jeudi 31 mai 2012

Sans âme - Le Protectorat de l'Ombrelle T.1, de Gail Carriger


Certains résumés de livre ne sont clairement pas attractifs. Celui du premier tome du Protectorat de l’Ombrelle, par exemple. On dirait parfois que le but premier de l’éditeur/stagiaire ? qui décide quoi écrire sur le quatrième de couverture se dit « okay les mecs, alors déjà on va l’écrire genre simplement, vous voyez ? Faut attirer les minettes qu’aime les crocs et le sexe, vous voyez ? Alors je veux qu’on place les mots célibataire, beau, loup-garou et écossais dans le résumé, que ça respire le désir, les phéromones et le fantasme okay ? »

Bon, ben là c’est réussi, le pauvre éditeur/stagiaire qui a eu à écrire le résumé de Sans âme a quand même tenté d’y mettre un peu d’humour, pour relever le tout, mais malgré tout… ça sent l’arnaque de poulette.

Alors j’ai choisi de lire pour deux raisons : d’une part parce que fût un temps j’étais une minette et même aujourd’hui entre deux romans prise de tête j’aime toujours bien me détendre avec de la lecture légère (oui, je confesse avoir lu Le journal de Bridget Jones et quelques autres chefs d’œuvre du même acabit… et craquer sur True Blood quand le dernier sort, même si au final je ne me souviens jamais des intrigues), et d’autre part il était gratuit. (oui oui, je suis près de mes sous parfois)

Il est certain que ça aurait pu être pire. Le Protectorat de l’ombrelle est une lecture qui a bien joué son rôle de distraction, et je dois bien avouer que ce livre à un petit quelque chose en plus par rapport aux autres romans qui se veulent dans la même veine (mélange de fantastique et de romance), plus de finesse dans l’écriture, et plus d’originalité dans l’intrigue.
Alors bon, quoi que qu’est-ce ?, me demanderez-vous. Je vais donc vous délivrer le quatrième de couverture proposé par Orbit, son éditeur, puisque je viens d’en parler. Et puis au final, je ne pense pas faire beaucoup mieux qu’eux…

Alexia Tarabotti doit composer avec quelques contraintes sociales. Primo, elle n’a pas d’âme. Deuxio, elle est toujours célibataire et fille d’un père italien, mort. Tertio, elle vient de se faire grossièrement attaquer par un vampire qui, défiant la plus élémentaire des politesses, ne lui avait pas été présenté. Que faire ? Rien de bien, apparemment, car Alexia tue accidentellement le vampire. Lord Maccon – beau et compliqué, Écossais et loup-garou à ses heures – est envoyé par la reine Victoria pour enquêter sur l’affaire. Des vampires indésirables s’en mêlent, d’autres disparaissent, et tout le monde pense qu’Alexia est responsable. Découvrira-t-elle ce qui se trame réellement dans la bonne société londonienne ? Qui sont vraiment ses ennemis, et aiment-ils la tarte à la mélasse ?



Bien. Alors à la décharge de l’auteur, Miss Gail Carriger, alias Tofa Borregaard (moins sexy), il y a de l’idée dans cette nouvelle série de bit-lit. Car ce n’est pas un roman de vampires et loups-garous habituel. Il se déroule sous le règne de la Reine Victoria, dans une Angleterre où les créatures surnaturelles sont reconnues et vivent comme des citoyens normaux. Le fait qu’ils soient peu nombreux (la transformation est très difficile et peux d’humains y survivent) aide notamment à leur insertion, ainsi qu’un système interne très développé. Notre « beau et compliqué » Lord Maccon (qui n’a rien de compliqué, il est juste écossais, parle avec un accent et dit des gros-mots, comme toute personne normal) est le chef de la BUR, le bureau du registre des non-naturels, et s’occupe de gérer les cas délicats concernant vampires, loups-garous et fantômes. Mademoiselle Tarabotti, Alexia, notre fameuse héroïne, n’est pas une créature surnaturelle. Néanmoins elle n’est pas tout à fait normale non plus. Elle est ce qu’on appelle une « paranaturelle », et cet état serait expliqué par ce qui définit le surnaturel dans cet univers : l’âme des hommes.

En effet l’auteur imagine que les êtres surnaturels qui ont survécu à la transformation étaient des humains possédant une âme très puissante et donc très résistante à la mort. Contrairement à Alexia qui n’en a juste pas. Alors bon il n’y a pas grande différence avec les autres j’ai envie de dire : elle est très intelligente, et si au premier abord elle à l’air peu pétrit de morale, il s’avère qu’en fait elle peut être amoureuse, éprouver de l’amitié, avoir des remords, avoir peur, pousser des gueulantes, donc à partir de là je vous demande en quoi consiste ne pas avoir d’âme, parce que je ne vois pas la subtilité.
Bref, elle n’a pas d’âme, c’est un fait avéré, on le lui a dit, elle est une Sans-âme, ennemie naturelle des surnaturels, un simple contact physique annule complètement leur condition de morts-vivants : les crocs se rétractent, les poils retournent à la racine, et les instincts animaux s’éteignent. Imaginez comme c’est dangereux pour nos braves amis suceurs de sang…

Bon, j’aime bien cette idée d’âme, mais je ne la trouve pas assez  bien développée. Il y a bien des tentatives, le roman cite de nombreuses fois les articles scientifiques de la Royal Society de Londres, Gail Carriger lâche quelques explications, mais moi, déjà, l’âme, je trouve que c’est et ça restera un concept abstrait, et qu’à partir de là, tout n’est que fiction (comme c’est beau). Donc si quelqu’un veut me dire concrètement ce qu’il a pensé de cette utilisation de l’âme dans le roman, qu’il n’hésite pas à m’en faire part je suis toute ouïe.

Donc oui, de toute façon, nous sommes dans une fiction. Une bonne fiction, avec tous les ingrédients. Des monstres, une héroïne au tempérament de feu, et un meurtre.
Revenons sur l’héroïne parce qu’elle est à la fois attachante et énervante quand on creuse un peu. D’une part, j’ai aimé le désir de l’auteur de brandir son statut de vieille fille (26 ans et pas mariée !), ses défauts physiques flagrants – enfin seulement pour les amateurs de porcelaine anglaise puisqu’il s’agit juste d’un nez plus grand que celui d‘un anglais, d’une chevelure noire et bouclée, d’une peau olive hérité de son père italien, et de son décolleté impressionnant en adéquation avec son postérieur bien rembourré : comprenez qu’elle ressemble plus à Monica Bellucci qu’à Kate Moss -, son goût peu sûr pour la mode, et son caractère bien trop ouvert, de quoi rebuter les hommes qui préfèrent une femme faible et sans luette pour être tranquilles le soir en rentrant du boulot.

Mais Alexia Tarrabotti est drôle. Oui, elle est drôle, fait des traits d’esprit, et à un cerveau. Elle lit, se cultive, et ça, ça change ! Et surtout, elle tue accidentellement un vampire, ce qui va la mettre dans une position délicate : elle va devoir avoir à composer avec Lord Maccon, malheureusement pour elle écossais, beau et compliqué. Il est en fait grand, bourru, mal rasé, taillé en V, et à des instincts animaux qui lui confèrent une aura sexuelle que ni vous ni moi ne comprenons, parce que bon, un loup c’est beau mais où est le fantasme sexuel là-dedans ? C’est là que les fans de Jacob et de loups-garous doivent intervenir dans les commentaires, j’attends vos arguments^^.

Bon en fait c’est un de mes principaux bémol au roman : l’histoire d’amour que l’on sent venir dès les premières pages, les moments de pelotages intensifs un peu trop longs et répétitifs (ça évite aux auteurs d’avoir à avouer leurs fantasmes sur Doctissimo, il suffit d’en parler dans son roman ! D’autant plus que, oh, coïncidence, l’héroïne ressemble physiquement trait pour trait à l’auteur qu’on peut voir sous tous les angles en photo, étraaaaaaange)… mouais. Mais bon, il faut composer avec.

Petite photo de l'auteur...

Ca, et le fait que l’intrigue est un peu facile. J’ai compris le dénouement dès la fin de la première moitié du livre, mais bon, certaines personnes m’ont dit avoir compris la fin de The Usual Suspect dès la moitié du film, alors ça arrive même aux meilleurs.

Bref, à lire pour de la détente, c’est quand même bien écrit, Gail Carriger avoue en interview son amour pour P.G. Wodehouse, Jane Austen et Durrell, et ça se ressent un peu. Le siècle victorien est bien représenté, les interventions d’avancées scientifiques telles qu’aéronefs voguant dans les cieux ajoutent un petit côté steampunk très apprécié, et le sigle des méchants représenté par une pieuvre m’a bien fait rire.

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