mercredi 27 avril 2016

Ce que vous devez savoir sur les animations en librairie...



Récemment j'ai demandé à des blogueurs de partager l'information autour d'eux concernant la venue de l'auteur galloise Jo Walton en France, elle ne vient pas souvent et je voulais qu'un maximum de monde puisse avoir l'occasion de la rencontrer. Quel meilleur moyen que de demander à mes confrères blogueurs ayant apprécié l'ouvrage de transmettre autour d'eux ? Car oui, il est déjà arrivé que certaines personnes découvrent l'événement après qu'il ait eu lieu... ce qui est bien dommage !
Certains donc ont transmis mais ont relevé un détail sur l'événement proposé dans la librairie : il était inscrit *achat d'un ouvrage obligatoire sur place*, et forcément cela en dérangeait plus d'un. Nous avions déjà eu ce genre de remarques auparavant, et j'avais écris un petit article sur le compte "personne" Ju Guix de la librairie pour expliquer un peu les choses. Le terme "obligatoire" est certainement un peu fort, mais cette formule est essentiellement présente pour faire comprendre aux gens que nous souhaitons qu'ils soient clients pour participer à l'animation que nous organisons.
Alors, mes chers lecteurs, voici pourquoi un librairie, plus particulièrement Ju et moi en l’occurrence dans ce scénario, demande aux personnes qui viennent participer à l'événement d'acheter quelque chose dans leur magasin, voici le petit article en question :




Le saviez-tu ? Spécial librairie :
Lorsqu'un libraire prépare une dédicace, c'est beaucoup d'organisation, de temps, et parfois de frais.
Il faut gérer les commandes, préparer la communication (création de flyer avec ou sans graphiste, impression des flyers, distribution des flyers, mise en place d'affiches), gérer les réservations (nombreux appels, pas toujours la possibilité de recevoir tous ceux qui le veulent lorsqu'il s'agit d'un dessinateur : il ne peut en dessiner qu'un certain nombre durant le temps qui lui est imparti), toujours offrir la petite collation qui plaira aux auteurs et à leurs lecteurs, et parfois même payer des frais de transports, ou d'hôtel, ou des repas lorsque les auteurs viennent de loin.


Du coup, il arrive que le libraire demande aux gens de s'inscrire à la séance de dédicaces (surtout pour les dessinateurs), afin de limiter le nombre de places et de réussir à faire passer tout le monde. (Parfois il est un peu naïf et il se laisse déborder par les événements, ça c'est le libraire qui vient d'ouvrir et qui ne connaît pas encore bien sa clientèle présente aux dédicaces).
Il arrive surtout que le libraire demande aux gens intéressés par cet événement de le soutenir, en achetant l'ouvrage présenté en dédicace dans son commerce et non chez la concurrence, et si le lecteur l'a malheureusement acheté ailleurs (parce que l'ouvrage est sorti il y a quelque temps déjà, ou qu'il ne connaissait pas cette super librairie avant de l'acheter et qu'il n'est pas du coin !) le libraire lui demande de jouer le jeu et d'effectuer un autre achat sur place, si possible dans le même ordre de prix.
Car si le lecteur ne joue pas le jeu, alors le libraire se retrouve à organiser des événements à perte. Il est certes content parce que lui aussi il peut rencontrer des auteurs et dessinateurs géniaux, et il parle toujours avec des gens intéressants, mais le trou dans sa trésorerie lui fait du mal, et au final il arrête d'organiser des rencontres parce que ce n'est pas rentable et que le commerce n'est pas capable de le supporter.
Mais si le lecteur joue le jeu, et qu'en plus il a envie de craquer son slip et de faire plein d'achats, parce que c'est un peu la caverne d'Ali Baba ici !, le libraire partage sa joie et sa bonne humeur, et tout le monde est heureux et vit au pays des bisounours pour le reste de ses jours !
Voilà, messieurs dames, le pourquoi du comment des dédicaces en librairie.
A la revoyure !
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mardi 26 avril 2016

La trilogie du subtil changement, de Jo Walton


J'ai toujours été timide avec les auteurs. Déjà dans les salons et festivals j'hésitais à faire la file pour me faire dédicacer un ouvrage. Il m'a toujours paru difficile de parler avec eux de mon interprétation très personnelle de leur oeuvre. L'anonymat de l'auteur, c'est à dire la connaissance de son écriture et de son univers littéraire seulement, et pas de son visage, de sa voix et de sa personne en elle-même, me convenait parfaitement, parce que les rencontrer en chair et en os me terrorisait. 

Je me retrouvais souvent bête devant ces hommes et femmes dont les mots changeaient ma vie à chaque lecture. Comment leur expliquer, comme tant d'autres avant moi, que leurs romans étaient des pièces importantes de ma vie, et que je louais leur génie pour ça, et que je les remerciais du fond du cœur d'avoir partagé ça avec moi, pauvre petite lectrice. Je ne trouvais pas mes mots, je bafouillais, je disais "merci beaucoup, j'adore vos romans, je les ai dévoré". Et des dizaines, centaines de personnes l'avaient déjà dit avant moi.

Aujourd'hui je suis amenée à en faire venir dans ma librairie, et à organiser moi-même ces séances de rencontres entre les auteurs et leurs fans. Et pour tout avouer, je ne sais toujours pas quoi leur dire, je me sens toujours aussi gauche et pétrifiée d'admiration ! J'aurais toujours cette petite fille pétrie d'adoration au fond de moi qui me fera rougir pendant la conversation.
J'essaye néanmoins d'être à l'aise, de poser des questions intelligentes et de ne pas les ennuyer avec toutes sortes de demandes qu'ils doivent recevoir constamment, que ce soit en signature ou dans leur correspondance.
Et je suis heureuse de pouvoir les rencontrer, et de les voir rencontrer leur public. En les observant, je me rends compte qu'ils y prennent (la plupart du temps) aussi beaucoup de plaisir, et que même les questions les plus idiotes donnent des réponses passionnantes.

Alors très bientôt je reçois avec Ju une grande dame de la littérature fantastique, j'ai nommé Jo Walton.



J'ai terminé le mois dernier Hamlet au paradis, le second volume de la Trilogie du Subtil changement aux éditions Denoël, et j'adore toujours autant son univers uchronique ! Nous la recevons d'ailleurs à l'occasion de la parution du dernier volume de la trilogie : Une demi-couronne.
Je vous avais déjà chroniqué l'année dernière Le cercle de Farthing, premier opus de la série.

Le second tome m'a tout autant plu, et j'étais heureuse de retrouver les aventures de l'inspecteur de Scotland Yard Carmichael.
La fin du premier tome m'avait laissé sur ma faim, car tout n'était pas rose, et ce pour aucun des personnages principaux.  Pour resituer à ceux qui n'ont pas lu le premier sans faire aucun spoiler : Dans ce volume, Jo Walton créée une timeline alternative à notre propre Seconde Guerre Mondiale, où l'Angleterre laisse agir l'Allemagne en toute impunité pour se préserver des massacres, et sombre petit à petit elle-même dans un racisme exacerbé... Le cercle de Farthing est un cercle de politiciens et d'aristocrates anglais qui ont réussi à signer un traité de paix avec l'Allemagne nazie en 1941, traité retirant l'Angleterre de la liste des ennemis du Reich, en faisant un territoire neutre et pacifique.
Huit ans plus tard, le Cercle de Farthing vole en éclat avec le meurtre orchestré de façon macabre de l'un des fondateurs du traité. L'inspecteur Carmichael de Scotland Yard mène l'enquête, et se rend vite compte que le suspect que tout le monde montre du doigt (un juif, forcément) n'est peut-être pas le criminel recherché dans ce cas. 

Le second tome commence deux semaines plus tard (attention, risque de spoilers) Carmichael sait qu'il est en position précaire au sein de Scotland Yard et que son supérieur le manipule aisément, et l'Angleterre sombre petit à petit dans un fascisme de plus en plus virulent. D'un autre côté, la comédienne Viola Lark, ancienne aristocrate qui a rompu avec sa famille, se fait approcher par un groupe de rebelles prêts à en découdre avec le gouvernement actuel : le rapprochement du premier ministre et du Fürher n'est pas passé inaperçu et créé de nombreux troubles dans la capitale anglaise.

Encore une fois, Jo Walton mêle habilement suspense et histoire. Contrairement au premier volume, le lecteur comprend très rapidement quel est le dénouement de l'enquête en cours. Elle suit en parallèle l'évolution des deux histoires, celle de Viola Lark et du groupe d'activistes qui veut la débaucher, et l'enquête de Carmichael inextricablement liée aux agissements de Viola Lark.
Et à travers ces deux intrigues, elle déploie un Histoire encore plus terrifiante que l'Histoire réelle de la Seconde Guerre Mondiale en Angleterre. Le déclin de l'empire Britannique qui se laisse tranquillement phagocyter par l'Allemagne nazie glace le sang.
Le personnage de Viola Lark est apolitique, et à travers ses yeux c'est la vision d'un anglais moyen que nous lisons, juste un citoyen lambda - ni juif ni communiste - qui essaye de continuer à vivre malgré la guerre qui rugit aux portes du pays et malgré les dérapages gouvernementaux qui, petit à petit, réduisent les libertés de chacun dans un pays pourtant en démocratie.
Et Jo Walton pose là les questions que nous nous posons tous : qu'aurais-je fait, dans une telle situation ? Collaboré ? Résisté ? Ou tout simplement me serais-je laissé emporter par les vagues, sans prendre de décisions, laissant les autres choisir pour moi. Tout le monde n'a pas la force de se dresser face au pouvoir en place, il n'est pas simple de faire le choix d'agir, de mettre sa vie en danger, et parfois celle de ses proches, pour tenter d'enrayer la machine. Et lorsque l'on se met à la place de Viola Lark, simple comédienne qui n'a pas d'autre objectif que de vivre sa passion du théâtre en paix, sans s'occuper des autres, on peut le comprendre aisément. 
Pour Carmichael, les choses sont aussi teintées d’ambiguïté. Ce que lui ordonne Scotland Yard le révulse. Sa vision de l'ordre et de la justice ne correspond pas au système corrompu pour lequel il travaille. Et lorsqu'il s'en rend compte et essaye d'agir pour faire surgir la vérité, des détracteurs l'acculent et le menacent de révéler sa vie intime, risquant ainsi de lui faire perdre son travail, ses proches, et son statut social. Dès lors il collabore malgré lui, pour sauver sa famille, pour sauver son honneur, et pour garder un semblant de libre arbitre.
Ce n'est pas dans ce tome qu'il va encore changer le monde, pour ça j'attends de lire le troisème volume de la série, qui, je l'espère, sera plus positif que les deux premiers. Les deux premiers sont excellents, mais ils sont aussi terrifiants et ne laissent pas beaucoup d'espoir.
J'espère que le troisième finira sur une note d'espoir pour ce monde violent et horrifiant décrit par Jo Walton.



Pour les amateurs d'uchronie, d'Histoire et de romans policiers, La trilogie du Subtil changement est pour vous ! Et si vous voulez découvrir son auteur, Jo Walton sera à la librairie La dimension fantastique le mardi 10 mai à partir de 18h30 ! Moi qui ai toujours eu du mal à confronter les auteurs, je vais même organiser une petite interview avec elle à partir de 19h, la questionner sur La trilogie du Subtil changement, mais aussi sur son roman fantastique Morwenna, une oeuvre magnifique dont je vous parlerai dans un prochain billet.

Si vous aimez Jo Walton, passez le mot ! Elle ne vient pas très souvent en France, là elle profite de ses vacances pour nous rendre visite, et nous lui en sommes vraiment reconnaissants ! Ainsi qu'à son éditeur, Gilles Dumay, qui a fait deux libraires heureux lorsqu'il nous a proposé cet événement.
Rendez donc d'autres lecteurs heureux, et n'hésitez pas à venir rencontrer la romancière à Paris au mois de mai ! Pour ceux qui ne pourraient faire le déplacement, nous pouvons malgré tout vous envoyer un exemplaire signé si vous le désirez. Et nous tenterons de consigner l'entretien sur internet pour que vous puissiez en profiter.

L'année dernière je parlais du Cercle de Farthing dans les circonstances dramatiques de la mort du grand auteur Terry Pratchett. J'en profite dans celui-ci pour dire que sa maison d'édition française lui rendra hommage en faisant une soirée de lancement conviviale et chaleureuse dans notre librairie pour le dernier tome des Annales du Disque-monde le mercredi 18 mai
Amoureux de cet univers déjanté et culte, n'hésitez pas à venir faire un tour chez nous pour fêter ce dernier né de la grande saga de fantasy de Sir Pratchett.


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jeudi 21 avril 2016

Lockwood and Co., de Jonathan Stroud

Certaines œuvres vous font du bien.

Il m'arrive parfois de penser que ma vie est un peu morne et répétitive ; malgré mon rôle de chef d'entreprise qui n'est pas de tout repos et tous les rebondissements que cela entraîne (les nouvelles rencontres, les challenges, les imprévus qui vous tombent dessus à tout bout de champ), c'est quand même souvent "métro, boulot, dodo". Et ce qui me fait tenir quand cet état d'esprit me submerge (bon c'est en grande partie ma moitié, le félidé et le canidé, mon petit bout de famille !) c'est la lecture. Grand bien m'en fasse : je suis libraire.
Car j'ai beau me laisser aller à regarder pendant des heures des séries télé - certaines débiles, certaines complexes, certaines géniales, certaines tout juste distrayantes - ce sont les romans qui me font le plus de bien quand j'ai besoin d'évasion.

Le mieux, c'est quand vous entrez dans un livre comme dans lit douillet, et qu'il est tellement bien que vous ne voulez plus le quitter. Quand il m'arrive ce genre de chose (comme ça a été lé cas avec La Passe-Miroir par exemple), je sais que je pourrais lire des heures, voire des jours, sans m'arrêter.

Le dernier en date qui a eu cet effet bénéfique sur moi, c'est Lockwood and Co. de Jonathan Stroud aux éditions Albin Michel (LGF pour le format poche). C'est la deuxième fois que cet auteur de génie me donne du plaisir grâce à ses romans, concentrés d'aventure, de magie et d'humour.
La première fois c'était avec la Trilogie de Bartimeus, et j'en garde un souvenir très chaleureux.



Lorsque j'ai commencé Lockwood and Co., j'avais envie de légèreté : certaines lectures vous plombent un peu, coupant parfois l'envie d'ouvrir à nouveau un livre durant plusieurs jours / semaines / mois (entourez la mention correspondant à votre situation actuelle!). Il me fallait de la gaieté, il me fallait de la fantaisie, il me fallait de l'exaltation, et le tout en finesse !

C'est là où Jonathan Stroud, son humour pince-sans-rire, ses personnages spirituels et hilarants, et surtout son imaginaire inventif, entrent en jeu.

Lockwood and Co. est une agence de chasseurs de fantôme de Londres. Quoi de plus banal me direz-vous, dans une Angleterre où "Le fléau" sévit depuis près de quatre décennies et les agences d'exterminateurs de fantômes sont légion. Dans une ville comme Londres, le Fléau fait des ravages : la forte concentration d'habitants et son histoire millénaire en font un lieu particulièrement susceptible d'être hanté par des spectres de morts violentes : assassinats, victimes de guerre, suicides. Or si certains fantômes se contentent de se lamenter sans ennuyer leur monde (une petit air glacial et quelques gémissements la nuit ne font de mal à personne) certains sont bien plus dangereux et peuvent à leur tour causer la mort.
Ce qui différencie Lockwood and Co. de ses grandes agences rivales ... c'est justement Lockwood et sa compagnie. Contrairement aux agences d'envergure ou gouvernementales qui emploient des enfants et adolescents mais donnent tous pouvoirs aux adultes (pourtant presque incapables de percevoir les apparitions spectrales) pour les superviser, Lockwood and Co. est une entreprise gérée par un gamin et qui n'emploie que des gamins. En fait, il ne sont que trois gamins : Lucy - notre narratrice -, vendue par sa mère dans sa plus tendre enfance à l'agence de sa petite ville afin de payer le loyer et débarquée à Londres pour oublier une douloureuse tragédie, George, le rat de bibliothèque gauche et flasque dont l'indolence n'a d'égal que l'irascibilité, et Anthony Lockwood, personnage charismatique, mystérieux et élégant que ses associés suivraient jusqu'au bout du monde, un génie dont l'audace mêlée d'insouciance a tendance à mettre son entreprise dans l'embarras... 
C'est leur histoire que va nous raconter Lucy, celle d'une petite agence indépendante prête à affronter les spectres les plus menaçants pour continuer d'exister et faire de la capitale anglaise un endroit plus sûr pour ses habitants.

Sérieusement, je suis tombée sous le charme de ce trio improbable. La force de Jonathan Stroud, c'est son humour et sa galerie de personnages toujours très attachants. Lockwood est d'ailleurs un personnage très intéressant, on pourrait tout à fait le comparer à une sorte de Sherlock Holmes taille réduite, avec une intelligence redoutable et un goût prononcé pour l'énigme et l'aventure, et reléguant souvent au second plan la sécurité d'autrui pour mieux satisfaire son avidité. Lucy incarne quant à elle l'intuition et la sensibilité, ses dons de perceptions sont si forts qu'ils sont à la fois une bénédiction et un problème (ils peuvent aveugler son jugement). George quant à lui représente la réflexion et la prudence (certains diraient la couardise, mais George n'est pas lâche, juste très précautionneux), son humour grinçant et sa grande gueule cachent en fait une loyauté et un dévouement sans failles.
Lockwood, Lucy et George sont tout simplement trois personnalités fortes dont l'association fait des étincelles. La verve de Lucy, l'ironie insupportable de George et la nonchalance de Lockwood donnent lieu à des joutes verbales désopilantes et des situations cocasses qui m'ont fait mourir de rire. Et il faut le savoir, je ne suis pas du genre exprimer mes sentiments à voix haute pendant que je lis, plutôt du genre à garder un visage sérieux lors des passages les plus comiques, tristes ou effrayants, mais les répliques des personnages m'ont fait éclater de rire plusieurs fois durant ma lecture !

Et le plus improbable, c'est que Jonathan Stroud réussit à nous faire rire et sourire avec ses dialogues invraisemblables tout en instillant tout au long du roman une ambiance sombre et sinistre, celle d'une Angleterre hantée où les habitants s'enferment chez eux le soir venu en laissant les villes désertes, et où la nuit n'apporte que peur et cauchemars. Chaque description des affaires de Lockwood and Co. arrive à vous glacer le sang. Avis à ceux qui n'aiment pas les frayeurs : Lockwood and Co. arrive tout de même à vous donner la chair de poule ! Et c'est tout le génie de Jonathan Stroud : il nous fait penser qu'il s'agit d'un roman tout public avec des histoires de fantômes et des mômes comme héros, mais ce premier tome nous plonge dans une atmosphère bien plus lugubre qu'il n'y paraît, bien plus profonde et terrifiante qu'un joyeux Ghostbusters. Les trois personnages de Lockwood and Co. ont beau être des gamins (on ne sait pas exactement leur âge, mais il ne sont pas majeurs et peuvent encore très bien percevoir les fantômes, contrairement aux jeunes adultes) ils travaillent et affrontent des horreurs indicibles depuis l'âge de 5 ou 6 ans, et ils ont perdu leur innocence et leur enfance dans le processus. Bien qu'ils ne soient pas adultes, ils ont dû grandir à vitesse grand V et ne sont plus des enfants non plus, il côtoient la mort chaque nuit et ont une espérance de vie très réduite qui leur fait envisager le monde sous un jour différent.
C'est aussi cette fêlure que j'apprécie chez les personnages de Jonathan Stroud, chacun d'entre eux a très tôt vécu un drame traumatisant qui le rend vulnérable, mais qui lui a aussi permis de devenir meilleur dans son domaine et de continuer à avancer.

Enfin, Lockwood and Co. se dévore. Sa narration déconstruite menée par la pétillante Lucy rend l'intrigue encore plus mystérieuse et passionnante, et ce premier tome de L'escalier hurleur dévoile un fil rouge qui sera repris dans les prochains volumes de la série et qui nous laisse sur notre faim.

Je n'avais pas envie de quitter Lockwood and Co., mais je m'y suis forcée pour enchaîner avec d'autres lectures qui s'empilaient à coté de mon lit. Je sais que je lirai la suite de la série, parce qu'elle m'a vraiment plu. Ce sera comme d'enfiler un pyjama ultra confortable et se coule sous une couette moelleuse, ce sera un plaisir à la fois exaltant et reposant : comme à chaque fois que je lis un excellent roman, il me fera du bien.

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samedi 27 février 2016

La Maison dans laquelle, de Mariam Petrosyan


Parfois je me demande comment vous parler de certains livres qui m'ont ému de manière troublante. Ce sont ces œuvres tellement bouleversantes qu'on ne trouve pas les mots pour les définir. 
Leur lecture vous laisse flotter entre deux eaux, captif, et hébété face à tant d'émotions à la fois.
C'est ce que j'ai vécu lors de ma lecture de La Maison dans Laquelle de Mariam Petrosyan aux éditions Monsieur Toussaint Louverture.
Ce roman est une montagne de mots éblouissants qui ne veulent plus aujourd'hui se décoller de ma rétine.




Lorsque j'ai entrepris mon voyage avec Fumeur dans le premier chapitre, je ne m'attendais pas à ça. J'étais un peu confuse, perdue dans ce monde inquiétant et bizarre où se promènent des bandes d'ados grandiloquents aux paroles sibyllines. Comme Fumeur, je suis entrée dans la Maison en touriste, et elle m'a recraché d'entre ses murs marquée à jamais.
Et la Maison ne fait rien au hasard...

Le roman de Mariam Petrosyan raconte la vie de cette antique Maison lézardée et plantée au milieu de cités de béton arides, cette Maison inquiétante que ses voisins regardent de travers et que ses habitant vénèrent. La Maison est un pensionnat peu ordinaire : c'est le foyer d'enfants et d'adolescents brisés, physiquement et psychologiquement, des handicapés ou des laissés pour compte supervisés par une poignée d'éducateurs paumés et creux.
Cette Maison avec ses salles de classe, sa cantine, son infirmerie et ses dortoirs, a l'air tout à fait normale, mais en son sein la réalité et le temps se confondent dans un monde parallèle sans limite, où les nuits durent des jours et les murs s'étirent à l'infini.
Dans la maison, votre identité passée n'a plus lieu d'être, chacun y trouve un nouveau nom et une nouvelle place, chacun y choisit sa communauté et découvre ce qu'est l'amitié, la loyauté, l'amour, la rivalité ou la haine... quand on n'y trouve simplement pas la mort.

La vie dans la Maison n'a rien à voir avec celle dans l'Exterieur, la vie dans la maison est épique, fantastique et fiévreuse. Chaque jour apporte son lot de mythes et de contes, grattés de la pointe de l'ongle dans le plâtre des murs ou dessinés au feutre le long des corridors. Chaque pièce, chaque pan de couloir et chaque porte raconte une histoire écrite avec la langue de la maison, un vocabulaire unique et qui ne parle qu'à ceux qui s'en imprègnent. Et les nouvelles générations recouvrent petit à petit les histoires des anciens habitants sous des couches de graffitis, tout en continuant à les faire vivre par la tradition orale.
Il faut savoir écouter la maison, la comprendre, car elle parle à ses pensionnaires et ses pensionnaires parlent à travers elle. 
Hors de leurs salles de classe, les élèves apprennent une autre école, plus dure, plus violente, plus terrifiante, mais surtout plus passionnante et plus libérée. Et eux, ces enfants cassés dont l'avenir est incertain, peuvent faire le choix d'embrasser un nouveau monde adapté à leur envies et leurs désirs, où ils n'ont besoin de personne, surtout pas des adultes qui les sous-estiment et les prennent en pitié ni de tous ces gens qui les voient seulement comme des objets inutiles. Une réalité où ils peuvent s'épanouir et devenir un autre, plus beau, plus grand, plus important, et faire la différence.
Bien-sûr la Maison n'accepte pas tout le monde en son sein, certains ne seront que des voyageurs de passage qui l'admireront avec fascination mais ne la comprendront jamais vraiment, d'autres la rejetteront par peur, ou par rancoeur.

La Maison dans laquelle, c'est bien plus qu'un roman initiatique. Au départ, je voguais entre les chapitres à travers les pensées du premier narrateur, Fumeur, et comme lui je ne voyais que des grands enfants jouer et se donner des airs. Puis la narration alterne et le roman nous fait voir les aspects de la Maison à travers les yeux de différents protagonistes et sur plusieurs périodes. La Maison est un lieu complexe et dense, ses subtilités se dévoilent au compte goutte et tout se met à faire sens : là, sa magie se met à l'oeuvre et vous ensorcelle. 
Sphinx, Lord, Chacal, Roux, Bossu, Vautour, l'Aveugle ou Loup, leur univers au premier abord désordonné et extravagant, plein de superstitions et d'invocations mystiques, vous colle à la peau ; leurs manies obsessionnelles, leurs conversations impénétrables et leurs divagations lyriques emplissent chaque page et vous transmettent des frissons d'exaltation, vous ressentez à présent leurs peurs, leurs joies et leur fureur. Ils sont attachants autant qu'ils sont énervants, mais surtout ils sont bouleversant d'authenticité, dans la recherche de leur identité et dans leur envie d'exister. C'est bien là le reflet de l'adolescence, la recherche de soi-même, de la vérité et du bonheur, quitte à brûler tous les ponts et à vivre dangereusement pour y arriver.

Mais les lois et traditions de la Maison ne sont pas que du folklore, le fantastique a la part belle au coeur du récit convulsif et grandiose de Mariam Petrosyan. Il se met à transpirer des chapitres au fur et à mesure de la lecture, et l'autre réalité, celle des pensionnaires, devient plus tangible et significative que celle de l'Extérieur, ce terne et redoutable monde des adultes tapi derrière chaque coin de page. On est bien parmi eux, dans ce microcosme flamboyant où le temps s'écoule différemment et la vie est plus ardente.

J'ai terminé ma lecture encore affamée des aventures de la Maison. Je me suis dit que Mariam Petrosyan était un génie, et que j'aimerai bien faire un tour dans sa tête un jour voir si d'autres chefs-d'oeuvre de cet acabit ne s'y planquent pas.
J'avais envie de retrouver Sauterelle, Putois, Beauté, Gros Lard, Chenu, Sorcière et les autres, car je me sentais l'âme de Sirène, ce personnage fluet qui regarde le monde derrière ses rideaux de longs cheveux mêlés de tresses et de clochettes, et qui adore écouter inlassablement les histoires de la Maison. Je me suis vraiment retrouvée en elle, je pense d'ailleurs que tout le monde trouvera en l'un des personnages une part de son moi adolescent, celui qui écrivait sur les murs, celui qui grattait sa guitare, celui qui se cachait derrière l'extravagance pour s'exprimer ou derrière l'anonymat le plus complet pour se préserver, celui qui vivait à travers ses passions pour trouver un sens à tout ce qui l'entourait et éloigner la solitude, que ce soit les livres, les collections d'objets divers et variés, les t-shirts à messages enragés, la musique, les sensations extrêmes, ou tout simplement l'enivrement de l'amitié pure et sincère.

Je vous conseille de lire La Maison dans laquelle, c'est une brique de presque mille pages, une lecture ardue et abondante, mais le chemin y est clair et lumineux, et vous en ressortirez dévastés... mais définitivement plus heureux.

"Plus tard, il remarqua que la Maison était vivante et qu'elle était capable d'aimer, elle aussi. D'un amour unique en son genre ; inquiétant parfois, jamais terrifiant. Rien de plus normal, après tout : Élan étant un dieu, il était logique que l'endroit où il vivait ne soit ni ordinaire ni malveillant. A force de questions restées sans réponses, l'Aveugle avait déduit qu’Élan gardait pour lui la vérité sur la Maison, un grand secret que l'on ne pouvait évoquer à voix haute, même entre personnes de confiance. Il n'insista donc plus et se contenta de faire entrer la Maison dans son cœur comme nul autre avant lui. Il aimait son odeur, ses longs murs humides dont on pouvait gratter et manger le plâtre, sa grande cour et le dédale de ses couloirs, propices aux découvertes. Il aimait aussi ses fissures, ses recoins sombres, ses pièces abandonnées, et sa manière unique de conserver longtemps la trace de ses occupants. Il aimait enfin ses fantômes accueillants et les chemins infinis qu'elle traçait devant lui. Là d'où il venait, les adultes étaient omniprésents et surveillaient chacun de ses pas ; ici, il pouvait faire tout ce qu'il voulait."

La maison dans laquelle, de Mariam Petrosyan, éditions Monsieur Toussaint Louverture, traduction de Raphaëlle Pache, p. 47.


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lundi 22 février 2016

Les Nefs de Pangée, de Christian Chavassieux


Sachez que si j'ai délaissé mes prérogatives de blogueuse c'était pour mieux me consacrer à la création de ma librairie, et à toutes les choses que cela implique : créer une clientèle, créer une programmation d'animations pour la faire vivre, entre autres choses... 

L'une de ces choses, c'était d'animer un club de lecture. Oui oui, vous avez bien entendu, un Club de lecture ! C'est comme Glee mais sans le chant, les paillettes et les pom pom girls, et avec un peu plus de café et de thé (et de la bouffe en masse, la Guix aime se goinfrer, mes ses comparses du Club aussi !). Et donc ce n'est pas un club avec des enfants, mais bien un club avec des adultes ! A l'américaine, siouplait. Alors bon, vous devez vous imaginer une bande de vieilles femmes permanentées (style grand-mère Yeta) qui parlent avec amour et passion de 50 nuances de fesses, mais non, il s'agit d'un groupe qui compte en son sein quatre jeunes hommes bien portants et, bon, oui, huit nénettes qui ont tendance à un peu trop aimer les fées et les licornes. Mais qui sont très ouvertes d'esprit ! (On a bien le droit d'aimer les fées et les licornes mais aussi les livres bien trash et les chefs d'oeuvres bien tournés qui te retournent le cerveau, non mais.)

L'un des livres que nous avons choisi au club a été un coup de foudre pour moi, il s'agit de Les nefs de Pangée de Christian Chavassieux, publié au éditions Mnémos. Déjà sa couverture m'avait bien accroché - une peinture de John Martin intitulée Destruction of Tyre et que je trouve juste sublime - , mais en plus les critiques étaient très bonnes.

Les nefs de Pangée, c'est l'histoire d'une civilisation qui va se dérouler sur plusieurs décennies. Les Ghioms vivent paisiblement en Pangée, un continent vaste où cohabitent de nombreux peuples qu'unissent la tradition de la Chasse à l'Odalim - le maître des eaux - créature marine gigantesque très difficile à abattre. Sa mort apporte cohésion et prospérité à tout le continent, alors lorsque la Neuvième Chasse revient bredouille, sa flotte décimée par l'Odalim, c'est tout l'avenir de Pangée qui est menacé. Les Vénérables de chaque peuple décident d'amasser une flotte trois fois plus grosse pour la Dixième Chasse, le dernier échec ayant déjà ébranlé la fragile union des différents ghioms de Pangée une nouvelle débâcle annoncerait des années de guerre et de misère...

Logal, dit "le baclé", second fils de la Vénérable Mère de la grande cité de Basal, part avec les Oracles trouver celui qui deviendra le commandant de la nouvelle Chasse à l'Odalim, pendant que son frère - favoris de leur mère - tente de changer à jamais les traditions de la civilisation ghiom afin de la débarrasser de ses superstitions ancestrales et de la faire évoluer.



Ça, à première vue, c'est ce qu'on appelle de la Fantasy, de la vraie ! Mais Les nefs de Pangée, c'est bien plus que ça. Déjà, c'est une écriture dont je suis tombe amoureuse : une écriture déliée, poétique et enveloppante. Christian Chavassieux est un conteur, et il nous raconte ces années de l'existence de Pangée avec brio. On pourrait largement se perdre dans cette civilisation inconnue qui utilise des termes nouveaux pour définir sa société, les ghioms, l'Odalim et autres particularités propres au roman peuvent dérouter. Mais justement, le style de Chavassieux, avec effectivement de nombreuses descriptions de son univers, nous guide aisément dans ce dédale de références. Le premier tiers du roman est assez contemplatif, il se déroule sur plusieurs années et ne comporte que très peu de scènes d'action. L'auteur pose les bases de son récit, et nous permet justement de mieux comprendre les enjeux de toutes les traditions de la civilisation ghiom. Pangée est composé de peuples avec un folklore très riche et une Histoire nébuleuse que chaque population vient étayer de ses superstitions et ses ouï-dires. A travers les pérégrination de Logan, c'est le continent entier qui se dévoile, et l'étendue de la culture de ses habitants.

Le roman prend de l'ampleur lors du lancement de la nouvelle chasse, le récit se fait plus tendu, les personnages sont enfin face à leur destin et celui-ci repose sur une guerre sans merci avec l'Odalim. Le lecteur comprend mieux à quoi les ghioms font référence lorsqu'ils parlent de ce vénérable monstre marin, qui n'a finalement pas grand chose d'une baleine ! Mais surtout, le lecteur va enfin voir le roman s'engager dans une histoire moins contemplative, et se laisser entraîner dans une succession d'actions qui auront un véritable impact sur le récit d'origine et sur ce qu'il pensait avoir acquit de connaissances sur l'univers de Pangée.

Et c'est là que le roman se différencie largement des autres ouvrages de fantasy, car Chavassieux commence à jouer avec différents genres.

L'oeuvre prend une nouvelle dimension, gonflée par un souffle épique incroyable, et s'achemine tranquillement vers la perfection. Alors certes, il faut dépasser au moins 150 pages pour enfin accéder à cet incroyable retournement de situation, et pour ceux qui n'accrochent ni au style ni à l'univers, c'est chose impossible. Mais pour ceux qui ont la patience d'aller jusque là, ils seront récompensés au-delà de leurs espérances !
Les nefs de Pangée est une oeuvre dense, profonde et lyrique. Sa lecture restera encrée en moi grâce son originalité, elle arrive à se démarquer de ses pairs comme l'a fait avant elle La horde du contrevent ou Gagner la guerre : grâce à une langue émouvante, une trame novatrice et un ensemble harmonieux.

J'ai maintenant envie de lire ses autres oeuvres publiées chez Ménmos, Chavassieux a en effet écrit des romans qui explorent différents genres romanesques : science-fiction pure, roman historique, récit horrifique et j'en passe, il a plus d'une corde à son arc et semble savoir passer d'une forme à l'autre assez habilement.

Pour le moment il s'agit de mon seul coup de coeur parmi les ouvrages du Club de lecture, les autres ne m'ayant pas transcendés (c'est sans compter l'excellent roman graphique de Joshua Cotter Deplasma, oui on choisit des Bd, de temps à autre). Nous sommes là de Michael Marshall fut pénible à lire et Docteur Rat aux éditions Cambourakis m'a laissé une impression mitigée.

Le prochain en date est Techno Faerie de Sara Doke publié aux Moutons électriques. Je suis assez perplexe face à l'ouvrage que j'ai seulement eu le temps de feuilletr pour lemoment, mais je vous en dirais certainement des nouvelles bientôt.

Sur ce, bien fatiguée d'avoir pondu un second article en si peu de temps, je vais reposer un peu mes menottes.

Tchô.






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mercredi 17 février 2016

Rattrapons le temps perdu - La Passe-miroir, de Christelle Dabos


Mais où était-elle tout ce temps ? 

Personne ne se le demande, parce que depuis mon arrêt brutal (mais temporaire) de ce blog, sa fréquentation a lamentablement chuté ! (Logique, me direz-vous).

Pourquoi ?, surtout ! Telle est la question que personne ne pose et à laquelle je vais répondre.

Je pourrais prétendre que je n'ai pas eu le temps d'écrire (une fausse vérité, ou un vrai mensonge, au choix), que je suis débordée (bon ça c'est vrai, mon boulot me prend quand même beaucoup de temps) et que j'étais trop fatiguée pour écrire en rentrant chez moi (bon, ça aussi c'est vrai, j'étais même trop fatiguée pour sortir mon chien, faire à manger, enlever mes chaussures et changer mes draps, donc bon tu vois... "mais où est cette fausse vérité", me crie-t-on !).

La vérité vraie c'est que j'ai oublié.

Oublié combien j'aimais écrire, vous parler de mes lectures, partager mes pensées.
J'ai oublié combien j'aimais lire aussi. Vraiment lire, me poser dans mon lit, sur une chaise, un strapontin de métro, un bout de jardin, et lire pendant des heures et des heures.
J'ai oublié parce que mon esprit était trop plein d'autres choses (de stress, majoritairement).
Puis récemment j'ai eu envie de me remettre à écrire. Je me suis dit que j'allais venir refaire un tour ici, pour parler de mes lectures, mais rien ne me venait. J'avais pourtant eu quelques bonnes lectures (La voie des rois, Les nefs de Pangée, pour n'en citer que deux), mais je n'avais pas envie d'écrire sur ça.
Non en fait j'avais envie d'écrire une histoire. Une histoire comme quand j'avais 15 ans et toutes mes dents, comme quand je passais mes soirées à échanger des idées de scénar' avec mes copaings du net (Messenger était mon meilleur ami, MSN aussi).
Je suis allée acheter un cahier à carreaux chez Carrouf', j'ai prix un vieux Bic mâchouillé et j'ai noté toutes les idées débiles, farfelues et mauvaises qui me passaient par la tête. J'ai ébauché un univers, que je développe dans mon coin, quand j'ai le temps, quand l'envie m'en prend, et je tartine mon cahier puis une page Word de mots mal orthographiés et de phrases à la syntaxe bancale (ma marque de fabrique).
Étonnamment ça m'a aussi donné l'envie de lire, de lire des choses que j'avais vraiment envie de lire du fond du cœur et que je mettais de côté. Comme la saga de La Passe-miroir de Christelle Dabos.
Alors j'ai lu, et même beaucoup lu. Exit les séries Netflix anti-stress, retour à l'imaginaire de papier.
Donc voilà, maintenant que j'ai retrouvé l'amour des mots et l'amour de la lecture, je vais pouvoir vous parler de La Passe-miroir, ce roman incroyable qui m'a happée dans sa Citacielle pour ne plus en redescendre.

Le roman de Christelle Dabos, c'est quoi ?

Le premier tome s'intitule Les fiancés de l'hiver. Il est doux, long et lunaire, comme mon imaginaire. C'était parfait.

Ophélie vit sur Terre, mais une Terre éclatée en mille morceaux. Elle vient de l'arche Anima, où vit la grande famille des Animistes, des humains dotés d'un don qui leur permet d'animer tous les objets. Sur Anima, les maisons ont beaucoup de caractère - comme leurs maîtres -, les écharpes se lovent au creux de votre cou comme un animal domestique, et les portes ne vous laissent entrer que si ça leur chante.

Ophélie possède ce don, comme le reste de sa famille, mais c'est aussi une très bonne liseuse, ce qui n'est pas donné à tout le monde : elle peut lire l'histoire de tous les objets qu'elle touche et remonter les vies de ses différents possesseurs. Mais ce qui la différencie d'autant plus des autres, c'est sa capacité de Passe-miroir. Chaque miroir que croise son reflet devient un chemin praticable pour se rendre d'un endroit à l'autre. Ophélie peut donc tout à son aise aller de sa chambre jusqu'au Musée des arts primitifs où elle travaille (comprenez des arts d'Avant La déchirure) en passant par les miroirs.

Malgré toutes ces capacités hors du commun, Ophélie est une petite chose brune et bouclée toujours vêtue d'habits de grands-mères, les yeux cerclés de culs-de-bouteille dont la teinte varie selon ses humeurs. Douce et discrète, elle n'en est pas moins indépendante et a déjà refusé deux mariages arrangés avec des cousins lointains.
Mais cette fois, elle ne peut pas se dérober. Les doyennes d'Anima et l'Esprit de famille Artemis (la mère de tous les Animistes) ont décidé de la marier à un homme du Pôle, une arche bien plus au nord dont personne ne sait grand chose. Impossible de se défiler sous peine d'être répudiée, et c'est le cœur lourd qu'elle quitte son musée bien aimé avec son fiancé Thorn, aussi sec et patibulaire qu'il est grand et blond, pour rejoindre la Cour du Pôle dans la grande Citacielle. Accompagnée de la Tante Roseline comme chaperonne (vieille fille au chignon serré dont le seul amour est la réparation du papier) et de sa fidèle écharpe demandeuse de caresses, elle va découvrir un univers bien différent - et beaucoup plus dangereux - que celui de la calme et pittoresque arche d'Anima.



Pfiou, ça c'est un sacré résumé des premières pages. J'étais obligée de vous parler de l'écharpe et d'appuyer sur son existence, car c'est la première chose qui m'a fait tomber amoureuse d'Ophélie et de l'univers de Christelle Dabos. L'entrée en matière du premier tome, dans les archives du Grand Oncle d'Ophélie, vieillard aussi caractériel qu'il est attachant, avec cette description surréaliste et magnifiquement écrite de ce qu'est la vie d'Ophélie m'a tout de suite captivée. L'écharpe d'Ophélie est un personnage à part entière, plus proche du chat que de l'objet, plus proche du chien que du simple accessoire, je crois qu'on aimerait tous avoir une écharpe comme elle (utile Et affectueuse, que demander plus ?).

Bon mais ça ne fait pas un roman vous me direz. Parlons de l'écriture de Christelle Dabos. J'ai été surprise et enchantée par sa manière de dépeindre les événements, les personnages ne parlent ni ne bougent, ils se grincent et se déplient, leurs gestes et leurs actes sont écrits de manière tellement imagée que le lecteur les voit et les entend de façon très claire. Son style est vraiment rafraîchissant et ses descriptions toujours très agréables. Le tout mêlé d'une touche d'humour décalé qui finit de vous emballer et vous rend accro à ses paragraphes, vous poussant à continuer chapitre après chapitre avec avidité.

Le style change subtilement lorsque Ophélie est au Pôle, l'influence "Animiste" se sent moins, l'histoire se fait plus froide, plus brutale, mais toujours contée au travers des yeux de ce petit bout de femme, bien plus fort qu'il en a l'air. Ophélie est l'inverse des héroïnes des romans que l'on voit habituellement. Sa maladresse, son absence de sens de l'esthétisme, sa discrétion et son négligé poussé à l'extrême permet à de bien nombreux lecteurs de se mettre à sa place. Ici les protagonistes bien roulés ne sont pas au premier plan, tout ne se joue pas dans la séduction, les rapports sont plus intelligents, plus fins. Ophélie s'impose petit à petit comme un personnage fort et convainquant, sa réserve des premiers temps s'efface pour laisser place à des opinions et des volontés bien trempés. Ce petit personnage sensé est propulsé dans un monde de décadence, d'hypocrisie et d'illusions dans lequel elle va bien tenter d'imposer sa simplicité et sa droiture, qu'importe les conséquences.

Thorn est un autre personnage fort du roman. Ce grand échalas à la peau blafarde, la raie bien au milieu et bardé de tocs est l'opposé du prince charmant que l'on imaginait pour Ophélie. Il n'en est pas moins attendrissant, sa froideur ne cache pas totalement les profondes blessures (autres que les nombreuses cicatrices qu'il arbore sur son visage et ses bras) qui le composent. Ses rapports malaisés en société et son obsession de la rigueur sont des symptômes qu'Ophélie va devoir décrypter pour mieux comprendre quel est l'homme qu'elle s'apprête à épouser.

Enfin, la Tante Roseline m'a donné des fous rires. ses manies de vieilles filles, sa pudeur outrancière et sa franchise coupante en contraste avec la vie glamour et licencieuse du Pôle et de Dame Bérénilde (La tante de Thorn à la beauté fatale, protectrice d'Ophélie et favorite de l'Esprit de famille du pôle, le seigneur Farouk) étaient à mourir de rire !

Bon, voilà le topo. J'ai rarement été aussi emballée par un roman dit "jeunesse", le dernier en date était Et plus encore de Patrick Ness mais pour plein d'autres raisons, et malgré tout je n'avais pas eu un aussi gros coup de cœur. Honnêtement je le conseille dès 12 ans, mais il n'y a pas d'âge pour le lire, il est d'ailleurs bien plus subtil qu'il n'en a l'air et plus violent (on peut dire que la pauvre Ophélie s'en prend plein la tronche).
Je le place même à la hauteur d'un bon Harry Potter ou d'un A la croisée des mondes, pour vous dire !
J'attends la suite avec impatience, m'étant enfilée les deux tomes d'une seule traite, tellement accro que ma pause déjeuner était devenu le plus beau moment de la journée - et le plus attendu - !

Je suis vraiment heureuse de l'avoir découvert, un peu triste d'avoir dû m'en décrocher et de devoir attendre la suite, et j'aimerai vous partager mon enthousiasme et mon affection pour cette oeuvre originale et ensorceleuse d'une jeune auteur française prodigieuse.

En espérant vous avoir transmis un peu de mon engouement, ou vous avoir au moins titillé la curiosité, je regagne mes pénates après une journée à la librairie quelque peu morose.
(Mais où êtes-vous bon sang !? C'est pourtant la semaine prochaine les vacances ? Et que faîtes-vous dans la vie si vous ne lisez pas ? Ah. Vous aussi vous avez Netflix...)

See you soon.

Guixxx.

CITRIQ
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