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Qu'avons-nous fait de nos rêves, de Jennifer Egan


En ce moment j’ai l’impression de passer mon temps dans les livres.

Ca vous étonne ? Sachez que parfois je fais autre chose de ma vie, je vais au cinéma, je regarde des séries télé abrutissantes avec des acteurs américains aux dents trop blanches, je fais du shopping, je harcèle mon félin, une vie bien remplie, non ? Et bien-sûr, je lis. Mais depuis que je suis devenue libraire j’ai réduit mon rythme de lecture.

Jadis, au temps de ma folle (!?) jeunesse, je lisais tout le temps et partout : au réveil, en mangeant, en marchant, en cours, beaucoup en cours même, devant la télé, au lit. Aujourd’hui, je fais presque pareil, sauf que je travaille dans une librairie, au milieu de livres, et contrairement au temps où j’étais étudiante, je ne peux même pas lire. Ces quatre dernières années, j’ai donc réduit mon temps de lecture par quatre, laissant de plus en plus de place aux séries niaises et aux blockbusters si faciles d’accès grâce à ma super carte UGC/MK2 (ça vous sauve la vie cette carte), et surtout à la glande internet, cette sorte de trou noir qui semble absorber mon temps comme un papier d’essuie-tout. Sérieusement, ça vous fait pas là même chose à vous ? On se dit « je vais allumer l’ordinateur pour regarder la météo et mon compte bancaire » et on se retrouve à surfer et à cliquer comme des drogués en manque de dope, complètement perdus dans un autre espace-temps.
Moi ça m’arrive tout le temps. Mais j’ai repris ma vie en main depuis peu, et j’ai recommencé à accorder tout mon temps à la lecture (je crois surtout que c’est dû à la pression que me met ma boss sur mes lectures, mais on va faire croire que c’est mon amour du livre qui surgit à nouveau)
Et donc en ce moment, je me remets à lire trois à quatre romans par semaine (sans compter les BDs et les albums jeunesse), tellement de livres que je ne sais même plus quoi chroniquer. Ma PAL (alors là je me la pète, j’ai mis plusieurs mois à intégrer ce mot « PAL » que tous les bloggers lecteurs utilisent allègrement, un mot que les non-initiés ne peuvent pas comprendre, un mot inutile mais qui fait plutôt In, m’enfin au final je l’aime bien ce mot alors je vais arrêter de faire ma vieille acariâtre), ma Pile A Lire, pourrait en ce moment me servir de table de chevet tellement elle est grande.



Bon, alors je vais me décider à choisir l’un des romans que j’ai lu cette semaine et vous en faire une petite chronique, parce qu’on est là pour ça, hein, pas vrai ? Elle digresse, elle digresse, et nous on attend toujours sa fout** chronique !

Oui, oui, bon. Alors sachez qu’ordinairement je ne me laisse pas avoir par les bandeaux, sous-titres et autres phrases chocs qui annoncent tel ou tel prix, ou la tirade enthousiaste de Stephen King ou Harlan Coben sur l’œuvre d’un auteur "Le meilleur roman à suspense  de cette année 2012" Les auteurs s'imaginent qu'on va se dire "ah bon, alors si c'est Harlan Coben qui le dit, c'est que ça doit être vrai... mais, c'était pas sensé être le sien selon Michael Connelly ? haem bon..."
Ou alors y a le bandeau marketing honteux sur des classiques incroyables du genre : "Le livre préféré d'Edward et Bella" ! WTF ? où va le monde, mois j'vous le demande ?

Mais il est vrai qu’avec Qu’avons-nous fait de nos rêves, de Jennifer Egan, je me suis laissée convaincre par l’argument du « Prix Pulitzer », ce n’est pas rien tout de même. Et puis le résumé était plutôt alléchant : l’histoire de plusieurs personnages se croisant entre les années 70 et aujourd’hui, tous passionnés de musique et ayant des rêves de grandeur. Le vinyle brisé sur la couverture à fini d’achever mes réticences, et je me suis plongée dans les histoires de Sasha, Bennie, Scotty, Lou, Dolly… Ils sont tous liés, se sont tous croisés un jour dans leur adolescence, leurs études, leurs travails, leurs voyages, se sont côtoyés le temps d’un instant ou plusieurs années, avant de se quitter ou se retrouver.

Qu’avons-nous fait de nos rêves n’est pas un roman ordinaire, c’est plutôt un recueil de nouvelles, d’instantanés de vie de plusieurs personnes dans des situations délicates, des tournants dans leur existence. Le livre commence avec Sasha, trentenaire, assistante d’un producteur de musique dépressif qui saupoudre ses cafés de paillettes d’or pur pour retrouver une libido, cleptomane en puissance, qui essaye de changer mais ne peut s’empêcher de voler chaque personne qu’elle rencontre, amants, amis, passants, pour se sentir vivante dans une vie sans défis.
Bennie, de son côté, n’a plus de libido. Il ne sait plus si c’est à cause de son divorce, ou de son boulot qui est à un moment devenu la plus grosse supercherie de sa vie. Il produit des groupes sans consistance, de la merde en boîte, et ne ressent même plus de désir pour sa pulpeuse assistante, Sasha, qui a toujours été son fantasme numéro 1.

Bennie et Sasha, des années 70, où l’un était un jeune bassiste de punk aux yeux cernés de noirs et aux rêves de succès, où l’autre s’est enfuie au japon avec son amant, une rock star qui l’a abandonné en cours de route, et qui a voyagé seule de par le monde, vivant de dope et de tapins. Bennie et Sasha aujourd’hui, perdus dans leur vie routinière, sans entrain, ayant oublié leurs véritables désirs, et les gens qui tourbillonnent comme des satellites autour d’eux, familles, amis, collègues. Tous ont une histoire, et Qu’avons-nous fait de nos rêves retrace ces trames de vie faîtes d’espoirs, de drames, d’éclats de rire, de colères et de larmes.

Jennifer Egan est une virtuose pour nous conter ces récits imbriqués, entremêlés, où chaque personnage présenté intervient dans la vie d’un autre et qu’il soit majeur ou mineur, tous ont parfaitement leur place dans ce grand canevas. Selon l’époque, le narrateur et la situation du récit, elle fait varier son style, passant d’une écriture simple et pleine de clarté à des phrases percutantes et sous tension. Elle ne respecte absolument aucune chronologie, et c’est au lecteur de se repérer dans le temps et de mettre l’histoire complète des personnages bout à bout et de trouver le rythme. Mais la structure du roman n’est absolument pas dérangeante, et cette façon désordonnée de présenter la vie de ses personnages est une façon de plus d’illustrer le chaos qui règne dans leurs vies. Le tout porté par une atmosphère saturée de musique rock, où Jennifer Egan nous livre sa bande-son du roman : David Bowie, Patti Smith, Police, Garbage, Iggy Pop…

J’ai passé un bon moment de lecture, certaines histoires sont plus touchantes que d’autres et le roman est parfois déséquilibré ; certains personnages moins développés auraient mérités un peu plus de place, et leur absence dans la suite du livre frustre un peu. Pour éviter que ça arrive trop souvent, vu le grand nombre de personnages qui valsent dans le roman, l’auteur n’hésite pas à dire dans son récit ce qu'ils deviennent plus tard  « Charlie ne se connait pas. Dans quatre ans, à dix-huit ans, elle rejoindra une secte établie au Mexique dont le gourou charismatique préconise un régime à base d’œufs crus et manquera mourir d’une infection alimentaire, la salmonellose, avant d’être sauvée par Lou... »

Mais Qu’avons-nous fait de nos rêves n’est pas fait pour être une histoire linéaire, ce sont des diapositives de la vie, et c’est sous cette forme qu’on apprécie le roman. A mon humble avis, même si je ne l’ai pas lu en anglais, le Pulitzer est peut-être exagéré, mais je le conseille malgré tout, pour son piquant rock and roll, pour sa profondeur et les émotions que chaque histoire suscite, c’est vraiment un bon roman.

J'ai d'ailleurs appris qu'il va être adapté en série télé bientôt par HBO... héhé, je me tiens au courant. (Certains espèrent David Duchovny dans le rôle de Bennie, why not.) Et encore une fois, la traduction du titre est quelque peu ésotérique, puisqu'il s'intitule initialement A visit from the Goon Squad... Ouaip.





Je valide l’inscription de ce blog au service Paperblog sous le pseudo guixxx ».

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