mercredi 5 décembre 2012

Ces choses que nous n'avons pas vues venir, de Steven Amsterdam


Il semblerait que l’on a une fascination pour le pire. L’inévitable. L’apocalypse ! (roulement de tonnerre et éclairs lumineux – oui ici on fait le son et lumière aussi) ca a toujours été plus ou moins ainsi, la littérature regorge de récits apocalyptiques depuis un petit moment déjà, bien que récemment le phénomène se soit amplifié. Quelle est la cause de cet engouement pour l’apocalypse ? J’imagine que nos avancées scientifiques depuis un siècle ont donné des frayeurs à l’humanité qui a compris qu’en poussant sa chance elle avançait aussi sa disparition. Guerres, pollution, informatique, virus, nucléaire, mutations… etc. On passe du dérèglement climatique meurtrier à l’attaque de zombies, à la rébellion des machines, chaque auteur utilise son scénario catastrophe pour nous donner des frissons et nous nous en délectons ! On aime anticiper et se faire peur.

J’en ai lu quelques-uns de ces romans d’anticipation post-apocalyptiques, mes préférés étant ceux d’auteurs français comme Barjavel (et son Ravage) ou Pierre Bordage (sa série des Wang), ou d’auteurs anglophones comme Robert Charles Wilson (Spin), Lovegrove (Royaumes-désunis) ou de Jeff Noon (Descendre en marche), sans oublier Cormac McCarthy (La route).

Le dernier en date que j’ai décidé de lire m’a attiré parce que sa façon d’aborder l’apocalypse était différente. Son résumé faisait débuter l’apocalypse… au bug de l’an 2000. 
Ah on se souvient tous (ou presque ? certains de mes lecteurs ont peut-être moins de treize ans, toutes mes confuses) du passage à l’an 2000. Juste avant, durant l’été, il y avait eu en France une éclipse solaire totale et Paco Rabanne nous annonçait déjà une première fin du monde dont le point de départ serait la chute de la station Mir sur Terre. Puis on nous annonce en grande pompe la possibilité d’un bug informatique très important pour le jour de l’an 2000, qui ferait péter tous nos systèmes informatiques et serait le début de la fin du monde tel qu’on le connait.

Dans Ces choses que nous n’avons pas vues venir, Steven Amsterdam commence son récit le 31 décembre 1999. Un enfant regarde son père bourrer la voiture de vivres non périssables et de toutes leurs possessions pour aller se réfugier chez les grands-parents qui vivent à la campagne. Selon lui, le bug de l’an 2000 aurait des répercussions que personne ne peut imaginer et tout le monde aurait dû faire comme lui. Et plus tard, des années après, quand le système du pays aura implosé, les angoisses de ce père auront laissé une marque sur l’esprit de cet enfant qui fera tout pour assurer sa survie dans un monde plongé dans le chaos.




Il est difficile de raconter vraiment Ces choses que nous n’avons pas vue venir. Le premier chapitre où l’enfant à peut-être dix ans ne dure que quelques pages. Réfugiés dans la campagne, loin de la ville, la famille a éteint la télévision et attend sans savoir si les coups de minuit vont vraiment signer la fin du monde occidental connu. Le chapitre s’arrête juste avant minuit, et le second chapitre prend place après une ellipse temporelle de plusieurs années, où l’on retrouve notre héros âgé de 17 ans, jeune délinquant, vivant dans la Ville avec sa famille, où plus un brin d’herbe ne pousse naturellement, où la nourriture vient à manquer cruellement depuis que les barricades sont devenues imperméables aux flux d’échanges entre la Campagne et la Ville. Des années plus tôt, les gens ont dû choisir l’un ou l’autre, ceux de la Ville n’imaginaient pas que la Campagne leur offrirait une bien meilleure chance de survie… pour l’instant.

C’est donc le début de l’apocalypse. Steven Amsterdam tisse son roman sur moins de dix chapitres séparés par des ellipses temporelles importantes. Entre chaque ellipse s’est visiblement passé un évènement grave qui a déclenché une nouvelle vague de chaos dans le pays. Il n’explique jamais ce qu'il s’est passé. On peut seulement se l’imaginer : guerres, famine, catastrophe climatiques, virus. On ne sait pas si le bug de l’an 2000 a eu lieu, c’est juste un point de départ pour nous décrire la préparation à la fin d’un univers, et sans pointer du doigt une seule catastrophe, Steven Amsterdam nous décrit la fin du monde à travers tous ses catalyseurs. C’est l’effet boule de neige, l’un emporte l’autre, et tous se suivent pour n’être plus qu’un immense chaos. Chaque chapitre apporte son lot de désolation, et à chaque fois son personnage s’adapte pour survivre, en volant, trichant, s’intégrant, fuyant. Ce n’est pas un modèle d’histoire apocalyptique conventionnelle, elle n’est pas vraiment linéaire, le récit avance par bonds d’une situation de la vie de ce héros à une autre, alternant sa déchéance et sa réhabilitation, ses espoirs et ses chutes.

J’ai adoré cette façon de faire. Le but de Steven Amsterdam n’est pas de donner des frissons d’horreur à son lecteur en décrivant avec mille précisions les catastrophes en elles-même, il se contente de conter l’histoire d’un homme qui tente de survivre à la fin de son monde, et s’adapte sur une trentaine d’années à l’environnement constamment changeant qui l’entoure. Un environnement de plus en plus hostile à l’homme, de plus en plus complexe, où seuls les plus forts et les plus malins s’en sortent. Ce n’est pas un roman plein d’héroïsme, c’est un roman très sombre, où son héros expérimente les situations les plus extrêmes, apprend à se blinder contre la nature et l’humanité, quitte à perdre une partie de sa dignité et ses ambitions. Il s’accroche aux branches, se contentant de fuir quand les choses tournent au vinaigre, d’être présent quand les choses tournent à son avantage, et prend chaque jour de sa vie sans savoir ce qui va suivre, comme si c’était le dernier. Et dans ce monde discordant que nous montre Steven Amsterdam, l’humanité semble définitivement voir ses jours comptés.


Pas de pathos, pas de mélancolie, pas d’effondrement psychologique où le personnage se morfond, juste de brefs moments de la vie d’un homme seul qui durent souvent l’espace d’une journée, ce qui finalement est encore plus percutant. Pas de réflexions spirituelle/scientifique sur cette fin du monde, pas de blabla, juste les clichés d’une société qui s’effondre et au milieu,  celui d’un homme. 


Ce qui en fait une lecture très intéressante pour le changement qu’elle apporte au genre. Je ne dirais pas que c’est rafraîchissant  le terme ne colle pas au roman, d’une noirceur incroyable bien que parsemé d’un humour grinçant, mais ça fait du bien de lire autre chose. Ce pourrait presque être des nouvelles, plus qu’un roman. Certains indices (un autre personnage récurrent, le rappel très bref de certaines situations) nous montre qu’il s’agit du même personnage du début jusqu’à la fin du roman, mais son nom n’est jamais cité, et ce que vit cet homme est le destin auquel ont été livrés un tas d’autres. Chaque chapitre a son but, sa portée, et pourrait presque être lu individuellement, puisque tout ne repose pas non plus sur l’apocalypse, chaque chapitre correspond à une période de l’histoire d’un monde, le destin du protagoniste croise celui de milliers d’autres, et est le prétexte pour raconter une situation après une catastrophe.

Pour Noël, j’ai dû faire une sélection de quatre livres de SF à mettre en avant dans la boutique. J’ai décidé de mettre celui-là parmi les poches que je devais choisir. C’est plus qu’un simple roman d’anticipation, et il devrait plaire aux amateurs de littérature générale.

Et avec l’apocalypse maya qui arrive, les temps sont exactement à la lecture des romans d’anticipation. Mais oui mes chers amis, on ne sait pas d’où viendra la fin de notre aventure : les éléments, les virus, les guerres, qui va déclencher la fin du monde ? Bon, ça bien-sûr, c’est si vous y croyez. Pour ma part je vais travailler comme une acharnée ce jour–là pour que le reste de l’humanité qui n’y croit pas puisse acheter ses cadeaux de Noël en toute tranquillité. Et si une météorite vient me faucher je serais entre le rayonnage de la BD et de la SF, sereine. Pour les autres je vous conseiller d’aller boire un verre au Dernier bar avant la fin du monde, avenue Victoria dans le 1er arrondissement, ils font de bons cocktails !



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