Accéder au contenu principal

L'épouse de bois, de Terri Windling

Do androids dream of electric Sheep ?


Cette image sans rapport avec l'article fait partie de mon projet de
propagande : "nous voulons des chats en librairie"


Le web est un outil merveilleux ! En ce moment je surfe tranquillement sur le net (tranquillement est un bien grand mot sachant qu’un monstre apparenté à la race des félidés s’excite dans mon appartement autour de moi depuis dix minutes sans me laisser de répit, je préparerai bien un ragoût de chat ce soir), et je regarde les parutions littéraires. Vous savez, celles que je ne peux pas voir en librairie parce que ça ne fait pas (encore) partie de mes responsabilités (je compte bien les acquérir, à coup de serpe s’il le faut !), et que je découvre donc avec frustration et joie après parutions. Bref, cet outil fantastique qu’est le net me permet de voir à l’avance ce qui va orner les tables de la librairie dans les mois à venir, la plupart pour disparaître tout aussi vite, mais ceci est une autre histoire.

En ce moment je me concentre essentiellement sur un rayon que je suis forcée d’abandonner ces temps-ci, et croyez-moi j’en suis vraiment affectée, j’annonce : la fantasy et la science-fiction, bien entendu. Cantonnée en jeunesse, je lis pas mal de  littérature pour ado, et histoire de rester à jour et polyvalente, je lis quelques extras dans d’autres rayons : polars, littérature étrangère, BD, et de temps en temps un petit bouquin de SF… mais pour mon gros appétit de ce genre littéraire, un petit bouquin n’est pas assez ! Je rumine ma frustration lorsque je lis les listes de prix consacrés aux littératures de l’imaginaire qui vont être décernées cette année pour une raison : sur 25 livres je n’en ai lu que 3, et ce n’est pas normal !

Ce début d’année 2011 commence donc très pauvrement pour moi de ce côté-là, et ça m’énerve fortement. Je me remémore avec  nostalgie les bonnes années où je dévorais des séries entières dans mon lit à la lueur d’une lampe de poche, ou bien celles où je piochais allègrement dans les nouveautés sur la table SF de ma librairie pour ensuite les défendre avec ferveur à force de petits mots et de réels conseils clients ! C’était un véritable bonheur.

Donc, aujourd’hui, je flaire mes futures proies. C’est en quelque sorte une première sélection des livres que je compte acheter une fois le compte en banque renfloué (vivement la semaine prochaine) et le boulot stabilisé. En attendant, je me contente de ma bibliothèque actuelle, déjà bien fournie, et heureusement encore approvisionnée par ma moitié, lui aussi libraire.

Il y a d’ailleurs sur l’une des étagères un livre qui me fait de l’œil, que j’aimerai relire, un livre au pouvoir attractif impressionnant. Mais je me dois de résister : je n’ai pas le temps de relire un livre, être libraire veut dire vigilance constante sur les nouveautés, être sans cesse à l’affut d’un nouveau talent, être à jour sur les livres posés sur les tables, parce que c’est sur ceux-là qu’on va vous poser des questions.

Ce livre s’intitule l’Epouse de bois, et à mes yeux il fait figure de pure chef d’œuvre. Vous n’en avez jamais entendu parler ? Quoi de plus normal, encore l’une de ces perles que personne n’a mis en avant, et que j’ai découvert avec plaisir. Alors, je vais vous faire une session de rattrapage, en espérant vous séduire...

L’Epouse de bois (« The wood wife ») est un roman écrit par une figure de la littérature américaine renommée, Terri Windling. Peintre, dessinatrice, écrivain, éditrice de fantasy reconnue, il s’agit de son premier roman traduit en français. Pour cela il faut remercier André-Francois Ruaud et sa maison d’édition encore trop confidentielle Les moutons électriques.

Comment peut-on mourir noyé dans le lit d’une rivière asséchée du désert de l’Arizona ? C’est la question que se pose Maggie Black, à propos de l’étrange décès du célèbre poète David Cooper, avec lequel elle correspondait depuis près de vingt ans sans jamais l’avoir rencontré. Sa surprise est d’autant plus grande lorsqu’elle apprend qu’il lui a laissé tout son héritage dans son testament. Ces deux mystères vont pousser Maggie à aller s’installer quelques semaines dans la villa du vieux poète, officiellement pour trier des papiers, mais surtout pour découvrir le sens de cette histoire.

Terri Windling
Jamais je n’avais lu de roman de fantasy situé dans les plaines arides et désertiques de l’Arizona, et Terri Windling réussit cet exercice avec beaucoup de style. Une fois le roman terminé, ma première envie à été de partir en voyage pour voir de mes propres yeux les gigantesques forêts de saguaro, les cactus géants du désert de Sonora. Comme Maggie Black, on entame le roman en se disant que rien n’est pire au monde que d’aller s’enterrer dans le coin le plus désertique des Etats-Unis, où la nature est sauvage et sèche, et la population presque inexistante, mais c’était avant de lire les descriptions de paysage que l’auteur en fait. La force de l’œuvre de Terri Windling est certainement de mêler au sein de cet univers au premier abord pauvre et stérile, l’imaginaire débordant de la culture indienne et la mythologie celtique. Car vous vous en doutez, la mort de David Cooper n’est pas naturelle, et le personnage de Maggie Black va tomber sur de nombreux éléments étranges au cours de sa discrète enquête. Quelle créature saccage la maison durant chacune de ses absences et dans quel but ? Pourquoi les voisins et amis de Cooper refusent de parler de son ancienne femme, cette artiste peintre surréaliste qui s’est donné la mort de nombreuses années auparavant ? Et quelle étrange magie la retient ici, comme si elle avait quelque chose à accomplir ?

Au fil du roman, Maggie recompose la vie du vieux poète, le texte est parsemé de la correspondance de Cooper avec de grands noms de la littérature, notamment Henry Miller, Neruda ou Anaïs Nin, et fait référence à de grandes figures de l’art dont Terri Windling s’est inspirée pour créer son œuvre. Il s’agit plus particulièrement de Brian Froud, peintre de « féerie » britannique, avec lequel Terri Windling travaille beaucoup (il a notamment collaboré dans son travail sur la réalisation des films Dark Crystal et Labyrinth). Une peinture de Brian Froud illustre d’ailleurs la couverture de l'édition française de l’Epouse de bois, et serait celle qui aurait inspirée à l’auteur l’histoire du roman. Alors je dis merci Brian Froud, continuez s’il vous plait d’inspirer Terri Windling de cette manière, parce que j’attends avec grande impatience qu’elle se mette à l’écriture d’un second roman qui, je l’espère, sera aussi beau et fantastique que le premier !




En attendant, je scrute avec circonspection les parutions récentes de fantasy en espérant trouver rapidement un texte qui me fera autant d’effet que celui-ci, vous savez le genre du texte qui vous happe et dont vous n’arrivez pas à sortir même une fois le livre terminé. L’Epouse de bois fait partie de ceux-là.

Pour les curieux de parutions de fantasy : www.fantasy.fr
Pour les curieux des travaux de Terri Windling :
http://www.terriwindling.com/
Pour ceux qui veulent voir les géniales parutions des Moutons électriques : http://www.moutons-electriques.fr/index.php

P.s : pour la petite anecdote, Les moutons électriques vient du titre original de l’un des romans de de Philip K. Dick : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques, qui n’est autre que l’une des œuvres majeures de Dick que vous connaissez tous : Blade Runner ;)


Eh hop, parce que je l'écoute en ce moment, et que non Queen n'est pas Has Been, c'est vous qui l'êtes, d'abord :





Commentaires

  1. Les déserts de l'arizona sont magnifiques, en particulier lorsqu'ils sont parsemés de ces grands cactus. J'avais peur de m'ennuyer en voiture, mais franchement, c'est resté magnifique du début à la fin.

    Ajoute à ça un couché de soleil dément...

    Bref, n'hésite pas à y aller un jour satisfaire ta curiosité de libraire ;)

    RépondreSupprimer

Enregistrer un commentaire

Posts les plus consultés de ce blog

Édification d'un rêve, ou la librairie fantastique.

Dessin de Tom Gauld Combien de fois dans mon entourage (le peu qui lisent mes chroniques en diagonale) m’a demandé quels étaient ces plans « top secrets » dont j'ai fait état dans plusieurs de mes billets. Ceux qui m'ont posé la question sans détour ont obtenu l'information claire et définitive que je partage avec vous ici : je veux créer ma boîte. Je vous ai déjà parlé avec nostalgie et envie de mes rêves. Depuis mon adolescence je fantasme sur cette possibilité. J’ai vécu dans le rêve brumeux et cotonneux de posséder ma propre librairie. Je l’ai imaginée, décorée, rempli et re-imaginée des centaines de fois. Parfois elle ressemblait à l’ancien local de la librairie Imagin’ères à Toulouse, une toute petite pièce au plancher craquant et aux étagères ployant sous des rayonnages de livres de SF, la musique de Loreena McKennit se mêlant aux effluves de patchouli. Parfois elle ressemblait au Forbidden Planet de Londres, gigantesque, fournissant profusion de Bds

La singulière tristesse du gâteau au citron - Aimee Bender

Ça fait un bout de temps que mes doigts n’ont pas effleuré le clavier. Je me laisse aller les amis. Pourtant j‘en ai des choses à raconter, mais bon, que voulez-vous, je passe trop de temps dans mes pensées et dans mes livres, ou bien à gratter le bedon du félidé. Tenez récemment j’ai lu un livre au titre plus qu’improbable, La singulière tristesse du gâteau au citron aux éditions de l'Olivier. Non, ce n’est pas Katherine Pancol, mais je vous accorde qu’elle aurait pu être l’auteur de ce titre fantaisiste. Nous n’oublierons jamais Les yeux jaunes des crocodiles , La valse lente des tortues , mais surtout le fameux Les écureuils de Central Park sont tristes le lundi (et seulement le lundi, car Katherine Pancol détient une vérité ultime et dérangeante de la vie des écureuils New-yorkais). L'auteur se nomme Aimee Bender, et ce quatrième roman génialissime est celui qui l'a fait connaître outre-Atlantique. Mais allez plus loin que le titre, et plus loin que ce

Les visages, de Jesse Kellerman

Des Visages et des Cracke Il y a seulement deux semaines, je montais ma nouvelle bibliothèque Expedit de chez Ike* toute seule ! Non, le félidé n'a toujours pas de pouces opposables et n'en branle pas une ramée pour monter nos meubles,  sur lesquels il adore se prélasser, au passage ! Crénom j’en étais fière. Il faut considérer que j’avais passé ma semaine à déménager, empaqueter, porter des cartons, monter des meubles, pousser des meubles, bref mes petits muscles étaient déjà en souffrance. J’ai donc monté cette bibliothèque seule, moi petit être frêle, (je dis Shu* u* aux mauvaises langues qui pensent déjà « pfff vas-y trop facile moi j’t’en monte 10 quand tu veux là ! » ouais ben allez-y, ça fait mal aux mains d’enfoncer des petits bitoniaux en bois à fond !) parce qu’il fallait bien que je case mes derniers cartons de livres. Ils trainaient par terre, et je déteste ça (au contraire le félidé avait élu domicile dans les cartons, la truffe enf