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La destruction du Parthénon, de Christos Chryssopoulos

"IL FAUT FAIRE SAUTER L'ACROPOLE !"


Pour les deux critiques de cette fin de mois de mai, j’ai tenté un exercice de style. J’ai tenté d’écrire des critiques sérieuses, plus ou moins construitesCourtes, allant à l’essentiel, avec une présentation de l’auteur, un résumé, et un avis. Bon, autant vous dire que raconter ma vie et semer quelques boutades au détour des phrases m’a manqué. 
Non, vraiment, j’aime ça dire les choses à ma manière, tomber dans le familier, et partir en hors sujet. C’est ma façon d’écrire. Alors je ne pense pas recommencer cet exercice de style. Il est clair que « critique professionnel de livres » n’est pas ma vocation première. Non, en fait c’est d’être libraire. Et le libraire c’est cet espèce d’énergumène un peu déjanté, ce vieux briscard un peu fou du bulbe, ou bien cet olibrius aux vagues airs d’intellectuel qui veut donner son avis sur tout, et qui se sent obligé de faire partager ce qu’IL aime avec ses mots à lui, son jargon de libraire et ses gestes enflammés, les mains pleines de livres qui voltigent dans l’air, les joues rougies par l’enthousiasme ou l’indignation. 
Bref, c’est souvent ça le libraire. En tout cas c’est cette chose que j’aspire à devenir, peut-être pas ce cliché véritablement, mais bon, ça me paraît chouette moi, de finir sa vie le nez entre les livres, à papoter littérature et sémantique (ou plutôt Gandalf et Sauron) avec les clients, et puis voir cette petite flamme s’allumer dans leur yeux quand vous trouvez l’expression juste, et que votre sourire nostalgique leur fait comprendre votre véritable engouement.

Enfin, je ne ressens jamais ça quand je lis une critique de livre. Souvent, je lis en diagonale les critiques du Figaro littéraire, du Monde des livres, de Libé, …etc. Certains critiques ont de la verve, mais il n’y a pas ce petit plus, ce langage parfois sans retenue, comme lorsqu’on parle popote avec Tonton, et qui te fait dire « ouais, j’vais le lire celui-là ». En fait, quand j’étais jeune cliente, je ne lisais aucun avis, je ne prenais aucun coup de cœur, je ne demandais mon chemin à aucun libraire, je ne me fiais seulement qu’au résumé, qu’à la première page, et qu’à mon flair. Etrangement, c’est un temps où je me suis rarement trompée. Bon, donc je ne tenais compte d’aucun avis sauf du mien, voilà la raison pour laquelle j’écris ce blog et tente de vous l’imposer. Eh ouais, c’est un peu un dictateur un libraire, parfois… (Ne faites pas comme moi, écoutez votre libraire ! Ca le rendra heureux, comme Félix devant son bol de Sheba !)

Bien, je m’égare comme d’habitude.
Revenons donc à cette critique. J’ai lu deux ouvrages que j’ai ensuite critiqués pour le compte d’un site internet spécialisé en Science-Fiction. Le premier dont je vais vous parler s’intitule La destruction du Parthénon, publié chez Actes Sud et qui a été écrit en 2010 par un auteur grec assez atypique du nom de Christos Chryssopoulos.



En effet, monsieur Chryssopoulos (ce nom fleur bon les planches de Tintin) a imaginé dans un très court roman de 89 pages (oui c’est rapide à lire) qu’un jeune athénien fanatique décidait de faire exploser le Parthénon.
Le Parthénon, l’Acropole d’Athènes, ce joyau de l’antiquité grecque, réminiscence d’un temps ou la culture hellène rayonnait sur l’Europe entière, monument gigantesque qui domine encore la capitale grecque, plus de 2500 après sa construction. 
Et un soir, « pouf ».
Plus de Parthénon.
L’horizon rougeoie joyeusement et là où se dressait le monstre antique s’élève désormais un nuage de poussière grisâtre. Touristes et athéniens sont sous le choc, poussent des cris, lèves des yeux effarés sur les débris du monument, l’incompréhension est totale.
C’est l’œuvre d’un jeune homme énigmatique, fanatique, qui s’est inspiré d’un projet lancé en 1944 par un cercle d’artistes surréalistes grecs mené par le poète Yorgos V. Magris, et qui avait proclamé « Il faut faire sauter l’acropole ! ».

Quand j’ai lu le résumé du roman, je trouvais l’idée extraordinairement originale. Et puis, imaginez que ça se passe en France, imaginez la destruction de la Tour Eiffel... What a choc !
Alors j’ai lu la destruction du Parthénon, et j’ai trouvé ce roman très déconcertant pour plusieurs raisons.
Tout d’abord, la manière dont il est écrit se rapproche plus d’un documentaire. Chryssopoulos donne la parole à plusieurs personnes, mêle interviews de témoins, d’employés du Parthénon, de voisins du criminel, d’articles de journaux, et même des explications présumées du terroriste. Et cette façon de faire rend ce roman d’anticipation très réaliste. Il donne une idée de ce que représente ce monument pour tout un pays et tout un peuple. Le cercle des surréalistes grecs voulait faire exploser le Parthénon pour plusieurs raisons, Chryssopoulos insère des extraits de leur proclamation dans le roman, notamment pour faire place à une ère nouvelle, marquer la fin d’un temps, libérer la Grèce d’un symbole entravant, puis surtout pour l’acte artistique, l’œuvre éphémère, la destruction. Et c’est en partie ce que clame le jeune terroriste. Il est la représentation des contradictions que fait ressentir le monument antique au peuple grec, à la fois fier de pouvoir l’exhiber, heureux d’avoir un symbole de la grandeur de leur civilisation. Le Parthénon est une part de leur histoire, mais aussi une part de leur ville. Il surplombe Athènes, étend son ombre bienveillante sur tout le monde, il est comme un membre de la famille, on le croise à chaque coin de rue. Oui, mais il est aussi encombrant, il rappelle sans cesse ce qui fut, et ce qui n’est plus. Il est un parent qui semble toujours les juger, un rappel permanent de la « décadence » actuelle de leur société. Car Chryssopoulos a écrit son roman en 2010, au cœur de la crise grecque, quelques mois seulement après que l’Allemagne leur ait proposé de vendre le Parthénon et certaines de leurs îles pour sortir de la dette.
Et sa disparition provoque de nombreuses réactions, toutes différentes : le déni, l’incompréhension, la tristesse, le soulagement secret, la colère et la revanche.
Que va-t-il arriver à cet homme qui a détruit le symbole d’un pays, a ôté une part de leur identité ? Et comment le pays va-t-il se relever après un tel événement ?
Vous le saurez en lisant La destruction du Parthénon, en vente chez tous les bons libraires !

Hmmm… j’avais envie de faire un speech de série télé pour finir ma critique.

Non, vraiment, j’ai aimé La Destruction du Parthénon, qui lui est un véritable exercice de style, un roman très original et avec un véritable fond d'actualité, il sort d'ailleurs en France au moment où le pays est au plus mal. Dans tout ça, le Parthénon se dresse ces derniers mois dans les journaux comme un symbole de la déchéance de l’économie grecque. En mal de budget, son entretien est bâclé, on peut même se demander si finalement, vendu ou non, chéri ou non, il ne finira pas par s’effondrer de lui-même…

Cette image illustre un article sur Wikistrike qui parle d'un évènement
 étrange : l'Allemagne aurait exigé que les grecs leur cède le Parthénon pour
qu'il soit reconstruit à Berlin et proprement entretenu. Lorsque j'ai lu
 le livre, j'ai fait quelques recherches et  j'ai trouvé cet article circulant
 sur le net. Rien de concret ne vient étayer ces déclarations, et il s'agit 
certainement d'un évènement fictif. Néanmoins, l'oeuvre de 
Chryssopoulos y serait-elle pour quelque chose ?

Bref, à lire, ça na vous prendra pas beaucoup de temps, et c’est très éclairant.


(c'était un peu sérieux finalement tout ça non ? allez un peu de détente !)

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