jeudi 31 mai 2012

Sans âme - Le Protectorat de l'Ombrelle T.1, de Gail Carriger


Certains résumés de livre ne sont clairement pas attractifs. Celui du premier tome du Protectorat de l’Ombrelle, par exemple. On dirait parfois que le but premier de l’éditeur/stagiaire ? qui décide quoi écrire sur le quatrième de couverture se dit « okay les mecs, alors déjà on va l’écrire genre simplement, vous voyez ? Faut attirer les minettes qu’aime les crocs et le sexe, vous voyez ? Alors je veux qu’on place les mots célibataire, beau, loup-garou et écossais dans le résumé, que ça respire le désir, les phéromones et le fantasme okay ? »

Bon, ben là c’est réussi, le pauvre éditeur/stagiaire qui a eu à écrire le résumé de Sans âme a quand même tenté d’y mettre un peu d’humour, pour relever le tout, mais malgré tout… ça sent l’arnaque de poulette.

Alors j’ai choisi de lire pour deux raisons : d’une part parce que fût un temps j’étais une minette et même aujourd’hui entre deux romans prise de tête j’aime toujours bien me détendre avec de la lecture légère (oui, je confesse avoir lu Le journal de Bridget Jones et quelques autres chefs d’œuvre du même acabit… et craquer sur True Blood quand le dernier sort, même si au final je ne me souviens jamais des intrigues), et d’autre part il était gratuit. (oui oui, je suis près de mes sous parfois)

Il est certain que ça aurait pu être pire. Le Protectorat de l’ombrelle est une lecture qui a bien joué son rôle de distraction, et je dois bien avouer que ce livre à un petit quelque chose en plus par rapport aux autres romans qui se veulent dans la même veine (mélange de fantastique et de romance), plus de finesse dans l’écriture, et plus d’originalité dans l’intrigue.
Alors bon, quoi que qu’est-ce ?, me demanderez-vous. Je vais donc vous délivrer le quatrième de couverture proposé par Orbit, son éditeur, puisque je viens d’en parler. Et puis au final, je ne pense pas faire beaucoup mieux qu’eux…

Alexia Tarabotti doit composer avec quelques contraintes sociales. Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire et fille d’un père italien, mort. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, défiant la plus élémentaire des politesses, ne lui avait pas été présenté. Que faire ? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, Écossais et loup-garou à ses heures – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur l’affaire. Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Découvrira-t-elle ce qui se trame réellement dans la bonne société londonienne ? Qui sont vraiment ses ennemis, et aiment-ils la tarte à la mélasse ?



Bien. Alors à la décharge de l’auteur, Miss Gail Carriger, alias Tofa Borregaard (moins sexy), il y a de l’idée dans cette nouvelle série de bit-lit. Car ce n’est pas un roman de vampires et loups-garous habituel. Il se déroule sous le règne de la Reine Victoria, dans une Angleterre où les créatures surnaturelles sont reconnues et vivent comme des citoyens normaux. Le fait qu’ils soient peu nombreux (la transformation est très difficile et peux d’humains y survivent) aide notamment à leur insertion, ainsi qu’un système interne très développé. Notre « beau et compliqué » Lord Maccon (qui n’a rien de compliqué, il est juste écossais, parle avec un accent et dit des gros-mots, comme toute personne normal) est le chef de la BUR, le bureau du registre des non-naturels, et s’occupe de gérer les cas délicats concernant vampires, loups-garous et fantômes. Mademoiselle Tarabotti, Alexia, notre fameuse héroïne, n’est pas une créature surnaturelle. Néanmoins elle n’est pas tout à fait normale non plus. Elle est ce qu’on appelle une « paranaturelle », et cet état serait expliqué par ce qui définit le surnaturel dans cet univers : l’âme des hommes.

En effet l’auteur imagine que les êtres surnaturels qui ont survécu à la transformation étaient des humains possédant une âme très puissante et donc très résistante à la mort. Contrairement à Alexia qui n’en a juste pas. Alors bon il n’y a pas grande différence avec les autres j’ai envie de dire : elle est très intelligente, et si au premier abord elle à l’air peu pétrit de morale, il s’avère qu’en fait elle peut être amoureuse, éprouver de l’amitié, avoir des remords, avoir peur, pousser des gueulantes, donc à partir de là je vous demande en quoi consiste ne pas avoir d’âme, parce que je ne vois pas la subtilité.
Bref, elle n’a pas d’âme, c’est un fait avéré, on le lui a dit, elle est une Sans-âme, ennemie naturelle des surnaturels, un simple contact physique annule complètement leur condition de morts-vivants : les crocs se rétractent, les poils retournent à la racine, et les instincts animaux s’éteignent. Imaginez comme c’est dangereux pour nos braves amis suceurs de sang…

Bon, j’aime bien cette idée d’âme, mais je ne la trouve pas assez  bien développée. Il y a bien des tentatives, le roman cite de nombreuses fois les articles scientifiques de la Royal Society de Londres, Gail Carriger lâche quelques explications, mais moi, déjà, l’âme, je trouve que c’est et ça restera un concept abstrait, et qu’à partir de là, tout n’est que fiction (comme c’est beau). Donc si quelqu’un veut me dire concrètement ce qu’il a pensé de cette utilisation de l’âme dans le roman, qu’il n’hésite pas à m’en faire part je suis toute ouïe.

Donc oui, de toute façon, nous sommes dans une fiction. Une bonne fiction, avec tous les ingrédients. Des monstres, une héroïne au tempérament de feu, et un meurtre.
Revenons sur l’héroïne parce qu’elle est à la fois attachante et énervante quand on creuse un peu. D’une part, j’ai aimé le désir de l’auteur de brandir son statut de vieille fille (26 ans et pas mariée !), ses défauts physiques flagrants – enfin seulement pour les amateurs de porcelaine anglaise puisqu’il s’agit juste d’un nez plus grand que celui d‘un anglais, d’une chevelure noire et bouclée, d’une peau olive hérité de son père italien, et de son décolleté impressionnant en adéquation avec son postérieur bien rembourré : comprenez qu’elle ressemble plus à Monica Bellucci qu’à Kate Moss -, son goût peu sûr pour la mode, et son caractère bien trop ouvert, de quoi rebuter les hommes qui préfèrent une femme faible et sans luette pour être tranquilles le soir en rentrant du boulot.

Mais Alexia Tarrabotti est drôle. Oui, elle est drôle, fait des traits d’esprit, et à un cerveau. Elle lit, se cultive, et ça, ça change ! Et surtout, elle tue accidentellement un vampire, ce qui va la mettre dans une position délicate : elle va devoir avoir à composer avec Lord Maccon, malheureusement pour elle écossais, beau et compliqué. Il est en fait grand, bourru, mal rasé, taillé en V, et à des instincts animaux qui lui confèrent une aura sexuelle que ni vous ni moi ne comprenons, parce que bon, un loup c’est beau mais où est le fantasme sexuel là-dedans ? C’est là que les fans de Jacob et de loups-garous doivent intervenir dans les commentaires, j’attends vos arguments^^.

Bon en fait c’est un de mes principaux bémol au roman : l’histoire d’amour que l’on sent venir dès les premières pages, les moments de pelotages intensifs un peu trop longs et répétitifs (ça évite aux auteurs d’avoir à avouer leurs fantasmes sur Doctissimo, il suffit d’en parler dans son roman ! D’autant plus que, oh, coïncidence, l’héroïne ressemble physiquement trait pour trait à l’auteur qu’on peut voir sous tous les angles en photo, étraaaaaaange)… mouais. Mais bon, il faut composer avec.

Petite photo de l'auteur...

Ca, et le fait que l’intrigue est un peu facile. J’ai compris le dénouement dès la fin de la première moitié du livre, mais bon, certaines personnes m’ont dit avoir compris la fin de The Usual Suspect dès la moitié du film, alors ça arrive même aux meilleurs.

Bref, à lire pour de la détente, c’est quand même bien écrit, Gail Carriger avoue en interview son amour pour P.G. Wodehouse, Jane Austen et Durrell, et ça se ressent un peu. Le siècle victorien est bien représenté, les interventions d’avancées scientifiques telles qu’aéronefs voguant dans les cieux ajoutent un petit côté steampunk très apprécié, et le sigle des méchants représenté par une pieuvre m’a bien fait rire.

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dimanche 27 mai 2012

La destruction du Parthénon, de Christos Chryssopoulos

"IL FAUT FAIRE SAUTER L'ACROPOLE !"


Pour les deux critiques de cette fin de mois de mai, j’ai tenté un exercice de style. J’ai tenté d’écrire des critiques sérieuses, plus ou moins construitesCourtes, allant à l’essentiel, avec une présentation de l’auteur, un résumé, et un avis. Bon, autant vous dire que raconter ma vie et semer quelques boutades au détour des phrases m’a manqué. 
Non, vraiment, j’aime ça dire les choses à ma manière, tomber dans le familier, et partir en hors sujet. C’est ma façon d’écrire. Alors je ne pense pas recommencer cet exercice de style. Il est clair que « critique professionnel de livres » n’est pas ma vocation première. Non, en fait c’est d’être libraire. Et le libraire c’est cet espèce d’énergumène un peu déjanté, ce vieux briscard un peu fou du bulbe, ou bien cet olibrius aux vagues airs d’intellectuel qui veut donner son avis sur tout, et qui se sent obligé de faire partager ce qu’IL aime avec ses mots à lui, son jargon de libraire et ses gestes enflammés, les mains pleines de livres qui voltigent dans l’air, les joues rougies par l’enthousiasme ou l’indignation. 
Bref, c’est souvent ça le libraire. En tout cas c’est cette chose que j’aspire à devenir, peut-être pas ce cliché véritablement, mais bon, ça me paraît chouette moi, de finir sa vie le nez entre les livres, à papoter littérature et sémantique (ou plutôt Gandalf et Sauron) avec les clients, et puis voir cette petite flamme s’allumer dans leur yeux quand vous trouvez l’expression juste, et que votre sourire nostalgique leur fait comprendre votre véritable engouement.

Enfin, je ne ressens jamais ça quand je lis une critique de livre. Souvent, je lis en diagonale les critiques du Figaro littéraire, du Monde des livres, de Libé, …etc. Certains critiques ont de la verve, mais il n’y a pas ce petit plus, ce langage parfois sans retenue, comme lorsqu’on parle popote avec Tonton, et qui te fait dire « ouais, j’vais le lire celui-là ». En fait, quand j’étais jeune cliente, je ne lisais aucun avis, je ne prenais aucun coup de cœur, je ne demandais mon chemin à aucun libraire, je ne me fiais seulement qu’au résumé, qu’à la première page, et qu’à mon flair. Etrangement, c’est un temps où je me suis rarement trompée. Bon, donc je ne tenais compte d’aucun avis sauf du mien, voilà la raison pour laquelle j’écris ce blog et tente de vous l’imposer. Eh ouais, c’est un peu un dictateur un libraire, parfois… (Ne faites pas comme moi, écoutez votre libraire ! Ca le rendra heureux, comme Félix devant son bol de Sheba !)

Bien, je m’égare comme d’habitude.
Revenons donc à cette critique. J’ai lu deux ouvrages que j’ai ensuite critiqués pour le compte d’un site internet spécialisé en Science-Fiction. Le premier dont je vais vous parler s’intitule La destruction du Parthénon, publié chez Actes Sud et qui a été écrit en 2010 par un auteur grec assez atypique du nom de Christos Chryssopoulos.



En effet, monsieur Chryssopoulos (ce nom fleur bon les planches de Tintin) a imaginé dans un très court roman de 89 pages (oui c’est rapide à lire) qu’un jeune athénien fanatique décidait de faire exploser le Parthénon.
Le Parthénon, l’Acropole d’Athènes, ce joyau de l’antiquité grecque, réminiscence d’un temps ou la culture hellène rayonnait sur l’Europe entière, monument gigantesque qui domine encore la capitale grecque, plus de 2500 après sa construction. 
Et un soir, « pouf ».
Plus de Parthénon.
L’horizon rougeoie joyeusement et là où se dressait le monstre antique s’élève désormais un nuage de poussière grisâtre. Touristes et athéniens sont sous le choc, poussent des cris, lèves des yeux effarés sur les débris du monument, l’incompréhension est totale.
C’est l’œuvre d’un jeune homme énigmatique, fanatique, qui s’est inspiré d’un projet lancé en 1944 par un cercle d’artistes surréalistes grecs mené par le poète Yorgos V. Magris, et qui avait proclamé « Il faut faire sauter l’acropole ! ».

Quand j’ai lu le résumé du roman, je trouvais l’idée extraordinairement originale. Et puis, imaginez que ça se passe en France, imaginez la destruction de la Tour Eiffel... What a choc !
Alors j’ai lu la destruction du Parthénon, et j’ai trouvé ce roman très déconcertant pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, la manière dont il est écrit se rapproche plus d’un documentaire. Chryssopoulos donne la parole à plusieurs personnes, mêle interviews de témoins, d’employés du Parthénon, de voisins du criminel, d’articles de journaux, et même des explications présumées du terroriste. Et cette façon de faire rend ce roman d’anticipation très réaliste. Il donne une idée de ce que représente ce monument pour tout un pays et tout un peuple. Le cercle des surréalistes grecs voulait faire exploser le Parthénon pour plusieurs raisons, Chryssopoulos insère des extraits de leur proclamation dans le roman, notamment pour faire place à une ère nouvelle, marquer la fin d’un temps, libérer la Grèce d’un symbole entravant, puis surtout pour l’acte artistique, l’œuvre éphémère, la destruction. Et c’est en partie ce que clame le jeune terroriste. Il est la représentation des contradictions que fait ressentir le monument antique au peuple grec, à la fois fier de pouvoir l’exhiber, heureux d’avoir un symbole de la grandeur de leur civilisation. Le Parthénon est une part de leur histoire, mais aussi une part de leur ville. Il surplombe Athènes, étend son ombre bienveillante sur tout le monde, il est comme un membre de la famille, on le croise à chaque coin de rue. Oui, mais il est aussi encombrant, il rappelle sans cesse ce qui fut, et ce qui n’est plus. Il est un parent qui semble toujours les juger, un rappel permanent de la « décadence » actuelle de leur société. Car Chryssopoulos a écrit son roman en 2010, au cœur de la crise grecque, quelques mois seulement après que l’Allemagne leur ait proposé de vendre le Parthénon et certaines de leurs îles pour sortir de la dette.
Et sa disparition provoque de nombreuses réactions, toutes différentes : le déni, l’incompréhension, la tristesse, le soulagement secret, la colère et la revanche.
Que va-t-il arriver à cet homme qui a détruit le symbole d’un pays, a ôté une part de leur identité ? Et comment le pays va-t-il se relever après un tel événement ?
Vous le saurez en lisant La destruction du Parthénon, en vente chez tous les bons libraires !

Hmmm… j’avais envie de faire un speech de série télé pour finir ma critique.

Non, vraiment, j’ai aimé La Destruction du Parthénon, qui lui est un véritable exercice de style, un roman très original et avec un véritable fond d'actualité, il sort d'ailleurs en France au moment où le pays est au plus mal. Dans tout ça, le Parthénon se dresse ces derniers mois dans les journaux comme un symbole de la déchéance de l’économie grecque. En mal de budget, son entretien est bâclé, on peut même se demander si finalement, vendu ou non, chéri ou non, il ne finira pas par s’effondrer de lui-même…

Cette image illustre un article sur Wikistrike qui parle d'un évènement
 étrange : l'Allemagne aurait exigé que les grecs leur cède le Parthénon pour
qu'il soit reconstruit à Berlin et proprement entretenu. Lorsque j'ai lu
 le livre, j'ai fait quelques recherches et  j'ai trouvé cet article circulant
 sur le net. Rien de concret ne vient étayer ces déclarations, et il s'agit 
certainement d'un évènement fictif. Néanmoins, l'oeuvre de 
Chryssopoulos y serait-elle pour quelque chose ?

Bref, à lire, ça na vous prendra pas beaucoup de temps, et c’est très éclairant.


(c'était un peu sérieux finalement tout ça non ? allez un peu de détente !)

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jeudi 17 mai 2012

Elliot du néant, de David Calvo

Calvo, un g{N}éant littéraire à découvrir.



Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx,

L’Angoisse ce minuit, soutient, lampadophore,
Maint rêve vespéral brûlé par le Phénix
Que ne recueille pas de cinéraire amphore
Sur les crédences, au salon vide : nul ptyx,
Aboli bibelot d’inanité sonore,
(Car le Maître est allé puiser des pleurs au Styx
Avec ce seul objet dont le Néant s’honore). […]  (Mallarmé, Ses purs ongles…, 1887)



Il est des romans dont la lecture nous attire irrémédiablement. On pose les yeux dessus, et ils exercent alors un pouvoir incontrôlable qui nous pousse à les feuilleter avidement. C’est ce qu’il m’est arrivé avec Elliot du Néant. Il était là, modestement posé dans son carton. Pas de fioritures, rien ne laisse supposer la complexité de sa trame à la vue de sa couverture jaune presque uniforme, rien ne laisse imaginer qu’il s’agit là d’une lecture rare, d’une petite perle offerte par les éditions La Volte parmi les coulées de romans de grands éditeurs qui ensevelissent les tables et le marché.
Mais pour moi, rien que le nom de La Volte signifie que j’approche de la lecture d’un bon ouvrage. Car les éditeurs d’Alain Damasio (la Horde du Contrevent...) se trompent rarement (passons sur la correction du manuscrit, on ne peut pas tout faire à temps dans les petits structures…).



J’avais déjà entendu son nom, David Calvo. J’en avais entendu du bien. Jeune auteur de littérature de l’imaginaire français, aussi doué dans ce domaine que dans les autres qu’il exerce : dessinateur, scénariste, et Game designer. De son esprit qui contient donc moult facettes s’est extrait ce roman hors norme, intitulé Elliot du néant.

Elliot, c’est le vieux concierge muet de l’école dans laquelle travaillait Bracken, un jeune français paumé devenu professeur d’arts plastique dans une petite ville d’Islande. On en est 1986, Nick Kershaw, sa coupe de cheveux aérienne et ses clip flashy font frétiller les adolescents islandais, et Bracken a mystérieusement démissionné de son travail, se terrant jour après jour sous sa couette, à écouter la radio islandaise dont il ne comprend pas un mot. Mais une nuit, un appel de l’école va le sortir de son trou : Elliot s’est enfermé dans sa chambre au sein de l’établissement et refuse d’ouvrir à quiconque. Or il ne risque pas d’ouvrir, puisqu’il n’est plus à l’intérieur. Comment un vieil homme à pu sortir de sa chambre fermée à clé et sans fenêtre ? C’est la question que se pose Bracken et le reste du personnel. Et si Elliot, fasciné par les mythes et légendes, avait trouvé un passage vers un autre monde ? Un passage vers le Néant ?
Bracken part donc à sa recherche, se frayant un chemin dans l’impossible, flanqué de deux petites tortues qu’Elliot à laissé derrière lui et qui semblent mystérieusement liées à cette affaire, et de son courage.

David Calvo nous fait entrer dans un univers magique, où se mêlent mythologie et croyances islandaises, poésie et références littéraires. Il peut parfois être dur de suivre le chemin sinueux qu’a voulu tracer l’auteur, car son écriture varie sur différents tons et donne la voix à plusieurs personnages où entités. David Calvo aime jouer avec les mots et faire rebondir les phrases.

C’est Bracken qui nous raconte son histoire, qui se passe en deux temps, ou plutôt dans deux univers. L’un commence avec la disparition d’Elliot, l’autre se situe dans le Néant, alors que Bracken vient s’échouer sur son littoral, et s’y perd corps et âme. Son récit est accompagné des dialogues exquis des deux tortues, ou bien parsemé d’intervention du « Kor » (chœur en danois) qui déclament (et creusent ?) des vers de poésie plutôt obscurs au premier abord. Certains chapitres sont entrecoupés de monologues mystérieux qu’il est bon de relire plusieurs fois, pour faire rouler les mots  savoureux de Calvo sur la langue et comprendre le sens du texte, ou bien tout simplement ne pas le comprendre, allez savoir quel était le but de l’auteur ; peut-être juste aller dans le non-sens pour mieux finir au Néant… ?

Parce qu'après vous aussi vous voudrez adopter
un macareux qui ne peut plus voler


Car David Calvo mêle vraiment un univers délirant, dont certains passages (notamment plusieurs avec un morse et des macareux, accompagné de violons et du ressac de la mer) font penser à l’esprit torturé de Lewis Carroll, d’autres sont une ode à la poésie, particulièrement celle de Stéphane Mallarmé qui semble être la première inspiration de Calvo pour son interprétation du Néant. Moi je connaissais le néant de l’Histoire sans fin de Michael Ende – monument de la Fantasy du XXème siècle (Atrejuuuuuuuuuuuuuuu… !) - et je découvre le Néant poétique de Mallarmé. Ca m’a terriblement donné envie de lire de la poésie, d’en apprendre plus sur le génie de Mallarmé, et de savoir quel personnage à eu autant d’influence sur un auteur pour qu’il livre un ouvrage aussi fou, et surtout aussi Génial.

Emballez le tout avec un humour subtil (qui a certain moment m’a arraché des petits rires dans le métro, et il en faut pour me dérider en public) dispensé par un panel de personnages savoureux et sublimé par la beauté (!) de l’esthétisme des années 80 (aaaahhh… Nick Kershaw et The Riddle). Les personnages sont vraiment très attachants, particulièrement celui de Bracken, artiste paumé au parcours chaotique semé d’échecs et qui semble enfin, grâce au Néant et à la recherche d’Elliot, trouver sa place dans l’univers (et qui, selon l'interview de Calvo, laisse penser qu'il s'agit d'une partie de lui-même). C’est ce qui rend la chute du roman monstrueuse et phénoménale… 

Mais je ne vous en dirais pas plus, à vous de le lire. Au moins pour les macareux.


Et un petit The Riddle pour la route, car figurez-vous que cette chanson et ce clip ont une véritable importance dans le roman, si si.

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mercredi 2 mai 2012

Pilgrim, de Timothy Findley

Pèlerinage en terre inconnue


Moi j'adore les pavés. Preuve en est, j'aurais adoré faire mai 68 en tant que libraire pour jeter des dictionnaires franco-allemand à la tête des forces de l'ordre, ça aurait été rigolo.
Bref.
C'est souvent une raison qui me pousse à choisir un livre dans une bibliothèque. L'épaisseur du livre, le nombre de pages. Il est lourd en main, plein de mots, comme les petites vermicelles en forme d'alphabet dans les soupes de la maternelle : j'ai envie de les dévorer.
C'est l'une des raisons pour laquelle j'ai choisi Pilgrim, de Timothy Findley.
823 pages, écrites en petits caractères, de quoi s'en mettre plein la rétine, de quoi abreuver mon modeste langage en manque de joli vocabulaire bien tourné, et de quoi stimuler la glande pinéal de mon cerveau et me faire rêver un peu - beaucoup - passionnément - à la folie ! ... pendant 823 pages....
Dans ces cas là le roman à intérêt à être bien écrit, je le conçois, et se faire chi** pendant 823 pages n'est pas mon fort de toute façon ; si au bout de 50 pages je n'accroche pas, je referme le pavé et je le lance dans la mare. (ah ah ah. hem.)



Déjà je trouvais le titre cool (allez comprendre...), et puis le quatrième de couverture m'intriguait fortement. Il était alléchant, bien que le personnage principal soit Herr Doctor Jung, et que la psychiatrie soit une matière qui m'a fortement et profondément ennuyé en cours de philosophie durant ma médiocre carrière de lycéenne littéraire.
Et puis sur la quatrième de couv' ils parlaient du Titanic alors j'ai commencé à rêvasser sur Léo et Kate, et puis en fait ça n'a aucun rapport avec Titanic. Rassurez-vous.
De fait l'histoire commence bien quelques jours après le naufrage du Titanic, mais le personnage qui nous suivons est un gentleman anglais nommé Pilgrim, qui a une puissante et irrépressible envie de mourir.
Une corde, un arbre, et le tour est joué, au grand malheur de son major d'homme, Forster, et des deux médecins qui ont bien confirmé le décès.
Ça, c'était avant que Pilgrim ne se relève d'entre les morts, le cou un peu meurtri, la peau un peu blanchie, mais de l'air dans les poumons et un coeur battant comme celui d'un jeune ragondin en pleine santé, la moustache frétillante.
Car la mort se refuse à Pilgrim, qui n'en est pas à sa première tentative de suicide.
C'est pourquoi Sybil Quatermaine, amie de longue date, l'emmène dans une clinique privée en Suisse pour le confier aux bons soins d'un jeune psychanalyste fougueux nommé Jung. Très vite, Carl Gustav Jung - de son petit nom Carlito - se trouve face à une folie peu ordinaire. Son patient affirme avoir vécu plusieurs vies, et côtoyé des figures telles que Léonard de Vinci ou Thérèse d'Avila, avec un tel aplomb que le psychiatre remet son propre monde en question...

WTF ! (Waou Trop Fort !)  Cette lecture là, j'en suis restée sur le lard de mon postérieur. Il en est sorti plusieurs choses dans mon petit esprit de piaf : je n'aurais jamais voulu connaître Léonard de Vinci, et Carl Gugus est un bel enfoiré. J'attends de voir A dangerous method (ce film de Cronenberg avec Viggo Mortensen mi amor grimé avec la barbe blanche de Herr Doctor Freud) pour en avoir confirmation, mais je crois que les évènements relatés dans Pilgrim sont issus de ses journaux intimes, bien documentés, et donc vrais. Ce qui fait de Jung un fieffé coquin dont le cerveau est planqué dans l'attribut masculin et le courage absent de toute extrémité. Soit.

Pilgrim est un petit bijou de voyage ; voyage dans le cerveau enfiévré de Pilgrim, voyage dans les vies passées et retour dans le temps, voyage dans les contrées glacées de la Suisse, voyage dans le monde expérimental et définitivement flou de la psychiatrie.
Prenons le voyage dans le temps : Jung, accompagné de sa femme et assistante Emma, se retrouve en possession des journaux de Pilgrim, dans lequel il relate sa vie actuelle aux côtés de Wilde et Rodin, et ses vies passées dont les souvenirs lui reviennent en rêve. Mona Lisa, la construction de la cathédrale de Chartres, berger à Avila, de l'Angleterre des dandys à l'aristocratie italienne, c'est un florilège de vies et de personnages, un panel coloré et des vies mouvementées. Jung et Emma, chacun leur tour, se laissent happer par les histoires d'une précision et d'une émotion rare que Pilgrim relate, d'où leur problème à définir s'il s'agit d'imagination ou de folie pure. Ou peut-être de divin...

Findley fait revivre des personnages de l'histoire avec une grâce et une talent formidable.
Il en est de même pour Jung, dans sa petite clinique privée, où ses méthodes révolutionnaires inspirées du travaille de Freud l'ont mit très tôt à l'écart du reste de ses collaborateurs. Puis au ban de son métier, rejeté par son mentor, rejeté par ses collègues, rejeté même par sa femme. La pauvre, d'ailleurs, est obligée de composer avec la maîtresse anciennement hystérique de Jung -patiente de la clinique - qu'il avait installé dans leur propre demeure, la faisant côtoyer famille, enfants et domestiques à longueur de journée. Voilà pourquoi le personnage de Jung, bien que décrit comme un génie dans sa matière, me semble à moi un brin horrible et méprisable comme personnage :D Mais ce n'est que mon avis (la chair est faible, et l'erreur est humaine, mais y a un moment où faut s'calmer là wow !)

Bref, plusieurs périodes, plusieurs personnages, plusieurs voix, raconté par un style  - plusieurs styles en fait - d'écriture de Timothy Findley original, captivant et pénétrant (ce mot me perturbe, mais bon c'est bien le mot qu'il faut utiliser.) On se met à la place des personnages, c'est une véritable plongées dans leur vision du monde, et j'ai adoré ça. Finalement, je ne regrette pas d'avoir choisit ces 823 pages de bonheur littéraire

Timothy Findley posant avec le félidé de Guixxx, j'ai nommé Mimzi.


Voilà, penser au sourire béat (comme Thérèse d'Avila!) que m'a procuré ce livre en écrivant cet article en même temps qu'écouter (la laideur des politiques m'est trop douloureuse, donc je me contente de tendre l'oreille) le débat sur Antenne 2 (comme dit ma collègue J. venue d'un autre espace temps), c'était pas de la tarte. But, I did it.

Je rends l'Antenne.

Guixxx


Pis moi, j'veux être une rockstar

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