mercredi 2 mai 2012

Pilgrim, de Timothy Findley

Pèlerinage en terre inconnue


Moi j'adore les pavés. Preuve en est, j'aurais adoré faire mai 68 en tant que libraire pour jeter des dictionnaires franco-allemand à la tête des forces de l'ordre, ça aurait été rigolo.
Bref.
C'est souvent une raison qui me pousse à choisir un livre dans une bibliothèque. L'épaisseur du livre, le nombre de pages. Il est lourd en main, plein de mots, comme les petites vermicelles en forme d'alphabet dans les soupes de la maternelle : j'ai envie de les dévorer.
C'est l'une des raisons pour laquelle j'ai choisi Pilgrim, de Timothy Findley.
823 pages, écrites en petits caractères, de quoi s'en mettre plein la rétine, de quoi abreuver mon modeste langage en manque de joli vocabulaire bien tourné, et de quoi stimuler la glande pinéal de mon cerveau et me faire rêver un peu - beaucoup - passionnément - à la folie ! ... pendant 823 pages....
Dans ces cas là le roman à intérêt à être bien écrit, je le conçois, et se faire chi** pendant 823 pages n'est pas mon fort de toute façon ; si au bout de 50 pages je n'accroche pas, je referme le pavé et je le lance dans la mare. (ah ah ah. hem.)



Déjà je trouvais le titre cool (allez comprendre...), et puis le quatrième de couverture m'intriguait fortement. Il était alléchant, bien que le personnage principal soit Herr Doctor Jung, et que la psychiatrie soit une matière qui m'a fortement et profondément ennuyé en cours de philosophie durant ma médiocre carrière de lycéenne littéraire.
Et puis sur la quatrième de couv' ils parlaient du Titanic alors j'ai commencé à rêvasser sur Léo et Kate, et puis en fait ça n'a aucun rapport avec Titanic. Rassurez-vous.
De fait l'histoire commence bien quelques jours après le naufrage du Titanic, mais le personnage qui nous suivons est un gentleman anglais nommé Pilgrim, qui a une puissante et irrépressible envie de mourir.
Une corde, un arbre, et le tour est joué, au grand malheur de son major d'homme, Forster, et des deux médecins qui ont bien confirmé le décès.
Ça, c'était avant que Pilgrim ne se relève d'entre les morts, le cou un peu meurtri, la peau un peu blanchie, mais de l'air dans les poumons et un coeur battant comme celui d'un jeune ragondin en pleine santé, la moustache frétillante.
Car la mort se refuse à Pilgrim, qui n'en est pas à sa première tentative de suicide.
C'est pourquoi Sybil Quatermaine, amie de longue date, l'emmène dans une clinique privée en Suisse pour le confier aux bons soins d'un jeune psychanalyste fougueux nommé Jung. Très vite, Carl Gustav Jung - de son petit nom Carlito - se trouve face à une folie peu ordinaire. Son patient affirme avoir vécu plusieurs vies, et côtoyé des figures telles que Léonard de Vinci ou Thérèse d'Avila, avec un tel aplomb que le psychiatre remet son propre monde en question...

WTF ! (Waou Trop Fort !)  Cette lecture là, j'en suis restée sur le lard de mon postérieur. Il en est sorti plusieurs choses dans mon petit esprit de piaf : je n'aurais jamais voulu connaître Léonard de Vinci, et Carl Gugus est un bel enfoiré. J'attends de voir A dangerous method (ce film de Cronenberg avec Viggo Mortensen mi amor grimé avec la barbe blanche de Herr Doctor Freud) pour en avoir confirmation, mais je crois que les évènements relatés dans Pilgrim sont issus de ses journaux intimes, bien documentés, et donc vrais. Ce qui fait de Jung un fieffé coquin dont le cerveau est planqué dans l'attribut masculin et le courage absent de toute extrémité. Soit.

Pilgrim est un petit bijou de voyage ; voyage dans le cerveau enfiévré de Pilgrim, voyage dans les vies passées et retour dans le temps, voyage dans les contrées glacées de la Suisse, voyage dans le monde expérimental et définitivement flou de la psychiatrie.
Prenons le voyage dans le temps : Jung, accompagné de sa femme et assistante Emma, se retrouve en possession des journaux de Pilgrim, dans lequel il relate sa vie actuelle aux côtés de Wilde et Rodin, et ses vies passées dont les souvenirs lui reviennent en rêve. Mona Lisa, la construction de la cathédrale de Chartres, berger à Avila, de l'Angleterre des dandys à l'aristocratie italienne, c'est un florilège de vies et de personnages, un panel coloré et des vies mouvementées. Jung et Emma, chacun leur tour, se laissent happer par les histoires d'une précision et d'une émotion rare que Pilgrim relate, d'où leur problème à définir s'il s'agit d'imagination ou de folie pure. Ou peut-être de divin...

Findley fait revivre des personnages de l'histoire avec une grâce et une talent formidable.
Il en est de même pour Jung, dans sa petite clinique privée, où ses méthodes révolutionnaires inspirées du travaille de Freud l'ont mit très tôt à l'écart du reste de ses collaborateurs. Puis au ban de son métier, rejeté par son mentor, rejeté par ses collègues, rejeté même par sa femme. La pauvre, d'ailleurs, est obligée de composer avec la maîtresse anciennement hystérique de Jung -patiente de la clinique - qu'il avait installé dans leur propre demeure, la faisant côtoyer famille, enfants et domestiques à longueur de journée. Voilà pourquoi le personnage de Jung, bien que décrit comme un génie dans sa matière, me semble à moi un brin horrible et méprisable comme personnage :D Mais ce n'est que mon avis (la chair est faible, et l'erreur est humaine, mais y a un moment où faut s'calmer là wow !)

Bref, plusieurs périodes, plusieurs personnages, plusieurs voix, raconté par un style  - plusieurs styles en fait - d'écriture de Timothy Findley original, captivant et pénétrant (ce mot me perturbe, mais bon c'est bien le mot qu'il faut utiliser.) On se met à la place des personnages, c'est une véritable plongées dans leur vision du monde, et j'ai adoré ça. Finalement, je ne regrette pas d'avoir choisit ces 823 pages de bonheur littéraire

Timothy Findley posant avec le félidé de Guixxx, j'ai nommé Mimzi.


Voilà, penser au sourire béat (comme Thérèse d'Avila!) que m'a procuré ce livre en écrivant cet article en même temps qu'écouter (la laideur des politiques m'est trop douloureuse, donc je me contente de tendre l'oreille) le débat sur Antenne 2 (comme dit ma collègue J. venue d'un autre espace temps), c'était pas de la tarte. But, I did it.

Je rends l'Antenne.

Guixxx


Pis moi, j'veux être une rockstar

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