vendredi 17 août 2012

La déesse des petites victoires, de Yannick Grannec


Bon, passons aux choses sérieuses maintenant. Retroussons nos manches et parlons de la rentrée littéraire.
Tu ne sais pas ce qu’est la rentrée littéraire ? (tu ne connais pas ta chance !) 
Alors, jeune néophyte, sache qu’elle a lieu deux fois par an. L’un à partir du mois d’août jusqu’au mois d’octobre, où sont décernés les grands prix littéraires aux noms farfelus tels que Goncourt, Renaudot, Fémina, Médicis, Interallié, Wepler (?!) ou même Crésus (?!?WTF) (mais oui, souviens-toi, c'est à cette période de l'année que les vieux croulants de l’Académie Francaise en habit moche vert décident de faire croire qu’ils lisent vraiment les nouveautés littéraires), parmi plus de 600 nouveautés. 
Puis une deuxième rentrée à lieu en janvier, moins importante, pas de Houellebecq ni de Nothomb pour ce temps là de l’année, celle-ci est considérée comme moins importante. 

Bref. On m’a plus ou moins sommé (avec insistance) de lire le plus de livres possible de la rentrée littéraire pour vous conseiller, lecteurs, et guider vos pas (comme Ophélie Winter) pour vous éviter de vous perdre parmi ce fatras. Etant arrivée dans ma nouvelle librairie mi-juillet, je n’ai pas eu l’occasion d’en lire beaucoup, et heureusement mon choix à été aiguillé par une très bonne libraire du Virgin des c*****, j’ai nommé P. (oui, il y a pas mal de libraires de compet’ chez Virgin, faut pas croire !)

J’ai donc lu pour vous La déesse des petites victoires de Yannick Grannec
J’avais tendance à affirmer sans hésitation que la littérature française c’était de la m…oins bonne littérature. Ceci à cause du nombrilisme bien connu des artistes français, résumé en cette simple phrase de la série télé Family Guy (oui mes sources sont très intellectuelles) : « People of France, a good looking depressed guy smoking a cigarette is not a movie », et clairement, le cinéma et la littérature française, c’est le même combat (va ch*** Christine Ang... ! Hm, calmons-nous.) 
Mais Yannick Grannec a su me prouver que les français pouvaient aussi avoir de vrais talents de conteurs et le livre m’a réellement emballé.


Il s’agit en fait de l’histoire romancé de la vie de Kurt Gödel, contemporain d’Einstein, mathématicien, logicien et philosophe austro-américain puisqu’il a passé sa vie entre Vienne et Princeton (merci Hitler et ses complexes d’infériorité). Bref, le roman se situe dans les années 80, peu après la mort du scientifique, et est raconté par deux femmes. L’une, Anna, est une documentaliste pour la bibliothèque de Princeton sans ambitions ni motivation à qui l’on a demandé de soutirer à la veuve Gödel qui croupit dans une maison de retraite les derniers travaux de son mari qu’elle n’a jamais voulu transmettre à l’université. L’autre, Adèle, veuve de Kurt Gödel, qui croupit dans une maison de retraite, s’ennuie à mourir, et décide pour une fois de ne pas envoyer paître Anna comme ses prédécesseurs, mais établit qu’en contrepartie d’un peu d’écoute et d’attention de la part de la jeune femme, elle lui fournira ce qu’elle recherche.
Le récit commence dans le Vienne des années 30, encore animé et vivant. Adèle est une jeune danseuse peu éduquée, Kurt est un prodige de la science né avec une cuillère d’argent dans la bouche et est légèrement coincé. Les opposés s’attirent, aussi Adèle deviendra la maîtresse de Kurt pendant dix ans avant qu’ils ne se marient par nécessité, pressés de quitter une Autriche saccagée par le nazisme, où tous les esprits brillants finissent dans les camps ou la gorge tranchée.

L’histoire de Kurt Gödel est assez fascinante. C’était un homme modeste et discret, atteint d’angoisse et d’hypocondrie. Mais le climat de la Seconde Guerre Mondiale et de la Guerre Froide a finit par aggraver sa maladie, et sur la fin de sa vie il était devenu extrêmement paranoïaque, persuadé que le gouvernement voulait sa mort et que l’on empoisonnait sa nourriture. Il s’est laissé mourir de faim en 1978, refusant de manger ce que lui cuisinait sa femme qu’il pensait faire partie du complot pour l’éliminer. La vie avec un génie n’a pas été évidente pour Adèle. La manière dont Yannick Grannec imagine la relation dans ce couple mal assorti est très intéressante. Loin d’être idiote, Adèle n’y comprend néanmoins rien aux théories qu’élaborent son mari et ses pairs. Les mathématiques et la philosophie lui sont de toute façon étrangères, et son seul but était de faire vivre l’homme qu’elle aime. On se demande combien de temps aurait vécu Gödel sans l’attention de sa femme, mais sa maladie s’étant déclarée assez tôt, m’est avis qu’il aurait perdu plus d’une décennie. Comme moi, Anna écoute les histoires d’Adèle avec grand intérêt, et découvre des pans de l’Histoire européenne de la moitié du XXème siècle sous un angle différent, avec les yeux d’Adèle, déboussolée par cette soudaine guerre, terrifiée par sa portée sur le génie de son homme, prête à tout quitter pour aller trouver un havre de paix, un refuge de l’autre côté de l’océan.


Moins connu qu’Einstein, ils étaient pourtant très bons amis. Ils avaient pour habitude de rentrer de l’Université de Princeton au village à pied ensemble, trouvant la compagnie de l’autre stimulante malgré leurs caractères opposés. Plusieurs grands esprit de ce siècle sont alors évoqués dans le romans, Kurt Gödel le créateur du théorème de l'Incomplétude, Einstein père de la relativité, Oppenheimer à l'origine du projet Manhattan et à qui l'on attribue la bombe atomique, et bien d'autres se retrouvent dans la ville de Princeton où fourmillent les plus grands penseurs de l'époque, américains et européens. Yannick Grannec en profite pour construire de longues conversations scientifiques et philosophiques, qui pour une jeune idiote comme moi n’ont pas toujours un sens, mais apportent une autre dimension au roman. D’un côté le récit d’Adèle qui raconte sa vie à Anna, avec ses mots, ses sentiments. Anna se lie finalement d’amitié avec la vieille femme et change au fil de leur relation, puise dans la force de caractère de sa nouvelle amie pour avancer dans sa propre vie. D’un autre côté une fresque historique de 60 années entre deux continents, extrêmement bien documentée et bien maitrisée par l’auteur. Les souvenirs d’Adèle sont foisonnants de détails, abordent une grande palette de thèmes et nous captivent complètement, autant qu’ils captivent Anna. 

En un sens, bien que ne traitant pas du même sujet, j’ai retrouvé le même genre de construction et de narration qu’un très bon roman cher à mon cœur (que l'on ne trouve pas partout malheureusement...), Beignets de tomates vertes, de Fannie Flagg, dans lequel une femme en pleine crise de la quarantaine rencontre une vielle femme ayant le double de son âge dans une maison de retraite. Celle-ci lui raconte la vie de ses amies, Idgie et Ruth qui tenaient un petit café dans la ville de Whistle Stop en Alabama dans les années 30. 
Moins populaire, plus intellectuel, le livre de Grannec m’a néanmoins fait ressentir les mêmes frissons que ceux ressentis lors de la lecture de ce second livre. Et ça grâce à cette façon de remonter le temps, de faire vivre son lecteur une autre époque de l’intérieur, non pas comme un banal résumé d’histoire, non pas comme une notice biographique, mais avec des souvenirs (bien qu’imaginaires) impliquant des sentiments, des émotions, des désirs et des rêves, des déconvenues, de l’humanité quoi.

L’avantage de ce roman, c’est qu’il plaira à un grand éventail de lecteurs. D’une part les amateurs de romans historiques, les friands de biographies, les amoureux du passé. D’autre par les lecteurs gourmands d’un bon récit à la narration puissante, puis enfin les amateurs de Sciences, ceux qui connaissent déjà la valeur de Gödel, ses travaux et sa vie, car le livre reste fidèle à ce qu’il a été, et est une très belle ode en l’honneur de cet homme un peu plus dans l’ombre, mais dont l’œuvre à compté.

J’en ai la larme à l’œil !

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2 commentaires:

  1. Effectivement j'ai, moi aussi, beaucoup de mal avec la littérature française... et cette année c'est pareil que les autres années ! J'en ai lu un peu. Feuilleté beaucoup. Arrêté énormément. Pour rire j'ai même lu la première page du nouveau christine Angot. C'était drôle. Un mec sur les chiottes avec une tranche de jambon entre les jambes... bref, je te fais pas un dessin.

    Cela dit! J'ai eu celui-ci en SP et je ne l'ai pas ouvert. Va savoir pourquoi. Je vais peut être m'y pencher un peu plus serieusement.

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  2. Ma chère Tête de Ganache, le rejet de la littérature française est un mal courant chez nous libraires, il faudrait que les auteurs (et éditeurs) y remédient !
    Quant à Christine Angot, mon boss aime son oeuvre, certaines choses restent des mystères à mes yeux...
    Bonne lecture ! :p

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