mercredi 16 novembre 2011

Violences et aventures pour les jeunes hommes et femmes éduquées

J’ai vécu un choc psychologique il y a peu. Rassurez-vous je m’en remets ! Difficilement, mais je m’en remets. Ce choc a été causé par un événement d’une grande importance (relative pour certains, je le conçois), j’ai nommé : Les Utopiales de Nantes.

Mais qu’est-ce donc que cela ? 
*mise en route de la bobine* Les Utopiales est un festival international de science-fiction, créé par Bruno della Chiesa au Futuroscope de Poitiers en 1998. Le nom d'origine du festival, "Utopia", a été suggéré par Christian Grenier en 1997…*arrêt de la bobine* 

Bon, vous voulez en savoir plus ? Allez sur leur site internet >ici<. Pour faire court, c’est un festival dédié à la Science-fiction ainsi qu’aux différents genres de l’imaginaire (fantastique, fantasy…) qui prend aujourd’hui place durant quatre jours (le week-end du 11 novembre généralement) au Palais des congrès de Nantes. Bien entendu, une grande partie du festival est dédiée à la littérature, mais aussi aux films de SF, aux jeux vidéo et aux jeux de rôles.



Cette année était donc la 12ème édition des Utopiales et pour la première fois de ma vie j’ai pu y aller et m’immerger complètement dans cet univers que j’adore.

J’avais testé l’an dernier son grand concurrent, les Imaginales d’Epinal, deuxième festival de littératures de l’imaginaire de France, peut-être plus axé sur la Fantasy et un peu plus bucolique et convivial.

J’ai été impressionnée par l’ampleur du festival de Nantes, en fait. D’une part, c’est la première fois que je mettais les pieds à Nantes, alors j’étais toute excitée ! D’autre part, j’y allais en voiture avec mon ancienne collègue et amie A., son marie G. et C., tous libraires et tous d’excellents compagnons de voyage, et l’expérience promettait d’être encore plus sympa.  Donc, après un arrêt Quick qui nous a tous retourné le bide et cinq heures de route, nous sommes arrivés à Nantes, frétillants d’espoir – et légèrement décontenancés par le nombre improbable de ronds-points que comporte la ville de Nantes, encore plus tordus et vicieux qu’à Colomiers- et prêts à entrer, le port altier et le cœur léger dans le palais des congrès de Nantes.

Le seul hic est que je n’avais pas le port altier ni le cœur léger en arrivant : j’avais comme une idiote envoyé ma demande d’accréditation professionnelle pour rentrer gratuitement dans le salon un jour trop tard, et je me retrouvais à faire la queue dehors avec cent cinquante autres personnes pour payer mes 7.5€ par jour plein tarif. La loose.

C. était comme moi, et n’avait pas l’air plus malin. Heureusement, A. et G., nos bonnes fées, ont trouvé un plan de secours, et les deux jours suivants, grâce à leurs relations dans les hautes sphères du monde du livre, nous avons pu avoir des pass professionnels (et ainsi économiser de l’argent qui serait plus tard réinjecté dans des achats impulsifs de livres, naturellement).

Et diantre, quel édifice que ce Palais des congrès ! Pour l’occasion, la librairie et maison d’édition l’Atalante, organisatrice du festival, avait monté la plus grande librairie SF éphémère du monde avec plus de 25000 références de livres (>_<). Un véritable bonheur !

Le thème du festival cette année était l’Histoire(s) et proposait de nombreuses rencontres avec des auteurs de SF, des scientifiques et des intervenants du monde du livre. Pour nous mettre dans le bain, nous avons assisté à notre première table ronde le vendredi : Sf versus Histoire. Bon. 
L’organisation des tables rondes n’est pas toujours au point. Je veux bien croire qu’il est difficile d’être modérateur d’une table ronde, mais lorsqu’une conférence tourne en rond, que personne ne comprend grand-chose à l’intitulé du sujet (décliné sur quatre jours en dix conférences qui comportent plus ou moins le même sujet… allez comprendre) autant au niveau des intervenants que du public, ben ça donne des choses assez bancales et pas tout à fait satisfaisantes.
Sur la dizaine de conférences auxquelles j’ai assisté, peu m’ont vraiment passionnée alors que les sujets étaient parfois très intéressants et retenaient toute mon attention. En l’occurrence, les trois meilleures tables rondes auront été pour moi : Arthur un cycle réinterprété ? ; Les histoires de fin du monde ; et surtout La fantasy face à l’histoire. Bon, je sais que vous vous en foutez pour la plupart comme de votre première grenouillère, mais sachez donc que ce fut fort intéressant et que j’étais bien contente.

Les auteurs présents en conférences était l’autre moitié du temps en train de dédicacer dans la librairie (ou bien en train de se souler la gueule avec des verres de champ… coca. Voyons, on sait tous que les auteurs – éditeurs- libraires sont des gens sérieux.) et j’ai ainsi pu glaner des dédicaces pour quelques personnes de mon entourage, qu’elles recevront en temps et en heures !

Etaient donc présents les auteurs chouchous, toujours présents en festival mais qu’on aime toujours revoir : Pierre Pevel, l’auteur de la trilogie de Wielstadt dont je vous ai déjà parlé (>ici< voyons !), Pierre Bordage, l’un des fondateurs du festival, Roland C Wagner, couronné du grand prix de l’imaginaire le samedi soir pour son roman Rêves de gloire chez l’Atalante, le très sympathique Laurent Genefort, de fantastiques auteurs et illustrateurs comme Jodorowsky, Didier Graffet, Alex Alice ou Alexis Briclot, et surtout des artistes internationaux que j’étais toute émoustillée de voir ! : Glen Cook, James Morrow, Ian Macdonald, Norman Spinrad ou encore David Lloyd, créateur de V pour Vendetta.

Les planches originales de V pour Vendetta exposées à l'entrée !

Bref, que du beau monde quoi. Encore plus chouette quand on vous embarque en backstage boire une coupe de champagne avec l’équipe du festoche, le tout accompagné de petits fours onctueux.

Bon, étant d’une timidité crasse, je suis restée avec les têtes connues, et je n’ai pas franchement cherché à me faire une place dans ce petit monde. Cela viendra au moment voulu, pour l’instant je ne suis que simple observatrice, et heureuse d’être entourée de passionnés du même univers que moi

De leur côté A. et G. m’ont tenu compagnie à leur rythme. G., plus intéressé par l’aspect audiovisuel du festival, pourrait mieux décrire que moi les films –longs et courts métrages – présentés au festival, dont l’un des gagnants du grand prix, le film Endhiran – Robot The Movie,  est un Bollywood de Science-fiction qui devrait ravir les fans de sensations fortes et d’éclats de rire. Néanmoins j’ai assisté aux projections des courts-métrages, parfois truculents, parfois nuls à chier, et à un petit documentaire canadien étonnant que je conseille fortement : How to start a country.

Bon, mes deux véritables coups de cœur de ce long week-end auront surtout été la découverte de Nantes, que je suis allé visiter une matinée, et l’exposition de Greg Broadmore, auteur de la BD Docteur Grodbort présente : Victoire
chez Milady, et surtout artiste de grand talent !




Il faut préciser que l’un des aspects marquants du festival aura été l’omniprésence d’un genre qui atteint en ce moment sa vitesse de croisière, j’ai nommé le Steampunk (une science-fiction qui s’inscrit dans un univers calqué sur le XIXème siècle, les héritiers de Jules Verne et de Wells quoi). Le plus étonnant étant l’esthétique très marquée et très belle du genre, qui connait un succès fou dans le monde de la mode. Une association de fans se promenait donc en habits Steampunk dans les couloirs du festival, et était en parfaite adéquation avec les œuvres de Greg Broadmore.


Les toiles, sculptures et reproductions exposées étaient juste splendides. Par respect pour l’auteur, je n’ai pas fait un Grodbort Basket, bien que l’envie m’ai démangé toute la journée du dimanche de m’emparer d’une toile et de partir en courant hors du festival (passant totalement inaperçue dans les escalators qui descendent de l’exposition, devant la grande scène des tables rondes, devant tous les stands marchands, devant les vigiles et devant les milliers de visiteurs, bien sûr.)

Les fans de Steampunk



En rentrant dimanche soir, sans ma toile de Broadmore mais les bras chargés de livres, de chouchen, et mon portefeuille dépouillé, je me sentais donc bien.

Le choc psychologique est arrivé le lendemain en retournant au boulot.

Avoir baigné trois jours dans cette atmosphère euphorique, avoir vécu pleinement ma passion, avoir retrouvé la raison originale qui m’a poussé à être librairie, et subir le contrecoup en revenant bosser en généraliste à Paris… c’était juste déprimant à souhait.

Je garde espoir, un jour je ferais ce que j’aime, et ce pourquoi j’ai choisi ce métier. En attendant je serre les dents, j’attends que jeunesse se passe et d’avoir la maturité nécessaire pour finaliser mon rêve, et là… A moi Fantasy, SF, Fantastique, Uchronies, Dystopies, Steampunk, Cyberpunk et autres univers chéris. Je m’emmitouflerai confortablement dans ma passion et la vie sera douce et chaude comme du cachemire. Mais non les amis, ce n’est pas une utopie…

Voilà pour votre plus grand plaisir la bande-annonce du film à voir, adapté du film à lire absolument : Hunger Games
Rendez-vous sur Hellocoton !

mercredi 9 novembre 2011

L'indésirable, de Sarah Waters

Fantômes et au-delà


Cela faisait bien longtemps que je n’avais pas ressenti le genre de frissons que j’ai ressenti en lisant ce livre là. Il m’a même donné la chaire de poule une fois. Bon, j’ai fait l’erreur de le lire tranquillement dans mon lit, à la lumière tamisée de ma lampe de chevet, recroquevillée sous ma couette pour échapper au froid mordant de la pièce (non, je n’ai toujours pas allumé le chauffage, je fais des économies d’énergie tant que je peux, et mon compte en banque m’en remerciera un jour), avec pour seul accompagnement sonore les craquements du plancher et les ronflements ténus de mon félin domestique, roulé en boule au pied du lit.

Donc, je lisais mon livre, et je sentais cette présence qui hante le roman planer dans ma chambre, presque palpable, qui faisait se dresser tous les poils de mes avant-bras et me donnait un vague sentiment de malaise.

Je me disais « Voyons Guixxx, ça fait longtemps que t’as plus peur des fantômes et des bêbêtes sous le lit, reprends-toi ! ». Oui parce qu’il faut savoir que Guixxx a longtemps été une grosse pleureuse. Premièrement j’étais persuadé depuis le visionnage d’un épisode d’Au-delà du réel  que des monstres vivaient vraiment sous mon lit. Des trolls précisément. Parfois j’imaginais poser le pied sur la moquette et me faire attraper la jambe par une main aux ongles longs et crasseux, et je n’osais pas sortir de mon lit pour aller aux toilettes. Finalement, ma vessie au bord de l’explosion, je posais les deux pieds sur la moquette avec une agilité digne de Spiderman, filait d’un bon pas vers les water (dire Ouataire, comme mon pôpa), au passage j’allumais très vite la lumière du couloir pour éloigner les vampires (si si, une ampoule à économie d’énergie suffit à les éloigner je vous assure, dites ça à vos enfants ça les rassurera) puis je faisais mon affaire, pressait la chasse d’eau et me jetais hors de la pièce comme un diable sort de sa boîte, faisait le chemin jusqu’à mon lit en quatre bonds avant de sauter littéralement sur mon matelas, afin d’éviter le retour potentiel des mains de Troll. Parfois j’étais terrifiée en pensant qu’un voleur pouvait rentrer dans ma chambre dans mon sommeil, certainement venir voler mon portefeuille rose à pois avec mes pièces de 5 francs réservées aux bonbons de la boulangerie, et me poignarder en plein cœur. La nuit était parfois dure.

Bon, donc j’étais une grosse pleureuse, mais une addiction pour la littérature fantasy/fantastique/sf et films du même genre m’a aidé à passer outre mes terreurs de jeunesse. Sauf que là, j’avais peur de voir surgir une ombre. Un ectoplasme. Je m’attendais à ce qu’il fasse claquer ma cuvette de toilette pour m’effrayer, prenne possession de Mimzi et que sa tête se mette à tourner à 360°. Bref ça m’a fait un effet bœuf cette lecture.

Maintenant je sais que vous voulez savoir de quoi je parle. Il ne s’agit pas de l’un des romans fantastiques de Milady, ou bien d’un Nora Roberts qui aurait dégénéré en Amityville chez J’ai Lu. Non il s’agit du roman tout juste sorti en poche (10/18) de Sarah Waters : L’indésirable. Il m’avait fait de l’œil à sa sortie en 2010 chez l’excellent éditeur Denoël, mais j’étais quand même passée à côté. Donc je me suis rattrapée. Bon, voilà l’histoire en quelques mots.



Après-guerre, dans le petit village de Lidcote dans le Warwickshire en Angleterre. Le docteur Faraday a été appelé à Hundreds Hall, la demeure de la grande famille des Ayre, pour soigner leur jeune domestique, Betty. C’est la première fois depuis presque trente ans que le docteur met les pieds à Hundreds, il se souvient avec tendresse de sa première visite aux Ayre dans son enfance et garde un souvenir émerveillé de cette grande demeure luxueuse et imposante qu’est le Hall. Mais après le passage de la guerre, le domaine n’est plus ce qu’il était, de même pour la famille Ayre, dont le fils gérant du domaine es revenu boiteux et brûlé. Mais Faraday va tout de suite s’attacher aux membres de la famille. Caroline, grande, solide et vigoureuse, au charme déroutant, la vielle Mrs Ayre, toujours aussi belle, élégante et fine que dans sa jeunesse, et même Roderick, avec sa fierté et son orgueil blessé par la guerre. Mais Hundreds Hall est une lourde charge dont il faut s’occuper. Avec le rationnement encore en vigueur et le peu de revenus que dégage le domaine, les Ayre sombrent petit à petit dans le dénuement. Et plus le Docteur tisse des liens avec cette famille, plus d’étranges faits se produisent, et poussent la famille au bord du précipice…
Tout y est ou presque, le domaine avec son manoir gothique entouré de champs et éloigné de tout, avec ses longs corridors poussiéreux et ses dix pièces abandonnées, ses fuites au plafond et son décor délabré. Tout pour faire un bon manoir hanté. Et c’est ce qu’on se demande jusqu’à la fin, est-il hanté !

Le roman commence comme une histoire banale. La famille Ayre survit difficilement à la fin de la seconde guerre mondiale. L’ancienne Gentry anglaise (la haute bourgeoisie britannique) tombe dans la décrépitude alors que le socialisme est au pouvoir et le conservatisme au fond des tiroirs. Ils ont encore un statut fort et tout Lidcote leur voue un profond respect, mais ils vivent dans une pauvreté plus crasse que les ouvriers du village. Le docteur Faraday assiste, impuissant, à cette plongée en enfer de la famille, terrassée par  le manque d’argent et qui s’accroche malgré tout à un ancien mode de vie qui n’est plus du tout adapté au monde actuel. Petit à petit, un mal invisible semble s’insinuer dans le manoir, des faits étranges surviennent et viennent perturber le quotidien des habitants du Hall, les poussant un par un à la folie.

Non ce n’est pas un roman de fantômes, le coup de maître de Sarah Waters est d’avoir fait de Faraday, médecin de famille, personnage sensé et lucide, le narrateur de cette histoire. Chacun des faits étranges survenus à Hundreds est relaté par ce qu’il a entendu dire des habitants du Hall, mais en aucun cas ou presque Faraday n’a assisté aux phénomènes qui agitent le manoir. Il pose des explications logiques là ou le lecteur va commencer à se faire des idées et à voir des ectoplasmes dans tous les recoins de la maison. Sa description de la ruine qui frappe la famille au fil du roman est juste saisissante. La narration mêle donc habilement le contexte historique, les bouleversements d’une société, le déclin d’une classe, le développement d’un autre mode de vie et son effet sur les habitants d’un petit village qui en subissent toutes les conséquences, avec des passages clairement gothiques, où le fantastique s’étend subtilement, fait frissonner, fait battre le cœur plus vite et tourner les pages avidement avec une angoisse tenace.

La question quand on referme le livre est : ont-ils tout imaginé ? N’était-ce que psychologique ? Se sont-ils précipités dans un gouffre tous seuls ou bien existait-il vraiment une malédiction dans la famille, un fantôme du passé, un mal qui les a rongé et les a poussé à l’anéantissement ? J’ai passé du temps à ressasser ma lecture, encore perturbée. Et j’adore ça. Seuls les livres qui m’ont véritablement marqué sont capables de me faire réfléchir au sujet encore deux jours après, et de me faire frissonner rien que de repenser à des passages particuliers du livre.

Bref, un roman que j'approuve ! Et qui m'a foutu une trouille bleue par moments... Même qu’après je n’osais plus aller aux toilettes, et que les pas de Mimzi sur le plancher m’évoquaient un vampire tapi dans l’ombre… pour vous dire.

Ah, et voilà ma première histoire de fantômes préférées, Ebenezer Scrooge et compagnie... les éditeurs nous abreuvent bien de livres de Noël dès fin octobre, alors vous n'allez pas y couper !
Rendez-vous sur Hellocoton !

mardi 18 octobre 2011

La Religion, de Tim Willocks

Hémoglobine, paires de gambettes et fanatisme, quoi de plus banal.


Aaaah qu’il est dur de tenir un blog à jour. Ce n’est pas le temps qu’il me manque, mais plutôt la motivation. Pourtant il me suffit de démarrer une nouvelle page et je suis increvable, un peu comme le petit lapin Duracell (toute autre analogie aux lapins est proscrite).

Pour m’apporter son soutien, mon félin s’est perché à côté de moi sur un sac Kid Paddle et me regarde avec des yeux qui expriment tout le support du monde, ou peut-être une simple envie de gratouilles, ou une envie de bouffer mes doigts qui filent sur le clavier, je ne sais pas.

La preuve en image et en slow motion

A part mes lectures BD qui vont bon train (non pas Kid Paddle, j’ai juste pris un sac pour glisser dedans du Maliki, du Freakangels et Car l’enfer est ici, mes lectures de ce soir), mes lectures de romans s’étirent à n’en plus finir. Bon, peut-être est-ce dû au fait que j’en commence toujours trois en même temps et que j’ai un penchant pour les pavés.


J’ai quand même réussi à venir à bout du Tim Willocks tout juste sorti en poche (Pocket), j’ai nommé Ze pavé : La Religion. Un bon millier de pages bien dense qui porte à la fiction un évènement majeur de l’histoire de l’île de Malte et une bataille importante dans la guerre des religions. Au XVIème siècle, l’empire Turc Ottoman s’empare progressivement de toute la méditerranée, repoussant la chrétienté déjà bien malmenée par l’arrivée du protestantisme à l’intérieur des terres du continent.
Pour sauver la face et empêcher la religion musulmane de s’étendre, Charles Quint offre l’île de Malte à l’Ordre religieux des Chevaliers de la Saint Jean (La Religion), qui va devoir défendre le territoire contre 138 galères turques menées par l’empereur Soliman II. Lui qui pensait prendre l’île en l’espace de cinq jours, le siège va durer deux mois durant lesquels vont êtres  perpétrés des actes d’une barbarie absolue dans chacun des deux camps.

C’est dans ces conditions que Tim Willocks met en scène son héros, Matthias Tannhauser, un hongrois enlevé à sa famille par les turcs dans son enfance, devenu janissaire dans l’empire de Soliman, puis lassé de batailles, un prospère commerçant (d’armes et d’opium !) de Messine. Guerrier redoutable, important stratège pétri de nombreuses connaissances concernant l’empire Turc dans lequel il a été élevé, il est convoité par La Religion qui espère le faire venir à Malte pour un meilleur espoir de victoire contre les turcs. Mais Tannhauser ayant abandonné son statut de guerrier, et n’embrassant absolument aucune cause autre que l’or et les femmes, refuse d’être impliqué là-dedans. C’est par la ruse que la Religion va le faire venir à Malte, usant de sa faiblesse pour la gente féminine en lui présentant la magnifique et éplorée Comtesse de La Penautier, qu’une affaire importante pousse à retourner sur l’île de Malte alors que la guerre approche.





Bon, je dois d’abord dire que j’ai beaucoup aimé. Même si tout n’est pas bon à mon goût… En fait, et d’habitude j’aime que tout roman bien sombre et sanglant soit quand même agrémenté de bons sentiments, et bien je n’ai pas vraiment aimé cette histoire d’amour étriquée qui lie Tannhauser à madame La Comtesse (ainsi qu’à sa demoiselle de Compagnie, un espagnole au nez cassé mais apparemment à la poitrine exagérément généreuse et aussi idiote et douce qu’un Rossignol). Ce triangle amoureux (ou bien ces deux décolletés plongeants) n’est pour moi pas une raison assez percutante pour qu’un homme aille se suicider avec son meilleur ami (il emmène bien sûr son plus proche et fidèle comparse, un anglais sauvage et à l’humour bien gras du nom de Bors, personnage que j’adore réellement !) sur les rivages de Malte face à une armée à priori imbattable. Bon, l’histoire à démontré que finalement cela à marché, mais à quel prix...

Donc, c’est l’amûûûûûûr qui fait que Tannhauser se démène comme un beau diable dans ce bourbier d’hémoglobine et s’en va taillader du Turc. Il fait bien-sûr part de son savoir à l’éminent chef de la Religion, La Valette (personnage bien réel et figure emblématique de cet épisode de l’histoire) et c’est en partie grâce à lui que le siège a pu durer autant de temps ! Je trouve que c’est beaucoup pour un seul homme, mais ce fait improbable passe comme une douceur grâce au personnage de Tannhauser. Bon, son penchant très prononcé pour les femmes (et l’opium !) s’explique d’une façon un peu légère (il a perdu ses sœurs et sa mère durant son enlèvement par les turcs et donc il respecte intensément les femmes et est un traumatisé de la vie), mais sa personnalité du genre guerrier mode on/mode off, m’a beaucoup plus. Il a l’étoffe de ces héros qui n’en sont pas réellement, de ceux que la vie a tellement piétiné qu’ils ne cherchent même plus à comprendre ce qui est bien et mal, mais juste ce qui est bon pour eux. Il est totalement perdu, parfois complètement psychopathe, avec une étincelle d’humanité qui le rend malgré tout touchant. Bref, encore un personnage complexe que j’apprécie, même si certaines de ses actions restent pour moi un mystère.

Ce qui fait pour ma part la force du roman ce sont les récits de batailles et les descriptions d’une cité assiégée qui petit à petit se voit vouée à la défaite et à la mort de tous ceux qui l’occupent. Tim Willocks dépeint très bien l’état d’esprit des différents personnages au cœur de l’action, lorsque les jets de sang pleuvent et les blessés hurlent de douleur, quand le désespoir prend le pas sur le courage.  Certains passages sont parfois durs à soutenir, et quand une bataille se déroulait sur dix pages bien crues et bien déprimantes, j’ai parfois dû faire une petite pause contemplation des zoizillons et du ciel bleu avant de pouvoir replonger dans l’enfer qui est décrit.

J’ai aussi été heureuse de découvrir un fait historique que je ne connaissais pas. Je ne me souviens pas qu’on m’ait vraiment parlé de ce tournant dans l’histoire de la poussée de l’empire Ottoman. Après, c’était peut-être à un moment de mon cours d’histoire où je dessinais hardiment sur mon cahier des Hobbits et des Nazguls, même si j’ai toujours aimé suivre les cours d’Histoire (c’est comme la lecture, c’est pleins de drames et de petites ou grandes victoires, pas pour rien que ça fait les meilleures séries sur Canal +).


/!\ Je me rends compte que j'ai oublié de parler de l'aspect religieux du livre, qui se nomme quand même La Religion, et pas pour rien ! C'est très intéressant de voir que le héros de ce livre est un homme qui a adoré deux divinités avant de les rejeter en masse après avoir vu ce que l'homme est capable de faire au nom de Dieu ou d'Allah. Finalement il se bat pour une certaine humanité et non pour une religion, et le fanatisme des chrétiens et des musulmans est très bien dépeint à travers sa vision du carnage. Ni l'un ni l'autre n'est pointé comme le "méchant" dans le roman, chacun se bat juste pour sa foi et, dans leur esprit, pour garder leur âme. Chrétiens et musulmans sont prêts à devenir des martyrs pour sauver leur religion, ce qui est très effrayant dans le roman. La dévotion aveugle de La Valette et de ses chevaliers, qui sont sans peur car ils savent qu'ils finiront au paradis est la même que celle qui soutient les janissaires turcs, prêts à mourir pour Allah. Willocks tourne ça aussi différemment en poussant Matthias vers deux femmes dont l'une (la Comtesse) est extrêmement religieuse et l'autre (la jeune femme qui l'accompagne) qui ne comprend rien aux affaires de la religion et suit sa maîtresse et Tannhauser à Malte seulement par amour, se souciant comme d'une guigne des horreurs perpétrées sur les remparts et sourde à la ferveur religieuse qui tient la ville en haleine.
Bref, moi-même je n'ai jamais compris la barbarie déployée par les religions (en général) pour témoigner son appartenance à un dieu, et j'ai trouvé intéressant la manière dont cette confrontation a été abordée.

Bon, donc, si vous êtes comme moi à préférer l’action aux belles histoires romancées, occultez les passages trop mièvres du livres, qui je vous rassure ne sont pas majoritaires dans ce roman, et jouissez du reste avec bonheur ! Après avoir refermé le livre, je suis restée un moment perdue en 1565… et c’est cette perte dans un autre temps qui me prouve toujours qu’un livre m’a profondément marqué. Conseillé, donc =).

Et puis en voilà un autre de fêlé du ciboulot que l'amûûûûûr pousse à la folie, le héros de Drive dont je me passe la BO en continue depuis visionnage. Donc je partage !

Rendez-vous sur Hellocoton !

lundi 3 octobre 2011

La trilogie de Wielstadt, de Pierre Pevel


Je dois l’avouer, fut un temps où j’étais cliente des grands magasins. A 13 ans, la seule librairie à proposer un choix de littératures de l’imaginaire la plus proche n’étais autre que la F*** de La Défense. Je me souviens d’y être allée quelques fois avec ma sœur, à flâner entre le rayon jeunesse où je raflais du Pullman, du Colfer, ou bien les Chroniques du bout du monde, et entre le rayon adulte, à lire les quatrièmes de couvertures de master Hobb et compagnie. Dans la ville où j’habitais, la seule librairie intéressante ne possédait pas un poil de gnou de ce genre de littérature, alors vous comprendrez que c’était contrainte et forcée que je donnais des sous sous à l’ennemi. Il faut reconnaître que leur rayon était (et il l’est toujours) très bien fourni, c’est comme ça que j’ai mis le doigt un peu plus tard sur une trilogie que peu de gens connaissent (je suis là pour y remédier). Il s’agissait de la Trilogie de Wielstadt. Les deux premiers tomes étaient alors disponibles aux éditions Pocket (et sa couverture argentée brillant de mille feux) et le troisième encore en grand format dans la vieille collection Fantasy de Fleuve Noir.

J’ai donc lu cette série, l’ai adoré, l’ai chéri, l’ai fait partager, l’ai commandé dans ma librairie d’apprentissage, l’ai de nombreuses fois conseillé, toujours avec succès, jusqu’au jour où un jeune homme qui m’avait acheté le tome 1 une semaine plus tôt est venu me chercher les deux suivants, et où j’ai dû lui dire « désolé mon gars… mais ils sont épuisés. » Je hais cette phrase « ils sont épuisés. » Tari à la source, plus un seul exemplaire en vente, et comment font les gens qui vivent de livres et d’eau fraîche comme moi hein ? (et de Haribo, aussi…passons.) Bref, il était dégouté, et moi aussi. L’affaire était d’autant plus étrange que l’auteur, Pierre Pevel, venait de sortir chez l’éditeur Bragelonne, roi des fournisseurs de best-sellers, un ouvrage intitulé Les lames du Cardinal, et pouvait se targuer d’avoir un put*** de succès. Donc, pourquoi ? Je n’ai jamais vraiment eu ma réponse. Je m’attendais à voir Milady (filiale poche de Bragelonne) racheter le bébé et le sortir avec nouvelle couv’ criarde et se faire un max de tunes. Mais non, Pocket a juste laissé passer trois ans, avant de le ressortir en un seul tome au mois d’avril 2011.



Que dire de ma surprise en voyant La trilogie de Wielstadt sur la belle étagère du V***** où je bossais ! Arrivée dans ma nouvelle librairie en juin, j’en ai commandé une petite réserve, et je suis contente de pouvoir le mettre en avant. Parce que ce cher Pevel mérite d’être reconnu pour Cette trilogie. Vous vous dites « c’est bien beau ça, mais elle va finir par cracher le morceau ? Fioutre dieu, c’est quoi ce pu***** de Wielstatatede ?! » Un peu de retenue, tout vient en temps et en heure. D’ailleurs, ça y est, c’est l’heure d’en parler.

La trilogie de Wielstadt est un petit ovni pour moi dans la production de la littérature de l’imaginaire, tellement cette œuvre est un (bon !) mélange de genres. 1620, la Guerre de Trente ans fait rage en Europe, et la ville de Wielstadt peut s’enorgueillir d’être la seule ville d’Allemagne à être épargnée. Depuis des millénaires, un dragon veille sur elle, et toute armée approchant se voit exterminée par son protecteur. Pourtant, au sein des fortifications de la grande ville, un tueur sévit, laissant des cadavres sanglants aux quatre coins de la cité. C’est là qu’intervient notre héros, Kantz, exorciste de profession, qui va tenter de dénicher le mal qui remue la ville.

Replaçons les choses dans leur contexte. Je pense que peu de gens se souviennent des enjeux de la guerre de Trente ans. Il s’agit d’une guerre qui a duré de 1618 à 1648 et qui opposait l’église catholique d’Espagne à la religion protestante largement répandue en Allemagne. Je lis des romans de fantasy depuis plus de dix ans, et j’ai lu de nombreux romans historiques et de polars, mais jamais je n’avais lu de roman associé à cette guerre, j’ai donc trouvé le contexte historique assez puissant (même si le livre ne prend pas complètement place au sein de cette guerre).

Kantz est un personnage ma foi fort sympathique, une sorte de John Constantine du XVIIème siècle, qui ne fume pas de clopes mais se balade avec une fée prénommée Chandelle, va boire des coups dans des bouges tenus par des faunes échappés de la forêt grecque et qui dit « céans » au lieu « ici », comme au bon vieux temps quoi. J’adore l’écriture de Pevel, très fluide, relevée, et véritablement prenante. Et son habileté à mêler les genres littéraires, ceux-ci s’imbriquant parfaitement pour finalement faire un livre comme la trilogie de Wielstadt tient du génie. J’avais bien aimé une autre série de sa plume intitulée Les Enchantements d’Ambremer, où le monde des fées (elfes, nains, farfadets and co) se mariait à merveille avec l’histoire des premières décennies du XXème siècles, où l’on croisait moustaches cirées, canes en ivoires et chemises amidonnées avec magiciens maléfiques et voleurs sans scrupules, le tout saupoudrés de références littéraires bien placées, un petit bonheur de lecture pour les initiés quoi. Mais ça ne surpassait pas Wielstadt, qui pour moi reste sa meilleure série (sur les deux, je n’ai pas testée la dernière).

Ambremer, superbes illustrations


J’ai un souvenir amusant de ma première rencontre avec Pevel. Je travaillais alors sur le stand du Pré-aux-clercs, au salon du livre de Paris Porte de Versailles en 2008, et dans nos étagères se trouvait le premier tome en grand format de sa série des Enchantements d’Ambremer. J’achète donc le-dit tome, pointe l’arrête de mon nez aux dédicaces de Bragelonne où Pierre Pevel s’échine à faire des signatures, et j’attends mon tour. Quand j’ai fini par arriver devant lui et que je lui ai tendu mon livre, il m’a dit « Où est-ce que vous avez trouvé ce livre ? » Moi : « Ben, sur le stand Pré-aux-clers, où ils en vendent plusieurs » Lui : « Quoi ? Pourtant ils m’ont dit qu’ils ne l’éditaient plus et qu’ils avaient tout pilonné ! »

Bien, bien, bien, que dire dans ces moments là… je pense que l’éditeur à dû entendre parler de lui après ça, niark niark niark, et ne les appréciant que moyennement (non pas au niveau de leur production mais du personnel qui passait sur le stand à cette époque) ça m’a fait plutôt rire (c’était mon côté sadique de stagiaire en métiers du livre) !

Bon, pour en revenir au but de cet article, je continue de conseiller Wielstadt, et puis je vous conseille l’œuvre de Pevel en général, un coup d’œil (ou bien plus) ne vous fera pas de mal ! Pour tout vous dire, il a fait parti des seuls français finalistes pour le prix du David Gemmell Legend Award (un prix de Fantasy anglophone) pour sa dernière série chez Bragelonne, et bien que je ne l’ai pas encore lue, je pense que c’est mérité !

Donc voilà, maintenant je peux vous donner des adresses de tiotes librairies où acheter votre Pevel partout en France, pour faire vivre un auteur et puis des petits libraires qui ont besoin de votre soutien (bon vous avez tout à fait le droit de l’acheter dans les grandes surfaces, je l’ai bien fait, mais bon, pensez à la bonne cause !), notamment la librairie Scylla près de nation à Paris, ou bien l’Antre-monde près du Père-Lachaise ! Ou alors chez Album à Toulouse (avec ma libraire préférée, Cathy !), si vous ne le trouvez pas aussi chez Imagin’ères, rue Sainte Ursule. Voilà les amis, bonne lecture, et joyeuses pâques.


Et pour que vous soyez joyeux comme moi, et pour moi !, et parce que vivent les primes pour l'emploi ! Un peu de Mumford and sons.

Rendez-vous sur Hellocoton !

lundi 12 septembre 2011

Carbone modifié, de Richard Morgan

 Carbooooooone, carbooooooooone ! 


Il est de ces romans qui vous en bouchent un coin (devinez lequel tout seul). 

Carbone Modifié m’a fait cet effet là. Je me souviens encore d’avoir vu arriver dans ma librairie (d’apprentissage) une piloute pas bien grande de la collection Milady (nouvelle à l’époque) avec une couverture pas franchement jolie mais un titre intriguant. Carbone Modifié, bon. J’avais retourné le livre, lu les quelques phrases, m’était appesantie sur le « Prix Philip K. Dick » en me disant « Bien, bien, bien, ça à l’air chouettos tout ça ». Malgré tout je ne pensais pas dénicher une petite pépite, je me disais seulement que ma connaissance de la Science-fiction, la vraie, était trop limitée, et que je me devais d’élargir mes lectures, alors ce poche - bien que légèrement douteux - ferait l’affaire.



Dans ces cas là donc, vous ouvrez votre livre, lisez les premières pages, et soit vous n’accrochez pas au style – plat, ennuyant, insipide - et vous baillez à vous en décrocher la mâchoire, vous forçant à lire un peu plus jusqu’à abandonner (ouais faut pousser quand même), soit vous êtes happé par l’histoire – une écriture originale, rythmée, un personnage qui claque du flex (si si ça se dit dans le futur)- et là vous êtes parti pour un long voyage hors du temps.

Ces livres là s’accrochent à vous, vous hantent jusqu’à ce que l’intrigue soit dévoilée, vous y pensez quand vous refermez le livre à la fin d’un chapitre, au boulot, dans le métro, en se couchant, vous le vivez.

Bon, c’est comme ça que j’ai vécu Carbone Modifié pour ma part. Après ça, je me faisais un devoir de le faire découvrir à tout le monde. Le livre a tourné dans les mains de tous mes amis lecteurs et amateurs, puis je comptais scrupuleusement le nombre de clients à qui je l’avais conseillé (je crois que mon air ahurie, mes joues empourprée et mes ‘haem’ pensifs qui ne dénotaient non pas un embarras mais un véritable enthousiasme ont été plus utiles que la description que j’en ai faite) qui venaient acheter le second tome, et j’étais toute excitée de voir qu’à 99%, ils étaient ultra-satisfaits, et du coup me rendaient heureuse, moi, petite libraire débutante, qui en était encore à ses balbutiements.
Bon, mais que dire du livre alors ? Une petite description s’impose, et vous allez voir que ce n’était pas aisé de le conseiller en quelques phrases seulement.

Carbone Modifié, c’est un roman de Richard Morgan, paru d’abord chez Bragelonne, puis sorti en poche chez Milady qui se compose de trois volumes retraçant chacun une aventure de Takeshi Kovacs.

Mais qui est-il ce Takeshi Kovacs ? Il a été militaire et bien d'autres choses pendant un certain temps, et sur plusieurs planètes, puisque l’histoire prend place dans un lointain futur, où l’homme à finalement découvert d’autres planètes habitables, et bâti un empire galactique sur les ruines d’un peuple martien visiblement très avancé mais inscrit au abonnés absents. Au début de Carbone Modifié, Takeshi Kovacs a viré dans des affaires de mercenaire pas mal louches, et se retrouve finalement en prison, pour une durée on ne peut plus indéterminée. Et qui peut durer bien plus longtemps qu’une vie. Car figurez-vous que dans ce futur, l’âme peut être imprimée dans une puce, et vous pouvez revivre dans le corps d’un autre pour des siècles et des siècles. Son corps remisé, Kovacs est enfermé dans sa puce, et bien un siècle a passé lorsqu’on le sort du placard, non pas le gouvernement, mais un particulier qui souhaite obtenir ses services. Il s’agit d’un très riche terrien qui veut que Kovac s et ses sens aiguisés d’ancien militaire formaté (appelés Diplos) enquêtent sur une affaire très particulière : son propre meurtre. La police a conclut à une suicide, mais le client qui ne se souvient pas des derniers instants de sa mort est persuadé qu’il s’agit d’un assassinat. Pourquoi se serait-il donné là mort alors que sa puce fait des sauvegardes tous les jours et qu’il possède une centaine de corps clonés pour pouvoir vivre éternellement ?

Carbone Modifié, c’est un polar futuriste vraiment bien ficelé. Ce qui m’embête toujours avec les romans policiers c’est de toujours deviner qui est le meurtrier à la moitié du roman, ce qui n’a pas été le cas ici, j’ai été agréablement baladée de chapitre en chapitre sans arriver à mettre le doigt sur le final, et j’adore ça, quand vous avez enfin la clé du roman et que tout s’éclaire dans le bruit et la fureur.

Et quand bien même, le style est tellement fort, le roman tellement plus riche que la description rapide que je vous ai faite, que le dénouement de l’intrigue pour moi ne fait pas tout le roman. Il s’agit d’une combinaison, cette écriture si diversifiée de Richard Morgan, la complexité étonnante de son personnage principal, dont on ne situe jamais réellement les limites, et qui est finalement un héros qui n’en est pas tout à fait un (ce sont mes préférés ceux là, les ambigus, ceux à qui on s’attache mais dont on ne sait pas s’ils ont un bon ou un mauvais fond, ceux que l’on n’arrive pas franchement à cerner et qui vous étonnent toujours).

Je veux voir quelqu'un porter ce t-shirt,.


J’ai bien dit que Carbone Modifié m’avait fait cet effet là. Ca à été un peu moins vrai pour le reste de la série. Les deux tomes suivant (Anges déchus et Furies déchainées) sont bien mais n’arrivent pas à la hauteur du premier. Les comparer réellement serait une erreur, tant les intrigues diffèrent, leur seuls points communs étant l’univers dans lequel ils évoluent et le personnage principal. Et celui-ci perd un peu de son charisme au fil de la trilogie, ce qui pour moi a ôté pas mal de charme à la fin de la série.

Malgré tout, ça reste une de mes sagas de SF favorite, que j’aime encore beaucoup partager, l’une des premières que j’ai fait rentrer dans mon tout nouveau rayon Littératures de l’imaginaire en démarrant mon nouveau boulot. Parce qu’un rayon SF sans Takeshi pour moi c’est comme un apéro sans saucisson, comme un verre à vin sans Cabernet d’Anjou, comme un cerisier sans cerises, comme une vie sans Mimzi (je m’égare) !  Ce n’est plus envisageable. Non, non mes bons lecteurs, dans une bonne bibliothèque non plus d’ailleurs.

 ;)



Bon ça sent grave le playback pour Mister Anthony, mais cette chanson est l'une des seules bonnes de l'album By the way, et puis Carbooooooooone, carboooooooooone, si on change le R de place ça marche, ou presque pas !

Rendez-vous sur Hellocoton !

lundi 5 septembre 2011

Les Lames du Roi, de Dave Duncan

Un roman avec des capes, et puis des épées


Lettre à un Kake.

« Mon cher Kake,

J’écris ce billet en pensant à toi, qui m’a offert il y a déjà… cinq… six…hmmm peut-être même sept ans ? – fichtre, que le temps passe vite ! – cette trilogie que je n’oublierai jamais.
Avec ton portefeuille vide de lycéen désargenté, tu as quand même trouvé le moyen de m’offrir ces livres qui coûtaient tout de même un petit pécule et qui paraissent fabuleusement bien dans ma bibliothèque Ikéa (Expedit noire, s’il te plait).

Je me souviens encore de notre folle jeunesse, quand je pensais que bosser comme stagiaire non-rémunérée pendant une semaine sur un salon du livre pour le compte de Bragelonne était la plus belle chose au monde (j’ai été raisonnée par un autre stand qui me proposait 700€ pour 7 jours… faut pas déconner non plus.), et que le responsable de la communication m’avait demandé « dites-moi, quelle est votre top 5 des romans Bragelonne ? » J’avais alors cité Dave Duncan et Les lames du Roi, ce qui m’avait valu un sourire appréciateur, accompagné d’un « pour moi aussi il s’agit de l’une de nos meilleures sagas, très bon choix ». Bon, après ça rien n’a abouti, mais sur le coup je me suis dit « petit chocolate Kake, ça, c’est grâce à toi ! »

Mon Kake texan, comme tu sembles tout attristé que je ne parle plus de fantasy, et en attendant que je puisse lire La Religion de Tim Willocks qui a l’air de déchirer du tire-bouche-schtroumpf, ou encore le dernier Laurent Genefort, et même le Robert Charles Wilson tout juste sorti en poche, eh bien je vais parler de mon amour de jeunesse pour Dave Duncan.

J’attends de toi que tu apportes à ce billet le petit plus qui lui manque, donc ne me déçois pas Cheese-Kake.

Sur ce, retirons-nous à pas feutré, laissons la place aux Lames du Roi.

Ton amie, GuiXXX. »

S’il est une série qui m’a profondément marqué dans mes lectures d’adolescence - exceptée ma passion pour les sœurs Brontë que seul le coeur sensible et passionné d’une femme peut comprendre (haem…) - c’est certainement cette trilogie de Dave Duncan intitulée Les lames du Roi, qui selon moi n’a pas eu le succès qui lui est dû en France.




Le premier tome des Lames du Roi, l’Insigne du chancelier, nous conte l’histoire de Durendal. Adolescent rebelle et sans avenir, il est envoyé au Hall de fer, un fort perdu sur la lande qui s’emploie à former la jeune vermine pour en faire les meilleurs combattants du pays. A la fin de leur apprentissage, un rituel occulte lie leur vie à celle de leur futur employeur, qu’ils serviront fidèlement jusqu’à leur mort. C’est ainsi qu’il devient une lame du Roi, un guerrier aguerri au service des plus grands hommes du pays. C'est ce dont rêve Durendal, se voyant déjà protéger quelques nobles gentilshommes en fendant l'air de sa lame aiguisée, risquant sa vie chaque jour au nom de la gloire... mais les choses se compliquent lorsque le rituel le lie à un jeune noble pleutre et apathique, premier pas vers un destin que son imagination n'avait même pas effleurée.

Je n’en dévoilerai pas plus, bien-sûr la vie de Durendal sera mêlée aux intrigues et complots de la cour du Roi, et c’est ce côté Trois mousquetaires teinté de magie et de fantastique qui fait principalement le charme de ce roman. 
Le premier tome de la saga est déjà un délicieux objet de lecture, mais combiné à la lecture des deux autres volumes, il en devient un petit chef-d’œuvre ! Ne vous fiez pas à la lecture des trois quatrième de couverture de la trilogie, qui laissent penser que chacun peut se lire indépendamment... non, c'est la réunion des trois qui donne tout son sens à la saga.

Avant de lire cette trilogie, je n'avais pas imaginé ce genre de concept pour un roman. J'avais en tête des comparaisons foireuses avec des films comme Usual Suspect où vous suivez avec plaisir le déroulement du film mais où l'oeuvre prend tout son sens durant les trois dernières minutes du film. Il en est de même pour les Lames du Roi, où la lecture de chaque tome est très agréable, et devient réellement géniale aux cinq dernières pages du troisième tome. C'est la touche finale qui fait le chef-d'oeuvre, qui vous laisse sur le cul, ahuri, ébaubi, et surtout admirateur.
Tout ça après avoir dégusté trois tomes écrits avec la très bonne plume de Sir Duncan, pleins de combats de capes et d’épées dignes des grands maîtres du genre, piqués de saga nordiques où s’envolent des dragons et voguent des galères, imbibés d’une puissante sorcellerie, et certainement-absolument-définitivement passionnants.

Conseil de Guixxx : étoffez donc votre bibliothèque avec de bons livres, lisez Dave Duncan.

Sur ce, je vais reprendre au lit mes lectures un peu moins passionnantes du moment, bien que distrayantes, mais un jour, je prendrais le temps de les relire ; rien que d’en parler, ça m’a rendu nostalgique.



Rendez-vous sur Hellocoton !

dimanche 28 août 2011

Le coeur cousu, de Carole Martinez

De coudre mon coeur s'est arrêté... (Certes)


Etagère d'un libraire des Orcades à Stromness :)




Avez-vous déjà connu ça ? Cette période, qui dure plus ou moins longtemps, où vos envies laissent place à un grand désert. Moi cela m’arrive de temps en temps, je passe deux ou trois semaines sans ouvrir un livre, alors que je crève d’envie de lire une bonne histoire et de me perdre dedans. Mais la tentation de rester dans le désert est plus forte, et je laisse mes bouquins prendre la poussière, le temps que ma motivation reprenne le pas sur tout le reste.

Sauf que là, ça a duré bien plus longtemps que prévu. Je me souviens d’un temps où je lisais en moyenne 2 à 3 livres par semaine. C’était un temps béni, je vivais pour lire ! Je lisais tout mon temps libre, je lisais en marchant, je lisais en cours, je lisais entre deux cours, je lisais en mangeant, je lisais peut-être en dormant, qui sait ? Ce qui ne m’empêchais pas d’avoir une vie sociale (oui parce que je vous vois venir : « ouais euh, et à part lire dans la vie tu fais autre chose ou bien… ? »)

J’ai laissé se déliter ce blog parce que ma moyenne de lecture depuis le mois de mai est passé à 2 livres par mois… ce qui paraît énorme pour certains mais dénote une grosse période de désert bien violente pour moi ! C’est un grave problème quand vous êtes libraires et que vous devez absolument lire pour travailler.

Mais je sens que depuis peu la folie de la lecture revient, elle fait sa rentrée littéraire pour moi. J’ai déjà repéré plein de livres qui me donnent envie de les dévorer (entre autres Room de Donoghue, Mingus Mood de Memlouk, La Répétion d’Eleanor Catton, ou bien En mémoire de la forêt de Powers –encore un Sonatine, tssss – sans compter toutes les éditions Eclipse, Bragelonne, Moutons Electriques, la Volte et autres de littératures de l’imaginaire que j’ai TOUT LE TEMPS envie de lire, mais ne peux pas lire… à mon grand désespoir), sans compter les livres de poche parus au mois d’août et les services de presses reçus que je vais pouvoir balader dans mon sac pour accompagner mes pérégrinations !

Bref je vais peut-être tenter de vous parler du peu de lectures que j’ai englouti cet été (si on peut appeler ça un été), et je vais commencer par… de la littérature française, figurez-vous.

« Diantre ! Non ! Que diable ! WTF ! Elle est tombée du côté obscur de la force ! » Je vous entends déjà vous exclamer, les yeux écarquillés, les joues gonflées, le visage cramoisi… non, il est vrai que je dénigre beaucoup la littérature française, pourtant j’en lis, et une fois sur trois (oui quand même faut pas déconner) je ne suis pas déçue.

Pour mes vacances en Ecosse, où mon sac minuscule de voyage ne pouvait pas contenir mon exemplaire de la Trilogie Berlinoise, j’ai décidé de prendre Le cœur cousu, de Carole Martinez. J’avais juste entendu dire que c’était bien, et vu les piles de poches disparaitre à une vitesse impressionnante dès sa mise en place sur table. Je me suis dis « bon allez, cette fois-ci on va faire confiance à la populace, même si la quatrième de couv’ est pas hyper ragoûtante, on va se lancer la-dedans » (oui je suis une libraire très arrogante par moment, et comme les libraires arrogants je n’aime pas les effets de masse et être influencée par les autres dans mes lectures. J’aime à croire que mon bon goût et moi sommes suffisants pour dénicher des perles à lire, et à bas les critiques et les bouches à oreilles, aucune originalité. Mais bon, je me soigne.)




Voilà donc que je commence ma lecture, et… mer…docul ! Ça fait plaisir de tomber sur un livre aussi agréable à lire ! Récemment, seuls les polars où la litté de l’imaginaire arrivaient à me déconnecter du monde réel, et encore… pas bien longtemps.

Ma (super) collègue Joëlle m’en avait parlé en me disant qu’elle trouvait vraiment sa plume et son univers intéressant, et qu’elle avait commencé Le Domaine des murmures, son tout nouveau bouquin. Comme le Cœur cousu lui avait beaucoup plu, elle en attendait beaucoup de celui-ci qui, au premier abord, ne tenait pas ses promesses. C’est à cet instant que je me suis dit « bon, allez, on va tenter le coup, ça fera un auteur français dans mon palmarès, et puis si c’est vraiment mauvais, je n’aurais qu'à m’en servir pour caler mon lit ».

Le Cœur cousu prend racine en Espagne. Soledad, dernière née des rejetons de Frasquita, nous raconte l’histoire de sa mère. Adolescente, et comme toutes les autres femmes de la famille, Frasquita reçoit une boite mystérieuse qui contient une magie ancestrale. De cette boîte, Frasquita héritera d’un don très particulier, celui de pouvoir sublimer tout ce qu’elle coud et reprise. De vieux chiffons et de tapis troués naissent les plus beaux atours de la ville, des robes de mariées splendides, du linge bien trop précieux pour une femme de sa qualité, ce qui lui vaudra d’être mise, elle, son drôle de mari et ses enfants au ban de la société…

Je ne vais pas trop en dire, cette histoire de magie ancestrale est le fil conducteur du roman, mais celui-ci est fait d’une succession d’histoires, teintées de magie et d’onirisme, mais au cœur d’une Espagne et d’une époque sans pitié. La manière dont Carole Martinez tisse son roman, comme son héroïne tisse sa magie, est un véritable bonheur pour la lecture. Sa plume poétique est toute en légèreté, et même les pires horreurs qui se passent dans le livre prennent une dimension magique.

Je m’attendais à lire encore un de ces romans  français nombriliste à souhait, lourd et dont l’histoire n’a aucune portée, et je me suis retrouvée catapultée dans cet univers que je vous conseille vraiment de découvrir.

C’est fou, en ce moment je découvre pas mal les talents hispanophones. Bon Carole Martinez écrit en français mais est d’origine espagnole (sans blague), le précédent à m’avoir marqué n’est autre que Leonardo Padura, écrivain de polars cubain, dont Les Brumes du passé est un petit bijou, aussi délectable que Le cœur cousu, mais dans un autre style (peut-être trouverai-je le courage d’en parler dans un autre billet), sans compter le talent qui ne se tarit pas de Munuera (Le signe de la lune) et Diaz Canales (Blacksad) avec leur BD dont j’attends le second tome avec impatience, Fraternity.

Bon, allez trêve de papotage. Mon long exil loin de Blogger m’a fatigué et je ne suis plus habituée à faire de si longs billets. Je vais vous laisser réfléchir à tout ça, en espérant que vous aurez le bon sens d’écouter les conseils de tata Guixxx, qui elle s’en va terminer son polar Hiver, de Mons Kallentoft, plus que jamais d’actualité au vu de l’été pourri de cette année 2011, qui ressemble plus à un automne tirant sur l’hiver.

A la revoyure.
Rendez-vous sur Hellocoton !