part à l’âge de quinze ans arpenter les rues de Moscou, où il vit dans une pauvreté crasse et fait l’apprentissage du monde dans les rayonnages fournis de la bibliothèque de l’université. Bibliothèque dans laquelle il fera le rencontre du philosophe Nikolai Fiodorov, la personne qui lui mettra entre les mains De la Terre à la Lune, le roman de Jules Verne qui déterminera le reste de son existence.



Mécaniques du ciel est en fait l’histoire de Konstantin Tsiolkovsky, considéré comme le père fondateur de la recherche spatiale russe. Loin de conter comment Tsiolkovsky à mené à bien ses recherches pour l’avancée de l’astronautique, Tom Bullough raconte son enfance difficile et solitaire, son repli sur lui-même après sa maladie, où il s’est jeté à corps perdu dans sa passion, les sciences. L’écriture déliée et sensible de Tom Bullough nous plonge alors dans un univers mêlant fiction et histoire avec harmonie parfaite. Plus proche du conte que de la biographie, chaque chapitre nous plonge dans un élément, parfois fondateur, parfois anecdotique, de la vie du petit Kostya, mais qui va forger sa personnalité, son caractère, et faire de lui ce petit génie qui deviendra l’homme qui calcula la force centrifuge. Les paysages de la Russe profonde, de ses mœurs, de ses habitants à la fin du XIXème siècle, donnent à son récit le décor d’un conte russe d’où semble vouloir surgir à chaque coin de page le merveilleux.

Je me suis vraiment laissée entrainer par sa plume, l’écriture n’a rien de recherché, rien de particulier, le roman est juste d’une fluidité très agréable et nous transporte avec une facilité surprenante. Vers la fin, le récit s’axe de plus en plus sur l’univers scientifique de Kostya, et ce qui n’était au début qu’une lubie d’enfant devient son véritable but existentiel, ce qui n’était qu’un rêve devient sa vie entière. Là, la science et l’invention du voyage spatiale commence à prendre de l’ampleur, et l’on à peur de devoir sombrer dans des explications et des théories scientifiques obscures qui pourraient nous perdre, mais Tom Bullough ne fait rien de cela. L’auteur utilise le fait que Konstantin est devenu professeur dans la ville de Borovsk à l’âge de 25 ans pour nous présenter ses travaux à travers les leçons qu’il donne à ses élèves, et nous démontre avec une simplicité désarmante les théories du génie.

Pour une fois je ne vais pas vous faire une longue chronique très détaillée du roman, parce que la conclusion est très simple. Mécaniques du ciel est un très beau roman, tout en délicatesse et en poésie, qui raconte avec simplicité la vie d’un grand homme qui a permit de réaliser le rêve de voyager dans l’espace.
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