mardi 18 octobre 2011

La Religion, de Tim Willocks

Hémoglobine, paires de gambettes et fanatisme, quoi de plus banal.


Aaaah qu’il est dur de tenir un blog à jour. Ce n’est pas le temps qu’il me manque, mais plutôt la motivation. Pourtant il me suffit de démarrer une nouvelle page et je suis increvable, un peu comme le petit lapin Duracell (toute autre analogie aux lapins est proscrite).

Pour m’apporter son soutien, mon félin s’est perché à côté de moi sur un sac Kid Paddle et me regarde avec des yeux qui expriment tout le support du monde, ou peut-être une simple envie de gratouilles, ou une envie de bouffer mes doigts qui filent sur le clavier, je ne sais pas.

La preuve en image et en slow motion

A part mes lectures BD qui vont bon train (non pas Kid Paddle, j’ai juste pris un sac pour glisser dedans du Maliki, du Freakangels et Car l’enfer est ici, mes lectures de ce soir), mes lectures de romans s’étirent à n’en plus finir. Bon, peut-être est-ce dû au fait que j’en commence toujours trois en même temps et que j’ai un penchant pour les pavés.


J’ai quand même réussi à venir à bout du Tim Willocks tout juste sorti en poche (Pocket), j’ai nommé Ze pavé : La Religion. Un bon millier de pages bien dense qui porte à la fiction un évènement majeur de l’histoire de l’île de Malte et une bataille importante dans la guerre des religions. Au XVIème siècle, l’empire Turc Ottoman s’empare progressivement de toute la méditerranée, repoussant la chrétienté déjà bien malmenée par l’arrivée du protestantisme à l’intérieur des terres du continent.
Pour sauver la face et empêcher la religion musulmane de s’étendre, Charles Quint offre l’île de Malte à l’Ordre religieux des Chevaliers de la Saint Jean (La Religion), qui va devoir défendre le territoire contre 138 galères turques menées par l’empereur Soliman II. Lui qui pensait prendre l’île en l’espace de cinq jours, le siège va durer deux mois durant lesquels vont êtres  perpétrés des actes d’une barbarie absolue dans chacun des deux camps.

C’est dans ces conditions que Tim Willocks met en scène son héros, Matthias Tannhauser, un hongrois enlevé à sa famille par les turcs dans son enfance, devenu janissaire dans l’empire de Soliman, puis lassé de batailles, un prospère commerçant (d’armes et d’opium !) de Messine. Guerrier redoutable, important stratège pétri de nombreuses connaissances concernant l’empire Turc dans lequel il a été élevé, il est convoité par La Religion qui espère le faire venir à Malte pour un meilleur espoir de victoire contre les turcs. Mais Tannhauser ayant abandonné son statut de guerrier, et n’embrassant absolument aucune cause autre que l’or et les femmes, refuse d’être impliqué là-dedans. C’est par la ruse que la Religion va le faire venir à Malte, usant de sa faiblesse pour la gente féminine en lui présentant la magnifique et éplorée Comtesse de La Penautier, qu’une affaire importante pousse à retourner sur l’île de Malte alors que la guerre approche.





Bon, je dois d’abord dire que j’ai beaucoup aimé. Même si tout n’est pas bon à mon goût… En fait, et d’habitude j’aime que tout roman bien sombre et sanglant soit quand même agrémenté de bons sentiments, et bien je n’ai pas vraiment aimé cette histoire d’amour étriquée qui lie Tannhauser à madame La Comtesse (ainsi qu’à sa demoiselle de Compagnie, un espagnole au nez cassé mais apparemment à la poitrine exagérément généreuse et aussi idiote et douce qu’un Rossignol). Ce triangle amoureux (ou bien ces deux décolletés plongeants) n’est pour moi pas une raison assez percutante pour qu’un homme aille se suicider avec son meilleur ami (il emmène bien sûr son plus proche et fidèle comparse, un anglais sauvage et à l’humour bien gras du nom de Bors, personnage que j’adore réellement !) sur les rivages de Malte face à une armée à priori imbattable. Bon, l’histoire à démontré que finalement cela à marché, mais à quel prix...

Donc, c’est l’amûûûûûûr qui fait que Tannhauser se démène comme un beau diable dans ce bourbier d’hémoglobine et s’en va taillader du Turc. Il fait bien-sûr part de son savoir à l’éminent chef de la Religion, La Valette (personnage bien réel et figure emblématique de cet épisode de l’histoire) et c’est en partie grâce à lui que le siège a pu durer autant de temps ! Je trouve que c’est beaucoup pour un seul homme, mais ce fait improbable passe comme une douceur grâce au personnage de Tannhauser. Bon, son penchant très prononcé pour les femmes (et l’opium !) s’explique d’une façon un peu légère (il a perdu ses sœurs et sa mère durant son enlèvement par les turcs et donc il respecte intensément les femmes et est un traumatisé de la vie), mais sa personnalité du genre guerrier mode on/mode off, m’a beaucoup plus. Il a l’étoffe de ces héros qui n’en sont pas réellement, de ceux que la vie a tellement piétiné qu’ils ne cherchent même plus à comprendre ce qui est bien et mal, mais juste ce qui est bon pour eux. Il est totalement perdu, parfois complètement psychopathe, avec une étincelle d’humanité qui le rend malgré tout touchant. Bref, encore un personnage complexe que j’apprécie, même si certaines de ses actions restent pour moi un mystère.

Ce qui fait pour ma part la force du roman ce sont les récits de batailles et les descriptions d’une cité assiégée qui petit à petit se voit vouée à la défaite et à la mort de tous ceux qui l’occupent. Tim Willocks dépeint très bien l’état d’esprit des différents personnages au cœur de l’action, lorsque les jets de sang pleuvent et les blessés hurlent de douleur, quand le désespoir prend le pas sur le courage.  Certains passages sont parfois durs à soutenir, et quand une bataille se déroulait sur dix pages bien crues et bien déprimantes, j’ai parfois dû faire une petite pause contemplation des zoizillons et du ciel bleu avant de pouvoir replonger dans l’enfer qui est décrit.

J’ai aussi été heureuse de découvrir un fait historique que je ne connaissais pas. Je ne me souviens pas qu’on m’ait vraiment parlé de ce tournant dans l’histoire de la poussée de l’empire Ottoman. Après, c’était peut-être à un moment de mon cours d’histoire où je dessinais hardiment sur mon cahier des Hobbits et des Nazguls, même si j’ai toujours aimé suivre les cours d’Histoire (c’est comme la lecture, c’est pleins de drames et de petites ou grandes victoires, pas pour rien que ça fait les meilleures séries sur Canal +).


/!\ Je me rends compte que j'ai oublié de parler de l'aspect religieux du livre, qui se nomme quand même La Religion, et pas pour rien ! C'est très intéressant de voir que le héros de ce livre est un homme qui a adoré deux divinités avant de les rejeter en masse après avoir vu ce que l'homme est capable de faire au nom de Dieu ou d'Allah. Finalement il se bat pour une certaine humanité et non pour une religion, et le fanatisme des chrétiens et des musulmans est très bien dépeint à travers sa vision du carnage. Ni l'un ni l'autre n'est pointé comme le "méchant" dans le roman, chacun se bat juste pour sa foi et, dans leur esprit, pour garder leur âme. Chrétiens et musulmans sont prêts à devenir des martyrs pour sauver leur religion, ce qui est très effrayant dans le roman. La dévotion aveugle de La Valette et de ses chevaliers, qui sont sans peur car ils savent qu'ils finiront au paradis est la même que celle qui soutient les janissaires turcs, prêts à mourir pour Allah. Willocks tourne ça aussi différemment en poussant Matthias vers deux femmes dont l'une (la Comtesse) est extrêmement religieuse et l'autre (la jeune femme qui l'accompagne) qui ne comprend rien aux affaires de la religion et suit sa maîtresse et Tannhauser à Malte seulement par amour, se souciant comme d'une guigne des horreurs perpétrées sur les remparts et sourde à la ferveur religieuse qui tient la ville en haleine.
Bref, moi-même je n'ai jamais compris la barbarie déployée par les religions (en général) pour témoigner son appartenance à un dieu, et j'ai trouvé intéressant la manière dont cette confrontation a été abordée.

Bon, donc, si vous êtes comme moi à préférer l’action aux belles histoires romancées, occultez les passages trop mièvres du livres, qui je vous rassure ne sont pas majoritaires dans ce roman, et jouissez du reste avec bonheur ! Après avoir refermé le livre, je suis restée un moment perdue en 1565… et c’est cette perte dans un autre temps qui me prouve toujours qu’un livre m’a profondément marqué. Conseillé, donc =).

Et puis en voilà un autre de fêlé du ciboulot que l'amûûûûûr pousse à la folie, le héros de Drive dont je me passe la BO en continue depuis visionnage. Donc je partage !

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lundi 3 octobre 2011

La trilogie de Wielstadt, de Pierre Pevel


Je dois l’avouer, fut un temps où j’étais cliente des grands magasins. A 13 ans, la seule librairie à proposer un choix de littératures de l’imaginaire la plus proche n’étais autre que la F*** de La Défense. Je me souviens d’y être allée quelques fois avec ma sœur, à flâner entre le rayon jeunesse où je raflais du Pullman, du Colfer, ou bien les Chroniques du bout du monde, et entre le rayon adulte, à lire les quatrièmes de couvertures de master Hobb et compagnie. Dans la ville où j’habitais, la seule librairie intéressante ne possédait pas un poil de gnou de ce genre de littérature, alors vous comprendrez que c’était contrainte et forcée que je donnais des sous sous à l’ennemi. Il faut reconnaître que leur rayon était (et il l’est toujours) très bien fourni, c’est comme ça que j’ai mis le doigt un peu plus tard sur une trilogie que peu de gens connaissent (je suis là pour y remédier). Il s’agissait de la Trilogie de Wielstadt. Les deux premiers tomes étaient alors disponibles aux éditions Pocket (et sa couverture argentée brillant de mille feux) et le troisième encore en grand format dans la vieille collection Fantasy de Fleuve Noir.

J’ai donc lu cette série, l’ai adoré, l’ai chéri, l’ai fait partager, l’ai commandé dans ma librairie d’apprentissage, l’ai de nombreuses fois conseillé, toujours avec succès, jusqu’au jour où un jeune homme qui m’avait acheté le tome 1 une semaine plus tôt est venu me chercher les deux suivants, et où j’ai dû lui dire « désolé mon gars… mais ils sont épuisés. » Je hais cette phrase « ils sont épuisés. » Tari à la source, plus un seul exemplaire en vente, et comment font les gens qui vivent de livres et d’eau fraîche comme moi hein ? (et de Haribo, aussi…passons.) Bref, il était dégouté, et moi aussi. L’affaire était d’autant plus étrange que l’auteur, Pierre Pevel, venait de sortir chez l’éditeur Bragelonne, roi des fournisseurs de best-sellers, un ouvrage intitulé Les lames du Cardinal, et pouvait se targuer d’avoir un put*** de succès. Donc, pourquoi ? Je n’ai jamais vraiment eu ma réponse. Je m’attendais à voir Milady (filiale poche de Bragelonne) racheter le bébé et le sortir avec nouvelle couv’ criarde et se faire un max de tunes. Mais non, Pocket a juste laissé passer trois ans, avant de le ressortir en un seul tome au mois d’avril 2011.



Que dire de ma surprise en voyant La trilogie de Wielstadt sur la belle étagère du V***** où je bossais ! Arrivée dans ma nouvelle librairie en juin, j’en ai commandé une petite réserve, et je suis contente de pouvoir le mettre en avant. Parce que ce cher Pevel mérite d’être reconnu pour Cette trilogie. Vous vous dites « c’est bien beau ça, mais elle va finir par cracher le morceau ? Fioutre dieu, c’est quoi ce pu***** de Wielstatatede ?! » Un peu de retenue, tout vient en temps et en heure. D’ailleurs, ça y est, c’est l’heure d’en parler.

La trilogie de Wielstadt est un petit ovni pour moi dans la production de la littérature de l’imaginaire, tellement cette œuvre est un (bon !) mélange de genres. 1620, la Guerre de Trente ans fait rage en Europe, et la ville de Wielstadt peut s’enorgueillir d’être la seule ville d’Allemagne à être épargnée. Depuis des millénaires, un dragon veille sur elle, et toute armée approchant se voit exterminée par son protecteur. Pourtant, au sein des fortifications de la grande ville, un tueur sévit, laissant des cadavres sanglants aux quatre coins de la cité. C’est là qu’intervient notre héros, Kantz, exorciste de profession, qui va tenter de dénicher le mal qui remue la ville.

Replaçons les choses dans leur contexte. Je pense que peu de gens se souviennent des enjeux de la guerre de Trente ans. Il s’agit d’une guerre qui a duré de 1618 à 1648 et qui opposait l’église catholique d’Espagne à la religion protestante largement répandue en Allemagne. Je lis des romans de fantasy depuis plus de dix ans, et j’ai lu de nombreux romans historiques et de polars, mais jamais je n’avais lu de roman associé à cette guerre, j’ai donc trouvé le contexte historique assez puissant (même si le livre ne prend pas complètement place au sein de cette guerre).

Kantz est un personnage ma foi fort sympathique, une sorte de John Constantine du XVIIème siècle, qui ne fume pas de clopes mais se balade avec une fée prénommée Chandelle, va boire des coups dans des bouges tenus par des faunes échappés de la forêt grecque et qui dit « céans » au lieu « ici », comme au bon vieux temps quoi. J’adore l’écriture de Pevel, très fluide, relevée, et véritablement prenante. Et son habileté à mêler les genres littéraires, ceux-ci s’imbriquant parfaitement pour finalement faire un livre comme la trilogie de Wielstadt tient du génie. J’avais bien aimé une autre série de sa plume intitulée Les Enchantements d’Ambremer, où le monde des fées (elfes, nains, farfadets and co) se mariait à merveille avec l’histoire des premières décennies du XXème siècles, où l’on croisait moustaches cirées, canes en ivoires et chemises amidonnées avec magiciens maléfiques et voleurs sans scrupules, le tout saupoudrés de références littéraires bien placées, un petit bonheur de lecture pour les initiés quoi. Mais ça ne surpassait pas Wielstadt, qui pour moi reste sa meilleure série (sur les deux, je n’ai pas testée la dernière).

Ambremer, superbes illustrations


J’ai un souvenir amusant de ma première rencontre avec Pevel. Je travaillais alors sur le stand du Pré-aux-clercs, au salon du livre de Paris Porte de Versailles en 2008, et dans nos étagères se trouvait le premier tome en grand format de sa série des Enchantements d’Ambremer. J’achète donc le-dit tome, pointe l’arrête de mon nez aux dédicaces de Bragelonne où Pierre Pevel s’échine à faire des signatures, et j’attends mon tour. Quand j’ai fini par arriver devant lui et que je lui ai tendu mon livre, il m’a dit « Où est-ce que vous avez trouvé ce livre ? » Moi : « Ben, sur le stand Pré-aux-clers, où ils en vendent plusieurs » Lui : « Quoi ? Pourtant ils m’ont dit qu’ils ne l’éditaient plus et qu’ils avaient tout pilonné ! »

Bien, bien, bien, que dire dans ces moments là… je pense que l’éditeur à dû entendre parler de lui après ça, niark niark niark, et ne les appréciant que moyennement (non pas au niveau de leur production mais du personnel qui passait sur le stand à cette époque) ça m’a fait plutôt rire (c’était mon côté sadique de stagiaire en métiers du livre) !

Bon, pour en revenir au but de cet article, je continue de conseiller Wielstadt, et puis je vous conseille l’œuvre de Pevel en général, un coup d’œil (ou bien plus) ne vous fera pas de mal ! Pour tout vous dire, il a fait parti des seuls français finalistes pour le prix du David Gemmell Legend Award (un prix de Fantasy anglophone) pour sa dernière série chez Bragelonne, et bien que je ne l’ai pas encore lue, je pense que c’est mérité !

Donc voilà, maintenant je peux vous donner des adresses de tiotes librairies où acheter votre Pevel partout en France, pour faire vivre un auteur et puis des petits libraires qui ont besoin de votre soutien (bon vous avez tout à fait le droit de l’acheter dans les grandes surfaces, je l’ai bien fait, mais bon, pensez à la bonne cause !), notamment la librairie Scylla près de nation à Paris, ou bien l’Antre-monde près du Père-Lachaise ! Ou alors chez Album à Toulouse (avec ma libraire préférée, Cathy !), si vous ne le trouvez pas aussi chez Imagin’ères, rue Sainte Ursule. Voilà les amis, bonne lecture, et joyeuses pâques.


Et pour que vous soyez joyeux comme moi, et pour moi !, et parce que vivent les primes pour l'emploi ! Un peu de Mumford and sons.

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