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Le coeur cousu, de Carole Martinez

De coudre mon coeur s'est arrêté... (Certes)


Etagère d'un libraire des Orcades à Stromness :)




Avez-vous déjà connu ça ? Cette période, qui dure plus ou moins longtemps, où vos envies laissent place à un grand désert. Moi cela m’arrive de temps en temps, je passe deux ou trois semaines sans ouvrir un livre, alors que je crève d’envie de lire une bonne histoire et de me perdre dedans. Mais la tentation de rester dans le désert est plus forte, et je laisse mes bouquins prendre la poussière, le temps que ma motivation reprenne le pas sur tout le reste.

Sauf que là, ça a duré bien plus longtemps que prévu. Je me souviens d’un temps où je lisais en moyenne 2 à 3 livres par semaine. C’était un temps béni, je vivais pour lire ! Je lisais tout mon temps libre, je lisais en marchant, je lisais en cours, je lisais entre deux cours, je lisais en mangeant, je lisais peut-être en dormant, qui sait ? Ce qui ne m’empêchais pas d’avoir une vie sociale (oui parce que je vous vois venir : « ouais euh, et à part lire dans la vie tu fais autre chose ou bien… ? »)

J’ai laissé se déliter ce blog parce que ma moyenne de lecture depuis le mois de mai est passé à 2 livres par mois… ce qui paraît énorme pour certains mais dénote une grosse période de désert bien violente pour moi ! C’est un grave problème quand vous êtes libraires et que vous devez absolument lire pour travailler.

Mais je sens que depuis peu la folie de la lecture revient, elle fait sa rentrée littéraire pour moi. J’ai déjà repéré plein de livres qui me donnent envie de les dévorer (entre autres Room de Donoghue, Mingus Mood de Memlouk, La Répétion d’Eleanor Catton, ou bien En mémoire de la forêt de Powers –encore un Sonatine, tssss – sans compter toutes les éditions Eclipse, Bragelonne, Moutons Electriques, la Volte et autres de littératures de l’imaginaire que j’ai TOUT LE TEMPS envie de lire, mais ne peux pas lire… à mon grand désespoir), sans compter les livres de poche parus au mois d’août et les services de presses reçus que je vais pouvoir balader dans mon sac pour accompagner mes pérégrinations !

Bref je vais peut-être tenter de vous parler du peu de lectures que j’ai englouti cet été (si on peut appeler ça un été), et je vais commencer par… de la littérature française, figurez-vous.

« Diantre ! Non ! Que diable ! WTF ! Elle est tombée du côté obscur de la force ! » Je vous entends déjà vous exclamer, les yeux écarquillés, les joues gonflées, le visage cramoisi… non, il est vrai que je dénigre beaucoup la littérature française, pourtant j’en lis, et une fois sur trois (oui quand même faut pas déconner) je ne suis pas déçue.

Pour mes vacances en Ecosse, où mon sac minuscule de voyage ne pouvait pas contenir mon exemplaire de la Trilogie Berlinoise, j’ai décidé de prendre Le cœur cousu, de Carole Martinez. J’avais juste entendu dire que c’était bien, et vu les piles de poches disparaitre à une vitesse impressionnante dès sa mise en place sur table. Je me suis dis « bon allez, cette fois-ci on va faire confiance à la populace, même si la quatrième de couv’ est pas hyper ragoûtante, on va se lancer la-dedans » (oui je suis une libraire très arrogante par moment, et comme les libraires arrogants je n’aime pas les effets de masse et être influencée par les autres dans mes lectures. J’aime à croire que mon bon goût et moi sommes suffisants pour dénicher des perles à lire, et à bas les critiques et les bouches à oreilles, aucune originalité. Mais bon, je me soigne.)




Voilà donc que je commence ma lecture, et… mer…docul ! Ça fait plaisir de tomber sur un livre aussi agréable à lire ! Récemment, seuls les polars où la litté de l’imaginaire arrivaient à me déconnecter du monde réel, et encore… pas bien longtemps.

Ma (super) collègue Joëlle m’en avait parlé en me disant qu’elle trouvait vraiment sa plume et son univers intéressant, et qu’elle avait commencé Le Domaine des murmures, son tout nouveau bouquin. Comme le Cœur cousu lui avait beaucoup plu, elle en attendait beaucoup de celui-ci qui, au premier abord, ne tenait pas ses promesses. C’est à cet instant que je me suis dit « bon, allez, on va tenter le coup, ça fera un auteur français dans mon palmarès, et puis si c’est vraiment mauvais, je n’aurais qu'à m’en servir pour caler mon lit ».

Le Cœur cousu prend racine en Espagne. Soledad, dernière née des rejetons de Frasquita, nous raconte l’histoire de sa mère. Adolescente, et comme toutes les autres femmes de la famille, Frasquita reçoit une boite mystérieuse qui contient une magie ancestrale. De cette boîte, Frasquita héritera d’un don très particulier, celui de pouvoir sublimer tout ce qu’elle coud et reprise. De vieux chiffons et de tapis troués naissent les plus beaux atours de la ville, des robes de mariées splendides, du linge bien trop précieux pour une femme de sa qualité, ce qui lui vaudra d’être mise, elle, son drôle de mari et ses enfants au ban de la société…

Je ne vais pas trop en dire, cette histoire de magie ancestrale est le fil conducteur du roman, mais celui-ci est fait d’une succession d’histoires, teintées de magie et d’onirisme, mais au cœur d’une Espagne et d’une époque sans pitié. La manière dont Carole Martinez tisse son roman, comme son héroïne tisse sa magie, est un véritable bonheur pour la lecture. Sa plume poétique est toute en légèreté, et même les pires horreurs qui se passent dans le livre prennent une dimension magique.

Je m’attendais à lire encore un de ces romans  français nombriliste à souhait, lourd et dont l’histoire n’a aucune portée, et je me suis retrouvée catapultée dans cet univers que je vous conseille vraiment de découvrir.

C’est fou, en ce moment je découvre pas mal les talents hispanophones. Bon Carole Martinez écrit en français mais est d’origine espagnole (sans blague), le précédent à m’avoir marqué n’est autre que Leonardo Padura, écrivain de polars cubain, dont Les Brumes du passé est un petit bijou, aussi délectable que Le cœur cousu, mais dans un autre style (peut-être trouverai-je le courage d’en parler dans un autre billet), sans compter le talent qui ne se tarit pas de Munuera (Le signe de la lune) et Diaz Canales (Blacksad) avec leur BD dont j’attends le second tome avec impatience, Fraternity.

Bon, allez trêve de papotage. Mon long exil loin de Blogger m’a fatigué et je ne suis plus habituée à faire de si longs billets. Je vais vous laisser réfléchir à tout ça, en espérant que vous aurez le bon sens d’écouter les conseils de tata Guixxx, qui elle s’en va terminer son polar Hiver, de Mons Kallentoft, plus que jamais d’actualité au vu de l’été pourri de cette année 2011, qui ressemble plus à un automne tirant sur l’hiver.

A la revoyure.

Commentaires

  1. Content de voir que t'es de retour ! Et bon article :) j'attends le prochain de l'imaginaire !

    Et concernant l'été, ici on a passé le 3ème mois au dessus de 40° sans pluie. C'est un record historique ! Et c'est chaud, aussi.

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  2. Ah! dans les écrivains espagnols, on pourrait rajouter Carlos Louis Zafon (ok j'en ai déjà parlé...) Mais quand même!

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  3. Ruiz Zafon petit scarabé. J'en parlerai en temps et en heure, mais tu as bien raison !

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