mercredi 18 mai 2011

Alcool, de Poppy Z. Brite

La petite cuisine du diable et autres histoires


Mes doigts sont fatigués. Ils ont passé plusieurs jours à visser des « bitonios » Ike* dans des planches de bois pourries pour meubler mon super nouvel appartement. Mon corps entier est un hématome, et mes mains crient grâce. (« Grâââââce ! ») Malgré tout je vous écris. Je mets toute ma volonté pour les faire bouger, parce que mon cerveau (intact puisque non engagé dans le montage de meuble suédois) demande à vous parler.

Vous l’aurez compris j’étais donc occupée à déménager. Aujourd’hui l’emménagement a pris forme, et l’appartement est presque (presque) entièrement viable. Le plus important étant que depuis dimanche soir je peux faire à manger. Ca va de manger des légumes, du saucisson et des chips pendant 5 jours, mais un repas chaud c’est mieux... Ce qui est compliqué quand vous n’avez ni poêles ou casserole (bien que vous ayez des plaques de cuisson), ni micro-onde ou four. Et donc hier j’ai débauché deux jeunes et naïfs amis à moi pour m’aider à monter mes meubles (quelle affaire j’vous jure. A trois pour comprendre ces satanés notices Ike*, ça nous a pris 4 heures pour monter mon ensemble Aspelund). 
Pensez donc que les deux gaillards avaient faim après tant d’efforts. Et me voilà à préparer mes premières pates bolognaise dans ma super cuisine toute neuve.
Eh ouais, c’est ça la classe.

Parlons de chats célèbres : ici, les chats de l'auteur
Poppy Z. Brite qui, elle, comprend ma fol... mon entreprise.
« Mais où veut-elle en venir ? » Je vous entends soupirer dédaigneusement de sous ma couette bien douillette ! 
En fait, je ne sais pas trop. J’avais juste envie de raconter un peu ma vie.
Un peu de Guixxx quoi.
Mais penser à mes pâtes bolo, ces pates dont j’avais fini par rêver depuis que j’ai retrouvé l’appétit, m’a fait penser à l’un des livres de ma bibliothèque qui m’a le plus fait baver d’envie. Encore d’une de ces petites trouvailles qu’on est heureux de découvrir, un bon livre dont la confidentialité frôle l’indécence, j’ai nommé Alcool, de Poppy Z. Brite

Vous connaissiez Apollinaire et son recueil de poésie du même nom… (tiens, pour le fun citons quelques vers qui me sont restés de mon fou cursus littéraire ! :

« La lumière est ma mère ô lumière sanglante

Les nuages coulaient comme un flux menstruel »

« Ta mère fit un pet foireux

Et tu naquis de sa colique »


Ah que j’aime la poésie !) …mais voilà tout autre chose avec Poppy Z. Brite. Connue pour ses romans d’horreur et de fantastique d’inspiration gothique, elle a sorti cette petite perle dans un style complètement différent en 2004 aux USA (Liquor en anglais) avant d’être éditée chez nous par la fabuleuse maison d’édition Au Diable Vauvert en 2008.



Alcool prend place à la Nouvelle-Orléans où nos héros, Rickey et G-man, sont tous deux cuistots dans de petits restaurants. Après avoir traînés la savate en cuisine pendant des années, ils ont l’envie de créer leur propre popote. Mais pas n’importe laquelle, ils veulent ouvrir un restaurant qui serait vraiment représentatif de la Nouvelle-Orléans et de ses habitants. Naît alors une idée originale et innovante, car quoi de mieux pour représenter la Nouvelle-Orléans que d’unir deux de ses ingrédients les plus connus : la bonne bouffe et l’alcool. Ils vont donc établir une carte entièrement composée de plats arrosés de différents alcools, et comme tout succès et tout savoir-faire suscite l’envie et la jalousie, ils vont aussi devoir faire face à ceux qui voudraient bien leur mettre des bâtons dans les roues. Et ils sont bien plus nombreux et tordus que ce qu’ils pouvaient imaginer.

J’ai le souvenir d’avoir salivé toutes les deux pages durant la lecture de ce roman. Si j’avais un quelconque talent en cuisine (et une cuisine vraiment bien équipée) peut-être que je pourrais me permettre de tenter les expériences fabuleuses qui sont décrites par Brite. L’auteur étant mariée au chef renommé DeBarr depuis un certain temps, les plats sont décrits de façon exquises et on peut se douter que son époux lui a soufflé des recettes de son propre cru, que – diantre ! - j’aimerai fort goûter ! Et voilà donc une visite guidée des cuisine de la ville qui se targue d’avoir la meilleure gastronomie au monde (non mais, aux Etats-Unis, voyez-vous ça, ils se prennent pour qui ceux-là ? Oui parfois je suis un peu chauvine.), que l’on suit avec grand plaisir, le ventre gargouillant et la bave aux lèvres. Mais Alcool n’est pas qu’un roman gastronomique.

C’est d’une part une ode à la Nouvelle-Orléans (qui a bien souffert seulement un an après la parution du roman), à ses traditions et à ses habitants. Poppy Z. Brite aime sa ville, et elle retranscrit avec brio son atmosphère toute en nuances, moite et imprégnée de chaleur, son côté festif et convivial, son aspect lumineux et sa part d’ombre.
Elle dit tirer son inspiration de l'oeuvre de John Kennedy Toole, auteur de l’extraordinaire (et totalement improbable) roman La conjurations des imbéciles, lui aussi amoureux de la Nouvelle-Orléans et qui en brosse un portrait extraordinaire et impitoyable dans son livre. (entre nous : si vous ne connaissez pas La conjuration des imbéciles, c’est un classique à lire, d’un genre inqualifiable, avec le personnage littéraire le plus détestable – imbouffable, ha ha ha !-, mais aussi le plus incroyable au monde : le tristement célèbre Ignatius).

C’est d’autre part un roman rythmé comme un polar. Mixez gastronomie, alcool, scandales, meurtres et cocaïne, le tout parsemé de personnages décalés aux dialogues incisifs et teintés d’humour, et vous obtenez un cocktail ébouriffant de sensations.

Vous l’aurez compris, si vous n‘avez plus rien à vous mettre sous la dent, dégustez-le sans modération, parce que c’est un véritable bonheur gustatif ! (bon je vais arrêter avec les expressions culinaires, ça craint du boudin) Et moi j’attends toujours le troisième tome de la trilogie –car c’en est une ! - avec impatience. A quand la traduction, nom d’un petit bonhomme de pain d’épice ? Le second opus « La belle rouge » avait été publié seulement un an après Alcool, mais nous sommes en 2011 et aucune Poppy en vue !
Je vais sombrer dans le désespoir.

En attendant, j’ai donc tenté de lire les autres œuvres de Poppy. Je n’en ai finalement fini qu’un seul, bien qu’une bonne partie de sa bibliographie orne la bibliothèque Expedit du salon. Il s’agissait d’Ames perdues, l’un de ses premiers romans.
Et effectivement, les précédents romans de Poppy ne sont pas aussi bon enfant que Alcool (si tant est que drogue, sang et alcool soient bon enfant, mais à côté d’Ames perdues, Alcool c’est aussi trash que les Bisounours). On dit d’ailleurs de Brite qu’elle est l’une des auteurs du mouvement Splatterpunk, un mouvement de littérature fantastique et d’horreur que je ne connaissais pas jusqu’à il y a peu, et qui, à l’image du Cyberpunk et du Steampunk s’inspire du mouvement punk pour influencer la littérature. Imaginez donc des romans d’horreur et de fantastique avec des héros asociaux et tarés, presque des sociopathes, et des scènes de violences très crues.

Un portrait de Poppy

Ames Perdues était dans ce goût là. D’autant plus que les héros du roman sont des vampires, êtres désespérés prédestinées à la violence et à une certaine tendance au gore.
Autant vous dire que le reste de son œuvre m’a moins convaincue. On m’a conseillé ses nouvelles réunies dans La petite cuisine du diable, qu’il faudrait que je me décide à lire (mais ma liste de livres à lire est tellement longue que j’ai été obligée de finir de l’écrire sur mon bras par manque de papier !).

Mais si on me dit demain que le dernier Poppy Z. Brite est sorti, je n’hésite pas à me jeter dessus, moi j’vous l’dis mes braves lecteurs, je n’hésite pas !


Sur ce je vais aller me couper du saucisson en écoutant Sidney Bechet tiens.

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3 commentaires:

  1. a ouiii j'avais oublié tu avais fait un exposé génialissime sur ce livre,ça m'avait donné envie de le lire,ça m'est sorti de ma tête de linotte,et là j'ai re-envie!
    Marianne

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  2. Du saucisson... mmmh... j'avais oublié que ça me manquait.

    Le bouquin a l'air très sympa, surtout s'il est parsemé d'humour comme tu dis. Et puis ça parle de bouffe, et moi la bouffe, bah ça me parle.

    A lire donc.

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  3. Tu devrais prendre le temps de lire "Petite cuisine du diable" si ce n'est déjà fait. C'est un recueil de nouvelles très intéressantes et émouvantes, plus loin d'un autre recueil plus attirés vers des nouvelles aux influences sexuelles gays (Self-made-man). Je te conseil aussi vivement la lecture du Corps Exquis, un pur chef d'oeuvre mais tout de même très trash étant donné qu'il s'y trouve meurtrier, cannibales et scènes explicites de sexe, encore une fois gay. Mais il est tellement merveilleux T^T .

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