lundi 12 septembre 2011

Carbone modifié, de Richard Morgan

 Carbooooooone, carbooooooooone ! 


Il est de ces romans qui vous en bouchent un coin (devinez lequel tout seul). 

Carbone Modifié m’a fait cet effet là. Je me souviens encore d’avoir vu arriver dans ma librairie (d’apprentissage) une piloute pas bien grande de la collection Milady (nouvelle à l’époque) avec une couverture pas franchement jolie mais un titre intriguant. Carbone Modifié, bon. J’avais retourné le livre, lu les quelques phrases, m’était appesantie sur le « Prix Philip K. Dick » en me disant « Bien, bien, bien, ça à l’air chouettos tout ça ». Malgré tout je ne pensais pas dénicher une petite pépite, je me disais seulement que ma connaissance de la Science-fiction, la vraie, était trop limitée, et que je me devais d’élargir mes lectures, alors ce poche - bien que légèrement douteux - ferait l’affaire.



Dans ces cas là donc, vous ouvrez votre livre, lisez les premières pages, et soit vous n’accrochez pas au style – plat, ennuyant, insipide - et vous baillez à vous en décrocher la mâchoire, vous forçant à lire un peu plus jusqu’à abandonner (ouais faut pousser quand même), soit vous êtes happé par l’histoire – une écriture originale, rythmée, un personnage qui claque du flex (si si ça se dit dans le futur)- et là vous êtes parti pour un long voyage hors du temps.

Ces livres là s’accrochent à vous, vous hantent jusqu’à ce que l’intrigue soit dévoilée, vous y pensez quand vous refermez le livre à la fin d’un chapitre, au boulot, dans le métro, en se couchant, vous le vivez.

Bon, c’est comme ça que j’ai vécu Carbone Modifié pour ma part. Après ça, je me faisais un devoir de le faire découvrir à tout le monde. Le livre a tourné dans les mains de tous mes amis lecteurs et amateurs, puis je comptais scrupuleusement le nombre de clients à qui je l’avais conseillé (je crois que mon air ahurie, mes joues empourprée et mes ‘haem’ pensifs qui ne dénotaient non pas un embarras mais un véritable enthousiasme ont été plus utiles que la description que j’en ai faite) qui venaient acheter le second tome, et j’étais toute excitée de voir qu’à 99%, ils étaient ultra-satisfaits, et du coup me rendaient heureuse, moi, petite libraire débutante, qui en était encore à ses balbutiements.
Bon, mais que dire du livre alors ? Une petite description s’impose, et vous allez voir que ce n’était pas aisé de le conseiller en quelques phrases seulement.

Carbone Modifié, c’est un roman de Richard Morgan, paru d’abord chez Bragelonne, puis sorti en poche chez Milady qui se compose de trois volumes retraçant chacun une aventure de Takeshi Kovacs.

Mais qui est-il ce Takeshi Kovacs ? Il a été militaire et bien d'autres choses pendant un certain temps, et sur plusieurs planètes, puisque l’histoire prend place dans un lointain futur, où l’homme à finalement découvert d’autres planètes habitables, et bâti un empire galactique sur les ruines d’un peuple martien visiblement très avancé mais inscrit au abonnés absents. Au début de Carbone Modifié, Takeshi Kovacs a viré dans des affaires de mercenaire pas mal louches, et se retrouve finalement en prison, pour une durée on ne peut plus indéterminée. Et qui peut durer bien plus longtemps qu’une vie. Car figurez-vous que dans ce futur, l’âme peut être imprimée dans une puce, et vous pouvez revivre dans le corps d’un autre pour des siècles et des siècles. Son corps remisé, Kovacs est enfermé dans sa puce, et bien un siècle a passé lorsqu’on le sort du placard, non pas le gouvernement, mais un particulier qui souhaite obtenir ses services. Il s’agit d’un très riche terrien qui veut que Kovac s et ses sens aiguisés d’ancien militaire formaté (appelés Diplos) enquêtent sur une affaire très particulière : son propre meurtre. La police a conclut à une suicide, mais le client qui ne se souvient pas des derniers instants de sa mort est persuadé qu’il s’agit d’un assassinat. Pourquoi se serait-il donné là mort alors que sa puce fait des sauvegardes tous les jours et qu’il possède une centaine de corps clonés pour pouvoir vivre éternellement ?

Carbone Modifié, c’est un polar futuriste vraiment bien ficelé. Ce qui m’embête toujours avec les romans policiers c’est de toujours deviner qui est le meurtrier à la moitié du roman, ce qui n’a pas été le cas ici, j’ai été agréablement baladée de chapitre en chapitre sans arriver à mettre le doigt sur le final, et j’adore ça, quand vous avez enfin la clé du roman et que tout s’éclaire dans le bruit et la fureur.

Et quand bien même, le style est tellement fort, le roman tellement plus riche que la description rapide que je vous ai faite, que le dénouement de l’intrigue pour moi ne fait pas tout le roman. Il s’agit d’une combinaison, cette écriture si diversifiée de Richard Morgan, la complexité étonnante de son personnage principal, dont on ne situe jamais réellement les limites, et qui est finalement un héros qui n’en est pas tout à fait un (ce sont mes préférés ceux là, les ambigus, ceux à qui on s’attache mais dont on ne sait pas s’ils ont un bon ou un mauvais fond, ceux que l’on n’arrive pas franchement à cerner et qui vous étonnent toujours).

Je veux voir quelqu'un porter ce t-shirt,.


J’ai bien dit que Carbone Modifié m’avait fait cet effet là. Ca à été un peu moins vrai pour le reste de la série. Les deux tomes suivant (Anges déchus et Furies déchainées) sont bien mais n’arrivent pas à la hauteur du premier. Les comparer réellement serait une erreur, tant les intrigues diffèrent, leur seuls points communs étant l’univers dans lequel ils évoluent et le personnage principal. Et celui-ci perd un peu de son charisme au fil de la trilogie, ce qui pour moi a ôté pas mal de charme à la fin de la série.

Malgré tout, ça reste une de mes sagas de SF favorite, que j’aime encore beaucoup partager, l’une des premières que j’ai fait rentrer dans mon tout nouveau rayon Littératures de l’imaginaire en démarrant mon nouveau boulot. Parce qu’un rayon SF sans Takeshi pour moi c’est comme un apéro sans saucisson, comme un verre à vin sans Cabernet d’Anjou, comme un cerisier sans cerises, comme une vie sans Mimzi (je m’égare) !  Ce n’est plus envisageable. Non, non mes bons lecteurs, dans une bonne bibliothèque non plus d’ailleurs.

 ;)



Bon ça sent grave le playback pour Mister Anthony, mais cette chanson est l'une des seules bonnes de l'album By the way, et puis Carbooooooooone, carboooooooooone, si on change le R de place ça marche, ou presque pas !

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lundi 5 septembre 2011

Les Lames du Roi, de Dave Duncan

Un roman avec des capes, et puis des épées


Lettre à un Kake.

« Mon cher Kake,

J’écris ce billet en pensant à toi, qui m’a offert il y a déjà… cinq… six…hmmm peut-être même sept ans ? – fichtre, que le temps passe vite ! – cette trilogie que je n’oublierai jamais.
Avec ton portefeuille vide de lycéen désargenté, tu as quand même trouvé le moyen de m’offrir ces livres qui coûtaient tout de même un petit pécule et qui paraissent fabuleusement bien dans ma bibliothèque Ikéa (Expedit noire, s’il te plait).

Je me souviens encore de notre folle jeunesse, quand je pensais que bosser comme stagiaire non-rémunérée pendant une semaine sur un salon du livre pour le compte de Bragelonne était la plus belle chose au monde (j’ai été raisonnée par un autre stand qui me proposait 700€ pour 7 jours… faut pas déconner non plus.), et que le responsable de la communication m’avait demandé « dites-moi, quelle est votre top 5 des romans Bragelonne ? » J’avais alors cité Dave Duncan et Les lames du Roi, ce qui m’avait valu un sourire appréciateur, accompagné d’un « pour moi aussi il s’agit de l’une de nos meilleures sagas, très bon choix ». Bon, après ça rien n’a abouti, mais sur le coup je me suis dit « petit chocolate Kake, ça, c’est grâce à toi ! »

Mon Kake texan, comme tu sembles tout attristé que je ne parle plus de fantasy, et en attendant que je puisse lire La Religion de Tim Willocks qui a l’air de déchirer du tire-bouche-schtroumpf, ou encore le dernier Laurent Genefort, et même le Robert Charles Wilson tout juste sorti en poche, eh bien je vais parler de mon amour de jeunesse pour Dave Duncan.

J’attends de toi que tu apportes à ce billet le petit plus qui lui manque, donc ne me déçois pas Cheese-Kake.

Sur ce, retirons-nous à pas feutré, laissons la place aux Lames du Roi.

Ton amie, GuiXXX. »

S’il est une série qui m’a profondément marqué dans mes lectures d’adolescence - exceptée ma passion pour les sœurs Brontë que seul le coeur sensible et passionné d’une femme peut comprendre (haem…) - c’est certainement cette trilogie de Dave Duncan intitulée Les lames du Roi, qui selon moi n’a pas eu le succès qui lui est dû en France.




Le premier tome des Lames du Roi, l’Insigne du chancelier, nous conte l’histoire de Durendal. Adolescent rebelle et sans avenir, il est envoyé au Hall de fer, un fort perdu sur la lande qui s’emploie à former la jeune vermine pour en faire les meilleurs combattants du pays. A la fin de leur apprentissage, un rituel occulte lie leur vie à celle de leur futur employeur, qu’ils serviront fidèlement jusqu’à leur mort. C’est ainsi qu’il devient une lame du Roi, un guerrier aguerri au service des plus grands hommes du pays. C'est ce dont rêve Durendal, se voyant déjà protéger quelques nobles gentilshommes en fendant l'air de sa lame aiguisée, risquant sa vie chaque jour au nom de la gloire... mais les choses se compliquent lorsque le rituel le lie à un jeune noble pleutre et apathique, premier pas vers un destin que son imagination n'avait même pas effleurée.

Je n’en dévoilerai pas plus, bien-sûr la vie de Durendal sera mêlée aux intrigues et complots de la cour du Roi, et c’est ce côté Trois mousquetaires teinté de magie et de fantastique qui fait principalement le charme de ce roman. 
Le premier tome de la saga est déjà un délicieux objet de lecture, mais combiné à la lecture des deux autres volumes, il en devient un petit chef-d’œuvre ! Ne vous fiez pas à la lecture des trois quatrième de couverture de la trilogie, qui laissent penser que chacun peut se lire indépendamment... non, c'est la réunion des trois qui donne tout son sens à la saga.

Avant de lire cette trilogie, je n'avais pas imaginé ce genre de concept pour un roman. J'avais en tête des comparaisons foireuses avec des films comme Usual Suspect où vous suivez avec plaisir le déroulement du film mais où l'oeuvre prend tout son sens durant les trois dernières minutes du film. Il en est de même pour les Lames du Roi, où la lecture de chaque tome est très agréable, et devient réellement géniale aux cinq dernières pages du troisième tome. C'est la touche finale qui fait le chef-d'oeuvre, qui vous laisse sur le cul, ahuri, ébaubi, et surtout admirateur.
Tout ça après avoir dégusté trois tomes écrits avec la très bonne plume de Sir Duncan, pleins de combats de capes et d’épées dignes des grands maîtres du genre, piqués de saga nordiques où s’envolent des dragons et voguent des galères, imbibés d’une puissante sorcellerie, et certainement-absolument-définitivement passionnants.

Conseil de Guixxx : étoffez donc votre bibliothèque avec de bons livres, lisez Dave Duncan.

Sur ce, je vais reprendre au lit mes lectures un peu moins passionnantes du moment, bien que distrayantes, mais un jour, je prendrais le temps de les relire ; rien que d’en parler, ça m’a rendu nostalgique.



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