mercredi 16 novembre 2011

Violences et aventures pour les jeunes hommes et femmes éduquées

J’ai vécu un choc psychologique il y a peu. Rassurez-vous je m’en remets ! Difficilement, mais je m’en remets. Ce choc a été causé par un événement d’une grande importance (relative pour certains, je le conçois), j’ai nommé : Les Utopiales de Nantes.

Mais qu’est-ce donc que cela ? 
*mise en route de la bobine* Les Utopiales est un festival international de science-fiction, créé par Bruno della Chiesa au Futuroscope de Poitiers en 1998. Le nom d'origine du festival, "Utopia", a été suggéré par Christian Grenier en 1997…*arrêt de la bobine* 

Bon, vous voulez en savoir plus ? Allez sur leur site internet >ici<. Pour faire court, c’est un festival dédié à la Science-fiction ainsi qu’aux différents genres de l’imaginaire (fantastique, fantasy…) qui prend aujourd’hui place durant quatre jours (le week-end du 11 novembre généralement) au Palais des congrès de Nantes. Bien entendu, une grande partie du festival est dédiée à la littérature, mais aussi aux films de SF, aux jeux vidéo et aux jeux de rôles.



Cette année était donc la 12ème édition des Utopiales et pour la première fois de ma vie j’ai pu y aller et m’immerger complètement dans cet univers que j’adore.

J’avais testé l’an dernier son grand concurrent, les Imaginales d’Epinal, deuxième festival de littératures de l’imaginaire de France, peut-être plus axé sur la Fantasy et un peu plus bucolique et convivial.

J’ai été impressionnée par l’ampleur du festival de Nantes, en fait. D’une part, c’est la première fois que je mettais les pieds à Nantes, alors j’étais toute excitée ! D’autre part, j’y allais en voiture avec mon ancienne collègue et amie A., son marie G. et C., tous libraires et tous d’excellents compagnons de voyage, et l’expérience promettait d’être encore plus sympa.  Donc, après un arrêt Quick qui nous a tous retourné le bide et cinq heures de route, nous sommes arrivés à Nantes, frétillants d’espoir – et légèrement décontenancés par le nombre improbable de ronds-points que comporte la ville de Nantes, encore plus tordus et vicieux qu’à Colomiers- et prêts à entrer, le port altier et le cœur léger dans le palais des congrès de Nantes.

Le seul hic est que je n’avais pas le port altier ni le cœur léger en arrivant : j’avais comme une idiote envoyé ma demande d’accréditation professionnelle pour rentrer gratuitement dans le salon un jour trop tard, et je me retrouvais à faire la queue dehors avec cent cinquante autres personnes pour payer mes 7.5€ par jour plein tarif. La loose.

C. était comme moi, et n’avait pas l’air plus malin. Heureusement, A. et G., nos bonnes fées, ont trouvé un plan de secours, et les deux jours suivants, grâce à leurs relations dans les hautes sphères du monde du livre, nous avons pu avoir des pass professionnels (et ainsi économiser de l’argent qui serait plus tard réinjecté dans des achats impulsifs de livres, naturellement).

Et diantre, quel édifice que ce Palais des congrès ! Pour l’occasion, la librairie et maison d’édition l’Atalante, organisatrice du festival, avait monté la plus grande librairie SF éphémère du monde avec plus de 25000 références de livres (>_<). Un véritable bonheur !

Le thème du festival cette année était l’Histoire(s) et proposait de nombreuses rencontres avec des auteurs de SF, des scientifiques et des intervenants du monde du livre. Pour nous mettre dans le bain, nous avons assisté à notre première table ronde le vendredi : Sf versus Histoire. Bon. 
L’organisation des tables rondes n’est pas toujours au point. Je veux bien croire qu’il est difficile d’être modérateur d’une table ronde, mais lorsqu’une conférence tourne en rond, que personne ne comprend grand-chose à l’intitulé du sujet (décliné sur quatre jours en dix conférences qui comportent plus ou moins le même sujet… allez comprendre) autant au niveau des intervenants que du public, ben ça donne des choses assez bancales et pas tout à fait satisfaisantes.
Sur la dizaine de conférences auxquelles j’ai assisté, peu m’ont vraiment passionnée alors que les sujets étaient parfois très intéressants et retenaient toute mon attention. En l’occurrence, les trois meilleures tables rondes auront été pour moi : Arthur un cycle réinterprété ? ; Les histoires de fin du monde ; et surtout La fantasy face à l’histoire. Bon, je sais que vous vous en foutez pour la plupart comme de votre première grenouillère, mais sachez donc que ce fut fort intéressant et que j’étais bien contente.

Les auteurs présents en conférences était l’autre moitié du temps en train de dédicacer dans la librairie (ou bien en train de se souler la gueule avec des verres de champ… coca. Voyons, on sait tous que les auteurs – éditeurs- libraires sont des gens sérieux.) et j’ai ainsi pu glaner des dédicaces pour quelques personnes de mon entourage, qu’elles recevront en temps et en heures !

Etaient donc présents les auteurs chouchous, toujours présents en festival mais qu’on aime toujours revoir : Pierre Pevel, l’auteur de la trilogie de Wielstadt dont je vous ai déjà parlé (>ici< voyons !), Pierre Bordage, l’un des fondateurs du festival, Roland C Wagner, couronné du grand prix de l’imaginaire le samedi soir pour son roman Rêves de gloire chez l’Atalante, le très sympathique Laurent Genefort, de fantastiques auteurs et illustrateurs comme Jodorowsky, Didier Graffet, Alex Alice ou Alexis Briclot, et surtout des artistes internationaux que j’étais toute émoustillée de voir ! : Glen Cook, James Morrow, Ian Macdonald, Norman Spinrad ou encore David Lloyd, créateur de V pour Vendetta.

Les planches originales de V pour Vendetta exposées à l'entrée !

Bref, que du beau monde quoi. Encore plus chouette quand on vous embarque en backstage boire une coupe de champagne avec l’équipe du festoche, le tout accompagné de petits fours onctueux.

Bon, étant d’une timidité crasse, je suis restée avec les têtes connues, et je n’ai pas franchement cherché à me faire une place dans ce petit monde. Cela viendra au moment voulu, pour l’instant je ne suis que simple observatrice, et heureuse d’être entourée de passionnés du même univers que moi

De leur côté A. et G. m’ont tenu compagnie à leur rythme. G., plus intéressé par l’aspect audiovisuel du festival, pourrait mieux décrire que moi les films –longs et courts métrages – présentés au festival, dont l’un des gagnants du grand prix, le film Endhiran – Robot The Movie,  est un Bollywood de Science-fiction qui devrait ravir les fans de sensations fortes et d’éclats de rire. Néanmoins j’ai assisté aux projections des courts-métrages, parfois truculents, parfois nuls à chier, et à un petit documentaire canadien étonnant que je conseille fortement : How to start a country.

Bon, mes deux véritables coups de cœur de ce long week-end auront surtout été la découverte de Nantes, que je suis allé visiter une matinée, et l’exposition de Greg Broadmore, auteur de la BD Docteur Grodbort présente : Victoire
chez Milady, et surtout artiste de grand talent !




Il faut préciser que l’un des aspects marquants du festival aura été l’omniprésence d’un genre qui atteint en ce moment sa vitesse de croisière, j’ai nommé le Steampunk (une science-fiction qui s’inscrit dans un univers calqué sur le XIXème siècle, les héritiers de Jules Verne et de Wells quoi). Le plus étonnant étant l’esthétique très marquée et très belle du genre, qui connait un succès fou dans le monde de la mode. Une association de fans se promenait donc en habits Steampunk dans les couloirs du festival, et était en parfaite adéquation avec les œuvres de Greg Broadmore.


Les toiles, sculptures et reproductions exposées étaient juste splendides. Par respect pour l’auteur, je n’ai pas fait un Grodbort Basket, bien que l’envie m’ai démangé toute la journée du dimanche de m’emparer d’une toile et de partir en courant hors du festival (passant totalement inaperçue dans les escalators qui descendent de l’exposition, devant la grande scène des tables rondes, devant tous les stands marchands, devant les vigiles et devant les milliers de visiteurs, bien sûr.)

Les fans de Steampunk



En rentrant dimanche soir, sans ma toile de Broadmore mais les bras chargés de livres, de chouchen, et mon portefeuille dépouillé, je me sentais donc bien.

Le choc psychologique est arrivé le lendemain en retournant au boulot.

Avoir baigné trois jours dans cette atmosphère euphorique, avoir vécu pleinement ma passion, avoir retrouvé la raison originale qui m’a poussé à être librairie, et subir le contrecoup en revenant bosser en généraliste à Paris… c’était juste déprimant à souhait.

Je garde espoir, un jour je ferais ce que j’aime, et ce pourquoi j’ai choisi ce métier. En attendant je serre les dents, j’attends que jeunesse se passe et d’avoir la maturité nécessaire pour finaliser mon rêve, et là… A moi Fantasy, SF, Fantastique, Uchronies, Dystopies, Steampunk, Cyberpunk et autres univers chéris. Je m’emmitouflerai confortablement dans ma passion et la vie sera douce et chaude comme du cachemire. Mais non les amis, ce n’est pas une utopie…

Voilà pour votre plus grand plaisir la bande-annonce du film à voir, adapté du film à lire absolument : Hunger Games
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mercredi 9 novembre 2011

L'indésirable, de Sarah Waters

Fantômes et au-delà


Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti le genre de frissons que j’ai ressenti en lisant ce livre là. Il m’a même donné la chaire de poule une fois. Bon, j’ai fait l’erreur de le lire tranquillement dans mon lit, à la lumière tamisée de ma lampe de chevet, recroquevillée sous ma couette pour échapper au froid mordant de la pièce (non, je n’ai toujours pas allumé le chauffage, je fais des économies d’énergie tant que je peux, et mon compte en banque m’en remerciera un jour), avec pour seul accompagnement sonore les craquements du plancher et les ronflements ténus de mon félin domestique, roulé en boule au pied du lit.

Donc, je lisais mon livre, et je sentais cette présence qui hante le roman planer dans ma chambre, presque palpable, qui faisait se dresser tous les poils de mes avant-bras et me donnait un vague sentiment de malaise.

Je me disais « Voyons Guixxx, ça fait longtemps que t’as plus peur des fantômes et des bêbêtes sous le lit, reprends-toi ! ». Oui parce qu’il faut savoir que Guixxx a longtemps été une grosse pleureuse. Premièrement j’étais persuadé depuis le visionnage d’un épisode d’Au-delà du réel  que des monstres vivaient vraiment sous mon lit. Des trolls précisément. Parfois j’imaginais poser le pied sur la moquette et me faire attraper la jambe par une main aux ongles longs et crasseux, et je n’osais pas sortir de mon lit pour aller aux toilettes. Finalement, ma vessie au bord de l’explosion, je posais les deux pieds sur la moquette avec une agilité digne de Spiderman, filait d’un bon pas vers les water (dire Ouataire, comme mon pôpa), au passage j’allumais très vite la lumière du couloir pour éloigner les vampires (si si, une ampoule à économie d’énergie suffit à les éloigner je vous assure, dites ça à vos enfants ça les rassurera) puis je faisais mon affaire, pressait la chasse d’eau et me jetais hors de la pièce comme un diable sort de sa boîte, faisait le chemin jusqu’à mon lit en quatre bonds avant de sauter littéralement sur mon matelas, afin d’éviter le retour potentiel des mains de Troll. Parfois j’étais terrifiée en pensant qu’un voleur pouvait rentrer dans ma chambre dans mon sommeil, certainement venir voler mon portefeuille rose à pois avec mes pièces de 5 francs réservées aux bonbons de la boulangerie, et me poignarder en plein cœur. La nuit était parfois dure.

Bon, donc j’étais une grosse pleureuse, mais une addiction pour la littérature fantasy/fantastique/sf et films du même genre m’a aidé à passer outre mes terreurs de jeunesse. Sauf que là, j’avais peur de voir surgir une ombre. Un ectoplasme. Je m’attendais à ce qu’il fasse claquer ma cuvette de toilette pour m’effrayer, prenne possession de Mimzi et que sa tête se mette à tourner à 360°. Bref ça m’a fait un effet bœuf cette lecture.

Maintenant je sais que vous voulez savoir de quoi je parle. Il ne s’agit pas de l’un des romans fantastiques de Milady, ou bien d’un Nora Roberts qui aurait dégénéré en Amityville chez J’ai Lu. Non il s’agit du roman tout juste sorti en poche (10/18) de Sarah Waters : L’indésirable. Il m’avait fait de l’œil à sa sortie en 2010 chez l’excellent éditeur Denoël, mais j’étais quand même passée à côté. Donc je me suis rattrapée. Bon, voilà l’histoire en quelques mots.



Après-guerre, dans le petit village de Lidcote dans le Warwickshire en Angleterre. Le docteur Faraday a été appelé à Hundreds Hall, la demeure de la grande famille des Ayre, pour soigner leur jeune domestique, Betty. C’est la première fois depuis presque trente ans que le docteur met les pieds à Hundreds, il se souvient avec tendresse de sa première visite aux Ayre dans son enfance et garde un souvenir émerveillé de cette grande demeure luxueuse et imposante qu’est le Hall. Mais après le passage de la guerre, le domaine n’est plus ce qu’il était, de même pour la famille Ayre, dont le fils gérant du domaine es revenu boiteux et brûlé. Mais Faraday va tout de suite s’attacher aux membres de la famille. Caroline, grande, solide et vigoureuse, au charme déroutant, la vielle Mrs Ayre, toujours aussi belle, élégante et fine que dans sa jeunesse, et même Roderick, avec sa fierté et son orgueil blessé par la guerre. Mais Hundreds Hall est une lourde charge dont il faut s’occuper. Avec le rationnement encore en vigueur et le peu de revenus que dégage le domaine, les Ayre sombrent petit à petit dans le dénuement. Et plus le Docteur tisse des liens avec cette famille, plus d’étranges faits se produisent, et poussent la famille au bord du précipice…
Tout y est ou presque, le domaine avec son manoir gothique entouré de champs et éloigné de tout, avec ses longs corridors poussiéreux et ses dix pièces abandonnées, ses fuites au plafond et son décor délabré. Tout pour faire un bon manoir hanté. Et c’est ce qu’on se demande jusqu’à la fin, est-il hanté !

Le roman commence comme une histoire banale. La famille Ayre survit difficilement à la fin de la seconde guerre mondiale. L’ancienne Gentry anglaise (la haute bourgeoisie britannique) tombe dans la décrépitude alors que le socialisme est au pouvoir et le conservatisme au fond des tiroirs. Ils ont encore un statut fort et tout Lidcote leur voue un profond respect, mais ils vivent dans une pauvreté plus crasse que les ouvriers du village. Le docteur Faraday assiste, impuissant, à cette plongée en enfer de la famille, terrassée par  le manque d’argent et qui s’accroche malgré tout à un ancien mode de vie qui n’est plus du tout adapté au monde actuel. Petit à petit, un mal invisible semble s’insinuer dans le manoir, des faits étranges surviennent et viennent perturber le quotidien des habitants du Hall, les poussant un par un à la folie.

Non ce n’est pas un roman de fantômes, le coup de maître de Sarah Waters est d’avoir fait de Faraday, médecin de famille, personnage sensé et lucide, le narrateur de cette histoire. Chacun des faits étranges survenus à Hundreds est relaté par ce qu’il a entendu dire des habitants du Hall, mais en aucun cas ou presque Faraday n’a assisté aux phénomènes qui agitent le manoir. Il pose des explications logiques là ou le lecteur va commencer à se faire des idées et à voir des ectoplasmes dans tous les recoins de la maison. Sa description de la ruine qui frappe la famille au fil du roman est juste saisissante. La narration mêle donc habilement le contexte historique, les bouleversements d’une société, le déclin d’une classe, le développement d’un autre mode de vie et son effet sur les habitants d’un petit village qui en subissent toutes les conséquences, avec des passages clairement gothiques, où le fantastique s’étend subtilement, fait frissonner, fait battre le cœur plus vite et tourner les pages avidement avec une angoisse tenace.

La question quand on referme le livre est : ont-ils tout imaginé ? N’était-ce que psychologique ? Se sont-ils précipités dans un gouffre tous seuls ou bien existait-il vraiment une malédiction dans la famille, un fantôme du passé, un mal qui les a rongé et les a poussé à l’anéantissement ? J’ai passé du temps à ressasser ma lecture, encore perturbée. Et j’adore ça. Seuls les livres qui m’ont véritablement marqué sont capables de me faire réfléchir au sujet encore deux jours après, et de me faire frissonner rien que de repenser à des passages particuliers du livre.

Bref, un roman que j'approuve ! Et qui m'a foutu une trouille bleue par moments... Même qu’après je n’osais plus aller aux toilettes, et que les pas de Mimzi sur le plancher m’évoquaient un vampire tapi dans l’ombre… pour vous dire.

Ah, et voilà ma première histoire de fantômes préférées, Ebenezer Scrooge et compagnie... les éditeurs nous abreuvent bien de livres de Noël dès fin octobre, alors vous n'allez pas y couper !
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