lundi 3 octobre 2011

La trilogie de Wielstadt, de Pierre Pevel


Je dois l’avouer, fut un temps où j’étais cliente des grands magasins. A 13 ans, la seule librairie à proposer un choix de littératures de l’imaginaire la plus proche n’étais autre que la F*** de La Défense. Je me souviens d’y être allée quelques fois avec ma sœur, à flâner entre le rayon jeunesse où je raflais du Pullman, du Colfer, ou bien les Chroniques du bout du monde, et entre le rayon adulte, à lire les quatrièmes de couvertures de master Hobb et compagnie. Dans la ville où j’habitais, la seule librairie intéressante ne possédait pas un poil de gnou de ce genre de littérature, alors vous comprendrez que c’était contrainte et forcée que je donnais des sous sous à l’ennemi. Il faut reconnaître que leur rayon était (et il l’est toujours) très bien fourni, c’est comme ça que j’ai mis le doigt un peu plus tard sur une trilogie que peu de gens connaissent (je suis là pour y remédier). Il s’agissait de la Trilogie de Wielstadt. Les deux premiers tomes étaient alors disponibles aux éditions Pocket (et sa couverture argentée brillant de mille feux) et le troisième encore en grand format dans la vieille collection Fantasy de Fleuve Noir.

J’ai donc lu cette série, l’ai adoré, l’ai chéri, l’ai fait partager, l’ai commandé dans ma librairie d’apprentissage, l’ai de nombreuses fois conseillé, toujours avec succès, jusqu’au jour où un jeune homme qui m’avait acheté le tome 1 une semaine plus tôt est venu me chercher les deux suivants, et où j’ai dû lui dire « désolé mon gars… mais ils sont épuisés. » Je hais cette phrase « ils sont épuisés. » Tari à la source, plus un seul exemplaire en vente, et comment font les gens qui vivent de livres et d’eau fraîche comme moi hein ? (et de Haribo, aussi…passons.) Bref, il était dégouté, et moi aussi. L’affaire était d’autant plus étrange que l’auteur, Pierre Pevel, venait de sortir chez l’éditeur Bragelonne, roi des fournisseurs de best-sellers, un ouvrage intitulé Les lames du Cardinal, et pouvait se targuer d’avoir un put*** de succès. Donc, pourquoi ? Je n’ai jamais vraiment eu ma réponse. Je m’attendais à voir Milady (filiale poche de Bragelonne) racheter le bébé et le sortir avec nouvelle couv’ criarde et se faire un max de tunes. Mais non, Pocket a juste laissé passer trois ans, avant de le ressortir en un seul tome au mois d’avril 2011.



Que dire de ma surprise en voyant La trilogie de Wielstadt sur la belle étagère du V***** où je bossais ! Arrivée dans ma nouvelle librairie en juin, j’en ai commandé une petite réserve, et je suis contente de pouvoir le mettre en avant. Parce que ce cher Pevel mérite d’être reconnu pour Cette trilogie. Vous vous dites « c’est bien beau ça, mais elle va finir par cracher le morceau ? Fioutre dieu, c’est quoi ce pu***** de Wielstatatede ?! » Un peu de retenue, tout vient en temps et en heure. D’ailleurs, ça y est, c’est l’heure d’en parler.

La trilogie de Wielstadt est un petit ovni pour moi dans la production de la littérature de l’imaginaire, tellement cette œuvre est un (bon !) mélange de genres. 1620, la Guerre de Trente ans fait rage en Europe, et la ville de Wielstadt peut s’enorgueillir d’être la seule ville d’Allemagne à être épargnée. Depuis des millénaires, un dragon veille sur elle, et toute armée approchant se voit exterminée par son protecteur. Pourtant, au sein des fortifications de la grande ville, un tueur sévit, laissant des cadavres sanglants aux quatre coins de la cité. C’est là qu’intervient notre héros, Kantz, exorciste de profession, qui va tenter de dénicher le mal qui remue la ville.

Replaçons les choses dans leur contexte. Je pense que peu de gens se souviennent des enjeux de la guerre de Trente ans. Il s’agit d’une guerre qui a duré de 1618 à 1648 et qui opposait l’église catholique d’Espagne à la religion protestante largement répandue en Allemagne. Je lis des romans de fantasy depuis plus de dix ans, et j’ai lu de nombreux romans historiques et de polars, mais jamais je n’avais lu de roman associé à cette guerre, j’ai donc trouvé le contexte historique assez puissant (même si le livre ne prend pas complètement place au sein de cette guerre).

Kantz est un personnage ma foi fort sympathique, une sorte de John Constantine du XVIIème siècle, qui ne fume pas de clopes mais se balade avec une fée prénommée Chandelle, va boire des coups dans des bouges tenus par des faunes échappés de la forêt grecque et qui dit « céans » au lieu « ici », comme au bon vieux temps quoi. J’adore l’écriture de Pevel, très fluide, relevée, et véritablement prenante. Et son habileté à mêler les genres littéraires, ceux-ci s’imbriquant parfaitement pour finalement faire un livre comme la trilogie de Wielstadt tient du génie. J’avais bien aimé une autre série de sa plume intitulée Les Enchantements d’Ambremer, où le monde des fées (elfes, nains, farfadets and co) se mariait à merveille avec l’histoire des premières décennies du XXème siècles, où l’on croisait moustaches cirées, canes en ivoires et chemises amidonnées avec magiciens maléfiques et voleurs sans scrupules, le tout saupoudrés de références littéraires bien placées, un petit bonheur de lecture pour les initiés quoi. Mais ça ne surpassait pas Wielstadt, qui pour moi reste sa meilleure série (sur les deux, je n’ai pas testée la dernière).

Ambremer, superbes illustrations


J’ai un souvenir amusant de ma première rencontre avec Pevel. Je travaillais alors sur le stand du Pré-aux-clercs, au salon du livre de Paris Porte de Versailles en 2008, et dans nos étagères se trouvait le premier tome en grand format de sa série des Enchantements d’Ambremer. J’achète donc le-dit tome, pointe l’arrête de mon nez aux dédicaces de Bragelonne où Pierre Pevel s’échine à faire des signatures, et j’attends mon tour. Quand j’ai fini par arriver devant lui et que je lui ai tendu mon livre, il m’a dit « Où est-ce que vous avez trouvé ce livre ? » Moi : « Ben, sur le stand Pré-aux-clers, où ils en vendent plusieurs » Lui : « Quoi ? Pourtant ils m’ont dit qu’ils ne l’éditaient plus et qu’ils avaient tout pilonné ! »

Bien, bien, bien, que dire dans ces moments là… je pense que l’éditeur à dû entendre parler de lui après ça, niark niark niark, et ne les appréciant que moyennement (non pas au niveau de leur production mais du personnel qui passait sur le stand à cette époque) ça m’a fait plutôt rire (c’était mon côté sadique de stagiaire en métiers du livre) !

Bon, pour en revenir au but de cet article, je continue de conseiller Wielstadt, et puis je vous conseille l’œuvre de Pevel en général, un coup d’œil (ou bien plus) ne vous fera pas de mal ! Pour tout vous dire, il a fait parti des seuls français finalistes pour le prix du David Gemmell Legend Award (un prix de Fantasy anglophone) pour sa dernière série chez Bragelonne, et bien que je ne l’ai pas encore lue, je pense que c’est mérité !

Donc voilà, maintenant je peux vous donner des adresses de tiotes librairies où acheter votre Pevel partout en France, pour faire vivre un auteur et puis des petits libraires qui ont besoin de votre soutien (bon vous avez tout à fait le droit de l’acheter dans les grandes surfaces, je l’ai bien fait, mais bon, pensez à la bonne cause !), notamment la librairie Scylla près de nation à Paris, ou bien l’Antre-monde près du Père-Lachaise ! Ou alors chez Album à Toulouse (avec ma libraire préférée, Cathy !), si vous ne le trouvez pas aussi chez Imagin’ères, rue Sainte Ursule. Voilà les amis, bonne lecture, et joyeuses pâques.


Et pour que vous soyez joyeux comme moi, et pour moi !, et parce que vivent les primes pour l'emploi ! Un peu de Mumford and sons.

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1 commentaire:

  1. J'adore tes anecdotes de rencontres d'auteur :)

    Le contexte du livre me plait, je le lirais sans doute. Et pour avoir lu les Lames du Cardinal (tome 1 seulement), ça vaut vraiment le coup aussi.

    Vive la fantasy française ! :)

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