jeudi 2 juin 2011

Farlander, de Col Buchanan

A vous l'antenne, Nelson !


Voilà longtemps que notre ami Vincent Texas Ranger ne nous a pas servi une critique de son royaume far far lointain, où les gens parlent la langue du hamburger.
Voici donc pour votre plus grand plaisir des nouvelles du correspondant américain, aussi appelé dans le south west Twentycents Multipleflus (qui, au passage, devait revenir cet été, et a réussi à se faire prolonger jusqu'en décembre, bastard)


"Il n’est pas évident de commencer une nouvelle lecture après la puissance hypnotique d’un Patrick Rothfuss, mais éventuellement il faut se retrousser les manches et s’y jeter en étant bien conscient que le contraste risque de faire mal, très mal.

Il est donc délicat de choisir quel auteur aura la lourde tâche d’être moins intéressant que mon héros à barbe longue. Pour ce faire, j’ai décidé de faire confiance aux éditions Bragelonne, qui avaient eu l’excellente idée de traduire Rothfuss et de présenter son livre comme la bombe de l’année.

Je me suis donc renseigné sur leur nouvelle bombe, celle de 2011, qu’ils présentent comme déchirant sa race. J’ai nommé Farlander, de Col Buchanan. C’est donc tout fier que j’ai commandé mon livre en ligne (note de la bloggeuse : WTF ?! Tu veux que je fasse un arrêt cardiaque ?! Have you lost your mind ispice de fou ??? Un livre s’achète en librairie voyons, même au pays des hamburgers. Non mais.), dans la langue de Shakespeare, avec l’idée de me la raconter lourdement auprès de mes potes français amateurs de fantasy « Quoooiii ? Tu n’as pas encore lu Farlander ?! Mais mon pauvre ami, c’est la bombe de l’année ! Je m’en fout que ça ne soit pas encore traduit, depuis quand c’est une excuse ?! ». Se faire détester est devenu tout un art.

Et par une belle mâtiné de printemps Texane (35°, des coups de soleils à tous les coins de rue), j’ai découvert dans ma petite boite au lettre un colis en carton d’une forme familière. Non, point un sex-toy ce n’était, mais bien le nouveau petit protégé Bragelonnien, à la couverture alléchante. On y découvrait un homme noir, recouvert d’une belle cape de même couleur, tenant en sa main droite un beau sabre brillant, et jetant à un mec hors champs un regard meurtrier dans une rue moitié médiévale moitié fantastique avec un bateau volant dans un ciel de cendres. (Je ne sais pas pourquoi j’ai perdu quelques précieuses minutes à vous décrire cette couverture sachant que Guixxx, en bloggeuse appliquée, va sans doute rajouter l’illustration.)

Bref, je tenais en mes mains l’objet de tous mes désirs (on parle toujours du livre). La première chose qui m’est apparu est qu’il était bien plus petit et léger que ma précédente lecture. Mais bon, si c’était du condensé de tuerie, ça m’allait (dans le sens littéral du terme, à savoir « ce bouquin est une tuerie », je préfère préciser car le sujet de l’histoire pourrait porter à confusion : y’a un assassin, un apprenti, des méchants, et des tueries.)

Le petit message de Glen Cook sur la couverture, auteur de La Compagnie Noire, m’a aussi rassuré. Si Glen Cook a aimé, ça doit valoir le coup. A moins que Glen Cook ne couche avec Col Buchanan, bien entendu.
...


L’introduction du livre est assez sympathique, même si l’auteur use d’un vocabulaire un peu plus sophistiqué que Rothfuss, et rend le tout plus dur à lire pour le francophone que je suis. Qu’importe, je m’y habitue rapidement, et apprécie la description de ce qui sera probablement notre personnage principal : Ash, un vieil assassin de 60 ans, qui à lui tout seul attaque une forteresse pour buter un roi barbare, uniquement accompagné de son arthrite (car ce con s’étant présenté comme un assassin venu trancher la gorge du chef, il s’est fait arrêter par les 40 gardes, déshabillé, et foutu dans un cachot de glace (ça se passe dans le pays de la glace)). Bon, d’emblé, je reconnais que je n’ai pas trop saisi la technique du personnage sur qui nous sommes sensé nous identifier. Disons que c’est pas forcément la méthode que j’aurais appliqué, préférant quelque chose de plus planifié.
Comme un plan, par exemple.

D’ailleurs ce couillon de Ash mourra presque de froid dans son igloo, les roubignoles à l’air, sans rien faire d’autre que se dire « j’vais sans doute crever ». Ce qui prouve qu’il n’avait pas forcément anticipé se faire jeter dans un cachot après avoir prévenu tout le monde de ses intentions belliqueuses. Ça doit être l’âge, on perd la notion de la réalité.

Il n’empêche que dans l’un de ses délires lié au froid, Ash parle à son vieux mentor, à qui il promet de prendre un apprenti (ce qu’il n’a jamais fait, et qui est bien dommage car c’est le meilleur assassin (dites « Roshun ») de tout l’ordre) si son vieux pote accepte de l’aider. Ce dernier accepte, et comme tout bon délire qui se respecte, disparaît quand notre héros reprend peu à peu ses esprits. Loin de se penser arnaqué, Ash va à présent se concentrer sur son évasion (« il était temps ! » me direz-vous, ce à quoi je rétorquerais « …oui ».)

Sur des détails que je vous passerais, Ash arrive bien sûr à s’évader et à étriller la horde de barbares, le tout toujours à poil, et sans montrer le moindre signe de fatigue. Mmh. Mouais. Certes c’était assez jouissif, mais pour ce qui est du côté réaliste, on reviendra. Ceci dit il aurait été assez étrange de buter le héros dès l’introduction. Quoi que quand on voie la présence de ce dernier dans la suite du bouquin, et son manque de charisme, on se dit qu’en fait ça n’aurait peut-être pas été plus mal.

J’exagère bien sûr, mais la suite du livre ne relève pas vraiment le niveau. L’histoire se passe dans un empire gouverné par une secte d’abrutis assoiffés de pouvoir et de sang, qui font le siège d’une forteresse dans laquelle un jeune homme (parmi des milliers) est entrain de crever de faim. Nico. Ce dernier va faire la connaissance d’Ash dans des circonstances douteuse, et le vieil homme va aussitôt en faire son apprenti, sans donner de raison. Et quand ces dernières viendront enfin, elles paraitront plus fumeuses qu’autre chose. M’est avis que le vieil homme avait besoin d’un peu de compagnie, si vous voyez ce que je veux dire. Lui, il commandait pas des livres sur internet.
(NDLB : et je dis : grand bien lui fasse, tssss ! Moi énervée ? Pas du tout.)

Sans plus d’explications, nos deux personnages s’en vont rejoindre le monastère où Nico sera formé pour devenir Roshun. C’est classique, mais les classiques sont souvent efficaces. C’est pourquoi ce sont des classiques, en fait. En lisant ce livre je m’attendais à y trouver une relation intéressante maitre/apprenti, comme de nombreux auteurs ont toujours réussi à retranscrire. Mais en fait, ici, non.

Ash ignore Nico la plupart du temps, et ce dernier, un peu agaçant et incapable, n’offre pas plus d’intérêt. Du coup on les accompagne, et leurs petites aventures à elles seules apportent de l’intérêt au récit, mais qu’il est dur de rester attentif quand on en a rien à péter des personnages principaux ! Entre le gamin qui se plaint tout le temps et le vieil autiste alcoolique, bonjour…

Je pense que Col Buchanan a voulu ici faire des personnages plus « crédibles », que nous pourrions rencontrer dans la rue (mis à part le côté meilleur assassin du monde), mais dans ce cas il aurait vraiment dû les travailler, nous dire ce qu’ils pensaient, ressentaient, et développer cette étranger relation qu’ils entretiennent au lieu de simplement dire « Ash ignore Nico, Nico a les boules ». Il faut aussi savoir que lorsqu’on lit un bouquin d’aventure, c’est aussi pour s’évader avec des personnages couillus (si vous me permettez l’expression), qui ont une personnalité de ouf, qu’on peut prendre en exemple ou admirer, ou qu’on déteste profondément. L’indifférence est rarement un facteur d’intérêt…

L’apprentissage de Nico reste quand même l’un des moments intéressant du récit, comme dans tout récit où un novice va apprendre des trucs et devenir meilleurs. Sauf qu’à l’inverse de Kvothe dans Le Nom du Vent et The Wise Man’s Fear, Nico n’est pas super doué, et on est souvent un peu frustré qu’il n’arrive pas à se démarquer des autres. On a envie de lui tapoter l’épaule et lui demander gentiment quand est-ce qu’il va déchirer sa race, mais je crains que sa première réaction serait de bouder en disant qu’il veut rentrer chez lui, ce qui n’aiderait pas trop son cas.

Le principe de l’ordre des Roshuns est simple : Ils offrent un service de protection. Pas en tant que garde du corps, mais en tant que grande puissance crainte. Qui achète leurs services se voit offrir un médaillon, et ce dernier prévient toute personne de mauvaise intention que s’il ôte la vie de leur protégé, un Roshun viendra à son tour buter le malandrin.

Et bien entendu, le fils gâté de l’impératrice de la secte des abrutis va s’en foutre et massacrer une pauvre jeune fille. Et bien entendu c’est Ash et Nico qui vont se charger de la mission, considérée de suicide. Vous remarquerez que les personnages sont très manichéens : Les méchants sont super méchants, abusent de leur pouvoir, et n’ont (assez tristement) aucune classe. On les méprises plus qu’autre chose. Les gentils de leurs côtés sont super gentils (Nico est l’innocence même…) mais manquent également de charisme et de classe. Ce sont des héros fades.

J’arrête ici la description de l’histoire pour laisser aux lecteurs la chance de la découvrir eux-mêmes. J’ajouterai simplement que Col Buchanan se nourri de clichés lourds, et que lorsqu’il en utilise de plus sympathiques (voir même de bonnes « idées » !), il s’applique à les briser et à nous laisser frustré que l’histoire ne prenne pas un tournant plus intéressant. Je pense que la sensation recherché était « Ouaaah il a osé faire ça, balaise le mec ! » et qu’au final j’ai plutôt ressenti «  Non, il va pas faire ça… ça serait complètement con… non, il peut pas, il va pas oser… Il va p… et merde. »

Cela aurait pu passer si son style d’écriture avait compensé, mais malheureusement on sent qu’il débute, et rares furent les moments où je me suis arrêté devant une chouette phrase pour la relire, et encore plus rares ceux qui m’arrachèrent un petit rire. C’est dommage, mais c’est un premier livre, donc pardonnable. En revanche on sent que le mec a des idées, ses prochains bouquins, si plus travaillés, pourraient vraiment donner quelque chose. Mais avec Farlander, je suis vraiment resté sur ma faim, et pire que ça : j’étais en colère une fois le livre fini, tant la tournure de l’histoire m’a déplu.  

Je reste assez intrigué par l’idée de Bragelonne de l’annoncer comme livre de l’année. Ça ne fera rien d’autre que lui nuire auprès des lecteurs confirmés recherchant des coups de cœurs. Farlander peut être une chouette histoire, qui pourrait être conseillée par un pote de la manière suivante « bah si tu aimes les histoires d’assassins tu devrais essayer Farlander, c’est pas une tuerie mais ça se lit bien. » Mais de mon avis c’est vraiment une erreur de le conseiller comme le successeur de Rothfuss. A moins que Farlander ne soit vraiment LA sortie de l’année, mais ça serait bien triste.

Au final sa « réputation » l’a desservie et lui aura valu un article peut-être un peu trop pimenté sur le blog de notre cher Guixxx. Mais soyons honnête, les idées du livre sont bonnes, même si reprenant des clichés, mais le style d’écriture et le manque de développement des personnages n’aurait jamais entrainé une quelconque critique positive de ma part.

Enfin bon… si vous aimez les histoire d’assassin vous devriez essayer, et à l’inverse de Bragelonne, le fait de lire cet article détruire ce livre vous donnera peut-être une bonne surprise à la fin, en pensant qu’après tout il n’était pas si mal ce bouquin. Peut-être.

C’était Vincent D. depuis Austin, Texas. Je rends la plume."

La couv' française à paraître

Rendez-vous sur Hellocoton !

2 commentaires:

  1. Mais je connais pas de librairie sympa à Austin ! C'est juste de gros trucs type la Fnac ! Et pis ici la différence entre le prix en librairie et en ligne est VRAIMENT différent. Les deux Rothfuss que j'ai acheté à Houston ont vraiment fait mal (mais bon, ça valait le coût :p mais si j'avais payé plus cher pour Farlander, je crains que j'en soit ressorti plus frustré après avoir lu l'histoire.)

    Mais t'inquiète pas, dès mon retour en France je reprendrais les bonnes habitudes ;)

    RépondreSupprimer
  2. mince, me voila refroidi...pas grave, il me reste encore trois tomes de l'arcane des épées à finir ;)

    RépondreSupprimer