mardi 31 octobre 2017

Ici, on fête Halloween


Depuis un mois déjà, les vitrines de commerces et les balcons montréalais fleurissent de citrouilles, de squelettes, de sorcières et de chauves-souris. Même si les québécois me disent que "c'est plus comme avant", Halloween (dites "L'Halloween" en québécois) est ici une institution bien plus ancrée dans la culture populaire qu'en France.
Un immeuble sur trois se retrouve paré de morts-vivants en tout genre et d'épouvantails effrayants, et même les cliniques vétérinaires et bureaux des Impôts s'habillent d'orange et de noir.
Pour l'occasion, j'ai découvert une maison d'édition québécoise spécialisée dans l'horreur et le fantastique. Les Six Brumes est une petite maison qui existe depuis 16 ans et aime à donner la voix à de jeunes auteurs de la province, comme le dit son éditeur : c'est une sorte de tremplin pour leur permettre d'accéder au succès dans de plus grosses maisons d'éditions, afin de mieux leur permettre revenir pour se faire plaisir. Je ne les ai pas encore lu, mais j'essayerai bientôt quelques textes de leur catalogue.

Je ne suis pas très versée dans l'horreur, j'aime le fantastique bien-sûr et j'ai pourtant lu quelques ouvrages à vous donner la chair de poule, mais je ne suis pas spécialiste du genre.

Malgré tout je vais vous faire part des lectures frissonnantes qui m'ont tenu en haleine ces derniers mois, juste histoire de coller à la thématique de la journée. Vous m'en direz des nouvelles !

Le monstrologue, de Rick Yancey





On le connait pour La 5ème vague (pas moi pour une fois, ni le livre ni le film d'ailleurs) mais je l'ai découvert avec Le monstrologue, publié dans la collection R de Robert Laffont. Et autant vous dire que j'ai adoré !
L'histoire débute de nos jours dans une maison de retraite, le directeur de l'établissement décide de remettre le journal de son plus vieux pensionnaire récemment décédé à un écrivain, ayant espoir que celui-ci pourra l'aider à comprendre la véritable identité du vieil homme et à démêler le vrai du faux dans ces étranges mémoires. Car le vieux Will Henry prétend être né en 1876, et l'histoire commence lors de son apprentissage auprès d'un "monstrologue" en Nouvelle-Angleterre alors qu'il n'avait que douze ans.
Et effectivement, l'histoire de Will Henry à l'air de sortir tout droit d'un roman d'horreur. Orphelin depuis peu, il assiste dans ses travaux le Dr Warthrop, un scientifique à la réputation douteuse qui travaille sur des sujets peu orthodoxes, comme par exemple ces deux cadavres que leur ramène un homme de la région : une jeune fille récemment enterrée retrouvée exhumée de sa tombe au cimetière, à moitié dévorée par ce qui semble être les restes d'un monstre anthropophage...
Ni une ni deux, nous voilà embarqués dans le quotidien du jeune Will, assistant d'un professionnel des monstres au caractère irascible (Warthrop est particulièrement détestable mais tellement comique !) dans l'atmosphère gothique des Etats-Unis du XIXème siècle. La première moitié du roman rapporte surtout la relation entre Will Henry et son maître, elle peut paraître à certains un peu longue car c'est particulièrement psychologique, beaucoup de dialogues qui nous permettent de découvrir les personnages, leur histoire et leurs caractères. Mais ce sont justement ces dialogues, souvent cocasses (avec un l'humour grinçant très appréciable), et la plume subtile et soignée de Yancey qui m'ont accroché.
La seconde partie nous fait rentrer dans l'action, des rencontres avec de sinistres personnages dans de vieux sanatoriums lugubres (un moment particulièrement glauque que j'ai trouvé assez exceptionnel) et des chasses aux monstres sous tension où l'auteur sait magnifiquement gérer le suspense et harponner son lecteur. Loin d'être un roman pour enfant (à ne pas conseiller en-dessous de 14 ans), Le monstrologue est un roman fantastique plein de suspense dont le bestiaire monstrueux ravira les amateurs de macabre comme les passionnés d'aventure et d'histoire. J'essaye de le mettre entre de nombreuses mains, oubliez la collection "adolescente", oubliez que c'est l'auteur de La 5ème vague, testez juste ce petit bijou de lecture surréaliste et appréciez le voyage.


Je suis ton ombre, de Morgane Caussarieu



Je l'ai découvert l'an dernier à l'occasion d'une rencontre autour des éditions Mnémos à La dimension fantastique.
Pour ceux qui aiment l'atmosphère moite et glauque de la Nouvelle-Orléans, ou les romans gores et dérangeants de l'auteur américaine Poppy Z. Brite, vous devriez adorer les oeuvres de Morgane Caussarieu.
Dans Je suis ton ombre, on découvre l'histoire de Poil de Carotte, un gamin bizarre qui vit avec son père handicapé dans le Sud de la France. Très vite, on comprend pourquoi Poil de Carotte est un vrai paria dans le village, à l'école, et même dans son propre foyer. Son frère jumeaux est mort dans le même accident qui a gravement défiguré son père, et dont il est plus ou moins responsable. Son comportement odieux et déviant envers sa famille, ses camarades et même le seul ami qui lui reste le rendent particulièrement détestable. Poil de Carotte est sur le fil, et il va définitivement sombrer dans la folie lorsque le fantôme de son frère commence à lui apparaître. Un jour où il s'aventure dans les décombres d'une vieille ferme calcinée, il va faire la découverte d'un journal qui aurait été écrit par deux jumeaux en Louisiane... il y a plus de trois cent ans. Peu à peu, les deux récits vont s'entremêler et basculer dans l'horreur.
Je suis ton ombre mêle habilement chronique sociale, à travers l'histoire de Poil de Carotte, et le roman vampirique par le biais du carnet des jumeaux de la Nouvelle-Orléans. Le récit de Poil de Carotte est à la fois fascinant et dérangeant, on éprouve une sorte d'empathie pour cet enfant malsain et perturbé, on s'y attacherait presque malgré les événements dramatiques qu'il sème sur son chemin. Le vieux journal quant à lui est superbement bien écrit, Morgane Caussarieu use d'un style soutenu et raffiné qui tranche avec l'histoire parfaitement sordide et gore des deux enfants. Certains passages sont particulièrement insoutenables, et j'ai du poser ma lecture quelques minutes pour reprendre mes esprits au moins à une reprise. Je le conseillerai à ceux qui ont le coeur bien accroché et qui aiment les ouvrages glauques et sanglants, âmes sensibles s'abstenir.

Voilà donc de quoi vous mettre un peu d'épouvante sous la dent !

Pour ceux qui apprécieraient Le Monstrologue, je recommande par la suite la lecture de Lockwood and Co (Albin Michel et LGF) de Jonathan Stroud - sorte de Ghostbusters à la sauce humour anglais - ainsi que Les soeurs Carmines de Ariel Holzl (Mnémos collection Naos), dont l'atmosphère lugubre teintée d'humour absurde ravira les amateurs de fantastique légèrement horrifique.
Et pour les fans de Morgane Caussarieu et de lectures glaçantes, jetez un coup d'oeil aux ouvrages de la grande Poppy Z. Brite (notamment Âmes perdues - Albin Michel et Folio).




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jeudi 19 octobre 2017

Libration, de Becky Chambers


J'ai découvert Becky Chambers avec L'espace d'un an (The long way to a small, angry planet), aussi paru aux éditions L'Atalante l'année dernière. J'avais refermé L'espace d'un an en me disant que ses personnages hauts en couleur, plein d'humanité et son univers riche et fascinant allaient terriblement me manquer.




On y suivait les aventures d'un vaisseau foreur de trou de vers (Le Voyageur - The Wayfairer) et de son équipage composé d'humains et d'extraterrestres de l'Union Galactique, en route pour une mission périlleuse aux abords d'une planète en plein cessez-le-feu.

Libration (A closed and common orbit) est le deuxième roman de l'univers de Becky Chambers. On y retrouve l'un des personnages secondaires intervenant dans le premier opus (Poivre), qui nous dévoile ses origines et son histoire.

L'univers de Becky Chambers, c'est une Union Galactique (l'U.G) composée de différentes races extraterrestres (les Intells) dont l'humain est l'un des derniers ressortissants - et l'un des moins évolués. Au fil des romans, on comprend que l'humanité à rendu la Terre inhabitable, n'a survécu que grâce à la colonisation et habite désormais sur Mars ainsi que sur d'autres planètes extraterrestres où les différentes races cohabitent en paix. Une paix issue de nombreuses guerres dévastatrices entre les Aandrisk, les Aeluons, les Grums ou encore les Harmagiens.

C'est certainement la découverte des moeurs et de l'histoire des différentes races intelligentes qui peuplent l'espace qui rend les oeuvres de Becky Chambers aussi fascinantes : lorsqu'elle nous parle des guerriers Aeluons, race humanoïde qui n'a pas de cordes vocales et qui communique à travers les différentes couleurs qui pigmentent leurs joues, ou bien des reptiles Aandrisk et de leur plumes chatoyantes qui ont une vision étonnante et complexe de la famille, des Harmagiens aux nombreuses tentacules qui trouvent les êtres humains particulièrement laids, ou encore du peuple Sianat dont certains vivent en symbiose avec des parasites leur permettant de devenir les meilleurs scientifiques et explorateurs de l'espace (et réduisant considérablement leur espérance de vie).

Si Libration est en lien direct avec L'espace d'un an, les deux peuvent tout de même se lire indépendamment - même si je conseille de commencer par le premier paru pour une meilleure compréhension de l'univers. 
Libration raconte l'amitié qui va lier Poivre, une jeune humaine mordue de tech au passé tourmenté et de Sidra, une intelligence artificielle qui se trouve transféré illégalement dans un corps biologique et qui lutte pour trouver sa place entre l'univers robotique et l'univers des Intells.




Becky Chambers aborde différents thèmes que l'on retrouve actuellement beaucoup dans la SF (et même dans l'actualité !) mais à sa sauce ; des intelligences artificielles qui luttent pour trouver une place dans un monde d'Intells où ils ne sont pas reconnus, le rapport au genre via le sexe des Aeluons, les rapports sociaux entre chaque espèce et les liens qui se tissent à travers la mixité des races et des classes sociales, le clonage et son éthique, l'eugénisme et ses dérives... etc. Elle explore le rapport des humains avec les modifications génétiques par le biais des origines de Poivre et de son compagnon Bleu : Poivre était utilisée pour des usines de triage de tech dès la naissance, et Bleu a été abandonné par sa famille à cause d'un handicap alors qu'il devait être parfait. 

Vraiment, l'auteur réussit encore avec son deuxième roman un tour de force. Ses livres ne sont jamais violents, ce ne sont pas des space-opéra qui décrivent de longues batailles spatiales, ni des enquêtes scientifiques jalonnées de meurtres et disparitions mystérieuses et de théories complexes, c'est plutôt la cohabitation dans l'univers d'espèces différentes et des liens qui se tissent entre eux. Tous les personnages de Becky Chambers sont réellement attachants et intéressants. Ce sont souvent des marginaux dans leur propre monde, soit parce qu'ils ont des façon de vivre considérée comme déviantes dans leur culture, ou des handicaps impardonnables par leur propre peuple, ou un passé empreint traumatisant qui les a poussé à s'éloigner de leur foyer d'origine. Ces blessures, ces différences, les rendent d'autant plus aimables, car ce sont des personnages qui possèdent en conséquence une grande ouverture d'esprit et une nature profondément généreuse.

L'espace d'un an et Libration pourraient être ce qu'on appelle des Feel good books, on en sort la tête farcie de bons sentiments et, diantre !, ce que ça fait du bien ! Enfin un roman de science-fiction avec des extraterrestres travaillés et originaux (tant au niveau de leur histoire que de leur description physique, ça change des bébêtes à la Alien ou des petits bonshommes verts) et qui ne sont pas les méchants de l'histoire !
Enfin un univers où l'on sort de sa lecture avec des étoiles plein les yeux et l'envie de visiter toutes ces incroyables planètes - qu'elles soient arides, plongées dans la nuit, glaciales ou densément peuplées - et de découvrir l'histoires et la culture de tous ces différents peuples.





Libration, comme L'espace d'un an, bouscule et marque profondément. Becky Chambers sait parfaitement mener sa narration, elle arrive à alterner ses descriptions et découvertes de folklores et cultures avec des chapitres pleins de suspense. Elle sait faire monter la pression mais n'en fait jamais trop. Certains s'attendront peut-être d'ailleurs à plus d'action, mais les romans de Becky Chambers ne sont pas des des page-turner américains où les péripéties s'enchaînent à un rythme effréné, au contraire l'auteur n'hésite pas à nous plonger dans le quotidien de ses personnages, leurs petites joies et leurs routines apaisantes. Pour autant je ne me suis jamais ennuyée, car ces moments plus contemplatifs apportent toujours quelque chose.
Ce sont des romans qui utilisent parfaitement la science-fiction pour être les vecteurs de messages qui me semblent aujourd'hui essentiels.

Et que dire des dialogues de Becky Chambers ! Ses personnages ont certes une histoire passionnante, mais ce sont les dialogues très spontanés qui soutiennent aussi le roman. Ils représentent bien la liberté et la joie de vivre qui animent ses personnages.  L'écriture de Chambers n'est pas riche et soutenue, elle utilise un langage familier naturel, instinctif, qui nous rapproche encore plus des personnages. Elle m'a fait rire de nombreuses fois grâce à sa plume, qui passe aisément du mélodrame à l'humour. J'apprécie aussi beaucoup l'utilisation du "iel" pour le rapport au genre. Certaines des espèces décrites par l'auteur n'ont pas deux genres définis comme le nôtre, et sa façon de l'inscrire dans l'histoire semble parfaitement naturelle et tout à fait rafraichissante.

En bref, pour moi Libration et L'espace d'un an piochent habilement dans des références telles de Firefly (pour les dialogues et les personnalités) ou Farscape (pour la diversité des races extraterrestre et la richesse de leur background) avec leur propre touche d'originalité. Les amateurs de SF plus classique devrait tout à fait y trouver leur compte, et les non-lecteurs de SF devraient aussi se laisser charmer. Pour ce qui est des fans de romans bourrés d'action, c'est plutôt raté.

Je les conseille donc fortement (et j'ai conseillé L'espace d'un an à tour de bras depuis sa sortie en librairie !), je les relirai avec grand plaisir et espère vraiment que l'auteur continuera à explorer l'Union Galactique pour nous abreuver de romans de SF aussi bien ficelés et nous faire découvrir l'étendue de son imagination.






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mercredi 27 septembre 2017

Une idée de projet



Etant désormais pour un temps au Canada, c'est le moment de se pencher sur les projets à venir.
Pour le moment toutes mes idées sont à un stade peu avancé : je ne peux pas encore travailler au Québec, mais je peux au moins réfléchir, mettre en forme, et lancer des études de marché.
L'une des idées qui nous plait le plus à ma moitié québécoise et moi, c'est le coffret littéraire.
En France, ça fonctionne du feu de dieu ! Tu t'abonnes en ligne pour un mois ou plus, et tu reçois chaque mois chez toi une boîte contenant un roman, du thé, de la papeterie et des goodies. C'est cool, original, et ça permet de découvrir plein de nouvelles choses.
Au Québec il n'y en a pas encore beaucoup. Et surtout, il n'y en a pas encore pour les geeks comme moi, ceux qui aiment les littératures de l'imaginaire et les produits dérivés !
Alors on s'est dit : et pourquoi pas ? Tâtons le terrain, voyons si ça intéresse des gens dans la belle province.
Alors voici un petit formulaire Google à remplir par les québécois, ou les canadiens francophones d'autres provinces canadiennes qui seraient intéressés par ce projet :


Le coffret littéraire serait mensuel, comporterait un roman lié à la fantasy, la science-fiction ou le fantastique, un breuvage chaud, une gourmandise, de la papeterie et potentiellement des supers goodies geeks (littérature, BD, série TV, films, jeux vidéos, manga !).

Si vous êtes canadien, ou si vous connaissez des canadiens, n'hésitez pas à jeter un oeil et à faire tourner.

Cet embryon de projet me permet d'aller de l'avant après avoir quitté la librairie, de me focaliser sur mon avenir professionnel et de ne pas tourner en rond chez moi ! 
Ma moitié travaille (ben oui, pas besoin de permis pour lui, monsieur est du pays) et passer le temps avec le félin et le canidé peut parfois virer à l'ennui !
Autant dire qu'en trois semaines j'ai bingewatché Izombie (drôle !) avancé dans ma lecture de Mausolée d'Antoine Traqui (mais je suis un peu déçue) et terminé de lire La servante écarlate de Margaret Atwood (édifiant). J'en parlerai peut-être dans d'autres billets ;)


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jeudi 14 septembre 2017

Changement de pays, changement de vie



J'ai trop longtemps délaissé ce blog, cet espace d'écriture dans lequel je me sens à l'aise, cet espace de parole dans lequel j'arrive à exprimer mes envies, mes passions, mes joies, mes peurs et mes doutes.
La raison est certainement que ces trois dernières années je n'avais plus le temps.

Je ne prenais plus le temps.

Pour tout avouer je ne prenais le temps de faire grand chose.
Ouvrir ma librairie était un rêve d'enfance, que je suis extrêmement heureuse d'avoir achevé. Mais durant ces trois années de création j'ai mis beaucoup de choses entre parenthèses.
J'ai mis ma vie de famille entre parenthèses, j'ai mis mes loisirs entre parenthèses, j'ai mis ma santé entre parenthèses.
Je vivais un rêve, alors forcément ce n'était pas grave. L'important était que, ça y est... j'y étais enfin arrivé : Ma librairie. Notre librairie. Le lieu que j'avais toujours imaginé, dédié aux littératures de l'imaginaire, à la bande dessinée : agréable, accueillant, chaleureux, plein de trésors et de mes oeuvres favorites.

J'étais dans une bulle, une bulle très prenante me direz-vous... 

J'ai commencé par travailler 6 jours par semaine en boutique, puis le dernier jour restant à travailler de la maison : répondre à des mails, gérer les factures, gérer la logistique, sans oublier de devoir lire (faut bien conseiller).
Nous avons pu souffler au bout d'un an, et passer à 5 jours par semaine en boutique chacun (la librairie est ouverte 7/7 jours, 360 jours par an).

Mon conjoint a été d'une patience prodigieuse, surtout lorsque mes nerfs lâchaient et qu'il devait me ramasser à la petite cuillère.
Il m'a soutenu tout du long : émotionnellement, financièrement, et même professionnellement en travaillant sur le site et le logiciel de la librairie.
Puis il y a un an, des problèmes de santé sont survenus dans sa famille, au Québec. Car ma moitié est québécoise, avec cet accent qui donne le sourire et sa passion de la pizza et du bon steak grillé !
Après quelques semaines au Canada pour passer du temps en famille, il est revenu en France avec l'envie de repartir vivre dans son pays (qu'il avait quitté cinq ans plus tôt).

Ce fut un sacré choc pour moi : nos projets n'incluaient pas de devoir quitter la France. Nous imaginions couler des vieux jours sur la côte océanique ou sous le soleil du Sud-ouest, mais il n'était pas question auparavant de quitter cette bonne vieille Europe.
J'ai mis du temps à accepter, je pensais que c'était un coup de tête dû aux soucis familiaux. Mais non, la graine était plantée et elle avait germé dans l'esprit de ma moitié.
Après plusieurs mois de conversations sur le sujet, après avoir longuement parlé de la librairie et de son avenir, nous sommes finalement tombés d'accord.
J'allais partir au Canada. Mon associé, J., s'occuperait avec d'autres personnes de faire tourner l'entreprise, et je céderai mes parts.
Ce fut un choix difficile : devoir tout quitter, mon pays natal, mes amis, ma famille, et cette librairie à laquelle j'ai dédié tout mon temps depuis deux ans déjà à l'époque.

La librairie était le plus gros problème pour moi, elle n'avait pas encore deux ans complets d'existence, elle était encore en plein développement, et je devais déjà la quitter. Je ne m'en sentais pas capable au début, je n'arrivais tout simplement pas à l'envisager.
Puis mon conjoint a réussi à me faire lâcher prise petit à petit. Cette librairie, c'est mon bébé, mon oeuvre que j'ai porté et façonné toutes ces années et à qui j'ai enfin donné naissance... mais ce n'était pas toute ma vie. Je suis encore jeune, les possibilités sont infinies, je peux encore donner naissance à d'autres beaux projets comme celui-ci ailleurs. La quitter n'est pas forcément la mettre à mort, c'est passer le relai à quelqu'un d'autre, la laisser entre les mains de personnes qui sauront la soutenir et la faire prospérer, et m'élancer vers de nouveaux horizons.




Aujourd'hui je suis installée au Canada, parrainée par mon conjoint pour devenir Résidente permanente.
J'ai laissé la librairie entre les mains de J., C. et N., et je me projette désormais sur d'autres choses.
Déjà, je donne du temps à mon foyer, je rattrape ces trois dernières années où je rentrais à 21h le soir, épuisée, où je travaillais les samedis et dimanches, où je faisais des heures sup tous les deux jours et plus encore à la maison.
Je me refais une santé aussi. On dirait que mon corps a pris dix ans en trois ans. J'ai des problèmes qu'ont les personnes âgées ou les femmes enceintes sans l'être ! Le stress, car je suis une angoissée de la vie, m'a précipité dans cet état là.

Depuis ces quelques jours où je ne travaille plus, mon corps se refait une santé.
Je comprends désormais ce que veux dire le mot "burn-out", j'ai quand même mis du temps à envisager que cela avait pu m'arriver. Ce terme englobe tout et n'importe quoi, mais il est finalement adéquat : les québécois disent "je suis brûlé" lorsqu'il sont fatigués, et c'est exactement ça. J'étais "brûlée" pendant 3 ans, physiquement et psychologiquement. La France ne pousse pas à la création d'entreprise, c'est un processus lourd, épuisant, des démarches longues et fatigantes. Puis une fois qu'elle est créée, les impôts tombent, la facture est salée pour les TPE, et personne ne vous fait de cadeau dans ces conditions : ni votre banquier avec ses taux d'emprunt, ni votre propriétaire avec son loyer mirobolant, ni le gouvernement avec ses taxes étouffantes.

Il semblerait qu'ici, au Canada, les choses soient plus simples pour les gens qui veulent créer leur métier. Quand je regarde quelles seraient les démarches à faire pour ouvrir un commerce, je suis estomaquée de voir que cela demanderait deux fois moins de temps et d'argent. Je ne dis pas que c'est facile, mais juste plus facile qu'en France !

Pour le moment j'explore les possibilités : je ne peux pas encore travailler, j'attends mon permis de travail ouvert. Je suis sûre d'avoir envie de créer autre chose, mais je ne sais pas encore exactement quoi. Peut-être une librairie, ou peut-être autre chose. Le marché du livre n'est pas le même ici, mais le potentiel est là.

Ces prochains mois me feront peut-être changer de voie, mais je crois que ma passion pour les livres et la culture est trop grande pour dévier totalement de chemin.
Dans tous les cas, je suis plus sereine qu'avant face à l'avenir. Ceci aussi grâce à ma moitié, avec qui je me sens bien et qui m'offre une vie royale aux pays des Caribous (avec le félidé et le canidé, qui adorent leur nouvel appartement et leur petit jardin). Il m'offre la possibilité de pouvoir recommencer ailleurs (heureusement me direz-vous, j'ai tout quitté pour lui quand même !), et la chance de découvrir un autre pays.




Pour le moment, le Canada tient ses promesses. Montréal est une ville magnifique, culturelle et pleine de vie. Je découvre une douceur de vivre loin de la pression de la capitale parisienne, plus proche du reste de la France tout en demeurant une grande métropole (1.7 millions d'habitants tout de même). Ma famille et mes amis me manquent, mes collègues et les clients aussi... mais je fais de belles rencontres et suis entourée de personnes généreuses et aimantes.
Il ne manque plus que ma bibliothèque, envoyée par cargo, pour que je me sente totalement à la maison ! (vous pensiez que j'allais la laisser derrière moi ? Mes 25 cartons de livres ? Jamais !)

Je vous tiendrai de nouveau au courant de mes coups de coeur de lecture, et de mon nouvel horizon professionnel. J'espère retrouver le plaisir d'écrire ici, comme j'ai retrouvé le plaisir de rêver.

A la revoyure.

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lundi 20 février 2017

Dans la forêt de Jean Hegland


Les romans d'anticipation son pléthores en librairie aujourd'hui. Il en sort un presque tous les mois, c'est devenu le genre préféré des maisons d'éditions généralistes qui ne veulent pas avouer que c'est de la science-fiction parce-que-c'est-pas-assez-sérieux-et-littéraire, mais l'anticipation ça vend. Pourtant l'anticipation c'est de la science-fiction, et ça peut très bien être littéraire aussi. Comme ce roman que je viens juste de terminer et qui m'a totalement bouleversé. Vous savez ce genre de roman qui vous touche intimement, qui vous fait longuement réfléchir, et qui vous fait questionner tout ce qui vous entoure ? Ben comme ça.
Paru en 1996 aux Etats-Unis, Dans la forêt a donc trouvé son éditeur français : Gallmeister, éditeur de romans principalement américains, spécialiste du nature writing, ou de la littérature des grands espaces comme on dirait en français (que j'apprécie beaucoup, soit dit en passant). Il n'est pas assumé comme roman d'anticipation, mais s'en est clairement un, et un très bon. Dans la forêt rentre effectivement dans ces deux catégories, et bien plus encore. 




Nous suivons le témoignage de Nellie, dix-sept ans, qui vit avec sa soeur Eva dans une grande clairière bordée d'une vieille forêt, à 50km de toute civilisation. Leurs parents avaient un style de vie excentrique : ils avaient un potager, des poules, et n'aimaient pas le consumérisme. Leur mère, ancienne ballerine, tissait des tapisseries, et leur père était directeur d'école bricolo à ses heures. Malgré ça, les filles n'étaient pas scolarisées. Elles apprenaient à leur rythme et ce qu'elles voulaient, ce qui a fait de Nell une accroc des études qui ne jure que par son entrée à Harvard, et d'Eva une danseuse classique de talent avec une brillante carrière en perspective.
Mais les choses n'ont pas tourné comme elles le devaient. Le cancer emporta d'abord leur mère, détruisant leur père et bouleversant l'équilibre familial. 
Puis vint la crise, la guerre, et petit à petit, le manque. Ce fut d'abord très subtil, quelques coupures d’électricité, quelques denrées qui vinrent à manquer. Puis plus d’électricité, plus de technologie, plus d'essence, et de moins en moins de vivre. Enfin, l'accident qui les a privé d'un père.
Nell et Eva attendent, et espèrent ce retour à la normale dont les adultes parlaient. L'électricité devra forcément revenir. Quelqu'un viendra les aider. C'est leur histoire et leurs espoirs que nous écrit Nell sur un vieux cahier d'école, à la lueur d'un poêle.

Je pense ne pas être la seule à m'être demandée quoi faire en cas de fin du monde : j'entends par là, la fin du mode d'existence tel qu'on le connait. Ce sera peut-être une catastrophe climatique, une catastrophe épidémique, ou bien une guerre nucléaire. Ou encore, comme dans Dans la forêt, l'effondrement de la société.
Je me dis toujours que ceux qui vivent à la campagne, ou en tout cas qui ont un jardin, seront toujours plus chanceux que les citadins. Si un jour l'électricité s'éteint, l'essence vient à manquer, et les commerces sont vidés, il serait bien pratique d'avoir un lopin de terre, d'y planter des graines, et de vivre comme nos ancêtres le faisaient. Essayez de faire ça sur un balcon en région parisienne, et bon courage !
Mais aussi faut-il savoir comment se débrouiller, en avoir la force physique et morale alors que tout s'effondre autour de vous, que des gens meurent de faim, ou de maladie parce qu'ils ne peuvent plus se soigner, ou juste parce qu'ils ne peuvent pas se défendre contre les immanquables pillards et autres vautours qui apparaissent toujours à ce moment là.

Eva et Nell nous racontent donc ça : deux adolescentes de seize et dix-sept ans, livrées à elle-même, avec pour seule béquille l'héritage de leurs parents, une vieille maison en bordure de forêt qui va devenir à la fois le garant de leur survie et leur nouvelle prison. Les épreuves seront nombreuses pour ces deux jeunes femmes pas encore adultes, mais forcées de grandir trop vite dans un monde apocalyptique où la civilisation n'a plus sa place. C'est l'une des choses difficiles à lire concernant ces deux personnages. Bien que leur père les ait éduqué d'une manière très libre, leur donnant les moyens de s'occuper d'elles-mêmes alors que n'importe quel gamin de la ville n'aurait pas fait long feu dans leur situation, elles n'ont pas pleinement vécu une adolescence normale. Elles n'ont pas ou très peu d'amis - compliqué d'entretenir les liens lorsque vous n'allez pas à l'école et fréquentez la ville seulement les samedi soirs - n'ont jamais vraiment voyagé ou vu le monde, elles n'ont jamais pu expérimenter par elle-même la vie dans ce monde qui les a vu naître, qu'on leur a appris a appréhender, mais qu'on leur a repris de force avant qu'elles n'aient pu en profiter.
Leurs rêves et leurs aspirations ont été écrasés par la disparition du pays, Nell ne pourra pas rentrer à Harvard, Eva ne pourra pas devenir ballerine à San Francisco.
La manière dont Nell raconte ça, au jour le jour, avec ses mots de jeune femme et ses émotions en ébullition est particulièrement touchante. La solitude est parfois difficile, l'ennui aussi, tout comme la faim qui commence à les tenailler. Et le passé ne cesse de les harceler dans cet endroit où tout objet leur rappelle ce qu'elles ont perdu, un père et une mère qui les aimaient et les soignaient, les seules personnes qu'elles avaient au monde. Elles s'accrochent à l'espoir que leur père leur a transmis, elles se soutiennent l'une et l'autre comme elles peuvent pour ne pas sombrer dans le découragement et la folie grâce à leur envie de vivre.
Dans la forêt est un roman profondément marquant, qui m'a fait longuement me remettre en question. Je me suis rendue compte que si un jour je ne devais compter que sur moi-même, je n'étais pas particulièrement bien équipée dans la vie pour survivre. Je ne connais rien de très utile en bricolage, en jardinage ou en médecine. Je ne saurais même pas reconnaître une plante comestible d'une autre toxique dans une forêt, ni ne saurais conserver mes aliments pour les rationner, ni planter et entretenir un potager si j'en avais un sous la main. J'imagine que mes ancêtres seraient outrés de savoir ça. Sans la civilisation et sa technologie actuelle à laquelle je suis complètement conditionnée, je serais complètement perdue. Bon, je sais au moins faire un feu, des latrines et un super tipi pour dormir, et je crois que c'est déjà pas mal plus que ce que connaît une grande partie de la population qui m'entoure : merci mes années scouts (haaan, elle a été scoutee ! Ouais, ben en cas d'apocalypse mois j'sais faire des super sièges de toilettes en rondins de bois : deal with it !)

Il m'a aussi fait me questionner sur la nécéssité de tout ce qui nous entoure pour être heureux. On amasse, on collectionne, on se définit par nos objets du quotidien et ce qu'on peut acheter ou obtenir, on ne se satisfait plus du reste : des autres, la famille, les amis, et des plaisirs simples.

Même si c'est de la fiction, ce qui est sûr c'est qu'en période de fin du monde, j'aimerais bien avoir une Nell et une Eva à mes côtés.
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jeudi 16 février 2017

Mes vrais enfants, de Jo Walton


Jo Walton, depuis que j'y ai goûté, j'y reviens forcément à chaque nouveauté. Mais c'est une addiction de plus en plus forte que j'accepte avec un énorme plaisir.
Et à chaque nouvel ouvrage, mon admiration pour cette grande dame de la littérature augmente.

Avec Morwenna, nous avions l'histoire d'une adolescente boulimique de lecture, traumatisée par un accident et la perte de sa jumelle - ainsi que de sa mobilité physique - et harcelée par une mère complètement folle qui pratique la magie noire. Le fantastique est prégnant, puisque l'héroïne a l'étrange faculté de pouvoir voir et converser avec les fées, et doit donc être un peu sorcière, comme sa mère. Ou bien tout cela est-il vraiment réel ? les contes de fées de Morwenna ne seraient-ils pas un moyen d'échapper à une mère abusive et manipulatrice ainsi qu'à un passé douloureux et à un quotidien malheureux ? L’ambiguïté qui plane tout au long du roman lui donne toute sa saveur.

Le cercle de Farthing, premier volet de la Trilogie du Subtil changement, réecrivait l'histoire après la Seconde guerre mondiale à travers une enquête policière, mystère à huis clos au sein d'une société d'aristocrates et de politiques en Angleterre. Le cercle de Farthing, composé de la gentry et de la crème des politicards ambitieux du pays, est à l'origine d'un traité signé en 1941 laissant toute latitude à Hitler en Europe en échange d'une paix royale à l'Angleterre. Six ans plus tard, loin des bombes et des confrontations du continent, les Royaumes-Unis sont aux prises avec une montée inquiétante d'antisémitisme : un climat politique explosif dans lequel l'inspecteur Carmichael doit élucider un meurtre aux répercutions délicates.
Si Morwenna était déjà un petit tour de force (la fin m'a laissé sur ma faim), et Le cercle de Farthing un exercice d'uchronie magistral, le nouveau roman de Jo Walton combine tout ce qui m'a plu dans ces précédents ouvrages, pour en faire une oeuvre excellente en tout point.

De cette année 2017 qui vient juste de commencer, je l'érige (ainsi que le conte revisité absolument magique Déracinée de Naomi Novik) comme Méga Coup De Coeur (sisi c'est un titre trèstrès sérieux) dans mes coups de coeur : je m'engage à propager Mes vrais enfants  de Jo Walton autour de moi sans compter.





Mes vrais enfants, est un roman publié en 2017 par les éditions Denoël, dans la génial collection Lunes d'encre.
C'est le récit bouleversant d'une femme qui a vécu deux vies.
Aujourd'hui en maison de retraite, elle peine à déterminer laquelle des deux vies représente la réalité. Dans l'une d'elle, la maison de retraite comporte un ascenseur et ses rideaux sont bleus. Dans l'autre, il n'y a que des escaliers et les stores de sa chambre sont verts.
Dans l'une d'elles, elle fut mariée avec quatre enfants, alors que dans l'autre, elle n'en a eu que deux.
Dans l'une d'elles, elle a épousé Mark, alors que dans l'autre...

Jo Walton nous fait commencer par la fin : Patricia est âgée, et les infirmières la trouvent certains jours très confuse, d'autres fois un peu moins. Aussi Patricia va-t-elle dérouler le fil de sa vie, et mettre le doigt sur l'élément divergeant de ces deux existences vécues. Quand est-ce que sa vie a pu prendre deux tournures aussi différentes ?!
Son enfance en Angleterre dansles années 30, avec un frère aîné qu'elle adorait, un père aimant et une mère distante, son adolescence pendant la seconde guerre mondiale, évacuée à la campagne pour se protéger des bombardements, et sa bourse pour étudier à Oxford : tous ces éléments concordent dans les deux vies, jusqu'à ce qu'elle soit face à un choix. LE choix. Celui qui va déterminer sa vie, celui qui va déterminer la vie de nombreuses personnes et potentiellement changer la face du monde.

A travers ses souvenirs, elle nous livre le récit de deux femmes différentes : Enfant, on la surnommait Patsy, puis dans une réalité elle deviendra Pat, dans l'autre ce sera Tricia. Chaque rencontre, chaque choix qui découlera de celui d'origine, va forger son destin. Dans l'une elle sera une femme bafouée, malheureuse et désespérée, dans l'autre elle deviendra une femme passionnée, amoureuse et éprise de liberté.
Dans tous les cas, Patricia aura des enfants : sa raison de vivre dans l'une de ses vies, et sa raison de survivre dans l'autre.

Toute la question est là : lesquels sont ses vrais enfants ?

Au fil de sa narration, Jo Walton émaille la vie de Patricia d'élément historiques qui aident à déterminer le lecteur sur la légitimité de l'une ou l'autre réalité. Arrive le moment où le lecteur se dit "mais dis-donc, ou bien mon prof d'histoire m'a prise pour un cornichon, ou bien elle se fourre le doigt dans l'oeil jusqu'au coude Dame Walton !"
Ni l'un ni l'autre, Le roman de Jo Walton, tout en étant un récit puissant de femme, est aussi et avant tout inscrit dans la science-fiction. Elle nous a déjà démontré son habileté pour l'uchronie, et elle nous montre l'ampleur de son talent à travers Mes vrais enfants. Car si Mes vrais enfants est un roman de science-fiction uchronique, ainsi qu'un récit de femme intense et éclatant, c'est aussi une véritable chronique sociale et une critique très intelligente de la société : miroir des conséquences des moeurs d'une époque dirigée par une certaine rigidité religieuse et morale, et reflet d'un temps où les femmes luttaient encore pour avoir des droits aujourd'hui considérés comme acquis (mais toujours en danger), mais aussi dénonciation des dérives du capitalisme et de son amour pour le nucléaire, débordements des relations internationales entre les superpuissances qui dirigent le monde, appauvrissement ou accélération de la science qui en découlent. Misère, désespoir et afflictions ou richesse, bonheur et fierté vont dépendre de tous ces actes, minimes ou importants, capables de changer la face du monde.

Ce roman m'a touché pour toutes ces choses : quelque soit la vie vécue par Patria, Pasty, Pat, Tricia ou Trish, on évolue avec elle à tâtons, on espère avec elle et on déchante à ses côtés. On souffre à sa place, on rage et on bouillonne face aux injustices et aux embûches semées sur sa route. On aime avec elle, on ressent sa tendresse, sa passion, son amour. Enfin, toutes ses émotions se font nôtres, ses larmes sont partagées (et nombreuses) et sa confusion - terrible, inéluctable, et pénible, nous est tout aussi odieuse qu'à sa hôtesse.
Le dénouement de ce roman est éloquent : le lecteur se retrouve lui aussi face à un choix impossible. Quelle vie reflète la réalité ? Quelle réalité Patricia peut-elle choisir pour se défaire de cette confusion insupportable ? 
Doit-elle faire un choix et rayer l'une de ces réalités des possibles plans de l'existence ?
Comment peut-elle décider l'ordre du monde ? Comment peut-elle choisir qui sont ses vrais enfants ?
Avec tant de poids sur ses épaules, il est effectivement plus facile d'oublier.

Lecteurs, lectrices, ne passez pas à côté de ce roman dont l'échos continuera de vous hanter après sa lecture : il ébranle, il marque profondément, et en plus d'être passionnant, il fait réfléchir.


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