mardi 24 avril 2012

Tous les petits animaux, de Walker Hamilton

Les animaux sont nos amis, il faut les aimer aussi !


Ouais, j’avoue, je suis de celles qui se laissent attirer par des couvertures de livres tapes à l’œil. Expliquons simplement cela par mon fétichisme des livres : c’est quand même plus classe dans une bibliothèque. Et puis c’est un aspect du métier d’éditeur qu’il faut louer : le livre est un objet, je dirais même un objet de collection, la littérature est de l’art, il n’est que justice qu’un roman ou un album ait une belle couverture.

Bref, pour ma part, il me suffit d’une bonne maquette, comme chez Sonatine ou 10-18 par exemple, pour tenter la lecture d’un livre qui, peut-être à cause de son résumé mal écrit par un stagiaire sous-payé un lendemain de cuite, ne m’aurait pas accroché.
Bon, pour le livre dont je vais vous parler, c’est mon adoration des petits animaux à moustaches et au pelage doux, mon côté bisounours quoi, mon instinct maternel, ma faiblesse sentimentale, qui m’a poussé à vouloir absolument le lire.

Pour tout vous dire, le représentant 10-18 n’a fait que me montrer la couverture en disant : « Bon, euh, pour celui-là j’ai pas de spitch, je sais absolument pas ce que c’est, j’ai pas été briefé… j’ai juste la couv’… »

Et sur la couverture, un lapin faisait du ski.



Comprenez ma faiblesse : un lapin qui fait du ski ! C’est fantastique non ? Bien, il se trouve que finalement, dans le roman, il n’y a pas de lapin qui fait du ski, mais la couverture était quand même assez géniale pour que je me penche dessus.

Il s’agit d’un roman qui s’appelle Tous les petits animaux de l’auteur écossais Walker Hamilton. Il fait partie de ces auteurs injustement méconnu en France, que seuls  les aficionados connaissent. Bien-sûr, en France on nous a privé de sa lecture depuis, eh ben… depuis toujours puisque le roman date de 1968, et que nous ne le publions en France que depuis le début de ce mois d’avril 2012. Pourtant, comme Tante Mame avant lui, All the little animals est un classique aux Royaume-Unis, un coup de cœur de Roald Dahl qui le partageait autour de lui, et même une adaptation cinématographique avec John Hurt et Christian Bale (et pour ceux qui connaissent mon point faible, sachez, mauvaises langues, que je ne savais même pas que ce film existait avant de me renseigner un peu plus sur l’auteur de ce livre, la présence de Mr. Bale est donc juste une coïncidence !).



C’est donc son unique œuvre, mais parfois une seul suffit pour exprimer un grand génie, car oui, on en connait d’autres qui se sont perdus, quelques Coben, Cornwell, Connelly, Werber et autres qui pondent un ouvrage par an, sans plus se soucier de la qualité de l’œuvre, mais juste du chèque à la fin. Ce qui est fort dommage.

J'ai donc lu Tous les petits animaux, qui est un petit roman pas très épais, mais une grande découverte. L’histoire est celle de Bobby, un enfant de... 31 ans. Il vit chez son beau-père, surnommé « le gros » du fait de son tour de taille plus qu’imposant, et qui a une certaine tendance à le maltraiter, le séquestrer, et lui pourrir la vie pour pouvoir récupérer le grand magasin que possédait feu-sa-mère, et qui lui appartient aujourd'hui.                                                                                                                                                  Bobby décide donc de prendre le large dès que l’occasion se présente, et sa route croise celle d’un petit homme très étrange, Mister Summers. Munit d’une pelle, il passe son temps à sillonner la campagne et les routes pour enterrer « tous les petits animaux » à qui la main de l’homme a ôté la vie. Crapauds, putois, lapins écrasés, Bobby va alors aider Mister Summers à récupérer les dépouilles de tous ces petits animaux pour leur donner une sépulture décente. Ce qui va l’aider à oublier la menace du « gros », qui n’est jamais bien loin…

J’ai instantanément pensé à ce livre intitulé Le bizarre incidentdu chien pendant la nuit  de Mark Haddon, en raison de la narration très particulière. Dans celui-ci, le personnage est un adolescent autiste de 15 ans. Il raconte sa vie du point de vue de sa maladie mentale, et le récit est aujourd’hui un classique de la littérature américaine. Dans Tous les petits animaux, Bobby explique qu’il a eu un accident dans son enfance et que visiblement son cerveau ne s’en est jamais bien remit. Effet de mode ? Non, pas tellement puisque Tous les petits animaux est sortie plus de 30 ans avant le roman de Haddon. Précurseur en la matière ? Peut-être, je ne connais pas d’autres œuvres où l’histoire est traitée du point de vue de la maladie comme le fait Hamilton. Le procédé, par contre, qui est de raconter des choses graves et terribles à travers le regard innocent d’un enfant, n’est pas nouveau. Avant lui, on peut penser à Ne tirez pas sur l’oiseau moqueur, livre culte des années 60 aux Etats-Unis, où une petite fille de dix ans parle des horreurs de la ségrégation, ou à Fantasia chez les ploucs, dans lequel un enfant de 7 ans raconte sans bien comprendre les magouilles d’alcools pendant la prohibition, ce qui donne toujours des situations extrêmement cocasses et a tendance à dédramatiser la chose.


Ici, on voit donc la vie à travers les yeux et l’esprit enfantin de Bobby, la perversion qui rôde autour de lui et que son esprit a du mal à assimiler. Des situations qui peuvent paraître au premier abord sans intérêt, et qui sont en fait d’une gravité extrême. C’est ce mélange entre la candeur et l’innocence de Bobby et la réalité abjecte du monde qui l’entoure qui donne tout son sens au livre. Malgré tout le livre n’est pas fait pour être une tragédie, l’auteur a beaucoup d’humour et alterne un bon nombre de situations absurdes et attendrissantes, et certaines anecdotes racontées par Bobby nous font regretter cet état d’esprit perpétuellement émerveillé de l’enfance.

On s’attache très rapidement à ce tandem de choc, Bobby et Mister Summers, les imaginant l’un et l’autre creuser des tombes pour quelque mulot écrasé et prier pour l’âme souillée des escargots dont seule la coquille fêlée est resté collée sur le bitume. Le personnage de Mister Summers est particulièrement intriguant. Lors de sa rencontre (frappante, si je puis dire) avec Bobby, on ne comprend pas réellement ses intentions. Son métier, comme il dit, est de donner une sépulture à tous les petits animaux, mais il ne ramasse jamais d’argent, alors que ses poches n’en sont jamais dépourvues… Petit à petit, Bobby va démêler le mystère, nous raconter son histoire et celle de son mentor, et les deux vont suivre la route dangereuse de la vengeance, car le « gros » n’a qu’à bien se tenir !

Drôle, émouvant, cynique, grinçant, mais je ne vous en dis pas plus… vous n’avez qu’à lire cette petite perle que vous trouverez en vente dans toutes les bonnes librairies ! (comment ça cette phrase est un cliché ? Peut-être, enfin je ne l’avais pas encore écrite… haem)

Et si vous souhaitez découvrir les meilleurs one-shot des grands auteurs américains, je vous conseille aussi La bouffe est chouette à Fatchakulla, de Ned Crabb, mais on en reparlera dans un autre billet, une autre fois ;)

Et comme je viens de la découvrir, le trailer du film, qui a l'air très fidèle au livre

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dimanche 22 avril 2012

Pilgrim



En ces temps mitigés, une phrase de ma lecture actuelle (article à venir dans peu de temps) :





" Maintenant que la mort est proche, Pilgrim, c'est là mon plus grand regret, outre celui de vous perdre.
Je regrette d'avoir blâmé si souvent les autres pour des fautes ou des problèmes de mon fait. Et sinon de mon fait, du moins vis-à-vis desquels j'ai manifesté ma tolérance.
Je regrette d'avoir cru que les hommes ne pouvaient s'aimer entre eux, ni les femmes entre elles ; que les pauvres étaient coupables et responsables du sort qui les frappait (comment ai-je pu penser une chose pareille !) ; que les gouvernements étaient en droit de définir «le bien », comme si en créant des lois, nous pouvions établier les limites des besoins, de la joie et de la confiance d'autrui.
Comment osons-nous juger de ce qui est «bien » pour les autres quand nous l'avons nous-mêmes reçu en cadeau ? "

Pilgrim - Timothy Findley - Folio
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jeudi 12 avril 2012

La vie secrète et remarquable de Tink Puddah, de Nick DiCharrio


Une part de ( Tink ) Puddah ?


Imaginez-vous devant la devanture de vieux bois verni de cette boutique. Vous poussez la porte et balayez la pièce du regard. Devant vous se dressent de hautes bibliothèques sur lesquelles dorment de lourds volumes aux dos multicolores et parés de lettres d’or. Sur votre droite, un comptoir de bois massif derrière lequel apparaît la silhouette affairée d’un libraire. 
Vous faites un pas, le plancher grince, et la tête ensommeillée d’un chat apparaît au-dessus de la pile de livres qui encombre le grand fauteuil de velours rouge près de l’entrée. Il vous jette un coup d’œil suspicieux, puis ennuyé, avant de reprendre sa sieste, les oreilles chauffées par les rayons du soleil qui illuminent la pièce à travers les vitrines.
Vous foulez doucement le sol, approchez d’une étagère bien remplie au ventre rebondie, prenez un livre au hasard, vous laissez retomber sur un bord du fauteuil moelleux, bercé par la musique ambiante, le silence de tous ces livres pourtant emplis de plus de mots que n’en contient votre vocabulaire, et vous ouvrez la première page, lisez la première ligne, décollez pour un autre univers…




C’est mon rêve. Depuis… fioutre ! Une sacrée lurette ! C’est pour ça que je dresse mon félin à être un bon chat de librairie. Dormir au soleil n’est pas un problème pour lui. Cesser de déchiqueter les livres aussi, mais depuis moins longtemps. J’ai encore quelques soucis en ce qui concerne les papiers volants, mais ça pourrait être une solution à quelques situations ennuyeuses, (mon chat à mangé ma facture *sic*)… Bref.

Dans peu de temps, Guixxx va encore changer de cadre professionnel. Depuis l’ouverture de notre terrain de jeu immatériel, c’est la seconde fois. Guixxx va intégrer une boutique tout à fait agréable, renommée, de prestige dit-on. Mais Guixxx ne rêve que de mètres linéaires de romans de science-fiction et Fantasy à sniffer au petit-déjeuner. Guixxx est en manque. Bien, Guixxx se sèvre avec des produits de synthèse de grande qualité (certains disent de la « pure » même… chacun ses goûts), mais ça n’est pas toujours facile. Aussi Guixxx se fait quand même de temps en temps quelques lignes de SF.

C’est pourquoi Guixxx a lu pour vous (et surtout pour elle-même !)  La vie secrète et remarquable de Tink Puddah. Mon représentant m’en avait fait une telle interprétation scénique qu’il me paraissait inconcevable de ne pas le lire après (l’image d’un VRP mimant de toute son âme la puissance d’un sac d’aspirateur m’est venu à l’esprit, mais passons sur ce sujet - d'autant plus que les représentants de livres vont se sentir insultés et vouloir me taper à coup de sac à aspirateur universel -....).




Initialement sorti chez Télémaque en 2010, j’ai pour ma part, et comme la moitié des français, dû attendre sa parution en poche chez Folio SF pour le découvrir. Je ne fais absolument pas de discrimination éditoriale, mais il est vrai que je me penche rarement sur les ouvrages Télémaque. Néanmoins ce titre exotique est aguicheur et la petite histoire de l’auteur est pour le moins convaincante, et pousse à se laisser tenter par une part de Tink Puddah. En effet, Nick DiChario a, selon nos sources, été finalistes
 de nombreux prix outre-Atlantique. Citons le World Fantasy Award pour commencer doucement, hein, puis le Hugo Award, et le J. Campbell Award, rien que ça. Alors on se dit que ça a plutôt intérêt à être bon, parce que sinon ça implique que le jury à des déjections canines dans les yeux et des goûts de fèces.
Bref, de toute façon ce n’est pas son cv qui m’a fait craquer mais surtout la façon dont le nom de Tink Puddah roulait agréablement dans ma bouche. Il m’en faut peu à moi, parfois.

L’histoire de Tink est véritablement remarquable. D’une part parce que Tink est un extraterrestre bleu, débarqué sur terre en 1845, d’autre part parce qu’elle est selon moi d’une originalité peu commune dans la Science-fiction d’extraterrestres actuelle. Le roman débute avec l’enterrement de Tink Puddah. Tink Puddah a été abattu d’une balle en plein crâne (qu’il a aussi de bleu et dégarni si l’on excepte son maigre toupet de cheveux) quelques jours plus tôt.  Villageois ou bandits de chemins, nul ne sait. Tink était un personnage peu commun. Sa peau bleuâtre, son corps un peu difforme - comme si sa croissance n’avait jamais totalement aboutie -, avaient toujours poussé les gens à se tenir loin de lui. Et voilà qu’après sa mort, les gens évoquent cet étranger aux manières discutables (il ne croit pas en dieu, vit seul en faisant du troc, et il est bleu !) d’une façon tendre et émue. Et tous veulent faire la lumière sur son meurtre.

Peu à peu, le roman le scinde en deux et on en apprend plus sur Tink Puddah. Une partie est contée par le curé du village où l’extraterrestre est mort, Jacob, et sur l’influence de Tink après sa mort. L’autre narre l’arrivée et l’enfance de Tink sur Terre, et comment il en est venu à s’installer dans ce petit village perdu de Pennsylvanie à la seconde moitié du XIXème siècle.

L’histoire de Tink Puddah est une petite brise d’air frais dans le renfermé de la science-fiction (certains me trouveront catégorique, mais aujourd’hui j’ai besoin d’originalité pour finir mes lectures, j’ai lu trop d’œuvres de même inspiration). J’ai particulièrement aimé l’écriture de Nick DiChario (ou la traduction de son écriture ?), légère, fluide et vraiment agréable, sans fioritures et bien adapté à la simplicité de la situation du roman. Il se lit d’une traite, court et efficace, et on s’attache tout de suite à Tink, ce petit personnage bleu venu d’ailleurs, ainsi qu’aux autres personnages. Tink Puddah, c’est une histoire à la fois heureuse et malheureuse, de tolérance et de vengeance. Quoiqu’il en soit, il y a deux siècles, dans les années 80 de E.T. ou aujourd’hui, il est difficile d’être un petit extraterrestre à la peau bleu. Heureusement, Tink Puddah a plus d’un poil à son toupet.

Et moi, je veux un Tink Puddah sur l’une des étagères ployant de ma librairie.



Maintenant relisez la description du début de l'article en écoutant Loreena McKennitt (que je suis allée voir jouer et chanter la semaine dernière au Grand Rex) et tout prendra son sens (celle-là est pour toi Luxie !)
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