lundi 10 septembre 2012

Legend, de Marie Lu


Il m’est arrivé une chose bien étrange il y a peu. Rembobinons, et rappelez-vous que j’ai commencé mon nouveau travail en juillet, avec comme tâche de m’occuper de la littérature, et de développer le rayon Littératures de l’imaginaire qui végétait à côté du polar, abandonné de tous. Effectivement, personne n’en lisait, il n’avait même pas un coin établit pour exposer ses nouveautés, et se composait essentiellement de trois étagères, dont une était destinée seulement au Trône de fer...
C’était donc minimaliste. Mais je me retrousse les manches, et la semaine prochaine nous passerons de 90 titres à 250, de quoi bien remplir ma bibliothèque et laisser du choix aux clients lecteurs et amateurs de littératures fantaisistes. J’ai donc aussi contacté les éditeurs avec lesquels on travaillait peu, ou pas, pour leur dire que dorénavant on travaillerait la SF/Fantasy/Fantastique et prendre rendez-vous avec eux. C’est comme ça que je me suis retrouvée à parler des nouveautés de septembre/octobre avec le représentant Bragelonne/Milady, l’une des maisons d’éditions les plus importantes dans le genre. C’était un jour avant la sortie du Blackout de Connie Willis, que je suis actuellement en train de lire, et je lui ai d’ailleurs demandé de m’envoyer ce livre en service de presse, impatiente de me remettre à lire des auteurs de SF.
Il m’a confirmé me l’envoyer, ce qui prendrait plusieurs jours (la preuve, je n’ai toujours rien reçu de lui), alors j’ai été plutôt chamboulée de voir Blackout posé sous une table à côté de la caisse seulement deux heures après son départ. J’ai d’abord pensé que la nouveauté était arrivée, avant de comprendre que c’était bien un SP, même si aucun de mes collègue ne pouvait me dire d’où le livre était venu. Il avait l’air d’être tombé du ciel, personne ne se souciait de me dire « tiens on a reçu ça », tous avaient l’air de ne pas plus comprendre que moi, on était juste d’accord pour dire que le représentant n’était pas repassé le déposer, que c’était néanmoins bien un SP, et que peut-être il avait poussé tout seul sous la table, comme une plante grimpante… allez savoir.

Bref, je pensais devenir folle. C’était vraiment un mystère et boule de gomme, une chose bizarroïde qui me perturbait, jusqu’à ce que, plusieurs jours après, je reçoive un message d’un ami à moi me demandant si j’avais reçu le Blackout de Connie Willis à ma librairie. Je lui réponds donc que j’ai reçu un SP miraculeux mais pas reçu la nouveauté, que j’ai donc commandé dès sa parution pour en faire une piloute. Et ce filou me répond « oui, le SP c’est de moi ». Haaaaaaaaaaaan, le petit cachotier ! Dire que je m’arrachais les cheveux à essayer de comprendre le pourquoi du comment de cette apparition étrange, le mystère était finalement résolu. J’avais oublié que j’avais un Inside man chez Bragelonne depuis peu, et il m’avait envoyé le Connie Willis parce qu’il avait lu ma chronique sur Sans parler du chien. Depuis, j’ai commencé mon Blackout, qui est trèèèèèès bien, mais je n’arrive pas à m’y plonger corps et âme.

Je me souviens de mon adolescence et de ma vie d’étudiante où je dévorais les livres comme des petits pains. J’avais le temps pour lire, tout du moins je le prenais (sur mon temps d’étude, hm…), et il m’arrivait d’avaler un livre en une journée. Je me rends compte que ça ne m’arrive plus très souvent, le dernier roman en date qui peut se targuer de m’avoir fait un tel effet c’est Dieu sans les hommes, que je conseille à tour de bras, en espérant que les gens y verront la même puissance et la même beauté que moi. Sinon ce sont des romans pour ados, certes plus faciles à lire et plus courts en général, mais surtout vraiment captivant. En ce moment j’ai du mal à trouver des romans « captivants ». Même le Connie Willis couronné du Nébula, du Locus et du prix Hugo ne parvient pas à me happer. Alors en attendant de le finir (il est gros, long, et complexe, bien que très bien pour le moment), je continue d’alterner les genres, entre littérature générale et littérature jeunesse, j’entretiens mon éclectisme. Et ca fait longtemps que je n’ai pas parlé de roman jeunesse (comprenez jeunes adultes en fait, genre 16/25 ans) et je vais rétablir les choses en vous parlant de mon coup de cœur de cette rentrée pour les enfultes !

Il s’agit de Legend, de Marie Lu, un roman américain de la même trempe qu’un Hunger Games, qui paraît le 14 septembre aux éditions Castelmore. Castelmore est le label pour jeunes adultes de Bragelonne/Milady.
Je l’assimile à Hunger Games en grande partie pour le genre utilisé, la Dystopie. Vous l’aurez compris, c’est un genre qui s’oppose à l’Utopie, dans lequel l’auteur dépeint une société imaginaire organisée de manière à empêcher ses citoyens de connaître le bonheur. Dans Legend, on se trouve dans un futur inconnu, à Los Angeles, mais les habitants de cette ville font partie de « la République », dirigée par l’Elector Primo (le président, qui visiblement se fait élire de père en fils…), en guerre depuis toujours contre les Colonies, ennemis qui possèdent les terres au-delà du Texas oriental.
Dans cet univers, chaque enfant passe un examen qui évalue sa santé et son intelligence à dix ans, et est envoyé dans un camp de travail pour servir la République si jamais il échoue. La note maximum est de 1500, score atteint par l’un des héros, June, fille de bonne famille, élément précieux dans la jeunesse de l’élite, mais une forte tête qui a tendance à ne faire que ce qu’elle veut. L’autre héros s’appelle Day, il vit dans la rue depuis qu'il a échoué à son examen cinq ans plus tôt...  Il sème depuis le désordre dans la ville en commettant des vols et des attentats contre la République, devenant le criminel le plus recherché de Los Angeles. La seule chose qui le retient à Los Angeles et l’empêche de se joindre aux Colonies, c’est sa famille, sa mère et ses deux frères, qui vivent dans les quartiers pauvres constamment contaminés par l’épidémie qui sévit dans la ville depuis plusieurs décennie. Or, après une descente de l’équipe sanitaire, une étrange croix rouge est peinte sur la porte de sa maison, et sa famille est mise en quarantaine. Trop pauvres pour s’acheter des médicaments, Day va tout faire pour leur procurer de quoi se soigner, et croiser le chemin de June, pour le meilleur ou pour le pire.



Autant dire que Marie Lu a eu la bonne idée de se plonger dans un genre qui a le vent en poupe.  J’avais adoré lire Hunger Games (je n’ai lu que le premier tome), mais avait parfois été un peu énervée par le style simpliste du roman, et surtout la naïveté de l’héroïne qui était certes une adolescente, mais les triangles amoureux et tout le tintouin c’est quand même un peu éculé comme cliché. Bref, il n’empêche que Hunger Games t.1 est un très bon roman, mais je mettrais même Legend au-dessus de Hunger Games.

La roman est raconté tour à tour par June et Day. Alors oui, on se doute que l’un et l’autre vont finir par tomber amoureux, qui ne le verrait pas venir, mais j’ai su en lisant les remerciements que June devait à la base être un garçon, et qu’on lui a conseillé d’en faire une fille. Certainement pour instiller le brin de romance qui aurait fait cruellement défaut au livre si June n’avait pas été une fille. Allez, avouez-le, y a pas que les femmes qui apprécient les histoires d’amour dans les romans. Mais ce point là n’est finalement pas le point le plus important dans le roman ; l’univers décrit par Marie Lu est innovent et audacieux, on sait que les eaux sont montées, ont submergé de nombreuses villes et causé de nombreuses morts. On ne parle plus des Etats-Unis, qui aux yeux des Républicains sont un conte mythologique, une invention. On sait que la technologie a reculé, que la guerre entre la République et les Colonies est violente, sale et dure depuis longtemps, et on aimerait en savoir plus !

Si le premier tome se passe essentiellement dans la ville et est une sorte de traque de Day par June et les autres soldats de la République, j’espère bien que la suite se passera sur le front et dans les Colonies pour en apprendre plus sur toute cette histoire. Ce qui risque de roxer du poney, parce que Legend, c’est quand même un roman d’action, chasse à l’homme, combats rapprochés, tortures et interrogatoires musclés, Marie Lu n’épargne pas son lecteur même si elle est censée s’adresser à la jeunesse. A l’image de son univers, le livre est violent, mais ne verse jamais dans la violence gratuite (contrairement au mauvais BRZK de Michael Grant chez Gallimard que j’ai tenté de lire juste avant).

Plus qu’un roman d’action, c’est un roman intelligent, réfléchi, et qui, comme toute fiction dystopique, pose des questions, met en garde. Alors oui, on en voit beaucoup (trop ?) sortir au rayon jeunesse, tout le monde s’essaye à la Dystopie, certains romans sont sympathiques, sans plus, et versent parfois dans le ridicule et le larmoyant. Mais dans Legend, on y croit, Marie Lu nous tient avec une écriture quelque peu spartiate, qui ne s’encombre pas beaucoup de sentiments et ne s’étale pas sur trop de dialogues, mais efficace, adaptée à l’histoire et aux personnages qu’elle met en scène, deux combattants, un soldat, un survivant. On en vient souvent à oublier que June est une jeune fille de quinze ans, c’est un garçon manqué, elle est taillé pour le service militaire, l’action, droite, le crâne bourré par les propagandes et les clichés des riches républicains. Day lui est rusé comme un renard, très agile, un jeune homme en fuite constamment sur le qui-vive, parfois inconséquent mais avec le cœur sur la main, il traîne toujours avec lui Tess, une ado de 13 ans qui s’est accroché à lui, est devenue son ombre et sa nouvelle famille.

Il y a une ambiguïté dans la personnalité des personnages que j’ai beaucoup apprécié, la répulsion et le dédain de June pour la classe populaire qu’elle ne cache pas dans ses réflexions. La volonté de Day d’aider sa famille, ses amis, d’aider son prochain, tout en agissant parfois trop impulsivement sous le coup de sa haine profonde pour la police et les militaires de la ville qu’il traite sans cesse de « fachos ». Un terme qu’on retrouve souvent dans le roman quand les citoyens des quartiers pauvres parlent des membres des forces de l’ordre et de la classe aisée. Un terme qui peut choquer à la première lecture, mais un pas de plus osé vers un autre degré de lecture pour les adolescents, une écriture moins policée et restreinte dans le vocabulaire, une décomplexion attendue dans ce genre, parce que les ados ne sont pas idiots non plus, n’ont pas toujours besoin qu’on les ménage en réduisant le vocabulaire au plus simple. C’est un mot qui va les bousculer, les faire se poser des questions et se renseigner sur le pourquoi du comment de ce terme et faire le lien eux-mêmes entre cette société que dépeint Marie Lu et certains événements du passé qui se sont déjà produits dans le monde.

Action, réflexion, un roman que je conseille vivement si vous voulez un coup de booste dans vos lectures, un roman stimulant, captivant enfin, qui vous happe, malheureusement trop court à lire. J’aurais aimé que Legend s’adresse aux adultes, l’auteur aurait pu étoffer son récit, lui donner encore plus d’ampleur, on sent pourtant une volonté d’en faire plus qu’un roman pour ados, mais c’est ce qu’il est sensé être, et c’est ce qu’il est… Bref, dans cette catégorie de roman pour jeunes adultes, c’est vraiment une découverte, et on attend la suite avec impatience !

Bon, du coup je vais me replonger dans le Connie Willis, sous les couvertures, le félin étendu de tout son long et de ses 6kg à côté de moi. Il ferait vraiment un bon félin de librairie... *soupir*.


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