mercredi 5 décembre 2012

Ces choses que nous n'avons pas vues venir, de Steven Amsterdam


Il semblerait que l’on a une fascination pour le pire. L’inévitable. L’apocalypse ! (roulement de tonnerre et éclairs lumineux – oui ici on fait le son et lumière aussi) ca a toujours été plus ou moins ainsi, la littérature regorge de récits apocalyptiques depuis un petit moment déjà, bien que récemment le phénomène se soit amplifié. Quelle est la cause de cet engouement pour l’apocalypse ? J’imagine que nos avancées scientifiques depuis un siècle ont donné des frayeurs à l’humanité qui a compris qu’en poussant sa chance elle avançait aussi sa disparition. Guerres, pollution, informatique, virus, nucléaire, mutations… etc. On passe du dérèglement climatique meurtrier à l’attaque de zombies, à la rébellion des machines, chaque auteur utilise son scénario catastrophe pour nous donner des frissons et nous nous en délectons ! On aime anticiper et se faire peur.

J’en ai lu quelques-uns de ces romans d’anticipation post-apocalyptiques, mes préférés étant ceux d’auteurs français comme Barjavel (et son Ravage) ou Pierre Bordage (sa série des Wang), ou d’auteurs anglophones comme Robert Charles Wilson (Spin), Lovegrove (Royaumes-désunis) ou de Jeff Noon (Descendre en marche), sans oublier Cormac McCarthy (La route).

Le dernier en date que j’ai décidé de lire m’a attiré parce que sa façon d’aborder l’apocalypse était différente. Son résumé faisait débuter l’apocalypse… au bug de l’an 2000. 
Ah on se souvient tous (ou presque ? certains de mes lecteurs ont peut-être moins de treize ans, toutes mes confuses) du passage à l’an 2000. Juste avant, durant l’été, il y avait eu en France une éclipse solaire totale et Paco Rabanne nous annonçait déjà une première fin du monde dont le point de départ serait la chute de la station Mir sur Terre. Puis on nous annonce en grande pompe la possibilité d’un bug informatique très important pour le jour de l’an 2000, qui ferait péter tous nos systèmes informatiques et serait le début de la fin du monde tel qu’on le connait.

Dans Ces choses que nous n’avons pas vues venir, Steven Amsterdam commence son récit le 31 décembre 1999. Un enfant regarde son père bourrer la voiture de vivres non périssables et de toutes leurs possessions pour aller se réfugier chez les grands-parents qui vivent à la campagne. Selon lui, le bug de l’an 2000 aurait des répercussions que personne ne peut imaginer et tout le monde aurait dû faire comme lui. Et plus tard, des années après, quand le système du pays aura implosé, les angoisses de ce père auront laissé une marque sur l’esprit de cet enfant qui fera tout pour assurer sa survie dans un monde plongé dans le chaos.




Il est difficile de raconter vraiment Ces choses que nous n’avons pas vue venir. Le premier chapitre où l’enfant à peut-être dix ans ne dure que quelques pages. Réfugiés dans la campagne, loin de la ville, la famille a éteint la télévision et attend sans savoir si les coups de minuit vont vraiment signer la fin du monde occidental connu. Le chapitre s’arrête juste avant minuit, et le second chapitre prend place après une ellipse temporelle de plusieurs années, où l’on retrouve notre héros âgé de 17 ans, jeune délinquant, vivant dans la Ville avec sa famille, où plus un brin d’herbe ne pousse naturellement, où la nourriture vient à manquer cruellement depuis que les barricades sont devenues imperméables aux flux d’échanges entre la Campagne et la Ville. Des années plus tôt, les gens ont dû choisir l’un ou l’autre, ceux de la Ville n’imaginaient pas que la Campagne leur offrirait une bien meilleure chance de survie… pour l’instant.

C’est donc le début de l’apocalypse. Steven Amsterdam tisse son roman sur moins de dix chapitres séparés par des ellipses temporelles importantes. Entre chaque ellipse s’est visiblement passé un évènement grave qui a déclenché une nouvelle vague de chaos dans le pays. Il n’explique jamais ce qu'il s’est passé. On peut seulement se l’imaginer : guerres, famine, catastrophe climatiques, virus. On ne sait pas si le bug de l’an 2000 a eu lieu, c’est juste un point de départ pour nous décrire la préparation à la fin d’un univers, et sans pointer du doigt une seule catastrophe, Steven Amsterdam nous décrit la fin du monde à travers tous ses catalyseurs. C’est l’effet boule de neige, l’un emporte l’autre, et tous se suivent pour n’être plus qu’un immense chaos. Chaque chapitre apporte son lot de désolation, et à chaque fois son personnage s’adapte pour survivre, en volant, trichant, s’intégrant, fuyant. Ce n’est pas un modèle d’histoire apocalyptique conventionnelle, elle n’est pas vraiment linéaire, le récit avance par bonds d’une situation de la vie de ce héros à une autre, alternant sa déchéance et sa réhabilitation, ses espoirs et ses chutes.

J’ai adoré cette façon de faire. Le but de Steven Amsterdam n’est pas de donner des frissons d’horreur à son lecteur en décrivant avec mille précisions les catastrophes en elles-même, il se contente de conter l’histoire d’un homme qui tente de survivre à la fin de son monde, et s’adapte sur une trentaine d’années à l’environnement constamment changeant qui l’entoure. Un environnement de plus en plus hostile à l’homme, de plus en plus complexe, où seuls les plus forts et les plus malins s’en sortent. Ce n’est pas un roman plein d’héroïsme, c’est un roman très sombre, où son héros expérimente les situations les plus extrêmes, apprend à se blinder contre la nature et l’humanité, quitte à perdre une partie de sa dignité et ses ambitions. Il s’accroche aux branches, se contentant de fuir quand les choses tournent au vinaigre, d’être présent quand les choses tournent à son avantage, et prend chaque jour de sa vie sans savoir ce qui va suivre, comme si c’était le dernier. Et dans ce monde discordant que nous montre Steven Amsterdam, l’humanité semble définitivement voir ses jours comptés.


Pas de pathos, pas de mélancolie, pas d’effondrement psychologique où le personnage se morfond, juste de brefs moments de la vie d’un homme seul qui durent souvent l’espace d’une journée, ce qui finalement est encore plus percutant. Pas de réflexions spirituelle/scientifique sur cette fin du monde, pas de blabla, juste les clichés d’une société qui s’effondre et au milieu,  celui d’un homme. 


Ce qui en fait une lecture très intéressante pour le changement qu’elle apporte au genre. Je ne dirais pas que c’est rafraîchissant  le terme ne colle pas au roman, d’une noirceur incroyable bien que parsemé d’un humour grinçant, mais ça fait du bien de lire autre chose. Ce pourrait presque être des nouvelles, plus qu’un roman. Certains indices (un autre personnage récurrent, le rappel très bref de certaines situations) nous montre qu’il s’agit du même personnage du début jusqu’à la fin du roman, mais son nom n’est jamais cité, et ce que vit cet homme est le destin auquel ont été livrés un tas d’autres. Chaque chapitre a son but, sa portée, et pourrait presque être lu individuellement, puisque tout ne repose pas non plus sur l’apocalypse, chaque chapitre correspond à une période de l’histoire d’un monde, le destin du protagoniste croise celui de milliers d’autres, et est le prétexte pour raconter une situation après une catastrophe.

Pour Noël, j’ai dû faire une sélection de quatre livres de SF à mettre en avant dans la boutique. J’ai décidé de mettre celui-là parmi les poches que je devais choisir. C’est plus qu’un simple roman d’anticipation, et il devrait plaire aux amateurs de littérature générale.

Et avec l’apocalypse maya qui arrive, les temps sont exactement à la lecture des romans d’anticipation. Mais oui mes chers amis, on ne sait pas d’où viendra la fin de notre aventure : les éléments, les virus, les guerres, qui va déclencher la fin du monde ? Bon, ça bien-sûr, c’est si vous y croyez. Pour ma part je vais travailler comme une acharnée ce jour–là pour que le reste de l’humanité qui n’y croit pas puisse acheter ses cadeaux de Noël en toute tranquillité. Et si une météorite vient me faucher je serais entre le rayonnage de la BD et de la SF, sereine. Pour les autres je vous conseiller d’aller boire un verre au Dernier bar avant la fin du monde, avenue Victoria dans le 1er arrondissement, ils font de bons cocktails !



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lundi 19 novembre 2012

La symphonie des spectres, de John Gardner


Il arrive des fois où, après avoir refermé un livre, je me rends compte que je viens de fermer un chef-d’œuvre. Ces moments sont de plus en plus rares. Comme m’en parlait l’un de mes collègues, ça arrive plus fréquemment avec les romans classiques, cultes, les grands noms de la littérature qui ne sont pas aujourd’hui mondialement connus pour rien, ou avec ceux qui sont tombés dans un oubli immérité, parce qu’ils on été ensevelis par la masse de m**** qui sort sur nos tables depuis deux décennies, et que heureusement certaines maisons décident de remettre en avant.

Bon j’ai quand même lu récemment quelques œuvres qui méritaient d’être traités de chef d’œuvre (pour moi), Les jardins statuaires de Jacques Abeille ou encore Karoo de Steve Tesich… mais ils ont été écrit il y a déjà plus de vingt ans.

Et je viens de refermer La Symphonie des spectres, de John Gardner, qui rentre définitivement pour moi dans cette catégorie de chef-d’œuvre. Encore une fois, le livre a été écrit en 1982, et l’auteur est décédé peu après sa parution…



J’ai vraiment eu cette sensation que je venais de lire un roman hors du commun, assez exceptionnel par sa forme et son fond, et que je n’oublierai pas de sitôt
Comment raconter, comment résumer La symphonie des spectres ? Et comment expliquer ce qui en fait un roman aussi incroyable. Là est le challenge. Je vais quand même m’y essayer, sans trop en dévoiler, ni pas assez.

Alors que Carter et Reagan se déchirent pour la présidence des Etats-unis, Peter Mickelsson, professeur de philosophie en Université respecté (et craint…), a du mal à joindre les deux bouts. Il a quitté sa femme, laquelle s’est remis en couple avec un nabot grotesque, lui demande une pension trois fois plus élevée que son salaire annuel, et continue de lui pomper chaque mois l’équivalent de sa paye pour s’offrir le luxe auquel elle est habituée. Ses enfants sont aux quatre coins du globe et ne donnent pas de nouvelles (bien qu’il n’en cherche pas non plus). L’IRS l’attend au tournant depuis qu’il a arrêté de payer ses impôts quelques années plus tôt. Bref, la déprime se matérialise par une bouteille de Gin qui ne le quitte plus et des idées noires qui lui rongent l’esprit comme les souris rongent les murs de son appartement minable.
Mais sur un coup de tête, et malgré l’amoncellement de factures impayées, Mickelsson décide de contracter un emprunt pour s’offrir une maison à une heure de route de son Université, à Susquehanna en Pennsylvanie. Coup de bol, ou de malchance, la maison qu’il déniche est une bâtisse centenaire décrépie - mais non sans charme - à vendre pour une bouchée de pain. Il comprend pourquoi lorsque les rumeurs sur son acquisition lui parviennent enfin : celle-ci serait hantée. Philosophe, Mickelsson hausse les épaules, et plutôt que de se faire du mouron pour ça il décide de mettre toute son âme à la rebâtir, ainsi que tout l’argent qu’il n’a pas.
Mais les choses ne vont pas en s’arrangeant, il retrouve sa demeure mise à sac quelques semaines après son arrivée, les mormons rodent dans le coin avec des airs de conspirateurs, ses voisins - quoique très aimables et solidaires – sont superstitieux et lui cachent des choses, une voiture verte semble le suivre constamment, il s’éprend d’une prostituée encore mineure qui l’arnaque sans remords, et la faucheuse se met à semer des cadavres autour de lui…

Alors dit comme ça, on pourrait croire à un polar/roman-fantastique/thriller-psychologique/allez-savoir-quoi-d’autre-encore. Mais l’œuvre de John Gardner est tellement plus dense qu’elle n’en a l’air. Le personnage de Peter Mickelsson, véritable pilier du roman, est un être complexe, enseignant, spirituel, mais incapable de tirer profit de la philosophie qu’il offre à ses étudiants, préférant s’embourber dans une situation inextricable qui, on le sent dès le début, ne prendra jamais fin. Irréfléchi, impulsif, puéril, alcoolique, Peter Mickelsson est un vieux con, parfois odieux, parfois délicieux, à la fois effrayant et attendrissant. Et il faut se le farcir, le Mickelsson. Le roman n’est basé que sur son point de vue et ses réflexions, ses pensées et ses sentiments, et vu les contradictions dont il est pétri et les tourments qui l’agitent, c’est un perpétuel tourbillon qui ébranle notre lecture. J’avoue que le résumé ne m’avait pas préparé à ça, ne m’avait pas préparé à cette masse grouillante des pensées de Mickelsson, touffues et malades, à la fois irritantes et hypnotisantes.

On parle de ce livre en le mentionnant comme « un roman philosophique », et il est vrai que, profitant du statut de professeur de philosophie de son personnage, Gardner ne se gène pas pour partir dans d’incroyables digressions. Il nous décrit deux ou trois cours de Mickelsson, et nous instruit sur Platon, Nietzsche, Luther, Wittgenstein. Pour des lecteurs comme moi, peu au fait de la philosophie, c’est parfois un brin indigeste, selon l’humeur. Je me suis surprise malgré tout à m’intéresser franchement à ces digressions qui peuvent durer quatre à cinq pages (et des bonnes pages, écrites en petit caractères avec peu de marges et de dialogues, héhé), où Gardner en profite pour faire passer ses idées, ses convictions, se situer dans des débats de société (l’avortement, pour exemple). Tout ça par le biais des envolées de Mickelsson, perturbées par son cerveau surchauffé.
Il semble peser sur Mickelsson une fatalité que l’on ne comprend pas bien. Chacun de ses problèmes à une solution. Son avocat, son psychologue, ses amis parmi le corps enseignant - notamment Jessica, la belle veuve professeur de sociologie avec laquelle il rêve de développer plus qu’une liaison - et même les habitants de Susquehanna qui lui passent avec pitié ses chèques sans provision, lui permettant de continuer ses lubies sans dépenser un seul sou, tous lui tendent la main. Mais Peter préfère s’enfermer dans un malheur aux contours indéfinis, vivre avec une angoisse qui lui donne des aigreurs d’estomac, en plus du Gin qu’il absorbe comme une plante l’eau de pluie, et il donne toute l’énergie qu’il devrait consacrer à sortir la tête de l’eau à la réfection de la maison, qu’il démolit, rebâtit, ponce, rabote, repeint, décore dans un état second, entouré de l’ombre de ses spectres…

Le titre original prend pour moi plus de sens : Mickelsson’s ghosts. Et en lisant ce titre, j’ai pensé au Chant de Noël, de Dickens, avec ces fantômes qui viennent confronter Ebenezer Scrooge à ses actes et sa situation actuelle. La comparaison s’arrête là. Les fantômes de Mickelsson sont bien moins bavards et éloquents, et embrassent une dimension bien plus large. Qui sont-ils ? Les fantômes de son enfance qui ont façonné ce qu’il est devenu, son père d’une simplicité désarmante et adorés de tous, son grand-père le penseur rigoriste, ses enfants, seuls incarnation d’un bonheur passé, sa femme, sangsue à l’esprit fêlé, ou encore ceux qui se promènent dans sa maison, et qui perturbent doucement l’existence de Mickelsson, preuve de sa démence ou que la superstition des habitants de Susquehanna  est fondée, allez savoir.

Dans la forme, j’ai eu en tête quelque lecture de Philip Roth, ou encore la vision désabusée et destructrice d’un Karoo… Il va falloir que je finisse par vous en parler de celui-là aussi. Mais vous livrer mon ressenti de La Symphonie de spectres était déjà assez usant pour aujourd’hui. Car oui, j’ai mis un mois à lire ce roman, qui fait tout de même 775 pages, et comme, qui le dit justement Fabrice Colin dans sa postface « est un roman éminemment lisible et impossible à lâcher (quoique, tel un bon scotch, il puisse être dégusté à petites gorgées vénéneuses), mais capable d’infliger sans coup férir à son lecteur des digressions grandiloquentes » .
Grandiloquent est le mot, pour définir la prose de Gardner dans ce roman. L’un de mes collègues, après avoir feuilleté deux pages m’a dit « on dirait que c’est écrit comme un vieux roman »,  et effectivement il est rare aujourd’hui de lire ce genre de prose, grandiloquente, sentencieuse parfois, quand elle ne tranche pas avec des citations violentes et crues, mais digne des meilleures plumes de ce siècle. La postface de Fabrice Colin, qui parle bien mieux que moi de l’ouvrage, explique aussi à quel point ce roman incarne la vie de son auteur, John Gardner, lui-même professeur d’Université, lui-même tourmenté, séparé de sa femme, devenu alcoolique, remis en couple avec une jeune de vingt-cinq ans qui l’aime et le craint à la fois. Il meurt tragiquement dans un accident de moto après la parution du roman. Le peu de retombées de ventes l’a apparemment pas mal affecté, puisqu’il est considéré outre-Atlantique comme un ponte de la littérature américaine. Ici aussi il n’a pas eu beaucoup de succès, paru une première fois chez Denoël, puis épuisé, je suis contente que la maison d’édition ait décidé de le ressortir des tiroirs poussiéreux dans lequel il végétait.

Simplement parce que la Symphonie des spectres est son personnage ampoulé, désaxé, extravagant et phénoménal. Une œuvre abondante, en somme, que je vous conseille de lire l’esprit bien ouvert, concentré, pour savoir en apprécier chaque moment comme il se doit.


Un petit passage qui m’a beaucoup marqué :

« Non, ce qu’il ressentait, et avec la force d’une sensation physique ou d’une secousse, c’était plutôt, lui sembla-t-il, cette vieille question à la fois embarrassante et chérie des philosophes : la fugacité du temps. Les jours, les mois, les années, si vivants qu’ils fussent, sombraient dans le néant. Les verts étés sans fin de son enfance dans le Wisconsin, puis ses années d’études à la fois joyeuses et anxieuses (il se souvenait des caractères et même de la texture du papier du Kant qui l’absorbait dans son coin de la bibliothèque), puis vingt ans d’enseignement – mais surtout, en plus affreux, cette longue plage de temps passé avec Ellen… Tout ce temps ensoleillé et lourd d’événements se ratatinait, pour ne laisser que quelques cailloux à l’arête coupante, quelques images figées dont toute émotion a été vidée, ou qui ne contiennent plus que le spectre, exsangue et à face d’enfant, de l’émotion… »


CITRIQ
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vendredi 16 novembre 2012

Anno Dracula, de Kim Newman


Peut-on faire du beau avec du vieux ? Il y a ceux qui sont sceptiques et ne jurent que par l’originalité de la nouveauté. Moi je pense qu’il est assez extraordinaire d’arriver à faire une œuvre de qualité avec de l’ancien. Cela vaut pour à peu près tout. Tout est matière à création, tout est matière à innovation. C’est exactement ce que j’ai pensé en prenant entre les mains le livre de Kim Newman, Anno Dracula, à qui Bragelonne vient de donner une seconde vie au sein de sa maison d’édition.

J’en avais entendu du bien, récemment une amie m’avait faire part dans une liste de ses dix œuvres incontournables dans les littératures de l’imaginaire, et elle m’avait cité ce titre. J’étais bien-sûr contente lorsque j’ai pu récupérer le service de presse au début du mois, j’allais donc pouvoir juger par moi-même de ce roman dont en semble faire grand cas.



Kim Newman est journaliste, critique et scénariste de cinéma en plus d’être auteur de romans et de travailler pour l’univers de Warhammer. Il a écrit Anno Dracula en 1992, première parution en France en 1998, et a été récompensé plusieurs fois de prix littéraires anglais (Prix Bram Stoker, Prix British Science-fiction, Prix Ozone…). Bref, un ponte de la littérature fantastique/horreur de ces deux dernières décennies. Pourtant il n’est plus si connu en France, et Bragelonne nous permet de redécouvrir cette série phare qui a pour thème…. le vampirisme. « No way ! » Allez-vous me dire. « Avec Dracula dans le titre on ne s’en serait pas doutés ! » Oui, oui, bon, racontons un peu l’histoire. Comment reprendre l’histoire de Dracula alors que Bram Stoker en a déjà fait un chef-d’œuvre il y a plus de cent ans ?

Anno Dracula prend place en 1888. A Londres, le Comte Dracula, Vlad Tepes, a conquis le trône d’Angleterre en soumettant la Reine Victoria, elle-même devenue vampire. Le Prince consort fait régner un nouvel ordre, sa garde Karpathe jugule la ville, les vampires sont exposés au grand jour et tout le monde est libre de « passer au ténèbres ». Aristocrates, petit peuple et pires fripouilles se laissent aller à cette nouvelle tendance, celle des non-morts. Les sang-chauds doivent vivre avec, l’humanité change et elle se nourrit de sang humain. Mais une suite d’événements violents vient perturber la mise en place de ce nouveau régime. Un homme assassine des prostituées vampires dans Whitechapel, et cet homme n’est autre que John (dit Jack) Seward, l’un des soupirants de Lucy, la première concubine de Dracula lors de son débarquement en Angleterre trois années plus tôt. Jack est celui qui a du lui ôter la vie définitivement, avant d’échouer avec ses comparses Jonathan Harker et Van Helsing à sauver Wilhemina Harker, et à sauver l’Angleterre. Chaque prostituée assassinée avec son scalpel en argent est un moyen de venger la mort de Lucy. Le reste de Londres est en ébullition, Scotland Yard peine à trouver le couple, son détective phare est en prison avec les autres dissidents au nouveau régime, et de fausses pistes lancées par des tas d’illuminés font barrage à l’enquête. De là plusieurs personnes se croisent, dont chacune pense pouvoir s'emparer de ces terribles meurtres pour tirer son épingle du jeu dans le nouvel échiquier politique du pays…

En l’espace d’un résumé j’ai à peine effleuré ce qui fait l’originalité et tout le sel d’Anno Dracula, son inspiration de la littérature anglaise fantastique et policière. D’où le questionnement de mon premier paragraphe. Car Anno Dracula n’est pas seulement une sorte de suite à l’œuvre de Bram Stoker, mais mêle aussi les romans de Stevenson (on y croise Docteur Jekyll), H.G. Welles (le Docteur Moreau), de Conan Doyle (Sherlock Holmes sans Sherlock), Sheridan Le Fanu (Carmilla), ou encore se moque de l’image des vampires d’Anne Rice. C’est sans compter les références à des nouvelles ou romans fantastiques anglais moins connus, à l’univers de Warhammer, à la cinématographie vampirique du siècle dernier, Nosferatu et autres adaptations, et sans compter les allusions aux mythes vampiriques bien connus (Vlad Tepes l’empaleur, Elizabeth Bathory…). Il s’amuse même à mettre en scène Bram Stoker lui-même (retenu prisonnier aux côtés de Sherlock Holmes) et de sa femme Florence. Et surtout, il réécrit l’histoire de Jack l’éventreur et réinvente l’Angleterre victorienne.

Oui Anno Dracula fourmille de références et s’inspire de toute une mythologie, s’imprègne de tous les supports pour devenir un roman fantastique ET policier, à l’intrigue pleine de rebondissements et aux ramifications sans fin. Un personnage en particulier, le « principal » si l’on peut dire, m’a beaucoup plu. Il s’agit de Charles Beauregard, Gentleman au service de la reine et d’un club « secret » qui n’est pas sans rappeler les services secrets anglais de Ian Flemming. Certainement le seul personnage plus ou moins moral du roman. Son flegme anglais tranche avec l’Angleterre Victorienne que dépeint Kim Newman, vraiment sombre et sanglante (en même temps vous allez me dire que l’histoire de Jack l’éventreur était déjà pas mal sanglante, vous n’avez qu’à imaginer le stade au-dessus !) et recouverte d’une crasse nouvelle que même le fog londonien ne peut pas masquer, et qu’a apporté l’avènement du vampirisme. Il a repris les pires travers de l’histoire de Vlad Tepes dit Vlad l’Empaleur, toutes les déviances et la cruauté qu’on lui attribuait à lui et ses hommes pour pimenter le roman. Les scènes en rapport avec les vampires issus du lignage de Dracula sont assez déplaisantes… Kim Newman imagine que son sang est impur et n'engendre que des vampires mutilés et/ou mourants.

Bref, pot pourri littéraire et concentrés de mythes fantastiques, tout ça avait vraiment de quoi me plaire, et ça m’a effectivement plu…
… mais j’ai été un poil déçue tout de même. Si j’apprécie le talent de l’auteur et sait reconnaitre un certain génie, j’ai été déçue par son écriture et sa narration. Il faudrait peut-être que je me penche sur la version originale pour vérifier la qualité de l’écriture de l’auteur, mais sa plume ne m’a pas rappelé le phrasé magnifique des auteurs gothiques du XIXème siècle. La narration alterne en de (trop) courts chapitres entre une dizaine de personnages qui se croisent tous, et se rejoignent dans un final grandiose, mais cette façon d’alterner les protagonistes m’a un peu énervé, j’aurais préféré qu’on s’en tienne à quelques personnages principaux plutôt que de se retrouver parfois dans la tête de personnages plus que secondaires qui finalement n’apportent pas grand-chose à l’œuvre (pour ceux qui l’ont lu : Penelope la gourgandine fiancée de Beauregard, ou Mary Jane Kelly et ses déboires pré-vampiriques…).

Certains me diront que je suis contradictoire, je clame haut en fort dans d’autres chroniques que j’aime les romans polyphoniques avec de nombreux personnages qui apportent chacun leur personnalité à l’œuvre… mais là j’ai trouvé ça mal mené. Et surtout, surtout, je déteste les chapitres qui ne dépassent jamais plus de cinq pages. Tant qu’à développer des personnages secondaires et donner la voix à tout le monde, autant y aller à fond dans de longs et beaux chapitres bien ficelés, plutôt que dans des mini-épisodes constamment coupés. Et pourtant on sait et on sent que Kim Newman n’est pas un amateur, et il sait développer une intrigue ! C’est juste une technique qui cherche certainement à garder un certain suspense ou quelque chose du genre, une technique de narration à laquelle je n’accroche pas.

Mais ce sont mes seuls bémols. Parce que cette intrigue que tisse Newman est vraiment originale, et il n’a pas du être facile d’y mêler tous ces personnages. Je me dis qu’il a peut-être mis en place certains de ces personnages avec dans l’idée de les développer dans la suite de la série et que je n’ai pas encore lu. Je l’espère, j’espère que ce n’était pas des épisodes justes inutiles dans la narration.
Bon, j’ai quand même beaucoup aimé la fin, qui ouvre complètement l’histoire et laisse penser que la suite va être aussi touffue et extraordinaire que ce premier opus. Je ne peux pas dire avoir été accro au livre durant ma lecture, je ne l’ai pas lu d’une traite comme j’ai pu le faire avec certains autres romans fantastiques, mais c’était vraiment une lecture agréable.

De plus, pour ceux qui veulent le lire et s’intéressent au travail de l’auteur, pour ceux qui après la lecture se posent la question de quelles sont exactement les inspirations de l’auteur et où a-t-il prit telle ou telle idée, il y a les appendices. Kim Newman à rajouté- en plus de la postface et des remerciements habituels - une fin alternative qu’il avait écrite auparavant, le script du film, un article de l’auteur ainsi qu’une nouvelle. Cool, non ?

Est-ce moi ou a-t-il un petit air de Vlad Tepes ?


Maintenant ça serait bien sympa, vu que le script est déjà écrit, de voir le film sur un écran de cinéma ! Après tout, maintenant que Twilight est fini, il nous faut autre chose à nous mettre sous la dent avec des vampires. Et si ça peut-être de meilleure qualité, pourquoi pas ! Bon, je dis ça mais on a vu ce que ça pouvait donner avec Abraham Lincoln, chasseur de vampires… alors restons tout de même sur nos gardes. Si Hollywood pouvait rester en dehors de tout ça, et Gary Oldman ainsi qu’une bonne pincée d’acteurs anglais à l’accent British et un bon réalisateur rosbeef pouvaient prendre ça en main, ça serait mieux !

Mon arrêt maladie se terminant demain, je retourne donc au turbin, plus le temps de flemmarder avec le félidé, Noël arrive les amis, pensez à Anno Dracula =) 

Un extrait du film Dracula de Coppola, classique ! C'est juste après ce passage là que Kim Newman imagine l'échec de Van Helsing et sa petite équipée à sauver Mina des griffes du Comte, changeant ainsi le cours de l'histoire :)  
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dimanche 11 novembre 2012

Une place à prendre, de J.K. Rowling


Elle agite les plumes et fait dégoiser les mauvaises langues, la J. K. Rowling. 

Elle sort un nouveau roman, et attention un « pas pour les enfants ». Alors forcément tout le monde l’attend au tournant et ses fans font le décompte jusqu’à la parution d’Une place à prendre.

Puis vient la parution et la déception. Les fans vomissent leur désappointement, comment se fait-il qu’ils n’ont pas aimé la nouvelle œuvre du grand maître Rowling ?

Source : la voix du nord

Voilà pourquoi j’ai décidé de le lire. Je fais partie de cette génération qui a grandi avec la parution des Harry Potter. Pour moi aussi le nom de J. K. Rowling est indissociable du petit sorcier au front zébré et à la touffe indomptable, de gnomes de maisons, de griffons, d’araignées géantes et de balais volants. Bref, je les ai lus, relus, de mes 11 à 24 ans. La différence, c’est peut-être que depuis mon adolescence où j’ai ingurgité un grand nombre de fantasy et de romans fantastiques, j’ai varié mes lectures et me suis penchée sur la littérature contemporaine dans son ensemble, élargi mon spectre de genres et j’apprécie ce nouveau régime littéraire. Alors quand j’ai su que le nouveau J. K. Rowling n’était pas un livre pour enfant ni un roman fantastique, ça ne m’a pas embêté. Je me suis dit qu’au contraire ça allait être l’occasion pour cette auteur de montrer la qualité de son imaginaire et de son écriture.

J’ai donc ouvert le gros pavé que nous a imprimé Grasset en me disant « surtout, oublier qui est l’auteur ».
Et moi, je l’ai bien aimé.

Un livre pour adulte, c'est-à-dire un roman sans magie (oui forcément, c’est que pour les gamins ces idioties), mais surtout un roman où l’écriture est plus tranchante et le fond plus corrosif. J.K. Rowling nous plonge le nez dans la vie de la petite communauté de Pagford. Aaahh… les bienfaits de la campagne anglaise, pelouses bien taillées et sourires de convenance. Mais le calme apparent de la ville se fissure définitivement lorsque le conseiller communal Barry Fairbrother décède d’une crise cardiaque. Dès lors, ses ennemis au conseil jubilent secrètement, car ils vont enfin pouvoir faire fermer la clinique de désintoxication de Bellchapel et refourguer la patate chaude de la Cité des champs – ramassis de dogués et d’assistés – à la grande ville d’à côté, Yarvil. De l’autre, les amis de Fairbrother déplorent sa mort, un homme si bon, drôle, et très engagé dans la cause sociale, lui qui a grandit les Champs pour finir avec un pavillon verdoyant et une famille adorable dans le centre de Pagford. Les familles de la ville vont donc se déchirer, laissant remonter les rancœurs et ne cachant plus les haines qui se tapissent sous l’hypocrisie ambiante, pour savoir qui va reprendre la place du conseiller Fairbrother au conseil.

Je n’ai pas été déçue d’une part parce que je m’attendais à un univers totalement éloigné de ses précédents romans, d’autre part parce que j’ai quand même retrouvé la plume fluide et légère de l’auteur. Ca m’a rappelé les passages d’Harry Potter se passant dans la maison des Dudley. C’est cette même ambiance, commérages, histoires de famille, petits drames de la vie quotidienne, que Rowling met en avant à Pagford. On suit les altercations entre les différentes familles, mais aussi au sein des familles, entre pères et enfants, adultes et adolescents.
C’est un véritable roman chorale, qui donne la voix à une dizaine de personnages tous liés entre eux. Pourtant il reste cohérents, suit son cour avec facilité et nous emporte avec lui. Ce sont justement ces personnages hauts en couleur qui portent le récit. Chacun nous parle de ses attentes, de ses déceptions, de sa rage ou de ses joies, avec sa façon de voir le monde. Effectivement, le style de l’écriture varie avec les personnages, et certains passages sont plus crus, violents et durs que ce à quoi on pouvait s’attendre, un beau contraste entre l’apparente tranquillité de la campagne anglaise et les sales petites secrets que chacun cache par devers lui.

Une place à prendre est un roman de mœurs, alternant entre comédie (légère, comme savent le faire les anglais, avec cynisme et subtilité) et véritable drame (un croisement entre l’Inspecteur Barnaby et Desperate Housewives, la classe comme comparaison non ?)
Alors tout n’est pas parfait. J.K. Rowling va très loin dans la psychologie des personnages, parfois trop justement, et quelques moments m’ont un peu ennuyé, parce que certaines histoires sont plus intéressantes que d’autres. Mais dans l’ensemble, j’ai vraiment apprécié ma lecture ! Je conseille seulement aux véritables amateurs de fantasy et fantastique, qui n'aiment pas franchement les autres genres littéraires, de s'en détourner : c'est dans ces conditions là, si vous vous attendez à un quelconque aspect merveilleux du roman, que vous allez être totalement déçu.



Bon, vous l’avez vu, ce n’est pas non plus mon coup de cœur de l’année, mais je tenais à le défendre quand même. L’inspiration me manque pour vous faire une chronique de six pied de long, et les mots m’échappent, je ne vais pas être hypocrite, on va en rester là.

Pour le reste, je m’en vais retourner aux vampires, licornes, magiciens et gnomes poilus, j’ai Anno Dracula de Kim Newman à lire, il fallait au moins ça pour les pour les 165 ans de Bram Stoker (et les 100 ans de sa mort, d’ailleurs…). Je vais vous éviter le laïus sur « je m’excuse, je ne prends pas le temps d’écrire » gnagnagna… c’est vrai, en ce moment je passe mon temps à regarder des séries télé débiles et à ecumer des sites de location immobilière pour trouver notre futur toit au chat et moi, on ne peut pas tout le temps être irréprochable. Je réécrirais un superbe et flamboyant  article quand j’aurais enfin terminé la Symphonie des spectres de Gardner (ce mastodonte) et le Anno Dracula (with luck).
En attendant je vais glander un peu avec le félidé, en ce moment on est en arrêt maladie, on passe notre temps à dormir et à se lécher la fourrure avec un bon thé chaud, en cet hiver changeant c’est bien apprécié aussi.


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dimanche 21 octobre 2012

Intermède




Quand j'étais ado, j'avais une sorte de fascination pour les créatures féeriques. J'ai commencé par partager cette passion par de vieux blog sur Monsite, puis Skyblog, puis Bloxode... 
Je me souviens que je passais dès que je pouvais dans cette librairie du centre de Toulouse, Imagin'ères, où ils possédaient un nombre incroyables d'Art Books de fantasy, de figurines de pixies et farfadets, mes préférés,  et que j'y passais souvent tout l'argent de mes baby-sittings. Ces créatures trônaient sur mes bibliothèques, prenaient la poussière mais emplissaient ma chambre d'ombres magiques la nuit venue, et me donnaient l'impression de vivre dans un autre monde, plus beau, plus clément. Plus enfantin aussi.

Et comme dans Hook, j'ai perdu le souvenir de ma fascination pour les fées.
J'ai grandi.
Pourtant, dès que je découvre de nouveaux artistes, je me jette sur les nouvelles illustrations de fées, farfadets, elfes, trolls, ogres que je trouve, et je continue d'aimer lire les contes folkloriques et les romans de fantasy ou de fantastique.

Et puis j'ai quand même gardé quelques petites figurines qui reposent dans certains coins de mon appartement, comme des lutins malicieux, et me rappellent qui j'ai été et qui je suis toujours.



Alors, lorsque sur ce Face-plouc j'ai vu l'appel à l'aide d'une des figures de l'illustration féerique française, Jean-Baptiste Monge, j'ai eu mal au coeur. Parce que son art a bercé mon adolescence, j'ai même encadré certaines de ses oeuvres et les ai longtemps accroché dans ma cuisine. J'admire son trait, j'admire son imagination et il relaye un univers qui me parle et me touche beaucoup.

Alors voilà, Jean-Baptiste Monge est parti de sa Bretagne natale pour voguer vers la Nouvelle France, et de là-bas il a développé sa petite entreprise. Sous les traits de Mr Dumblebee, il a crée sa fabrique féerique, et met en scène le Petit peuple comme je l'aime ! 
Malheureusement, tout ne roule pas comme il l'avait imaginé, et aujourd'hui il a besoin de vendre son stock dans un délai très court pour pouvoir s'en sortir. Tableaux en bois, puzzle, sous-verres, badges, stickers, c'est le moment de découvrir un artiste, de faire le mécène et de vous offrir ou d'offrir autour de vous les oeuvres issues de l'imagination de Jean-Baptiste Monge.



Je vous épingle le discours que vous pouvez lire sur la boutique en ligne de Mr Dumblebee :


Aidez Mr Dumblebee à continuer son chemin !

Mr. Dumblebee needs your help !

En juillet 2010, Mr Dumblebee est né sous le crayon de Jean-Baptiste Monge pour incarner et mettre en scène le Petit Peuple dont il a le secret.
July 2010, Mr. Dumblebee was born under the pencil of Jean-Baptiste Monge to embody and to stage the Little People that he has the secret.

Mr Dumblebee est né de l'idée que nous nous faisions Eric Latteux et moi, de ce que l'édition artistique devrait être pour qu'en tant qu'artiste, je puisse voir le résultat de mon travail, mieux diffusé en n'étant plus sous l'emprise de contrats de licence souvent abusifs mais en étant impliqué à part entière dans le projet. Soit, en étant actionnaire à 50% de l'entreprise créée spécialement pour promouvoir mes images au travers de différents supports tels que des puzzles.

Mr. Dumblebee has been created from the idea that we, Eric Latteux and I, had of what art publishing should be so that, as an artist, I could see the results of my work, better distibuted and not anymore under the influence of licensings contracts often abusive, but being full involved in the project - therefore, being 50% shareholder of the company especially created to promote my pictures through various media such as puzzles. 

Octobre 2010, sont donc édités 6 modèles de Puzzles (3 modèles 1000 pièces et 3 modèles 120p grandes pièces). Comme Eric et moi nous souhaitions respecter une certaine logique écologique et de proximité, ils ont été fabriqués à 100% en France et garantis Imprimvert, de même qu'un certain nombre de supports tels que des badges, magnets et autres articles de papèterie.

October 2010, thus 6 models of puzzles have been published (3 models of 1000 pieces and 3 models of 120 big pieces). As Eric and I wanted to respect and follow an ecological and proximity logic, they were 100% made in France and all guaranteed "Imprimvert" (an ecological ink), so was a good number of media such as badges, magnets and other items of stationery. 

Dès le départ nous avons reçu de nombreuses félicitations de la part des personnes qui auraient eu la chance de prendre en main le résultat de cette réalisation et de nous accompagner dans cette belle aventure. Malheureusement nous avons rencontré toutes les difficultés du monde à nous insérer dans les méandres des réseaux d'acheteurs des enseignes grand public qui auraient permis à Mr Dumblebee d'enfin voir ses superbes puzzles et amusant goodies proposés au plus grand nombre d'entre nous. 

From the beginning, we received many congratulations from people who would have the chance to handle this realisation and to join and support us in this great adventure. Unfortunately, we encountered all the difficulties of the world to insert ourselves into the maze of buyers' networks of people at large signs that would have allowed finally Mr. Dumblebee to see his amazing puzzles and fun goodies available for a large public. 

Aujourd'hui et après bientôt 2 années de refus systématiques des centrales d'achat, nous nous employons à tenter de rembourser ce que nous, Eric et moi, avons dû faire financer pour que ce projet puisse voir le jour. 

Today, after nearly 2 years of systematic refusal of the central purchasing offices, we are working to try to repay what we, Eric and I, have had to pay for to make this project real. 

Sans le remboursement de cette dette :
- Les puzzles concernés n'auront jamais eu la chance d'être vus par le plus grand nombre.
- Mr Dumblebee n'aura pas l'opportunité d'envisager la mise en œuvre d'autres projets d'édition alors que les idées ne manquent pas.
- Nous aurons à assumer cette perte, parce qu'aucun membre de ce monde très cloisonné et protégé qu'est le monde des achats en grande distribution et distribution spécialisée, n'aura imaginé un seul instant nous donner notre chance. 

Without the repayment of the debt:
- The puzzles involved will never have the chance to be seen by the greatest number.
- Mr. Dumblebee will not have the opportunity to consider the implementation of other publishing projects though ideas abound.
- We will have to take this loss, because no member of this highly compartmentalized and protected world which is the world of large retailers and specialized retailers, will have imagined one second to give us a chance. 

C'est pourquoi, aujourd'hui, nous sollicitons votre aide en vous proposant un certain nombre depacks à prix coûtant voire même en dessous du prix de revient, espérant que vous serez sensibles à notre cause et que vous aiderez Mr Dumblebee à continuez son petit bout chemin ! 

That's why, today, we solicit your help by proposing you a great number of packs, at cost price or even undersold, wishing that you will appreciate our cause and that you will be able to help Mr. Dumblebee to move on! 

D'avance merci.
By advance a big Thanks.

Jean-Baptiste et Eric 










J'ai moi-même acheté des petites choses, à la hauteur de mon budget (presque inexistant), mais sachez que les soldes sont ouverts et que ces petits goodies sont à portée de toutes bourses et un excellent choix pour faire de petits cadeaux autour de soi.

Alors si comme moi vous admirez son art, faites un geste :)


Guixxx.

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jeudi 18 octobre 2012

Descendre en marche, de Jeff Noon


Diantre, que cette grisaille sinistre qui couve au-dessus de nos têtes depuis deux semaines est déprimante. De quoi plomber un moral déjà bien attaqué par des arrivages de Noël incessants, des centaines de colis monstrueux qui épuisent vos petits libraires. Heureusement, la balance cosmique fait son boulot, et en ce moment, après plusieurs jours de stress, de fatigue et de traînage de pied, je commence à retrouver mon enthousiasme d’antan. Ce grâce à mes projets personnels et professionnels top secrets (oui j’ai des projets pro top secrets moi, c’est Guixxx triple XXX n’oubliez pas) qui prennent enfin forme.

Et puis je m’abreuve de lecture, ça change les idées, et c’est toujours agréable. On devrait envisager des recherches sur les propriétés thérapeutiques du livre papier, si ce n’est pas déjà fait. De plus je reçois enfin les romans envoyés en avant-première que j’ai demandé le mois dernier par les maisons d’éditions spécialisées en littératures de l’imaginaire. Ma pile à lire prend alors des allures de Tour de Pise à côté de mon lit, mais je n’en ai cure, même si je mets vingt ans à les lires, je les liraiiiiii. Hm.

J’ai donc sauté sur l’occasion lorsque la maison d’édition La Volte m’a envoyé son dernier ovni en date : Descendre en marche, de Jeff Noon. J’ai même eu l’opportunité de déjeuner avec l’éditeur et quelques autres libraires parisiens pour parler du phénomène, ce qui était fort fort intéressant. Pour ceux qui suivent assidûment ce blog (ils sont peu, et je vous pardonne de ne pas trop traîner dans le coin ces temps-ci vu que mes chroniques sont aussi sporadiques que la calvitie de Jason Statham), j’avais déjà parlé de cette maison un peu particulière de littératures de l’imaginaire lors de mes billets sur Le Déchronologue de Stéphane Beauverger et Elliot du néant de David Calvo. Elle est particulière parce qu’elle a été fondée par une bande d’amis qui voulaient juste pouvoir éditer un roman qui est aujourd’hui considéré comme un pilier de la SF française : La Horde du contrevent d’Alain Damasio (j’entends déjà quelques têtes connues pousser des glapissements de joie rien qu’en lisant ce nom et repenser avec douceur et tendresse à leur lecture de ce roman…). Ils ont ensuite décidé de se faire plaisir et d’éditer des œuvres tellement foutraques et originales que personnes d’autre n’aurait eu le cran de les éditer. C’est ce qui fait le charme de La Volte, sa ligne délirante éditoriale, innovante et de qualité.

Bon alors Descendre en marche qu’est-ce-que-donc-que-ça ?



Ben justement, c’est original, délirant, et surtout de qualité. Mais n’allons pas trop vite, je vais d’abord vous éclairer avec quelques mots sur l’histoire, pour vous allécher.
A son tour, l’Angleterre est ravagée par la maladie. Ceux qui sont touchés ont du mal à rester lucides et ne comprennent plus les informations à leur disposition. Le bruit parasite tout, ils ne sont plus capables de lire un panneau, ni même un livre, la musique est distordue, les aiguilles d’une montre leur échappent, et les miroirs ne leur rendent plus leur propre reflet. Le monde est dans le flou et sombre petit à petit dans le chaos. Alors Marlène, ancienne journaliste qui a perdu sa fille dans les premiers temps de la maladie, décide de tenir un journal pour consigner tout ce qui se passe dans sa vie, même si une fois écrit elle n’est plus capable de le lire. Touchée par la maladie, elle prend ses cachets de Lucy (lucidité) tous les jours, ainsi que de ses deux compagnons de voyage, Peacock et Henderson, un couple étrange rencontré en chemin au hasard de sa mission. Car au volant de sa voiture déglinguée, Marlène et ses comparses sillonnent l’Angleterre avec un but précis que leur a donné un mystérieux commanditeur : ils doivent retrouver les fragments d’un miroir brisé, un miroir pourvu d’étranges propriétés (un miroir magique ?), qui serait peut-être la solution à la maladie qui les ravage.

Science-fiction ou pas ? Telle est la question. Dit comme ça, le livre ressemble au savant mélange entre un road-novel (le titre - Falling out of cars en langue originale - fait référence au voyage en voiture de Marlène du début jusqu’à la fin du roman) et un récit post-apocalyptique (une terre ravagée par une épidémie, le pays sombre dans le chaos).
Mais, après lecture, on ne sait plus où le situer. Il ne cadre dans aucun genre. Tout le roman est en dents de scie, tantôt poétique et cotonneux, tantôt brutal, réaliste et mélancolique, selon les périodes de crises et de lucidité de la narratrice, Marlène. Elle semble être la plus touchée des personnages de l’histoire. Au fil de son journal, on voit son cas s’aggraver, la maladie étendre son emprise alors qu’elle-même se laisse de plus en plus aller à ses divagations.

Les chutes qu’elle fait dans la maladie nous entraînent dans des chapitres complètement hallucinés, nous perdent complètement, nous plongent dans une réalité où l’on ne sait pas ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Aussi, chaque élément « fantastique » ou « magique » qui semble arriver aux personnages pourrait tout aussi bien être le fruit de la folie qui commence à les ronger. Et puis, cette histoire de miroir magique pose des interrogations. Visiblement passionné par l’œuvre de Lewis Carroll, Jeff Noon fait de nombreuses fois références à De l’autre côté du miroir, allant même jusqu’à inventer un dernier chapitre au roman. Quel est alors le lien entre le miroir de Jeff Noon et celui d’Alice ? Mais faut-il vraiment chercher une explication à cet endroit, ou est-ce seulement un hommage ? Un hommage certainement, pour le reste, à vous de décider, de décoder la langue de Jeff Noon et le récit qu’il nous fait.
Et la langue de Jeff Noon est à la fois simple et ardue. Pas vraiment de mots compliqués ni de tournures de phrases alambiquées, c’est assez dépouillé… sauf lorsque la maladie frappe à nouveaux, les dialogues se teintent d’absurdité, se délitent, les conversations tournent court, les mots manquent, puis se bousculent, s’entrechoquent, se répètent, puis repartent… de quoi déstabiliser le lecteur, lui donner l’impression d’être dans des montagnes russes.

Vous l’aurez compris, c’est une lecture tout de même exigeante. Lecteurs un peu frileux cherchant de la légèreté s’abstenir. Mais lecteurs en quête d’expérience littéraire, de lecture originale et inattendue, soyez les bienvenus. Lire Descendre en marche est totalement désorientant, vous balade dans des délires schizophréniques. Pour ma part je ne cherche pas à creuser plus loin ni à trouver des explications aux questions qui nous assaillent lors de lectures et celles qui restent en suspend après l’avoir terminé, je n’ai jamais prétendue être très douée pour décortiquer un texte et en trouver le sens caché. Je me suis simplement laissée porter dans ce délire de science-fiction hors norme, sachant apprécier l’exercice de l’auteur. Il laisse un souvenir assez dérangeant, plein de beauté et de noirceur, et en sortir est comme s’éveiller d’un cauchemar – ou d’un rêve ? – particulièrement profond.

Couv' anglaise

Pour ceux qui aiment ce genre de roman, à l’écriture incontrôlable et à l’intrigue déjantée, je vous conseille de vous tourner vers les autres œuvres de Jeff Noon, aussi publiées chez La Volte. Il est considéré en Angleterre, son pays d’origine, comme l’un des auteurs les plus talentueux de science-fiction et fantastique. Son œuvre semble être toujours empreinte de celle de Lewis Carroll, avec qui il partage l’amour pour le non-sens et un imaginaire déglingué. N’en ayant pas lu d’autre, je vais me pencher sur le sujet. J’ai embarqué le titre Vurt après mon déjeuner avec l’éditeur cette semaine, le résumé me fait envie et il semblerait qu’il soit moins dramatique que Descendre en marche, plus loufoque, comme je les aime !

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lundi 8 octobre 2012

Les fidélités successives, de Nicolas d'Estienne d'Orves


Le meilleur moyen d’oublier ce qui vous tracasse, c’est encore de lire, ou d’écrire. J’ai tendance à l’oublier, et j’ai été tellement prise par les aléas de ma petite vie que j’ai laissé passer un temps infini entre ma dernière chronique et celle-ci, je m’en excuse. C’est que mon félin et moi, on se cherche un nouveau toit, encore. En ce moment je change de boulot une à deux fois par an, et c’est pareil pour mes appart’, je peux vous dire que mes livres ont à peine le temps de prendre une bonne poussière résiduelle qu’ils sont remis en carton et baladés d’appartements en appartements…

Bref. Je n’ai pas pour autant arrêté de lire ces derniers jours, en cette période de rentrée qui tire vers Noël (oui sachez qu’en librairie on commence déjà à recevoir nos quantités de Noël, Jingle Bells…), il n’est pas possible de se laisser aller ! Entre un petit Western et un roman historique j’ai avalé le dernier tome de Fables, et j’ai commencé le dernier titre des éditions La Volte. J’essaye de garder un certain rythme, ce qui n’est pas facile quand on a constamment l’esprit occupé par autre chose. Oui, clairement, il est plus facile et plus agréable de lire l’esprit reposé, la conscience tranquille.

Ma lecture la plus détente de ces derniers jours à été le tome 16 de Fables. Ahhhh quelle délice, quelle explosion de loufoquerie ! Ca fait du bien de mettre son nez dans un univers déjanté, délicieusement halluciné, ça vous change les idées !

Parce que le livre dont je vais vous parler aujourd’hui n’est pas tout à fait aussi folichon que Fables. Je me suis embarquée dans la lecture d’un gros pavé intitulé Les fidélités successives, de Nicolas d’Estienne d’Orves, aux éditions Albin Michel. J’avais des à priori défavorables concernant cet auteur sans aucune raison valable, excepté qu’il écrivait avant des polars édités par Pocket. Qu’on s’entende, tous les polars édités par Pocket ne sont pas mauvais, loin de là, mais les couv’ n’était pas terribles, ni les résumés, et bon… voilà quoi, vous voyez je vous avais dit que c’était basé sur du vent.

M’enfin l’histoire des Fidélités successives, qui n’est pas un polar, me faisait des clins d’œil langoureux, me balançant des Cocteau, Picasso, Jean Marais et une histoire tragique de Seconde Guerre mondiale à la figure. Et puis, sans aucune raison non plus autre que psychologique, je suis irrémédiablement attirés par les gros pavés qui dans mon esprit sont toujours gage de qualité.



Bon, ben sachez que ça n’a pas raté, j’étais plutôt contente d’avoir pris la décision de le lire, parce que Les fidélités successive est un très bon roman.
Pour vous raconter en quelques mots, Les fidélités successives relate l’histoire de Guillaume Berckeley, artiste peintre, journaliste, écrivain, jugé pour ses crimes pendant la seconde guerre mondiale, sa collaboration avec l’Allemagne nazie, envoyé au bagne et suicidé dans sa cellule en 1949.

Simon Bloch, vieil ami juif des Berckeley, celui qui a découvert le talent de Guillaume dans son adolescence et lui a ouvert les portes de Paris, revient à Malderney – l’île natale de son ami - pour lire à son frère Victor et sa belle-sœur Pauline le manuscrit que le bagnard à laissé derrière lui avant de se donner la mort.
Le reste du bouquin se présente donc sous forme de mémoires. Loin de chercher à expliquer ses faits, à se justifier, à s’excuser, Guillaume se contente de raconter les faits tels qu’il les a vécu, simplement, avec tous les questionnements qui lui restent, et qui n’auront jamais de réponse.
Les fidélités successives ouvre alors deux intrigues, celle de l’histoire du trio Victor /Pauline/Guillaume, qui a poussé Guillaume à fuir Malderney, et celle de sa vie à Paris durant l’occupation allemande.

Ce qui m’a le plus intéressé dans ce roman c’est surtout le côté historique du livre. On découvre la France et Paris avant la défaite, puis pendant, et la vie que menait toute la clique des artistes français de l’époque. Des fuites de mai 1940 à la résignation des parisiens occupés, jusqu’à la collaboration passive de certains et la résistance cachées des autres… puis enfin la libération, violente, rageuse, exterminatrice. Guillaume à tout vécu, son parcours est atypique. Malderney étant une île (imaginaire) franco-normande au même titre que Guernsey et Jernsey, il est anglais mais parle français dans un pays en capitulation avec l’Allemagne et à présent en guerre contre les anglais. Pour survivre, il se fait naturaliser, fraye avec ceux qui tirent le mieux leur épingle du jeu, se met sans vraiment le chercher dans les petits papiers de l’ambassade allemande et se retrouve aux tables de Göring et de Céline. Photographié avec les plus puissants occupants, il n’est pourtant pas un vrai collaborateur : il devient le meilleur ami d’un juif homosexuel antisémite qu’il héberge dans le vieil appartement de son ami en fuite Simon Bloch, trempe dans le marché noir pour mettre du beurre dans les épinards, puis lorsque Pauline vient le retrouver et lui demande de résister, il se lance dans le double jeu…


Allemands sous l'occupation, qui se prennent un p'tit kawa.

Un cheminement en demi-teinte, puisqu’il est à la fois collaborateur et résistant, entraîné malgré lui dans les combines les plus louches et les faits les plus héroïques. La particularité du parcours du Guillaume est surtout qu’il ne cherche qu’à vivre. Sa passion est l’art, alors il devient chroniqueur d’art dans un journal collaborateur. Son statut d’anglais le désigne comme le nouvel ennemi à abattre alors il se fait naturaliser en échange de service pour l'empire allemand… et il fait tout ça de façon candide, naïve, sans arrière-pensée, sans être mauvais. Il n’a rien contre les juifs, n’a rien contre les français, n’a rien contre les allemands, n’a rien contre les anglais, il veut juste vivre à paris, continuer de côtoyer les plus grands, manger aux tables de Jean Cocteau, Sacha Guitry, Jean Marais, et oublier les dégradations intellectuelles que les plus grands penseurs infligent à leur temps pour ne retenir que la beauté de Paris et son histoire culturelle.

L’histoire du trio amoureux que forment Guillaume, Pauline et Victor sert et dessert le livre à la fois. Pauline est la demi-sœur par alliance des deux frères. New-Yorkaise, mais aussi de Malderney, elle les rejoint à ses dix-huit ans, et se met à jouer avec les sentiments des deux frères. D’inséparables ils vont vite devenir rivaux et une haine profonde va s’installer. C’est cette rivalité qui va précipiter le départ de Guillaume pour Paris, pour oublier Victor et Pauline. Bon bien-sûr l’histoire ne s’arrête pas là, c’est un poil les feux de l’amour parfois dans tout ça… ! Mais cette romance permet de donner un fil rouge à l’histoire, car finalement ce qui relie les trois personnages est aussi ce qui va pousser Guillaume à sa perte.

Alors voilà, on est plongé dans une ambiance parisienne des plus étranges. Chaque table de restaurant, chaque banquette de cabaret regorge de collaborateurs ou d’allemands. L’aventure de Guillaume nous emmène des les festins et les soirées les plus pimpantes du Paris occupé, alors que le reste de la population souffre et ne sait pas sur quel pied danser ; des familles de juifs se font rafler et la population se barricade derrière ses volets avec ses maigres tickets de rationnement, les rues sont désertes, le couvre-feu donne des sueurs à tous les promeneurs nocturnes, et les escouades d’allemands s’imposent dans chaque établissement en territoire conquis avec une vulgarité et un mépris de plus en plus flagrants. Guillaume lui se laisse porter, nous emporte avec lui, et on lit son récit emplis d'émerveillement et de dégoût.


Arrestation de Sacha Guitry en 1944,
comme de nombreux artistes après la libération


C’est le second livre que je lis sur cette période de l’histoire. Le premier était Alibi Club, un polar historique qui se passe durant les deux mois précédents l’arrivée des allemands à Paris, puis les quelques semaines après leur intrusion. Son intrigue policière permettait de rencontrer tout un tas de personnages aussi sombres et ambigus que ceux des Fidélités successives, et des faits qui se sont passés dans l’ombre de l’histoire dont on n’avait jamais entendu parler.

Ah, il est loin le temps où l’on nous apprenait seulement la grande Résistance française, passant la collaboration et la noirceur de l'occupation sous silence. Aujourd’hui, les enfants commencent enfin à apprendre le rôle de la France dans cette guerre, qui n’a pas été faite que de résistance. Tout n’était pas blanc, tout n’était pas noir, Les fidélités successives nous fait voir l’histoire autrement, dans ce qu’elle a de plus beau et de plus pourri.

Bref, je vous laisse aller jeter un coup d’œil à ce roman en librairie, il a accompagné mes esprits pendant quelques jours après l’avoir lu, comme si j’avais regardé le soleil un peu trop longtemps et que je n’arrivais pas à me défaire de son empreinte, un gage de qualité selon moi.

Maintenant, je m’en vais lire le nouveau J.K. Rowling (Une place à prendre, Grasset, maison d'édition qui a collaboré elle aussi !), j’aurais voulu vous dire « pour un peu plus de magie et d’optimisme », mais après 200 pages de lectures, je peux juste affirmer qu’il est loin d’être léger comme les Harry Potter, simplement aussi sombre et ensorcelant : à suivre…
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