dimanche 19 février 2012

Un long silence, de Mikal Gilmore

Silence radio


Et vous, comment ça va ?

Bon, je vous pose la question, parce que je sais que certains se sont dit « hm… toujours rien de nouveau… est-ce que tout va bien ? Elle est peut-être morte ? Mangée par son chat, avec les restes du nouvel an ? »

Donc moi ça va, merci, et vous ?

Je n’ai pas écrit depuis un bail parce que… ben… bon… hm… c'est-à-dire. Bon. Un très bon ami à moi dirait « j’ai pôs l’temps ! », mais je ne vous ferais pas l’affront de dire ça, parce que du temps, j’en ai eu plein depuis mon dernier message. Mais j’ai du l’organiser à plein d’autres choses. D’abord, travailler : il y a eu Noël, et là, en librairie (comme dans nombre de commerces), j’avais vraiment pôs l’temps. Pas l’temps de lire, pas l’temps de me reposer…  parce qu’en plus de travailler, je cherchais un nouveau nid pour le félidé et moi.

Eh oui, vous vous dites « mais… elle avait pas déménagé y a peu de temps déjà ? »

Oui, je m’amuse à déménager deux fois l’an maintenant, ça fait deux fois plus de pendaison de crémaillères comme ça ! Hm… Non surtout mon loyer était trop lourd pour mon petit budget, et le manque de lumière du jour dans mon vieil appartement grinçant nous rendait folles, mon félidé et moi.

Donc on a emménagé avec… le correspondant TEXAN ! Eh oui, Vincent D., lui-même, de retour dans son pays natal, avec un vocabulaire français plus qu’aléatoire et des barbarismes américains plein la bouche. Mais on l’aime quand même =).



La contribution de Vincent D. à la bibliothèque locale, inspectée par la douanière Mimzi.



Bref, depuis que j’ai emménagé dans ce nouvel appartement, je passe mon temps à l’aménager, à le zyeuter amoureusement (il est graaaaaaaaaaaaand !), et je me remets enfin à lire. Oui, parce que le désavantage d’habiter à 15min à pied de votre boulot - comme dans mon ancien appart’ - c’est que vous n’avez pas le temps alloué aux transports en commun exploitable pour lire, et quand vous rentrez le midi chez vous, vous ne pouvez pas non plus exploiter cette heure de déjeuner pour vous plonger dans un livre.
Donc, bien que bosser à côté de son chez soi est un énorme avantage lorsque vous haïssez l’espèce humaine qui s’agglutine dans les métros, et vous évite de raquer votre r*** dans les bouiboui entre midi et deux pour vous sustenter, il n’empêche que vous perdez ces temps précieux autrefois alloués à la lecture. Dans mon cas, j’avais perdu à peu près deux heures de lecture par jour, ce qui est énorme, et l’amas de livres « à lire » posé sur ma bibliothèque en était une preuve.

Bon, déménager m’a fait perdre l’avantage de rentrer à pied le soir, mais j’ai regagné mes heures de lecture, et ça m’avait manquééé !
Depuis ma renaissance dans mon nouvel espace vital, je dévore. J’ai enchaîné les bouquins, certains intéressants mais sans grande valeur, d’autres juste mémorables (notamment celui que je mets le plus de temps à lire, le Julian de Robert Charles Wilson, même si je l’adore - et non ce n’est pas de lui dont je vais vous parler aujourd’hui. Une autre fois, soyez-en sûrs…) comme, par exemple,




C’te claque. Une droite, puis une gauche. Si si je vous assure.

Bon, j’avais zyeuté ce livre à sa parution en grand format l’an dernier, aux fabuleuses éditions Sonatine (je vais bientôt leur vouer un culte).

Ce n’est pas un roman, en fait. C’est une sorte de documentaire, mais le style d’écriture nous plonge dans l’histoire comme seuls les romans savent le faire. Il a été écrit par Mikal Gilmore,  chroniqueur américain chez Rolling Stones depuis les années 70, connu pour être le frère benjamin de l’un des criminels les plus célèbres aux Etats-Unis : Gary Gilmore.

Gary Gilmore a été fusillé en janvier 1977 dans une prison de l’Utah pour avoir assassiné de sang froid et à bout portant deux mormons sans aucune raison. Lorsque la sentence de son exécution est tombée, l’Amérique n’avait pas connu de condamnation à mort depuis plus de dix ans, et sa famille -dont Mikal Gilmore - espérait ardemment pouvoir transformer sa peine en une réclusion à perpétuité. C’est lorsque Gary Gilmore a annoncé à la presse et devant le pays entier qu’il Voulait être fusillé que l’Amérique s’est pris de passion pour son personnage.



Certains l’ont soutenu, d’autres l’ont haït, mais aucun ne l’a ignoré. Il a été fusillé un matin, et sa mort était tellement désirée que les bourreaux ont prit la peine de ne pas charger seulement quatre des cinq fusils, comme ils avaient l’habitude de le faire (pour que tous les tireurs puissent douter d’être à l’origine de la mort d’un homme et soulager leur conscience), mais bien toutes les armes, en visant bien le cœur. Il faut savoir que seul l’Utah proposait encore cette façon barbare d’exécuter un homme : la fusillade. Gary Gilmore avait le choix entre l’injection létale ou les balles, et le pire est de savoir qu’il a choisi cette manière d’exécution connue pour être chère aux mormons (!), qui autrefois pratiquaient « l’expiation par le sang », car le sang du condamné pouvait ainsi tomber sur la terre sacrée (l’Utah !) et expier ses pêchés.

Un  magnifique ouvrage avait été écrit sur cette condamnation en 1980 par Norman Mailer, l’un des plus grands écrivains américains de la contre-culture, intitulé Le chant du Bourreau et qui raconte déjà l’histoire de Gary Gilmore.

Mais Un long silence n’est pas sur Gary Gilmore. Un long silence part de la question que Mikal Gilmore s’est posé suite aux assassinats perpétrés par Gary : « Qu’est-ce qui a poussé mon frère à tant de violence ? »

De là, Mikal remonte aux origines de la ruine familiale. De la naissance de sa mère à Salt Lake City, baignée de culture mormone : pieuse, stricte et imprégnée de violence à la fois, de sa rencontre avec son père, un homme plus âgé qu’elle de vingt ans, Frank Gilmore l’escroc, l’ivrogne, un homme effrayé par les fantômes d’un passé bien caché. Il parle de l’enfance de ses trois frères, l’aîné Frank Jr qui finira ses jours dans la misère, après avoir sacrifié tous ses rêves à sa famille, de Gary le mal-aimé, la petite frappe, puis le récidiviste et finalement le criminel, et enfin de Gaylen, le rejeté, le rêveur, celui qui n’a pas tué mais a été tué dans sa prime jeunesse, celui qui est parti trop tôt.

Mikal lui est né plus de dix ans après Gary. Il n’a pas connu la vie de bohème que ses frères ont dû endurer avant lui : la fuite sur les routes entre les états après chaque escroquerie, les pluies de coups qui pleuvaient de l’un ou l’autre de leurs parents après quelques disputes, pour quelques obscures raisons - ou parfois sans. Mikal a été le fils protégé, celui que les parents n’ont pas blâmé pour leurs propres erreurs, celui que les parents ont écarté de la malédiction qu’ils propageaient dans les veines de leurs trois premiers enfants. Il est le seul à avoir été aimé par ses deux parents, le seul à avoir été poussé à étudier, puis à s’être crée une vie loin de sa famille. Et finalement, le seul qui s’en est sorti.

Il raconte leur histoire en mêlant ses propres souvenirs d’enfance à ceux de son frère aîné – Frank Jr, le seul autre membre de la famille encore en vie – avec les interviews que les journalistes avaient préparé lors de la condamnation de Gary Gilmore. Les interviews de sa mère, et celle de Gary lui-même. Le tout assemblé donne un récit qui coupe le souffle, qui tord parfois l’estomac, qui donne envie de taper du poing, de soupirer d’impuissance et qui fait souvent grimacer de dégoût. Vous savez, ces récits qui vous plongent dans un univers sombre, noir, qui vous happe, mais là en prime vous vous dites « mer**… c’est réellement arrivé. Et quelle folie ! »

Plus que l’histoire de la famille Gilmore, il dépeint des univers bien réels au Etats-Unis des années 10 à 80, durant lesquelles ont vécu les membres de sa famille. L’univers des mormons en Utah, l’univers de ces familles recomposées et décomposées américaines, l’univers de la pauvreté, de la violence, l’univers carcérale, et ce que le système et les gens peuvent faire pour ruiner une vie qui avait toutes ses chances au départ de devenir quelque chose de beau ; ce que les gens peuvent faire à ceux qu’ils aiment pour mieux supporter leurs souffrances.



Bref, ce livre m’a retourné. Après ça, ma seule envie était de lire le Chant du Bourreau, de Mailer, jusqu’à ce que je me rende compte du pavé que c’est, héhé, et que je n’ai pas le temps de le lire (eh, oui, nouveautés oblige.). Mais ça m’a accaparé pendant un bout de temps. Le plus obsédant, je crois, c’était la couverture du livre, tout à fait hypnotisante. On y voit la seule photo de famille jamais prise des Gilmore, lors d’un de leurs séjours dans la famille maternelle mormone. Mikal n’est pas encore né, on y voit donc les deux parents, comme deux fantômes inconsistants, désincarnés, nimbé d’une lueur étrange, et les trois enfants : Frank qui tord sa bouche en une grimace qui semble exprimer ce qu’il pense de cette photo de « famille », le sourire adorable et innocent de Gaylen, et le regard fumant de Gary, ses yeux comme deux balles de revolver qui vous transpercent. Mikal en fait plus ou moins cette description dans le livre, et je me souviens d’avoir lu le passage, puis regardé la couverture, puis relu le passage, et ce à peu près vingt fois, et avoir ressenti ce trouble et senti un frisson me parcourir l’échine…

Alors voilà, mon coup de cœur, un brin sombre, un tantinet effrayant, mais surtout magistral : Un long silence.

Un livre, un téléfilm, et une hymne punk, Gary Gilmore a inspiré de nombreux artistes : la preuve en images !
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3 commentaires:

  1. Qu'est-ce qu'il a mon vocabulaire français ?! Il est pas... il est pas... heu... pas...

    Bon, ok.

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  2. merci Guilaine pour le retour de ton blog, un beau cadeau..... mam.

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  3. TL:dr

    :)

    Merci pour ta dernière suggestion litteraire, je viens de finir (mais j'ai coupé ton Zafon avec Metro 2033/2034 de Dmitry Glukhovsky)
    Je vais essayer de suivre ton blog si tu t'y mets. En passant, je suis encore webdesigner, si besoin !

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